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Full text of "Le fondement de l'artifice universel, de l'illuminé docteur Raymond Lulle. Sur lequel on peut appuyer le moyen de parvenir à l'Encyclopedie ou universalité des sciences, par un ordre methodique, beaucoup plus prompt & vrayement plus facile qu'aucun autre, qui soit communement receu. Le tout fidellement traduit au pied de la lettre, de latin en françois, suivant l'intention de l'autheur, & mis en lumiere, par R. L. sieur de Vassi, conseiller du Roy és baillage & prevosté d'Avallon en Bourgongne."

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-■7^ 


FONDEMENT 

de  L-ARTIFICE 

VNIVERSEL, 

DE  L’ILLVMINE'DOCTEVR 
Raymond  Lvlle. 

Sur  lequel  on  peut  appuyer  le  moyen 
de  paruenir  à  1  Encyclopédie  ou- 
vniuerlalité  desfciences,  par  vn  or¬ 
dre  metliodique  ,  beaucoup  plus 
prompt  &  vrayement  pins  ‘facile 
qu’aucun  autre ,  qui  ioit  communé¬ 
ment  receu. 

te  toutfiddlemenf  traduit  du  ffied  de  U  IcttïCi 
de  Latin  en  François,  fuiuant  l'mtenîion 
Fautheur^  O  mis  en  lum'me  ^Var  !{.  L» 
fteur  de  l^aJ?i,Confetlley  duBjjf  és  Batllage 
^frcuo^éd'jLuaUon  enBourgonj^ne, 


A  P  A  R  I  S  , 

De  l’Imprimerie  ci^j^Tçrf^^kg^pe-* 

,  noïs,  rue  viej^l^:^Âppâ^X 

Auec  Pi'iuilege  <ln  koy,  Sc  Appro^’ 
mi  d  es  f  4à.  F.  I 


A  MONSIEVR, 
Monficur  de  Bourges, 
Confeiller  du  Roy,  &: 
Treforier  Payeur  de 
Meilleurs  les  Trefo- 
tiers  de  France ,  à  Or¬ 
léans. 


O  N  s  lE  VR, 

Les  premiers  ira^ 
UAUx  doiuenî  ejire 
proport ionnement  a  leurs Jk- 
jets  J  reconnus  tes  premiers  : 
Z^ous  eftes  le  premier  qui 
najant  iamais  eu  tauanf 
cognoijjance  des  lettres  ,  nj 
â  ij 


des  langues  y  fors  celle  de 
Jlre  merCy  aueT^  tres-con-^ 
fiamment  [ouflenu  les  pre¬ 
miers  'Violents  efforts  de  l  en- 
uie  mèdifance ,  dans  le 
trauail  que  nous  auons  [ap¬ 
porté 'vous  gÿ*  Ynoj  y  allans 
à  U  defcouuerte  de  lapratU 
que  artificielle  du  Dodîeur 
Raymond  Lullcy  mis  en  ou^ 
hly  par  la  plus  grand' part, 
rejette  communément  du 
commun  des  Doéîeurs  :  par 
ce  moyen  auffi  'vous  deues 
ejlre  le  premier  iouijjant  des 
premiers  aduantages  y  eùj 
honneurs  que  l'off're  de  ces 
prémices  'vous procurent  iu- 


5 

Jlement,  attendu  que  les  we-v 
rites  de  voflre  contante  re  - 
folutionen  cette  eflude^font 
fignalés^four  eflre préférés  à 
tous  autres ,  qui  ojousfecon^ 
dent  feulement  et^  vous  fui- 
uent  pas  à  pas  :  La  raifon  le 
veut  ainf  y  ^  mes  inclina^ 
lions  m'y  portent^  quand  te 
vous  dedie  et»  prefente 
franchemet  cette  traduflion 
Françoifcy  faite  première¬ 
ment  pour  vouSy  de  quelques 
traifle^LatinSy  concernans 
fondamenîallement  l  artifice 
du  rnefme  Kaymond  Lulte, 
que  vous  receurés  {fil  vous 
plaifi)  auec autant  de  ^^ay été 


et^  d'aUegreJpiConimeie  les 
njous  addrefje  j  eù»  les  vous 
mets  entre  les  mains  auec  U 
fmeeritéd'vn  cœur  affeéîion- 
né  y  afin  fu  en  cefaifam  nos 
defirs  dejfeins [oient pro- 
port ionés  entre  vous  (s^moyy 
€onme  il  faut ,  6^  fie  par 
njofire  exemple  vôiu  poriiés 
vos  [emyiahles  u  ernbrajjer 
cette  doflüne  haute  &t> pro* 
fondeydontaU  vérité  le  pur 
naif  refiablijjement  {mal 
gré ïenuie  la  vaine  arro- 

gace)fera  deu  en  ce  temps  aux 
trauaux  infatigables  de  ij. 
années  ôùj  aux  frec^uentes 
méditations  (lue  t  J  ay  fait  es 


7 

eù>que  ie  continuer ay  auec 
fat isfaâl ion  pour  le  bien  du 
public  le  refie  de  mes  iours, 
puis  quainfi  efi  que  cette 
doéîrine  par  l'infaillible 
'vniuerfalite  de  fe s  préceptes, 
eB  enfin  finale  autant  ayfee 
facile  en  fa  pratique, 
qu  elle  e^  dans  fon  abord  (à 
caufe  de  fon  abfiraiéî  )  très 
empe fichante  àificileen fia 

Théorie  fipeculatiue:  Or  par 
ce  que  ces  chofies  njous  font 
patentes  manifefics  par 
mm  moyen  :  Uous  naue'^ 
pas  befioin  que  ie  vous  en  face 
aucune  demofiration  :  Mais 
bie  que  ie  vous  done  auù  que 
â  iiij  : 


8 

dans  cette  première  impref- 
fton  il  f'y  rencontrera'  vne 
quantité  de  fautes  remar¬ 
quables  ,  tant  d  caufe  de  là 
mauuaife  impref  ion  latine, 
faite  en  France  eij  ÀÜema^ 
gne,  qui  en  efl  toute  remplie, 
(UP  que  corne fidel  interprète, 
ieïlity'youlu  du  tout  etitout 

corriger  yCnfaifant  celte  tra^ 

duôîion  :  d'autant  cjue  ie  me 
piis  contenté  de  Us  'vous  in* 
diquer  et^  faire  recognoiflre 
d  mefure^uà  liure  ouueïtyie 
njous  ay  ex^ofé  déclaré 
lanaipuetè  de  l intention  de 
nojlre  autheur  :  qu  d  caufe 
aujfi  de  U  négligence  de 


t Imprimeur  de  cette njerfion 
jrançoijey  qui  n  a  pas  tou* 
fiQurs  efte  foigneux  de  m' ap¬ 
porter  les  premières  fueilles 
défi  or  s  qu  elles  ont  e fié  tirees 
de  la  prejje  y  pour  les  reuoir 
eùj  corriger;  Mais  pourtant 
lefpere  etix  me  promets  de 
reparer  hien^tofl  (  Dieu  ay^ 
danî  )  toutes  ces  fautes ,  par 
'Vne  fécondé  édition  y  a  la¬ 
quelle  i* adioufleray  ce  que 
nous  auons  iugè  njous  ^ 
moy^  vous  eflre  d  tous 
concourants  aueevous  en  cet 
te  ejlude^  très  Vîile  ^  necef^ 
faire ,  Ÿourperfeélwnner  au 
popitfle  vos  entendemens^ 
V 


10 

defireux  de  la  conformité 
reelle  des  chofes  corporelles 
eùjfpirituelles  y  Cefceque 
{entreprendra'  etj  execH» 
ray  refolument  ^  pour  vous 
îefmoigner  d'autant  mieux 
en  vofire particulier  y  que  ie 
fuis  pour  efre  fans  fin. 


M  0  KSIE  VR> 

Voftre  tres-humbic 
ôcafFeûionnéferuitcur, 
^  ^  ^  De  Vas  s  Y. 


Cecj  ejl  vne  coppie  tran^a^ 
tée  fideÜement  de  queU 
ques  Lettres  feeÜees  du 
Jeau  de  cirependat ,  emct- 
nees  de  U  Cour  de  Taris^ 
defquelles  lettres  qui  font 
efcrites  en  parchemin,  U 
teneur  ejl  telle. 


‘Officiai  de  la 
Gourde  Paris,  à 
tous  ceux  qui 
ces  prefentes  lettres  ver¬ 
ront,  falut  en  noftre  Sei¬ 
gneur,  Que  tous  (çaclicc 
quVn  h  prcfcîV'r 


lean  de  Saulme  Sc  de 
Michel  de  lonchcr  nos 
Clercs  lurcz ,  aulquels 
nous  adiüuftons  vnc  toy 
certaine  Ôc  indubitable 
en  cecy  ôc  en  chofe  de 
plus  grandeimportaiicc, 
6c  Iclquels  quant  à  cecy 
nous  auons  Commis  par 
la  teneur  desprefenres  en 
noftreliéu  6c  placera  eau- 
fede  ceayans  perfonnel- 
lemêt  comparu  M'^  Mar¬ 
tin,  Dodeur  en  Médeci¬ 
ne,  lean  Scor  maiftre 
es  Arts,  Raymond  de  Bi- 
terne.  Bachelier  en  Mé¬ 
decine,  Ffcre  Clcmcnt 


Prieur  des  S-^ruiteurs  de 
SaiavSc  Marie  de  Paris, 
Frcre  Aymé  du  mefmc 
lieu,  Pierre  Bourgi- 
gnon  maiftre  es  Arcs, 
Gillcraaiftreés  Arcs, delà 
Vallée  Defpoüer.  Ma¬ 
thieu  Guidon  Bachelier 
es  Arcs, Pierre  lulien  Jean 
de  Luncaftre  Bacheliers 
es  Arcs.  Geofroy  de  MeU 
de.  Pierre  de  Paris.  Ber¬ 
trand  de  Frifc.  Gilberç 
de  Normandie.  .  Lau rens 
Defpagne.  Guillaume 
Deicoce. Henry  de  Bour- 
gongne,  lean  Normanc 
Bachelier  es  Arts,  ôc  M^ 


Gille,  &  pluficurs  autres 
iufqucs  au  nombre  de 
quarante  verfez  efdites 
Içiences,  ont  certifié  ôc 
ateeftépar  ferment  cfians 
non  induits  à  ce  par  for¬ 
ce, par  finefre,par  crainte, 
ou  par  fraude  ,  mais  de 
leurs  propre  volonté, 
ayans  efté  requis  de 
Raymond  Lulle  Catalô- 
nois  de  Maiorque,  qu’ils 
ont  entendu  quelques 
téps  dudit  Raymond 
l’arc  ou  fçience  que  le 
iiiefmc  Raymond  die 
auoir  fait  ou  inuenté ,  le- 
quel  Art  ou  fcience  Te 


cômenec  en  cette  forte» 

O  Dieu  auec  ta  grâce ^  ta 
fapierjce  ^  ton  amour  ^  Icy 
commence  i'Àrt  href^  qui  ejl 
t image  de  t^rt  qui  efl  inti^ 
îulé  de  cette  J'orte.  O  Dieu 
auec  ta  fouueraineperfeélio^ 
icy  commence  ÏÂrt  dernier 
(y  générai 

La  raifon  pourquoy 
nous  faifons  cét  Arc  bref, 
cil  afin  qu’on  fçachc  plus 
facilement  le  grand  Art: 
Car  fçaehant  celuy  cy, 
r Art  fufdic  &  auffi  les  au¬ 
tres  Artsfc  pôurrôt  plus 
facilemétapprendre,  d>cc. 

Et  fc  finift  ainfi,  à  l’ho  - 


neur  6c  à  la  louange  de 
Dieu  6c  de  Tvcilité  publi¬ 
que,  Raymond  à  finy  ce 
Liure  à  Pife  dans  le  M o- 
uaflercdeS.  Dominique 
au  mois  delanuier,  l’an 
miltroiscens  fept^derin- 
carnation  de  noflre  Sei¬ 
gneur  lefus  Chrifl';  Lef- 
dits  Maiftres  6c  tous  les 
autres  ont  aufli  certifie, 
comme  il  eft  dit  cydefTus, 
parfermét  cnlaprefence 
denofdits  lurez,  que  le¬ 
dit  Art  ou  kicnce  efioic 
bon,  viile  6c  necefiaire, 
félon  qu’ils  le  pouuoicnt 
examiner  6c  en  iuger,  6c 


qu  en  icelle  n’y  auoic  rien 
contre  la  foy  Catholique 
ou  derepugnant  àladitc 
foy,  aiqsqu onpouuoic 
crouuer  plufieurs  chofes 
propres  pour  fouftenir 
ladite  foy,  ôc  qui  font 
pour  elle  dans  ledit  Arc 
oufciencc^conameils  di- 


foient  :  Ce  quia  eftéfaic 
ôc  paffé  &  tefte  par  lefdits 
Maiftres  &c  Bacheliers, 
comme  a  cfté  dit  cydcflfus 
deuant  nos  fufdiisClcrcs 
lurcz  dans  la  maifon  ou 
demeure  prcfcntcmcnt 
le  mefme  Mc  Raymond 
Lulle^  dans  la  rue  de  la 


Bucheric  de  Paris, au  delà 
du  petit  Pot  vers  la  Seine, 
comme  nos  lurcz  nous 
ont  rapporte  de  viuc 
voix  j  A  la  relation  def- 
quelspour  tcfmûignagc 
de  ce  que  deffus ,  nous 
auons  iugé  le  fceau  de 
lîoftrcdite  Cour  de  Paris 
deuoir  cftre  appofé  aux 
prefentes  Lettres.  Faid 
lan  de  noftre  Seigneur 
mil  trois  cen^  neuf,  lè 
Mardy  d’apres  ro6tàut 
delaFcftcde  la  Purific^^- 
tion  de  la  bitn  lièureuft 
Vierge  Marie.  De  Ion- 
cher.  Le  feing  de  lacques 


du  Degré  Notaire  Ma¬ 
jeur  telmoins  ,  le  feing 
d’Arnaulj:  de  S.  Martin 
Notaire  Majeur  tcfmoin, 
le  (eing  de  lacques  Daui- 
gnon  Notaire  public  qui 
a  fidcllcmcnc  tranflaté  ôc 
clos  cette  copie, à  Tçauoic 
le  fixicfme  des  Calendes 
de  May>  l’an  de  noftre 
Seigneur  mil  trois  cens 
treize, le  feing  dcBcrnard 
luzolle  Notaire  public 
tcfmoin  de  maiorquede 
ladite  copie,  &  le  (eing 
de  Bernard  des  Oliues 
Notaire  termoin  de  Ma^ 
iorque. 


Extraiéî  du  Triutlege. 
du  Roj. 

O  V  I  s  Parla  grâce  de 
Dieu  Ro^  de  France 
Ôc  de  Nauarre.  A  nos 
araez&  féaux  Confeil- 
1ers, les  gens  tenans  nos  Cours  de 
ParlemétSjBaillifsjPrcuoftSjSenef 
chaux  ôc  tous  autres  nos  lufticiers 
^officiers  qu’il appartiédra  Salut. 
Noftre  cher  &  bien  amé  Robert 
leToul  fieurdt'Vairy  noftre  Con- 
feiller  en  nos  Baillage  ô«:  Preuofté 
d’Auallon  en  Bourgongne,  nousa 
fait  dire  ôc  reraouftrer,  que  depuis 
quinze  ou  feize  ans  il  auroit  occu¬ 
pé  Ton  efprit  à  l’eftude  des  eferits 
Latins  de  M.  Raymond  Lulle ,  fur 
lefquels  il  auroit  faiâ:  quelques 
Nôtres  &  Coramentairès  pour 
l’intelligence  d'iceux ,  ôc  faiéb  plu- 
lîeurs  Verfions  defdics  eferits  de 
Lâùn  en  François  en  faneur  de 


ceux  qui  n*ont  pas  la  cognoifTance 
de  la  langue  ;  Lelquels  œuures  tâc 
Latins  que  François,  ildefircroit 
faire  mettre  en  lumière  pour  Ivd- 
lité  pü’blique  ;  Mais  d’autant  qu'il 
a  délia  faiâ:  de  grands  frais  &  def- 
pences ,  &  qu’il  luy  en  ennuient 
faire  encore  beaucoup  d'autres  a 
caufe  du  grand  nombre  de  figures 
qu’il  faut  faire  gîauer,&  des  diuers 
caraaeres  qu’il  y  faut  employer: 
Il  craint  d’eftre  priué  de  fon  labeur 
par  quelques  Libraires  &  Impri- 
meursjfil  ne  luy  eft  fur  ce  pourueu 
de  nos  Lettres  necefiaires,  hum¬ 
blement  requérant  icelles  :  A  ces 
caufes  ^  inclinans  libéralement  à  la 
requefte  dudit  expofant,  Nous  luy 
avions  permis  6c  permettes  par  ces 
prefentes  ,  de  faire  imprimer  6c 
mettre  en  lumière  en  telles  marges 
volumes  ôtearaderes  que  bon  luy 
femblera.  Tous  6c  chacunslesli- 
ures  de  Raymond  Lulle,  tant  en 
Latin  aueclefdites  nottes  &  Com¬ 
mentaires  qu’en  François ,  pour 


cftreles  exeraplaites  qui  en  feront 
rirez,  vendus  6c  diftribuez  par  cet^ 
tuy  noftce  Royaume ,  pays ,  terres 
&  Seigneuries  de  noftre  obeiiïin- 
cc  :  Sans  qu’autre  que  celuy  ou 
ceux  qui  auront  pouuoir  de  luy 
puilTent  imprimer  ou  faire  imprU 
mer, vendre  &  diftribuer lefdids 
hures,  conjointement  ou  feparé- 
raent,en  quelque  maniéré  que  ce 
foie, pendant  le  temps  Si  efpace  de 
fîx  années,  à  peine  de  mil  liures 
•d’amencie  ,  applicable  moitié  à 
nous,  ôc  laivtre  moitié  audit  de 
Vaify,  ôc  de  confifcatio.n  detous 
les  exemplaires  qui  fe  trouueront 
imprimez:  fans  fa  permiflion  ,  en¬ 
core  qu’ils  fuifent  imprimez  hors 
noftre  Royaume  ,  &  de  tous  fes 
defpens  dommages  ôc  interefts, 
A  la  charge  de  mettre  en  noftre 
Biblioteque  deux  exemplaires  de 
chacun  defdits  liures.  Voulanseii 
outre,  qu'en  faifant  infererau  cô« 
menceraentouà  la  fin  de  chacun 
deldits  liures  vn  extraiél  de;spre- 


fentes ,  elles  foïcnl  tenues  pour 
bien  fignifiees.  -Si  vous  mandons 
&  à  chacun  de  vous  endroit  foy, 
tres-expreflTément  enjoignons  par 
cesprelentes,  que  le  contenu  cy- 
deilus  vous  facicz  fuiure,garder  6c 
obferuer  de poindl  en  poinél/ans 
permettre  y  eftre  contreuenu  en 
aucune  maniéré  que  ce  foit.  Car 
tel  eft  noftre  plaifir,  nonobftant 
quelconques  Edids,  Ordonnan¬ 
ces ,  Mandements,  DefFences  ôC 
Lettres  à  ce  contraires.  Donné  à 
Paris  le  20.  iour  de  Nouerobre, 
l’an  de  grâce  mil  Ex  cens  trente- 
deux,  &  de  noftre  régné  le  xxiij. 

Par  le  Confeil, 


Signé  DVMASj 


Jpprôhaîion  des  DoSteurs 
de  Sorbonne. 

NOus  fous  (îgnez,  Doreurs 
en  Théologie  de  la  Faculté 
de  Paris,  Certifions  auoir  exade- 
menc  leu  la  traduélion  Françoifc 
de  quelques  TraidFez  de  Maiftre 
Raymond  Lulle,  confifiant  en  fa 
LogiquCy  Veut  ,Art .  Ow^r  Cahaljîiqucy 
J\j(herche  duTvledmm  de  U  Con-- 
veyfion  d(4  Snyt  au  Vndicat.  Et  n’y 
auoir  rien  remarqué  quicontre- 
uienne  à  la  Religion  Catholique 
Apoftolique  6<Romaine,ains  que 
cohformementà  la  teneur  du  pro¬ 
cès  verbal  cy-joint  ,de  l’an  1505). 
La  doélrine  y  côtenuc  nous  a  paru 
trefbonne,  très  vtile  &  neccifaire, 
&  entièrement  conforme  à  la  Foy 
Orthodoxe.  Faiétce^.  deDecem- 
brei(j3i. 

M.  D  O  LE  S.  Doéleur  &  Pro- 
feifeur  en  Théologie. 

Fr.  L.  CAYON,  Dodeur^: 
Pf ofeiTeur  en  Théologie. 


I 


D  1  A  L  £  C  T  I  QJ/  E 
O  V 


LOGIQVE 

NOVVELLE. 

D  E  M'=  RAYMOND 

L  V  L  L  E. 

O  Dieu,  aucc  ta  fouueraine  pcrfe- 
(5lion,icy  commence  la  Logique 
Bâfue  &  Nouüelle. 

Oraifbn 

A  Logique  eft  vn 
Art,  par  lequel  le 
V  ray  &  le  faux  font 
cognéLis  enrefon- 
nansjêc  difeernez 
en  argumentant,:  Dans  laLo^« 
A 


^  Diale  clique  ou 
gique  trois  chofes  font  confi- 
derées  entre  les  autres  :  c’eft  à 
fçauoir,  le  Ti  rme  ^  h  Propo/itiorti 
O- 1’ Argument.  Le  Terme  eft  la 
didion  fignificatiue,  delaqueL 
le  la  propofition  eft  compofée, 
oiipeuteilre  compofée;  com¬ 
me  la  bonté,  la  grandeur  &:c. 
Dieu,  l’Ange  ôcc.  luftice ,  Pru¬ 
dence,  6cc.  Auariçe,Gourman- 
dife  &:c.  Il  y  a  deux  fortes  de 
T ermes, C’eft  à  fçauoir.Z.^  com^ 
muti,  é- 1^  ütfcret  Le  commun 
c’eft  celuy,  quifignifieoupeut 
fignifter  pluüeurs  chofes  foubs 
vne  impofition; comme  1  hom¬ 
me  l  animal ,  &;  femblables.  Le 
Difcret  c’eftceluy  qui  lignifie 
pu  peut  lignifier  vne  feule  cho- 
felous  vne  mefrne  impofition; 
comme  lefus  Ghrift,  Marie, 
Ôcc.Q^lquesTermes  font  dits 


Logique  nouuelie,  ^ 
(îgnes  vniuerfels,  &  quelques 
autres  font  dids  fignes  particu¬ 
liers.  Les  lignes  vnluerfelsAf- 
firinatifs  font,  comme  tout,  vn 
chacun,  1  vn  8c  l’autre,  partout 
aucc  mouuemenr,par  tout  fans 
mouuement,  toujours.  Les 
Négatifs  nul,  perfonnc,ny  IVii 
ny  l’autre,  iamais,  nulle  part, 
ôc-c.Les  fignes  particuliers  font, 
commc,aLicun,  quelquVnjfau- 
tre,  quelquefois,  en  quelque 
lieu  8c c.  Dans  la  propofîtion 
1  vn  des  termes  eft  le  fubied, 
l’autre  eft  le  prédicat,  1  autre 
le  lien.  Le  lien  eft  la  première 
perfQnne,la  fécondé  ou  la  troi- 
üéfme  perfonne  du  fîngulicr, 
ou  du  plurier,  Indicatiue  expli¬ 
quée  ou  impliquée  de  ce  verbe, 
Icfuis,  lu  es,  il  eft,  i  ay  efté.  Le 
febieétcft  le  terme,  qui  eft  de- 
A  ij 


4  DUU^icfue  ou 

nantie  lien  :  Comme  la  bonté 
elt  vn  eftant  :  celte  bonté  eit  le 
fubietl:ôic.  Le  prédicat  c’ell le 
terme  qui  ell  apres  le  lien  ,  &  il 
fe  diéb  du  terme  qui  elt  deuant 
le  lien.  C’eft  à  fçauoir  du  fub- 
ieél  :  comme  la  bonté  ell  gran¬ 
de,  Ce  terme  grande, ell  le  pré¬ 
dicat.  Et  les  lignes  vniuerfels 
particuliers  luldits,  ne  font 
ianuislefujedny  iepredicat. 

De  la  Tropoftion. 

La  Propofition  ell  vne 
Orailon  compolée  de  ter¬ 
mes  ,  dgnifians  quelque  chofe 
ellre  ou  n  ellre  pas  :  comme  la 
bonté  ell  grande,  l  auarice  n’eft 
pas  bünne,la  propofition  elt  de 
CoiX  lortcsjc  ell  a  Içauoirvraye 
ou  fat.  iTe,  la  proposition  vraye 

c  au  telle  qui  lignifie  comme  il 


Lo^icjuc  nom  elle.  5 

cft  ;  comme  la  luftice  eft  vne 
verciî.  La  propolition  faulTc 
cft,  celle  qui  lignifie  autrement 
qu’il  n’eft ,  comme  la  bonté  cil 
manuaife  :  rjaommc  n  cil  pas 
vn  eftant  ôcc.  La  propolinon 
fediden  deux  façons  :  L ’vnc 
cil  Cathcgorique,  L’autre  Hy¬ 
pothétique.  La  propoliiion 
Cathegorique  eft  vne  oraifon 
en  laquelle  il  y  a  vn  fubieét ,  vn 
prédicat ,  &  vnlien  :  comme  la 
bonté  cft  aymable  :  Dieu  ell 
éternel  :  La  foy  ell  vne  grande 
vertu  :  L  auarice  ell  mauuaifc. 
La  propofition  cathegorique 
cft  de  quatre  manières.  C  eft  à 
fçauoir,  CvnïuerfelU ,  U  Farticu» 
Itéré ,  l*/ nàe^nie,dr  U  Singulière^ 
L Vniuerfelle  eft  celle ,  de  la¬ 
quelle  le  fubjeél  eft  vn  terme 
commun ,  ioint  à  vnfigne  vni- 
K  iij 


6  Dialeélique  ou 
uerfcl,  comme  toute  pierre  cft 
fenfuelle  :  toute  puiffance  eft 
bonne,  &:c.La  propofition  par¬ 
ticulière  eft  celle  ^  de  laquelle  le 
fubje£t  eft  vn  terme  commun 
joint  à  vn  ftgne  particulier  î 
comme  quelque  bote  eft  gran¬ 
deur  :  Q^lquc  vertu  eft  fen- 
fuelle.  La  propofition  Indé¬ 
finie  eft  celle  de  laquelle  le  fub- 
jed  eft  yn  terme  commun  fans 
cftre  joint  à  aucun  figne:Com- 
me  la  bonté  eft  puiftantejrhom 
me  eft  créé, &c.  La  propofition 
Singulière  eft  celle  de  laquelle 
le  fubjed  eft  vn  terme  difcret. 
Cl]  commun  joint  à  vn  pronoft 
dcmonftratif.  Exemple  du  pre¬ 
mier  :  comme ,  lefus  Chrift  eft 
Dieu ,  l’homme  Bernard  eft 
Efcolier.  Exemple  du  fécond: 
Cét  homme  eft  T eologien.  De 


Lo^icfue  nouuelle,  7 
mefmc  la  propoficion  Cathc- 
gorique  cft  de  deux  {oi'tes,c’eft 
à  Cçauoir  affirmatiiie  ou  nega- 
tiue.  L’Affirmatlueeli:  celle,  de 
laquelle  le  prédicat  elt  oufem- 
ble  eilre  attribué  au  fubjeéi’, 
comme  l’home  elt  créé ,  1  hom¬ 
me  efl  raifonnable.  La  Nega- 
tiue  eft  celle,  de  laquelle  le  pré¬ 
dicat  eft  feparé  du  fubjeét ,  Ou 
femble  eftre  feparé  ;  comme 
l’homme  n’eft  pas  vne  pierre, 
l’homme  n’eft  pas  vne  plante, 
Uc.  Le  Logicien  fe  fert  de  trois 
demandes  en  vnepropofition, 
c  eftàfçauoir  ce  quee’ell  qu  elle 
^eft,  qu'elle  elle  eft,  combien 
grande  elle  eft  :  par  ce  que  c’ell 
il  demander  fçauoir  li  la  propo- 
fition  eft  Cathegorique  ,  ou 
hyppothetique:  Par  combien 
grande  en  fa  quaticé,  il  demade 
A  iiij 


8  '  Dtaleâique  ou 

fl  elle  eft  vniuei'felle,  particu¬ 
lière  ,  indefinie,  ou  finguliere. 
Et  par  qu’elle  en  fa  qualité  ,  fi 
elle  eil:  affirmatiue  ou  negatiue. 
Qi^lques  proportions  T’accor¬ 
dent  auec  d’autres  en  trois  fa¬ 
çons.  En  vne  façon  quand  elles 
font  de  mefme  quantité  ou 
qualité  ;  comme  fi  IVne  eft  vni- 
uerfelle,que  l’autre  foit  vniuer- 
felle,  ôcc.  ou  fi  l’vne  eft  affirma- 
riue,que  l’autre  foit  afErmatiue. 
Et  ainfi  de  la  Negatiue.  La  fé¬ 
condé  façon  quand» ils  ont  vn 
femblablefubjeét  ou  Prédicat: 
comme  la  bonté  eft  durable ,  la 
grandeur  eft  durable ,  ficc.  Par 
le  troifiefme  moyen  quand  el¬ 
les  font  femblables  en  fubje(ft: 
fie  en  prédicat  -..comme- la  bon¬ 
té  eft  grande  :  la  bonté  n  eft  pas 
grande  :  ainfi  des  autres. 


Logique  nouuelle  ^ 
De  la  Comerfion, 

A  Conuerfion  c’eft  la 


i  vtranfpofition  du  fiibjeft 
au  Prédicat,  &  au  rebours.  Le 
Logicien  faidl  deux  conuer- 
fions ,  IVnc  eft  di6te  fîmple, 
Tautre  par  accident.  La  fimple 
conucrfion  eft  le  changement 
du  fubjed  au  prédicat ,  &;  au 
rebours,  demeurant  enl’vne  6c 
l’autre  propofîtion  ,  mefme 
quantité  6c  qualité  :  Comme 
nulle  bonté  eftfujedhaylTable: 
elle  eftainli  conuertie  ;  nul  fub- 
jéél:  hay (Table  elt  bonté  :  fem- 
blablement  quelque  bonté  eft 
grandeur  :  elle  eft  ainft  conuer¬ 
tie  :  quelque  grandeur  eft  bon¬ 
té,  Par  cefte  conuerfion  (ont 
conuêJT'^-s  Tvniaerfeile  Ncga- 


A  y 


XO  ou 

tiue>  &c  la  particulière  Affirma- 
tiue  :  La  conuerfion  par  acci¬ 
dent  eft  le  changement  du  lu- 
je£l:  au  prédicat ,  ôc  au  rebours: 
en l’vneôi l’autre,  mefme qua¬ 
lité  reliante  ,  mais  la  quantité 
eftchâgée  comme  toutfenfucl 
eil  différent  :  fe  conuertit  quel¬ 
que  different  cft  fenfuel.  Sem¬ 
blablement  nul  animal  eft  pier¬ 
re:  efteonuertie,  quelquepier- 
re  n’cft  pas  animal ,  Sec.  Par  ce¬ 
lle  conuerfion  font  conuerties 
Tvnitierfelle ,  affirmai  lue  Sene- 
gatiue,  &:  ainfieft  conuertiela 
particulière  affirmatiuc  :  fem- 
blablementrindcfinie  Si  la  fin- 
guhere  félon  leurs  maniérés.  Il 
îie  fe  faiét  point  proprement  de 
conuerfion  de  la  particulière 
siegatiue  :  dautant  que  la  pro** 
ppluion  vraye  pourtoic  «lire 


Logique  nouuelle,  îï’ 
conuertieen  faiifTe  :  comme  û 
quelque  animal  n’elî:  pas  hom¬ 
me:  ellefeconuerciroit,  quel¬ 
que  homme  n  eft  pas  animal  : 
elle  feroit  faulTe  :  ôc  par  mcfme 
moyen  on  peut  dire  des  autres 
femblables,  d’où  vient  le  vers 
Latin 

Feci  fim^liciîer  Cônuertitur  eu4 
fer  acci. 

Des  Oppo  fît  ions* 

D  Ans  les  propofîtionSj  qui' 
.'accordent  en  femblable 
le  lujet  &le  predicacjibnt  faites 
quatre  oppoflcions  :  C’ell  à- 
fçauoir  Lts  Loniratres ,  les  • 
tra dit'tûires  les  SoHhz.cont^ai-t  ^  ^ 
&  S(*hafterr.e\  Sont  oppofés 
par  côtrarieté ,  iVniuerielkaf. 
irrmatiue  Sc  rvniucrfene  nèga- 
tKie  concordantes  en  fübjed^ 
A  VJ 


fï  DialeSiifue  ou 
prédicat  :  comme  en  difanc 
toute  bonté  eft  grande ,  nuile 
bonté  eft  grande,  Sc  amlides 
autreSt'  Sont  contradiûoire* 
ment  oppoTcs  l  vniuerfellene- 
gatiLie  &C  ia  particulière  affirma- 
tiue  ,  ou  Tvniuerlelie  affirma- 
tiueôc  la  particulière  negatiue, 
SCC.  ainfi  du  premier  nulle  bon¬ 
té  eft  grande.  Quelque  bonté 
eft  grande.  Du  fécond  ainfi. 
Toute  bonté  eft  grande ,  quel¬ 
que  bonté  n  eft  pas  grande, ôcc. 
Les  Subalternes  font  l’vniuer- 
felle  affirmatiue  Sc  la  particu¬ 
lière  affirmatiue  :  ou  l  vniuer- 
{elle  negatiue  &c  la  particulière 
negatiue  :  du  premier  ainfi: 
Toute  bonté  eft  grande,  quel¬ 
que  bonté  eft  'grande,  du  fé¬ 
cond  ainfi  nulle  bonté  eft  gran¬ 
de»/ quel  que  bonté  neft  pas 


Logique  nouuelle, 
grande, &:  ainfi  des  autres. Les 
Soubzcontrairesfont  la  paiv 
ticiiliereaffirmatiue  &  la  par¬ 
ticulière  negatiue.  Concor¬ 
dai!  tes  en  fubjea  &:  prédicat, 
en  difant  ainlliqueique  bonté 
eft  grande,  quelque  bonté 
ncil  pas  grande.  Et  ainfi  des 
autres  :  Commeilparroift  en 
la  figure  fuiuante,  &c  comme 
il  eftdiZi  de  la  particulière  de 
mefme  on  peut  dire  de  i’inde- 
finie  &  finguliere.' 


Tout  homme 


O 


O 


g  Les  fMurnees, 

< 


Lcygîque  muuelte, 

Les  extremes  de  lapropofi»^ 
tion  Cathegorique  font  le 
fubjea&lepredicar.  LaCa- 
îhegorique  fe  prend  en  deux 
façons  ;L  vne  cH  de  l'exrreme 
diiioint  :  L  autre  eft  de  l’ex- 
treme  conjoint.  LaCatKego- 
rique  eft  de  1  extreme  difioint 
au  fubjedou  au  prédicat,  de 
laquelle  vne  conjonaion  diP 
jonftiue  eft  mife  :  Comme  la 
bonté  GU  la  grandeur  eft 
grande  par  foy,  ôcc.  ou  en  di- 
fant  ainft,rhomme  eft  animal 
ou  pierre.  La  Cathegorique 
eft  de  l  extreme  conjoint ,  au 
ftibjed  ou  au  prédicat  de  la^ 
quelle  eft  vne  eonjonélion 
cppulatiue ,  comme ,  la  bon^ 
té  6c  la  grandeur  fontayma- 
blc&  t  ou  en:  difanc  ainft ,  îa 
|9ap&#graiîde6c  puiiSantô^ 


i6  DideBiqus  ou 

Ht  quelc^uefois  la  Cathegori- 

queefl  de  IvnSi  de  l’autre  ex¬ 
trême  difioint  ou  conioint: 
Et  quelquefois  d  vn  extreme 
difioint  1  autre  coniomt. 
La  contradidion  eft  1  affir¬ 
mation  :  Si  ffin  contredit  la 
négation,  à  vnmefme,  félon 
vn  mefme,  femblablement, 
énoncées  en  mefme  temps. 

De  U  rnatiere  de  U 
Trofofjtion. 

IL  y  à  trois  Matières  La  ïja* 
melle,  La  Contingente  ,& 
tBlloignée,  La  Naturelle  c  cil 
celle,  en  laquelle  le  prédicat 
cft  deTefTence  du  fubjed  ou 

fon  propre  icommelhomme 

cil  animal  :  l’homme  cft  rifi- 
ble.  La  matière  contingente 


L  o^ique  nouuelle.  1 7 


ceft  celle,  en  laquelle  le  pie- 
dicat peut  eftie  ou  n’ellre  pas 
fans  la  corruption  du  fubjec: 
Comme  l’homme  eft  blanc. 
La  matière  efloignécefl  celle 
en  laquelle  le  Prédicat  ne 
peut  conuenir  au  fubje^l: 
Comme  l’homme  eil  afne. 

Des  Loix. 


A  Loy  des  Contraires 


JL/  eft  telle  qu  elles  ne  peu- 
uent  eftre  en  aucune  matière 
enfemble  vrayes  :  toutesfois 
elle  peuuent, eftre  faulfes  eti 
matière  contingente.  La  Loy 
des  foubzcontraires  eft  celle. 
Quelles  ne  peuuent  eftre 
fauftes  en  aucune  matière  :  Et 
peuuent  eftre  vrayes  en  ma¬ 
tière  contingente.  La  Loy 


i8  Diale^ique  m 
des  contradictoires  eft  teîkj 
quelles  ne  peuuent  en  aucune 
matière  enfemble  efttevrayes 
ou  fauffes.  LaLoy  des  Sub-aî- 
ternes  elt  tellejque  fi  l’vniuer- 
felle  eft  vraye  ainfi  fera  la  par¬ 
ticulière, toutesfois  ilneft  pas 
ainfi  au  rebours  ,  iinon  en 
vne  matière  naturelle  ou  ef- 
loignée. 

Dell  jYofoJitionllyfothetique^ 

La  proportion  hypothé¬ 
tique  eft  l’oraifon,  en  la- 
pquelie  deux  Caihegoriques 
font  vnies  enfemble  par  vnc 
conionCtion  :  Comme  la 
bonté  eft  grande ,  6c  lagran*- 
deur  eft  bonne ,  6cc.  La  pro- 
pofttion  hypotetique  eft  de 
fix  fortes  :  CopuUtiue ,  Dtfion* 
&iue^  Codi$wnnelle^  Katkmelle^ 


Logique  nonueUe,  19 
Temporelle  ^Locale,  La  Copu- 
latiue  eft  l'hypothetiquc ,  en 
laquelle  il  y  a  deux  Cathego- 
riques  conjointes  par  vne  cô- 
jondion  copulatiue ,  cÔTne  la 
bonté el't  grade  &:  la  differéte 
ell  concordante  :  &cq.  La  Dif** 
jonétiue  eft  l’hy  potetique,  en 
laquelle  il  y  a  deux  Cathego- 
riques  conjointes  parlacon- 
jontion  difiontiue ,  comme 
l’homme  eft  Animal,  ou  le 
Lyon  eft  fenfible  ,  ôcc.  La 
Conditionnelle  eft  Thypo- 
thetique ,  en  laquelle  il  y  a 
deux  Cathegoriques  con-» 
jointes  par  cefte  dition  ,  ii, 
comme  li  la  durée  eft  puiifan- 
te,  la  puiflance  eft  durable, 
ôcc.  La  Rationnelle  eft  l’hy- 
pothetique,  en  laquelle  il  y  a 
deux  Cathegoriques  con.-, 


20  Di  ale  Bique  ou 

ioindes  parfes  coniondtions, 
doncques  ,  de  confequenc, 
comme  la  Sapience  eft  aima¬ 
ble,  doncques  la  bonté  cfl 
puiffônce  SCC.  La  Temporelle 
ell:  l’hypothetique,  en  laquel¬ 
le  il  y  a  deux  Cathegoriques 
conioindes  auec  vn  aduerbe 
de  temps,commcla  bonté  eft 
grande,  quand  la  grandeur  eft 
bonne,  S^c.  La  locale  eft  l’hy- 
potetique ,  en  laquelle  il  y  a 
deux  Cathegoriques  con- 
ioindesauec  quelque  aduer¬ 
be  local,  comme  la  vertu  eft, 
ou  la  iuftice  eft.  Sec. 

A  ce  que  la  Copulatiue 
foit  vraye  il  eft  requis,  que  les 
deux  Cathegoriques  foicn: 
vrayes ,  mais  quand  quelqu’- 
vne  des  Cathegoriques  eft 
faulTc,  pour  lors  elle  eft  fauf- 


Logique  nouueHe.  ir 
fc ,  comme  en  ciifant ,  l’hom¬ 
me  ell  Animal  Sc  l’homme  ell 
cheurej  &:  c'eft  pourquoy  il 
eftdi6t,  la  Copuladue  faulTc 
en  vne  partie, eil  toute  faufTe. 
A  ce  que  ia  disjondiue  foie 
vraye,  il  fuffit  que  quelque- 
vne  des  Cathegoriques  Toit 
vraye  :  comme  en  difant,  la 
bonté  eft  vercueufe ,  ou  bien 
l’homme  eft  animal ,  &:c.  Et 
c’eft  pourquoy  il  eft  diél,  la 
di^ondiue  vraye  en  vne  par¬ 
tie,  eft  vraye  en  tout  :  M  iis  à 
ce  ,  que,  la  Diliondiue  Toit 
faufTe,  il  faut  que  ces  deux 
Cathegoriques  foient  fauf- 
fes  :  comme  en  difant  l’hom¬ 
me  eft  raifonnable,  ou  la  pier¬ 
re  eft  animal  ôcc.  Pour  la  vé¬ 
rité  de  la  conditionnelle  il 
eft  requis,  que  Tantecedent 


z  t*  Diale^ique  ou 
ne  puifTe  demeurer  fans  le 
confequent  :  Comme  fi  tu 
es  homme,  donc  tu  es  vn 
eftanCjpour  auoirla  cognoif- 
fance  de  laquelle  on  confide- 
re,  Si  l’oppofé  du  confequent 
ne  répugné  à  l’antccedent. 
Mais  pour  la  faufleté  il  cft  re¬ 
quis,  quel’antccedent  puifle 
demeurer  fans  confequent, 
ce  qui  pourra  aufli  eftreveu, 
en  conlidcrant  que  roppofé 
du  confequent  ne  repugnel 
l’antecedent,  &:c. 

Toute  propoficion  eftnc- 
ceffaire,  po/Tibledmpoffible, 
ou  contingente.Laneceflairc 
cft  celle ,  qui  ed  tellement 
vraye ,  quelle  ne  peut  en  au¬ 
cune  façon  eftrefaufl'e:  Com¬ 
me  en  difant.  Dieu'eftbon, 
grand  &;  Eternel,  riiomme 


Lôgtquç  n  ou  U  elle, 
efl:  animal  &;c.  La  poflîble  eft 
celle  qui  peut  eftreou  n’cftre 
pas.  Comme  l’homme  fera 
Elcolier,  l’homme  ne  le  fera 
pas,  &c.  Mais  quand  cela 
pourra  ellre ,  &  n’eftrc  pas, 
elle  eh  contingence  :  comme 
il  faut  foüeter  l’efcolier,  où  il 
fera  loüeur ,  Sec.  rimpofTible 
eft  celle ,  qui  lignifie  la  chofe, 
qui  ne  peut  nullement  eftrc, 
comme  l’homme  cil  def- 
raifonnable ,  l’homme  n’efi: 
pas  Animal ,  ôcc. 

Des  Suppojîtions, 

T  A  Suppofition  eft  la  fi- 
**^gnification  d’vn  Terme 
pour  vnc  chofe  vniuerfellc 
ou  finguliere  :  &:  il  y  en  a 
troisdaccepeion  ,  c’eft  à  fça- 


14  Dîale(liqH€  OH 
uoir  la  fiinple,  la  perfonnelle, 
&:  la  matei  ielle,  La  fimple  ell: 
la  fignification  d’vn  terme 
pour  vne  chofe  vniuerfelle, 
comme  rhomme  eft  efpece. 
La  perfonnelle  eft  l’accep¬ 
tion,  la  lignification  d ’vn  ter¬ 
me  pouivne  chofelinguliere, 
comme  l'homme  court.  La 
Materielle  eft  la  fignification 
d’vn  terme  pour  vne  chofe, 
prife  matériellement, comme 
1  homme  eft  vne  diction  de 
deuxfilabes. 

Des  j^mpliations, 

L’Ampliation  eft  la  ftation 
ou  pofition  d’vn  terme 
commun  à  raifon  de  ladiuer- 
fiié  des  temps  dont  font  don¬ 
nées  les  règles  fuiuantes.  La 
prc^xiiere 


Logicjue  nouudle,  25 
première  eft,  Q^en  touce 
propolicion ,  en  laquelle  efl: 
mis  le  verbe  du  precerit  par¬ 
fait:  ou  le  participe,  le  terme 
precedent  eft  emplié  pour  ce 
qniell:,  ou  pour  ce  qui  a  elle, 
comme  vnefiile  Vierge  a  efté 
putain.  La  fécondé  réglé,  en 
toute  propolition  en  laquelle 
eftmis  le  verbe  ou  participe 
du  temps  futur.  Le  Terme 
precedent  demeure  pour  ce 
qui  eft  ou  fera ,  comme  le 
vieillard  fera  enfant.  La  troL 
fiefme  réglé  eft ,  tout  terme 
mis  en  vne  propofition  au 
refped  de  ceverbe,il  peut,  ou 
de  fon  participe,  demeure 
pour  ce  qu’il  eft, ou  peut  eftre, 
comme  le  blanc  peut  eftre 
noir. 

B 


Z  6  Dialeéîique  ou 

De  U  Keflriflton. 

La  Redridion  eft  la  Sta¬ 
tion  ou  pofition  du  terme 
en  vne  propoficion,  pour 
beaucoup  moins  de  lignifi¬ 
cations  ,  que  fa  nature  le  re¬ 
quiert,  comme ,  tout  homme 
blanc  court  :  Tout  homme 
pieux ,  eft  agréable  à  Dieu. 

Des  Predicahles  eù» 
Predkaments. 

IL  y  a  cinqPredicables,  qui 
font  les  cinq  voix  de  Por¬ 
phyre,  c’eft  à  fçauoir  le  Ge»rè, 
l^Efpece, la  D'tjference^ le  Propre^ 
&  l'Accident.  Le  Genre, eft  ce 
qui  f’endnce  de  plufteurs  dif¬ 
ferents  en  efpece,  en  la  que- 


.  Logicjue  ncuuelle.  17 
ftion  ce  que  c’eft.  L’Efpece 
eftj  ce  qui  f’enonce  de  plu- 
fieurs  differents  en  nombre, 
en  Iijqueftion  de  la  qualité. 
La  differance ,  efl  ce  parquoy 
quelqu Vnes  des  chofes  font 
differentes  des  autres.  Le 
Propte  eftce  qui  conuient  à 
l’vn  &C  non  à  l'autre ,  comme 
il  conuient  à  l’homme ,  qu’il 
foit  ririble,au  chien  qu’il  puif- 
fe  abayer  ,  &:c.  L’accident 
elt  l’eftant,  qui  ne  peut  exU 
fier  ny  par  foy  ny  en  foy. 

Les  Predicaments  font 
dix  ,  c’eft  à  fçauoir  Suhfiânce^ 
’ Quantité ,  ,  Relation^ 

uitiion  ,  Fanion  ,  Situation^ 
Qjtand^  Ou ,  Hd  'ttude. 
LaSubilance,efl:  ce  à  faquelle 
proprement  il  conuienf  d’e- 
ftre  6e  d’exifter  par  foy.  La 
B  i) 


i8  Dialeéîique  oh 
Q^ntité  cil  l’eftant,  qui  peut 
mel’urer  la  fubflance.  La 
Qualité  eft,ce.  félon  quoy 
nous  fommes  clids  quels  : 
Ladion  efl  l’ade,  félon  le¬ 
quel  nous  fommes  dits  Agir. 
La  PafTion  eft,  ce,  félon  quoÿ 
nous  patifTons.  La  Relation 
eft,  ce ,  parquoy  lesquel  Tvn  fc 
raporte  à  l’autre. La  Situation 
eft  l’habitude  de  la  chofe  ft- 
tuante  à  la  chofe  fituée. 
Quand,  eft  la  durée  félon 
la  permanence  de  la  chofe. 
Où,  eft  l’habitude  de  la  choi 
fevbiuifianteàla  choie  vbiui-^ 
fiée.  L’habitude ,  eft  l’habi¬ 
tude  delà  chofe  habituante, 
à  la  chofe  habituée.  Le  Pre- 
dicament  eft  l’ordonnance 
des  termes  félon  le  bas  Sc  le 
haut ,  comme  il  paroift  en  la 
figure  luiuante. 


Logique  nouuelle,  29 
Suhjlance, 

Cor^orellcf  Incorporelle, 
Corps^ 

Jnimê,  .  Inanimé,, 
Viuant  ou  Corps  anime, 
Senphle,  Infenfihle, 

Animal, 

Raifonnable,  Defraifon- 
nahle, 

► 

Homme, 

Chriji,  Socrates,  Tlatonl 
B  iij 


30  T)idlcflicjue  ou 

Comme  cét  Arbre  eft  fait 
dans  le  predicament  defub- 
flance,  ainfi  il  peut  eftrefaid 
dans  les  autres  predicaments: 
à  celle  fin  queleschofes  ap- 
paroifTent  aux  Sens,  entant 
que  fuperieures  ôc  inferieures 
en  chaque  predicament,  affin 
que  par  vne  telle  cognoiffan- 
ce,rhôme  puifTe  mieux  cher¬ 
cher  les  variétés  des  chofes. 

De  L'argumentation. 

7  ’Argufnentation  cfl:  vn 
'•^affemblage  de  paroles, 
defquelles  d’autres  paroles 
/’eniuiuent.  Comme  la  bonté 
cfb,  donc  quelque  chofe  eft. 
L’argument  efl  l’Oraifon 
compofeed’antecedent,&  de 
confequent, 


Logicjue  noHuelle.  31 
L’argumentation  à  quatre 
Efpeces  :  c’ell  à  fçauoir ,  Le 
Syllogifmc  5 1 InduSlion ,  /’£/?- 
th^mefme  l' ExempU^ 

La  preuue  eft  l’argument, 
dans  lequel  la  vérité  eft  appa¬ 
rente  :  àc  peut  eftre  faid  en 
trois  façons ,  c’eft  à  fçauoir 

par  Autheritê^pAY  Raifiin  meef^ 
/aire^  &  par  Demonfiration, 

La  Demonftration ,  eft  la 
déclaration  de  quelque  cho- 
fc  incongneuë  par  quelque 
chofe  cogneuë,  ou  de  quel¬ 
que  choie  peu  congneuc 
par  la  chofe,  d’auantage  con- 
gneuè  :  peut  eftre  faite  de 
trois  façons  ;  c’eft  à  fçauoir, 
par  ce  que  c  eft  à  priory ,  par, 
d’autant  que  apofteriory ,  &: 
par  equiparence.  La  Démon- 


32»  DialeÛicjue  ou 
ftration  par  ce  que  c’eft ,  c  efl 
quand  l’effed  elt  demonftré 
par  la  caufe  i  ou  l’inferieur  d>c 
pofterieur  parle  fuperieur  ou 
P  rieur:  La  demonllration  par, 
d’autant  que,  eft,  quand  par 
1  effefl:  la  caufe  eft  demôftrée, 
ou  quand  par  l’inferieur,  ou 
pofterieurde  fuperieur  ou  prL 
eur  eft  demonftré.La  démon, 
ftration  par  equiparencc  ou 
efgaiite  eft ,  quand  quelque 
chofe  efgalement  incongneu 
ou  efgalement  moins  con- 
gneu:  eft  demonftré  par  legal 
mieux  congneu,&:  celle  cy  eft 
la  meilleure  &  plus  neceftaire 
preuue  que  ne  font  pas  les 
deux  fufdites  :  d’autant  que 
par  icelle ,  les  chofes  les  plus 
hautes  font  demonftrees. 


Logique  nouuelle,  35 

Du  ^llogifme, 

T  E  Syllogifme,  eft  l’argu- 
-^menucion  en  lac^uellede 
deux  propoficions  premifes 
bien  arengées  en  vne  mode 
de  figure  deuè's,  f’ enfuit  la 
conclufion. 

Le  Sillogifme,doic  auoir 
en  foy  deux  premifes  &:vne 
conclufion,  comme  en  difant 
ainfij.tout  bon  eft  aymable, 
toute  vertu  éft  bonne,  donc 
toute  vertu  eft  aymable,  8c 
de  Tes  deux  premifes ,  la  pre¬ 
mière  eft  appelléc  majeure, 
la  fécondé  mineure  j  8c  celle 
qui  fuit  d’elles  eft  appellée 
conclufion. 

Trois  Termes  font  nscef- 
faites  pour  faire  le  Syllogif- 
B  V 


54  Dialeélique  ou 
me ,  dont  IVn  f’appelle  le 
moyen  ,  lautre  l’extremiEé 
maieure,^»:  l’autre  l’extremité 
mineure .  Le  Moyen  ciï  le 
T erme  qui  eft  pofé  deux  fois, 
auant  la  conclufion  ;  fçauoir 
eft  vne  fois  en  la  premife 
maieure ,  &  vne  fois  en  la 
preifme  mineure  ;  L’extre¬ 
mité  maieur,  eft  le  terme 
qui  auec  le  moyen  faid  la 
première  propofition.  L  ex¬ 
trémité  mineure  eft  le  terme 
là  qui  auec  le  moyen  faid  la 
fécondé  propofition  :  lamais 
le  moyen, ne  doit  edre  mis 
dans  la  conclufion  :  Mais  elle 
doit  eftre  faite  de  l’extremité 
maieure  mineure.  Et  tou¬ 
tes  ces  chofes  font  patentes 
ôc  manifelles  dans  le  fufdic 
Sylogifme:!!  eft  à  remarquer 


Logicjuc  nouuclle.  ^5 
Qi^il  y  a  vne  certaine  conclu- 
fion  direde  &  vne  autre  in- 
direde.  La  Conclufion  di- 
rede  ,  eft  celle,  en  laquelle  la 
plus  grande  extrémité  f’ef- 
nonce  de  la  mineure.  La 
conclufion  indirecte ,  eft  cel¬ 
le  en  laquelle  l’extremité  mi¬ 
neure  eft  efnoncée  de  la 
maieure. 

11  eft  aufti  à  remarquer,  que 
tout  bon  Syllogifme,  doit 
eftre  dans  vne  figure,  dans 
vne  mode.  La  figure  eft  la 
deué  ordonnance  des  termes, 
eu  efgard  aux  placements 
des  fubjets  Sc  prédicats ,  les 
figures  du  Syllogifme  font 
trois  J  SC  chacune  d’elle  à  fes 
niodes.  La  mode  eft  la  deué 
ordonnance  des  propofi- 
tions,  ayant  efgard  a  la  quany 


3.^  Dialeéî/que  ou 

tité&  qualité,  dans  les  mo¬ 
des  des  figures  Te  trouuét  ces 

vo7ellesicy,a,e,i,o,  A,efl: 
1  aiîitmatiue  vniuerfellej  E,  la 
negaciue  vnluerfelle ,  î ,  laf- 
Ermatiue  particulière,  O  ,  la 
negatlue  particulière,  doù 
vient  ce  vers 

^  J  Neg4î  E^feàvnim 
ner/aUferamhd. 

JyNegat  O^fedpaift  ’i» 
cuUriter  amhoy 

dont  le  fens  eiftel,que  l’A, 
affirme  ,  que  iE,  nie,  mais 
IVne  &  l’autre  vniuerfelle- 
lîîent ,1  î ,  affirme,  l’O ,  nie, 
mais  I  vne  &  l’autre  par  ticuli- 
crement.  Les  conditions  ge¬ 
nerales  à  toutes  les  Eguresi 
font  cinq  en  nombre:  La  pre¬ 
mière  qu  en  tout  Syllogifme, 
quelque  vne  des  premifes 


Logique  nouuelle,  5/ 
foit  vniuerfelle  :  La  fécondé, 
qu’en  tout  Syllogifme  quel» 
qu’vne  des  premifes  fôit  affir- 
matiue.  La  troiliefme,  que  fit 
y  à  aucune  des  premifes  qui 
îbit  particulière,  quelacon- 
clufion  foit  particulière;  mais 
non  pas  au  rebours,  La  qua- 
triefme,  que  û  la  conclufion 
eft  ncgatiue  que  quelquVne 
des  premifes  foit  negatiue  Se 
au  rebours,  àraifo-n  dequoy 
faut  remarquer  ,  que  dans  le 
Syllogifme,  des  pures  propo- 
titions  negatiues;&:pures  par¬ 
ticulières  ,  rien  ne  fenfuito 
La  cinquiefme ,  que  dans  au¬ 
cune  figure, on  ne  mette  La- 
mais  le  moyen  dans  la  con- 
clufion. 


5^  Dialeâique  ou 
Delà  première  Figure. 

T  A  première  Figure  eft 
‘^celle  en  laquelle  le  terme 
qui  eft  fubjet  enlapremife 
maieure,  eft  l’attribut  en  la 
mineure,  comme  en  difanr, 
tout  bon  eft  vray,  la  durée 
eft  bonne,  donc  la. durée  eft 
vraye.  Elle  a  quatre  modes, 
concluantes  diredement ,  Sc 
quelquefois  indiredemenc 
concluantes ,  les  quatre  pre¬ 
mières  font  celles  qui  font 
fignifiées  par  ces  didions 
Bar  bar  A  C  dirent  darij  Ferio. 
La  première  mode  eft  com- 
pofée  des  premifes  A  ,  con¬ 
cluantes  A,  comme  ainft  tout 
bon  eft  durantjtoute  gradeur 
eft  bonne,  donc  toute  gran¬ 
deur  eft  durable  ôcc.  La 


Logique  noîiuelle.  39 
deuxiefme  mode,  fe  faid  ds 
la  premife  maieure  E ,  de 
la  mineure  A,  concluante  l’E: 
Comme  ,  nul  mal  eftayma- 
ble,  tout  vice  eftmal,  donc 
nul  vice  eft  aymable.  La  troi- 
riefme  mode  fe  faid  de  la  ma- 
ieure  A,  ^  de  la  mineure I, 
concluante  11  :  toute  puilTam 
ce  eft  intelligible  ,  Dieu  eft 
puiftance, donc  Dieu  eft  intel¬ 
ligible.  Laquatriefmemode 
fe  faid  de  la  maieure  E ,  Se  de 
la  mineure  I ,  concluante  rO, 
comme  nul  fubjet  fpirituel 
eft  viftble,  quelque  Ange  eft 
*^fpirituel,donc  quelque  Ange 
n  eft  point  vifible. 

Or  les  cinq  modes  con¬ 
cluantes  indiredement ,  font 
celles  qui  font  fignifiées  par 
ces  didions ,  Bar  dicton , 


4  O  JûialeSlique  o  u 

laiîtes  dahitis fapcfmo fnfefomol 
rum  Baralipton ,  eft  compofé 
de  la  maieure  A  ,  de  la  mi¬ 
neure  A ,  concluante  I ,  com¬ 
me  tout  bien  eft  pofitif,  tout 
ce  que  Dieu  faid  eft  bien^dôc 
Dieufaidle  pofitïf.  cdames 
eft  compofé  de  la  maieure  E , 
de  la  mineure  A,concluam 
tes  E;  comme  nul  fubjet  ver¬ 
tueux  eft  vicieux, toute  gloire 
eft  vertueufei  donc  nul  fubjec 

vicieux  eft  gloire.  Vabitu  eft 
compofé  de  la  maieure  A , 
delamineurel ,  concluantes 
I,  corne  tout  eftant  ejjintel- 
ligible.  Quelque  particulier  ^ 
eft,  eftant,  donc  quelque  in¬ 
telligible  eft  particulier. 
I^4pefm$  eft  compofé  de  la 
maieureA, &de la  mineure  E, 
concluante  O, comme  toutes 


Logique  nouuelle,  41 
chofes  nouuelles  plaifenc, 
nulle  chofe  antique  eft  nou- 
uelie  J  Donc  quelque  chofe 
plaifante,  n’ell  point  antique. 
Fnfefomorum  eftcompofé  de 
la  maieure  I,  Se  de  la  mineure 
E ,  concluante  O  >  comme 
quelque  homme  cft  feruiteur 
de  Dieu,  nul  afne  eft  homme, 
donc  quelque  feruiteur  de 
Dieu  n  eft  point  afne.  Celle 
.figure  a  deux  propres  condi¬ 
tions.  La  première  eft ,  que 
dans  icelle  l’on  conclud  tou¬ 
tes  fortes  de  propolitions; 
fçauoir ,  eft  l’afKrmariue  &: 
negatiue  vniuerfelle ,  l’affir- 
maciue  &:  negatiue  particu¬ 
lière  ;  La  fécondé,  que  le 
moyen  foie  dans  la  maieure 
fubjeft,  dans  la  mineure  at¬ 
tribut, ou  prédicat. 


42f  DialeÛique  ou 

De  la  fécondé  Figure, 

T  A  fécondé  Figure  efi:  cel¬ 
le  J  en  laquelle  le  terme 
moyen  ,  qui  eft  prédicat  en  la 
maieure,  efi:  prédicat  en  la 
mineure  :  comme,  en  difant, 
nul  animal  eft  plante,  toute 
herbe ell  plante,  donc  nulle 
herbe  efl  animal, &  elle  a  qua¬ 
tre  modes,  qui  font  lignifiées, 
par  fes  diétions,  effare.  Came- 
Jires  iFeJtino  U<rrroc$,.  La  pre^ 
mieremode  fe  faitdela  ma- 
ieure  E ,  de  la  mineure  A, 
concluantes  E,  comme  dans 
leSyllogifmeauantdid.  La 
fécondé  mode,  fe  faift  de  la 
maieureA,  6c  de  la  mineure 
E,  concluante  E,comme  tout 
homme  efl  animal,nullepier-' 


Logique  nouuelie.  43 

reeft  animal, donc  nullej)icr- 
reeit homme.  La  croiiiefme 
modes  fe  fai6h  delamaieure 
E,  8c  de  la  mineure  I,  conclu¬ 
antes  O ,  comme  ainfi  nulle 
vertu  eft  hayfTable,  quelque 
vice  eft  haylTable, donc  quel¬ 
que  vice  n’eft  pas  vertu.  La 
quatriefme,  fe  faid  de  la  ma- 
ieure  A,  ôcdela  mineure  O, 
côcluantesOjCÔmeainfitouc 

fujet  ereé  eft  bô,le  péché  n’eft 
pas  bon,  donc  lepeche  n  eft 
pas  créé.  Les  conditions  de  la 
fécondé  figure  font  deux.  La 
première,  que  le  moyen  foie 
prédicat  en  l’vneSc  l’autre  des 
premifes.  La  fécondé, quela 
maieure  foit  vniuerfelle,*en 
quelque  Syllogifme  que  ce 
foit. 


4  4  Dialeéîique  ou 

De  U  troifefme  Figure. 

T  A  troifiefme  Figure  eft 
celle  en  laquelle  le  terme 
qui  ell  fubjet  dans  la  maieure, 
cil  fubjet  dans  la  mineure ,  &c 
elle  a  fîx  modes,  qui  font  fi- 
gnifiees  par  ces  dirions, 
Darapti  ,  FeUpîon  ,  Dtfamü  ^ 
Vatif)^  Bocarào^  Verifon,  La 
première  modeefteompofée 
de  premifes  A ,  concluantes 
I,  comme  toute  bonté  efl: 
grattde,  toute  bonté  eft  dura¬ 
ble,  donc  quelque  fujet  dura¬ 
ble  eft  grand.  La  fécondé 
mode,  fe  fait  de  maieure  E,  &: 
de  la  mineure  A,côcluanteO, 
comme  ainfi,  nul  bien  eft  vi¬ 
cieux  ,  tout  bien  eft  aymable, 
donc  quelque  aymable  n*eft 
pas  vicieux.  La  troifiefme 


Logique  nouuelle,  45 
modefe  delamaieure  I, 
&c  mineure  A,  concluantes  I, 
comme  ainfi,  quelque  bonté 
eft  Eternité,  toute  bonté  eft 
grande ,  donc  quelque  grand 
eft  Eternité.  La  quatriefme 
mode  fe  ftriét  de  la  maieure 
A,  8c  mineure  I,  concluantes 
I  :  comme ,  T out  homme  eft 
raifonnable,  quelque  hom¬ 
me  eft  cordonnier,  doncques 
quelque  cordonnier  eft  rai- 
fonnable.  La  cinquiefme 
mode  fe  faid  de  la  maieure 
0, 8c  mineure  A,  concluante 
O  ,  comme  quelque  fenfible 
’eft  pas  mortel ,  tout  fenft- 
bleeftviftble,  donc  quelque 
viftblc  ri  eft  pas  mortel.  La 
fixiefme  fe  fait  delà  maieure 
E ,  8c  mineur  1 ,  concluantes 
O  :  comme ,  nul  intelleduel 


4^  Dtaleéîique  ou 
eft  coloL'^j  quelque  intelle- 
â:uel  eftame:  donc  quelque 
ame  n’eft  pas  colorée,  &:c. 
Les  conditions  delà  troilief- 
ine  figure  font  deux  :  La 
première,  que  le  moyen  en 
l’vne  &  l’autre,  foitlefubjet, 
Ladeuxiefme,qu'elle  necon- 
clud,  que  particulièrement. 

De  llnduflion, 

T  ’Induétion  eft  l’Argu- 
-■—"mentation, en  laquelle  on 
;argué  des  finguliers  fuffi- 
famment  nombrez  àleur  vni- 
uerfelle  immédiate  :  comme 
Pierre efl bon,  lean  eltbon, 
&  ainfi  des  autres  ;  donc  tout 
homme  efi  bon. 


Logique  nouuelle.  47 

De  ï Enthymefme. 

L’Enthimefme  eft  l’argu- 
mentationjcn  laquelle  on 
arguë  d ’vne  feule  premilTe  à 
la  conclulion  :  comme ,  tout 
homme  elt  animal  :  donc 
Pierre  eh  animal  :  S>c  ainfides 
autres. 

De  lExemfle. 

L’Exemple  eftlargumêta- 
t ion,  en  laquelle  on  arguë 
d Vn  particulier  à  quelque  au¬ 
tre  J  à  caufc  de  quelque  chofe 
femblable  trouué  en  eux  :  co¬ 
rne  il  ell  bon  que  Pierre  férue 
à  üieu  :  donc  il  ell  bon  que 
Martin  ferue  a  Dieu.  Sem¬ 
blablement  ,  la  grandeur  eft 


4  8  Dialeâique  oh 
aymable,  donc  la  durée  cfl 
aymable  :  Targument  tient 
par  cette  chofe  femblable 
qu’il  eft  bon,  d’autant  que 
tout  bo  n  eft  aymable. 

Des  lieux,  cjjt* premièrement 
dulieu  duplus auxmoins^ 

T  E  Lieu  du  plus,  efllargu- 
-*^ment  qui  fe  faid  du  pluj 
au  moins  :  comme  Diei? 
peut  creerle  monde  :  donc  il 
le  peut  conferuer,  ou  bien ,  le 
Roy  peut  auoir  cent  Soldats, 
donc  il  en  peut  auoir  cin¬ 
quante  :  Et  ce  a/Ermatiue- 
ment ,  mais  negatiuement 
ainfi  :  Le  Roy  ne  peut  fur- 
prendrelecamp ,  doncny  le 
Soldat.  Semblablement  le 
feu  ne  peut  brufler  le  bois, 
donc 


Lo^icjue  nouuelle.  49 
donc nyl air:  &cc.  Etainfiil 
paroiü  do  quelle  forte  i’hom- 
mepeutaiguerpar  ce  lieu  af- 
firmatiuement,  &:  negatiue- 
ment,  comme  il  appert  cy- 
defTiJS.  La  condition  de  ce 
lieu  eftjque  le  plus&:  le  moins 
f’accordent,en  ce,enquoy  il 
cflargué,de  1  vn  à lauire.  Et 
pour  ce  il  ne  f’enfuit  pas» 
l’homme  ne  peut  faire  vnc 
pomme,  doc  ny  le  pommier: 
la  rajfon  poiu  quoy  il  n'a  pas 
lieu, parce  que I  homme ôclc 
pommier  ne  f’aecordent  pas 
en  failant  des  pommes,  ÔC 
par  confequent, l’homme  eft 
plus  que  le  pommier,  ny  au 
au  rebours,  en  ce  qui  eftdc 
faire  vnepomme,  ôt  ainû  des 
autres* 

'  C 


5©  Dialectique  ou 
Du  beu  de  CEgaL 


T  Elieudeî’ErgaUefirargu 
met,  quife  fait  de  l’efgal, 
à  refgal:  comme  l'homme  eft 
^compofé  de  corps  &c  d’ame, 
donc  la  créature  fenfuelle  Sz 
întclleduclle  efl  compoféc 
de  corps  &c  d’amerfemblablc- 
ment  en  difant ,  le  rifiblc  elt 
bon:donc  1  homme  elt  bon, 
6cc.  ouainfî,  la  bonté  diuin^ 
cft  infinie  fans  quantité ,  &c. 
La  condition  de  ce  lieu  elt; 
que  les  chofes  efgalcs  f’accor* 
dent,  en  ce,enquoy  onarguc 
de  Tvn  à  l’autre  :  &pource,iI 
ne  fenfuit  pas ,  Raymond  elt 
Médecin  :  donc  lean  elt  Mé¬ 
decin:  parce  qu’il  peut  eftre 
cocdônier^  U  ainii  des  autres. 


Logique  nouuelle.  31 

Du  lieu  du  Moins. 

T  E lieu  du  moins  cft  lar- 
^  gu  ment ,  qui  fe  fait  du 
moins  au  plus  ;  comme  ainfi, 
le  Cheualier  peut  auoir  vn 
cheual ,  donc  le  Roy  peut 
auoir  vn  cheual.  L’homme 
ne  peut  porter  dix  quintaux, 
donc  il  n’en  peut  porter 
vingt.  L’air  peut  efchaulFcr, 
donc  le  feu.  Demefmeque 
ce  lieu  procédé  affirmai  iue^ 
ment,  &:  negatiuement, com¬ 
me  il  elt  ditjdu  lieu  du  plus. 
La  condition  de  ce  lieu  eft, 
que  le  moins  &  le  plus,l’ac-^ 
cordent,  en  ce,  dequoy ,  on 
argue  de  Tvn  à  l’autre, &  pour 
ce  il  ne  f’enfuit  pas ,  l’Aigle 
peut  voler  >  donc  l’homme 
Ci; 


Diaïe^icfueou 
peut  voler  :  d’autant  que 
l’homme  U  l’Aigle  ne  f’ac- 
cordent  pas  dans  le  voler  >  3e 
ainh  des  autres. 

Des  Confequences, 

LEs  principes  de  la  Coiï- 
fequence,(ont  l’Antece- 
dent  5c  le  confequenr ,  5c  la 
marque  de  la  confequcncc* 
L  antécédent  eft  ce  qui  nc- 
ceflîte  qu’il  fuiuc  quelque 
chofe  par  luy  ,  Le  Confe- 
quenc  eft  celuy  >  qui  monltrc 
deuant  foy  vne  nectflité.  Là 
marq  IC  de  la  confequcnce  eft 

dite  cette  conion^^ion , par  le 

moyen  de  laquelle  la  propo- 
fitipn  qui  eft  antécédente  ,  5C 

celle  qui  çft  confequente  font 
conjoüites,côœcionc>donc> 


Logique  nouuelle*  53 
de  confequentjSc  autres  fem- 
blables.  La  confequence^eft 
quelque  raifonnement  ,danî^ 
lequel  eft  lantecedenc  Sc  le 
confequentjauec  la  marque 
de  la  confequence  :  comme 
en  difant,  laborué  eft,  donc 
la  durée  eft.:  Semblablemenc 
la  bonréeft  grande,  donc  U 
bonté  eft  durable:  Sembla¬ 
blement  l’homme  eft,  donc 
le  corps  &  l’ame  font: de  mef- 
me  l’Ange  eft,  donc  l’intelle- 
(ftueleft,  SCG.  Etdçlaçonfe- 
quence  fufditc  font  données 
des  réglés  fpeciales,  La  pre¬ 
mière  defquelles  eft  :  que  de 
vrayes  il  ne  ftenfuit  que  vray, 
mais  des  fauftes  quelquefois 
yray  ôefaux.  Exemple  :  com¬ 
me  l’homme  eft  afnc,  donc 
ü  eft  a^iimal ,  ce  qui  eftyray* 
C  iij 


1 


54  DiaU Clique  en 

te  l  âfne  à  vnc  amc  raifonna» 
ble,  ce  qui  eft  faux.  De  mef- 
me,  tout  ce  qui  fuitaucon- 
fequent  dVne  bonne  confe- 
quence,  fuit  à  l’antecedent. 
Et  tout  ce  qui  antecede  à  l’an¬ 
tecedent,  antecede  au  confe- 
qiient.  Et  tout  ce  qui  répu¬ 
gné  au  confequent ,  répu¬ 
gné  à  lantecedent.  Dauanta- 
gedelvniuerfel  à  fa  particu¬ 
lière  ou  indefinie,  qui  luy  eft 
fubalterne ,  la  confequence 
eft  bonne, 5c  non  au  rebours, 
linon  en  la  matière  naturelle 
ou  efloignee  ;  5c  de  la  parti¬ 
culière, à  Ton  indefinie  6c  au 
rebours  ,  la  confequence  efl 
bonne  :  6c  generallement  de 
la  deffinicion  au  deffiny,  de  la 
defeription  au  fujet  d’efcric, 
de  l’interpretation  au  fujet 


Lop/juf  nouuelle.  55 
interprété  ,  dVn  Synoniine 
à  vn  autre  Synonime. 

Ues  Fallaces, 

Le  Paralogifme  efl:  l’ar¬ 
gument ,  mdicant  eftrc 
vray  ,  ce  qui  eft  faux  ,  au 
rebours  :  &:  c’cïl  pourquoy 
on  dit  paralogifme)  comme 
fl  on  vouloir  dire  apparent 
Syllogifme.  Le  paralogifme 
fc  faid  en  deux  façons  :  en 
Vne  façon  dans  la  diélion  >  en 
l’autre  hors  la  diélioni  Le  pa- 
ralogifmc  eu  efgard  à  la  di¬ 
ction,  fe  faid  en  fix  façons, 
félon  que  font  les  falaces 
dans  ladidion  ,  ceft  à  fça- 
UO^iE^uikOcation^  ^mphtbo^ 
logie  ,  Compefitien , 

Accent ,  ligure  de  diSlion  :  Sc 


i 


5^  Diakclique  ou 
font  dites  cftre  datvs  ta  di- 
6tion,  par  ce  qucidans  la  di- 
â:ion,8c’par  la  didtion,  fc  faic 
la  falace  ,  comme  il  pa-» 
roiftra  cy  defTous. 

La  falace  de  l’Equiuoca- 
tion  eft  la  déception  qui  pro- 
uienc  de  ce  que  quelque  di^ 
âiion  fignifie  par  diuers  ref» 
pieds  pluûeurs  chofese,côme 
celle  didio  fi ,  le  chien, ligni¬ 
fie  vnclvien  qui  peut  abayer, 
&V1Î  certain  poilîon  marin, 
&:  vu  certain  ligne  du  Ciel, 
ôc  vn  homme  mordant ,  &: 
mefchanc. 

Lafalace  de  l'Amphibolo- 
gicicft  la  dcception  proue- 
nante  de  ce,  qirvnd  mefme 
Orairon,totallemenc  fignihe 
plufieurs  chofes,  comme  cet¬ 
te  Orairon,le  liure  du  Maiflrc 


jLogique  nouuelle»  57 
à  deux  fens ,  IVn  eft  le  liurc 
du  maiilrejC’cft  à  dire  fait  par 
lemaillre,  &  l’autre  fens  ell:  le 
liuredii  maiflre,  c’efl:  à  dire 
poffedé  par  le  maiftre. 

La  falace  de  la  Compofî- 
tionefl  la  déception  proue- 
nante  de  ce  que  de  la  multi¬ 
plicité  potentielle  de  quel¬ 
que  Oraifon,  dont  les  di¬ 
rions  peuuent  fe  coinpofcr 
enfemble  ,  dans  le  fens  com- 
poléjfont  faulTes ,  &:  dans  le 
fens  diuiféjfont  vrayes, com¬ 
me  cette  Oraifon^tout  ce  qui 
vit  ,  toufiours,  eft,  cette  di- 
éUon  touliours ,  fi  elle  eft  mi- 
fe  auec  ce  yerbe  vit ,  elle  eft 
ainftvraye,  que  fi  on  la  met 
auec  le  verbe  eft,  elle  eft  ainlî 
fauftedlen  eft  ainfi  de  celle  cy 
<out,çe  quiexiftepar  to^t>eiL 


1 


5  8  Dlaleéîlque  ou 

La  falace  de  la  Diui{ion,eft 
la  déception  prouenate  delà 
multiplicité  potentielle  de 
quelque  Oraifon,dont  les  di- 
âions/e  peuuent  diuifer  les 
Vne  des  autres^  &c  dans  le  fens 
diuiréjclle  eft  fauire,&  dans  le 
comporé,elle  eft  vraye,  com¬ 
me  cefteOrairon,toute  créa¬ 
ture  eft  fenfuellejou  intelle^ 
éluclle,  peut  auoir  deux  fen^, 
IVneft,  que  toute  créature 
£bit  fenfuelle  ,  ou  bien  que 
toute  créature  foii  intelle¬ 
ctuelle,  SC  ainfi  elle  eft  faufle, 
ou  le  fens  peut  eftre  tel,  toute 
créature  eft  fenfuelle; ou  in- 
telleduelle  cnfemblement,&: 
ainfielle.eft  vraye, 

La  falace  de  l’Accent, eft  la 
déception  ;  prouenante  de  ce 
que  quelque  diction  diuer- 


Logique  nouueüel  59 
fement  prononcée  :  fignifie 
diuerfes  chofes, comme  cecte 
diétiô  J  occidtti0^2iï\à  la  filabe 
en  fa  penultiefme  eft  longue, 
fignifie  tuer,  mais  quand  en 
fa  penukiefme  filabe, elle  eft 
brieue,  à  lors  elle  fignifie 
choir, 

La  fftace  de  la  figure  delà 
di6tion;cft  la  déception,  qui 
fe  fait  de  ce  que  quelque  di- 
élion  eft  femblable  à  l’autre 
diftion,  &  fembleauoir  vne 
mefme  forte  de  fignification: 
mais  tou:t;sfois,clle  ne  la  pas: 
comme  par  exemple,  toute 
eaue  eft  froide, la  M  ereft  eaue 
donc  elle  eft  froide. 

Il  y  a  fept  falaces  hors  la 
diflion ,  fçauoir  eft, de  l’acci^ 
dentjfuiuant  quoy,eft  fimple^ 
ment  Itgnorance  dé  bc Isn- 
C  vj 


éo  DîdU clique  ou 
che  :  la  pétition  ou  demande 
du  principe:  le  confequent, 
la  non  cauie ,  comme  caufe  : 
Plulieurs  interrogats  comme 
fl  ceftok  vn  feul ,  Sc  telles 
falaces  font  appeUces,hors  la 
didion  :  car  la  faiace  Ce  fait 
des  propoiicions  fophifti- 
ques,  ôc  la  caufe  apparence  fc 
prend  delà,  part  delà  chofCs 
^  en  cecyicUes  font  difFeren- 
tes  de  falaces, qui  fe  font  dans 
ladiflion  ,  dans  lefquelles  ,1a 
caufe  apparente  fe  prend  de 
lapartdelavoixôcdidion.  . 

La  faiace  de  l’accident,  eft 
la  déception  qui  fe  fait, de  ce 
que  quelque  chofe  fi^nific 
ettre  iimplement,dans  l’vnc 
le  l’autre  des  chofes  qui  efga- 
lement  (ont  vnes, comme 


L ogi(ju e  no uuel'*..  6î 

&  ranimai  efl  du  genre  neu¬ 
tre  :  donc  l’homme^  eft  du 
genre  neLicre,cela  ne  vauc,ny 
ne  fuit,  d’autant  que  l’hom¬ 
me, &:  l’animal, ne  font  point 
lamerme  chofeTimplement. 

La  falace,  fuiuanc  quoy,&: 
fimplemêr,eft  la  deceptio  qui 
fefait  de  ce  que ,  cequi  fe  dit» 
fuiuant  quoy:ou  condition- 
nément  fe  prend,  comme,f  il 
eftoit  di£l  hmplemenc  :  com¬ 
me  par  exemple ,  Adam  clt 
homme  mort,  donc  il  eft 
homme:  Celane  vaut,n’y  n’a 
point  de  fuitee ,  par  ce  qu’on 
argumente  deladiflion,  fui- 
tiant  quoyià  la  didion  fim- 
plemenc. 

La  falace  de  l’ignorance  de 
l’Elench  e  »  eft  la  deceptio  qui 
üefaid ,  de  çp  qu’on  ,40  garde 


ci  DUleBique  ou 
pas  les  chofes  qui  font  reqiii- 
fes  à  la  définition  de  la  con- 
tradidion  :  comme, par  ex¬ 
emple,  rhomme  cft  dans  1 E- 
glife,  SC  n’efi;  point  en  mer, 

doncilefl:,ôin’cftpas. 

Lafalace  delà  pétition  ou 
demande  du  principe,  eft  la 
déception  ,qui  fe  fai£l:  de  ce 
que  la  mefme  chofe  fe  prend, 
pourlaprcuuedefoy  mefme, 
&  ce  ,  fous  vn  autre  terme, 
commie  fi  quelqu’vn  vouloir 
prouuer  que  l’homme  lit,  Sc 
qu’il  preuuaft,  ainfi  l’animal 
raifonnable  mortel  lit ,  donc 
l’homme  lit. 

La  falace  du  confequent, 
cft  la  déception  quifefai£l:  de 
ce  que  le  confequent,eft  tenu 
pour  eftre  ,  de  mefme  que 
Tantecedent ,  corne  fi  1  hom- 


Logique  nouuelle,  6^ 
ine  eft ,  l’animal  eft  i  donc  li 
l’animal  eft,  l’homme  eft, cela 
ne  vaut,ny  n’a  point  de  fuite. 

La  falace  de  la  non  caufe, 
eft  la  déception  qui  fe  fai6t 
de  ce  qu entre  les  premifes, 
defquelles  la  conclufion  fuir, 
l’on  met  quelque  propofitiô, 
qui  ne  fait  rien  à  laconclu- 
lion,  pour  cela,elle  f’ap- 
pelle,  non  caufe. 

La  falace  fuiuanc  pîu- 
fieurs  interrogats ,  com¬ 
me  û  c’eftoit  vn  feul ,  eft  vne 
déception  ,  qui  fe  fait  de  ce 
qu  a  vn  interrogat  aboutif- 
fant  à  plufteurs ,  fe  fait  vne 
feule  refponce  :  comme,  par 
exemple  ft  on  demande,le 
miel ,  &:  le  fiel  font  iis  doux; 
fi  on  refpond  que  non  , 
donc,lemiel  n’eft  pas  doux. 


^4  Diale flique  ou 
fi  on  refpond  que  lî  ,  l’on 
conclura  donc ,  le  fiel  eft 
doux  5  &:c.  par  ce  que  tu  dois 
donner  à  pludeurs  incerro- 
gats  diuerfes  refponces. 

De  U  Dif^uter 

T  A  Difpute  eft  vne  con- 
-■^trarieté  fpirkuelleiqui  dé¬ 
claré  par  paroles  la  concep¬ 
tion  qu’vn  entendement  à 
contre  vn  autre. 

Des  Conditions  de  U 
Difpute* 

Ar  ccluy  qui  difpute, doit 
^^premièrement, auoir  l’in¬ 
tention  de  cognoiftre  &:  ay- 
îper  la  vérité,  &:  de  cognoi- 
itre  ôcjiayriaiauffetéjôc.pour 


L  of^tcjue  n  gu  uclle.  6$ 
cela,  celuy  qui  difpute  vrayc- 
ment  comme  il  f  lut,  doit  ac¬ 
corder  les  chofesvrayesjcon- 
gneuës,  &  nier  les  fauffes. 

En  fécond  lieu ,  que  des  le 
commancement , lo  fuppofe 
que  IVne  èc  l’autre  partie  de 
la  queiüon  foit  polTible,  c’ell 
à  fçauoir  1 ’afHrmatiue,  &c  la 
negaciuc ,  affin  que  l’enten¬ 
dement  en  fa  recherche,  foit 
libre-, 8c  nullement  lie. 

En  troifiefme  lieu ,  que  ce¬ 
luy  qui  argue  prewiue^u  im- 
preuue,par  quelque  efpece 
d'argumentation, en  fondant 
l’argumétifur  quelque  efpece 
de  demonftration. 

En  quatriefme  lieu, qu’en¬ 
tre  ceux  qui  difputent ,  il  y 
ait  vne  amitié  commune. 


66  Diale  fl  ou  Lùg  non, 
affi  i  de  relrener  la  contra* 
riecé  particulière,  quils  ont 
à  railon  de  ce, doue  lU  dif* 
purent. 

F  I  N. 


:4- 


;  »  k*t 


1 


f>7 


LART£REF 

de  M^RAYMOND 


L  V  L  L  E. 


L’Abrégé  &:  Introdudion 
du  grand  Arc. 

Le  Prologue» 

DiEy,auec  ta  grâce» 
ta  Sapience ,  &-  ton 
Amour  i  Icy  com¬ 
mence  l’Arc  Bref» 
qui  eft  ri  mage  de  T  Art  vni- 
iicrfel,qui  eft  intitulé  en  cette 
forte  :  O  Dieu,  auec  ta  fouue- 
raine  perfection ,  icy  com¬ 
mence  l’Art  general  ôc  dec-; 
;ïûer. 

D 


68  L! An  href  de  M. 

Du  Prologue, 

La  raifon  pour  laquelle 
nous  faifons  cet  Art  bref 
elt.affin  que  le  grand  Art  foie 
plus  facilement  congneu  & 
entendu  :  Car  fçaehant  cét 
Art  cy-deuant  dift,  les  autres 
Arts  5  poiirrôt  auffi  facilemét 
cftre  congneiis  &:  appris.  Le 
fujet  de  cét  Artjeft  de  refpon- 
,drc  de  toutes  fortes  de  quê¬ 
tions  ,  fuppofé  que  l’on  fça- 
che  ce  qui  fe  did  par  le  terme 
où  le  mot.  Et  çe  liure  et  di- 
uife  en  treize  parties ,  efquel- 
Jes  femblablement  le  grand 
Art  et  diuifé.  La  première 
partie  eft  de  lAIphabet.  La 
Leçonde  des  Figures.  La  troi- 
Gefme  des  De^ition^  jU 


Ra^ymond  Luile. 
quatriefme,  des  Réglés.  La 
cinquiefm.e,  de  la  Ikuation  de 
la  Table.  La  fixielmc,  de  1  e- 
uacuation  de  la  troiliefiTieFi- 
gure.La  feptierme,  delà muL 
tiplication  de  la  quatrieimc 
ügui'e.La  hui(Sl:iefme,du  mef- 
lange  des  piincipes  &:  des 
Réglés.  La  neufiefme,  des 
neuf  fubjcts.  La  dixiefme, de 
l’Applicadon.  La  vnzieimc, 
des  Q^ftions. La  douzième, 
dei’Habicuation.La  treizief- 
me,de  la  manière  d’enfeigner 
cét  Art  î  Et  premierenient 
nous  parlerons  ainli  de  la 
premierpi^  '  - 


T. 

-  --  -H 


70  L"  Jrthrefde  M, 


De  la  première  partie  qui 
efl  de  t  Jlphahet  de 
cét  Art. 

Chapitre  L 

'>^0us  pofons  TAIphabet 
en  cét  Art ,  afin  que  par 
fon  moyen  nous  pu i /Tiens 
/aire  des  figures,  Sc  au/Ti  meT 
1er  les  principes  6c  les  reigles 
pour  chercher  8c  trouuer  la 
vérité.  Car  par  vne  lettre  qui 
aplufieurs  fignificationsjl’en- 
tendemenc  eft  plus  vniuerlel, 
pour  regarder  plufieurs  cho- 
fes  fignifiées ,  6c  pour  faire 
auflilafciçncc. 


Raimond  Luile,  71 
Et  il  faut  fçauotr  cet  Al¬ 
phabet  par  cceur ,  car  autre¬ 
ment  l’Artifte  ne  fe  pourra 
bien  feruir  de  cet  Arc. 


yi  L"  /értlrefJe  Aâ. 

B  Signifie  Bonté  :  Difteren- 
ce,rçauoir-mon:  Dieu, 
luftice,  Auarice. 

C  Signifie  Grandeur,  Con¬ 
cordance,  ce  que  C’efi: 
rAnge,Prudence,Gour- 
mandife. 

J)  Signifie  Durée,  Contra- 
“  rieté,  DequOy ,  le  Ciel, 
Force,  Luxure. 

E-^  Signifie  PuiiFance,  Prin¬ 
cipe,  Pourquoy, L’hom¬ 
me,  Tempérance,  Su¬ 
perbe. 

F  Signifie'Sapiéce,  Moyen, 
Combien  grand,  Imagi¬ 
natif,  Foy  ,  Lafcheté  * 
ou  Parefie. 

G  Signifie  Volonté  ,  Fin, 
Quel,  Senfitif,  Efpe- 
rance,  Enuie. 


'Kaimonâ  Lulle»  jÿ 

H  Signifie  Vertu,  Majorité, 
Q^nd,Vegetatif,Cha- 
rité,  Cholere. 

I  Signifie  Vérité  ,  Egalité, 
Ou  ,  Elementatif,  Pa¬ 
tience,  Menfonge. 

K  Signifie  Gloire,-  Minori¬ 
té,  Comment,  6^auec 
quoy  ,  Inftrumcntatif» 
pieté  ou  Pitié, Incon¬ 
fiance. 


7  4  L!  ^rt  bref  de  M. 


De  U  fécondé  partie  quiefi 
des  Figures,  (sr  premiè¬ 
rement  de  la  première, 

CjH  AP.  1 1. 

CEile  partie  efldiuifée  en 

quatre  parties  i  ceft  à 
fçauoir  en  quatre  figures ,  la 
première  figure  elt  de  A,cefte 
ligure  contient  en  foy  neuf 
principes  :  c’efi  à  fçauoir  la 
Bonté,  la  Grandeur ,  &:c.  8c 
neuf  lettres, c’eft  à  fçauoir,  B, 
C,  D,  E ,  &:c.  celle  figure  ell 
Circulaire ,  &  ce  d’autant  que 
le  fubjed  ell  changé  en  prédi¬ 
cat,  8c  au  rebours,  comme 
quand  on  di6l ,  la  Bonté  ell 
grande  ,  ôc  la  grandeur  cil 


Lit  première  Figure,  ^ 
Tredicats  abfolutsf^ 


KaimondLuUe.  75 
bonne,  Scainfi  des  autres  ;  En 
celle  £gure  l’Artifle  cherche 
vne  naturelle  conjondîon 
entre  le  fubjet  &:  le  prédicat, 
vne  diTporuion,&:  vne  pro¬ 
portion  ,  afin  qu’il  puifTe 
trouuer  vn  moyen, pour  faire 
la  conclufioii.  Car  chaque 
principe  pris  en  foy,eft  entiè¬ 
rement  general  j  corne  quand 
on  didjda  bonté  Sc  la  gran¬ 
deur,  iviais  quand  vn  princi¬ 
pe  elb joint  à  vn  autre .  pour 
lors  ce  principe  efl  fubalter- 
ne,  comme  quarid  on  diét, 
ba bonté  grande,  6çc.  Et  quad 
-  Jfju.elque  ^ 

vn  fingulier, pour  lors  leprin^ 
cipe  eh  rpecialiflime,commé 
quand  on  diél ,  la  bonté  de* 
Pierre  efl  grande  5  &:  ainft 
l’entendement  a  l’efchelie 
D  V 


•]6  L' Jrt  bref  âe  M. 

pour  monter  &  defcendre  dti 
principe  entièrement* gene¬ 
ral,  a  celuy  qui  n’eft  pas  tout 
■a  faift  general  :  &  de  celuy 
quin’e  pas  entièrement  fpe- 
cial  J  à  celuy  qui  eil:  tout  a  fait 
fpecial,  &:  autant  en  peut-on 
dire  de  l’afcenfion  de  celle 
efchelleàfamode. 

Tout  ce  quieft,  efl  impli¬ 
qué  dâs  les  principes  de  celle 
figure  ;  car  tout  ce  qui  ell  j  où 
il ell bon, ou  grad,  &c.  Com¬ 
me  Dieu  Se  l’Ange ,  qui  font 
bons  &c  grâdsj&c.C’eil  pour- 
quoy  tout  ce  qui  efl,  peut 
cllre  réduit  fufdits  priaei- 
pes,  — 


Kaimond  Lullel  77, 


De  U  fécondé  figure, 
.fignifiée  far  T. 

CtîAP.  III.  * 

La  fecôde  figure  eft  nom¬ 
mée  par  T,  Cefte  figure 
contient  en  foy  trois  trian¬ 
gles  ,  3c  chafque  triangle ,  eft- 
genefalàtout. 

Le  premier  triangle  efl  de 
la  Différence,  Concordance^' 
Contrariété  ;  dans .  lefquels 

tout  ce  <^ui  eft,  tombe  afa  fa-? 

çon  :  Car  tout  ce  c[ui  eft,  ou  il 
cft  dans  laDifference  ,;  Con¬ 
cordance, ou  Contrariété  i  3C 
on  ne  peut  rien  trouuer  hors  • 
ces  principes.  Il  faut  toutes-i 
£ois  f^auoirijue  chaque  a,ng,l^ 


7S  L*JrthrefdeM, 
àç  ce  triangle  a  trois  efpecesr 
Car  il  y  a  de  la  différence,  en¬ 
tre  fenfuel  &c  fenfuel ,  comme 
l’ar exemple,  entre vne pier¬ 
re,  ôc  vn  arbre  :  encores  entre 
fenfuel  &:intelle6tuel,commc 
par  exemple ,  entre  le  corps 
^  lame.  Dauantage  ,  entre 
l’inteileduel  Sc  l’intelleétuel, 
comme  entre  l’ame  de  Dieu} 
ou  entre  l’Ange  &c  l’Angej  oii 
entre  l’Ange  Dieu  :  ôc  on 
peut  ainfi  dire  de  laconcor- 
tiance  de  contrariété  en  leur 
maniéré.  Et  cefte  différence 
eflant  entre  chaque  angle  de 
ce  triangle ,  eft  fefchelle  de 
remendement,  par  laquelle  il 
monte  de  defeend  en  foy,afîn 
qu’il  puiffe  trouuervn  moyen 
naturel  entre  le  fubjet,  Scie 
ptedkat }  auec  lequel  moyens 


R  Atm  ond  Lu  Ile.  7  ^ 
fl  puifTe  conclure  ,  &c  déclarer 
la  propolition ,  Sc  autant  en 
peut-on  dire  de  refchelle  de 
la  concordance  &:  contrarié¬ 
té  à  leur  mode. 

L’autre  Triangle,  cfl:  du 
Principe,  du  Moyen ,  de  la 
Fin  ;  dans  lequel  tombe  tout 
ce  qui  eft  :  car  tout  ce  qui  eft, 
où  il  eft  dans  le  principe,  ou 
dans  le  moyen, ou  dans  la  fin, 
Sc  on  ne  peut  rien  inuenter, 
hors  ces  principes.. 

Dans  l’angle  du  principe,  la 
eaufe,fignifie  la  caufe  efficien¬ 
te  ,  la  materielle ,  la  formelle^ 
&la  finale  :  Mais  par  la  quan¬ 
tité,  SL  le  temps,  les  autres 
neuf  predicaments ,  font  fi- 
gnifiez ,  Sc  les  chofes  qui  peu- 
uent  eftre  réduites  à  iceux. 
Dans  l’angle  du  moyen. 


S'o  L!  Art  bref  de  M • 

il  y  a  trois  efpeces  de  moyen, 
comme  le  moyen  de  conjon- 
dlion,  qui  eft  entre  le(ubje6t, 
gclepredicati  comme  quand 
on  did,  l’homme  ell  animal, 
car  entre  rhomme&l’animal, 
il  y  a  des  moyens  :  c  eft  à  fça- 
uoirfavie  &:  Ton  corps,  fans 
lefquels  il  ne  peut  eftre  ani¬ 
mal  :  De  plus, il  y  a  vn  moyen 
de  mefure,  qui  eft  celuy  qui 
exifte  par  l’ade  exiftant  entre 
1  ageant ,  l’agible  :  comme 
lay  mer  entre  l’ay  mant  Sclay- 
mable.  Et  il  y  a  encores  va 
moyen  d’extremités,  comme 
la  ligne  qui  eft  entre  deux 
poin61:s,&:  cet  angle  du  moy  e 
eft  vne  efchelle  generale  a 
Tentendement. 

L’ Angle  de  la  fin,  a  trois 
fcees,; 


'Raimond  LuUe.  Si 

La  première  eil  ,  la  fin  de 
pnuacion  ,  qui  lignifie  l’habi¬ 
tude  priuee5&:  toutes  les  cho- 
fes  qui  Ibnt  dans  le  temps 
palTé  :  comme  la  mort ,  qui 
finit  la  vie. 

La  fécondé  efpece  ,  efi:  la 
fin  de  terminaifon,  qui  figni- 
fie  les  bornes  ,  ce  font  deux 
poinfbs ,  dans  lefquels,  la  li¬ 
gne  eft  terminée  ,  comme, 
l’ay mer  dans  lefujetaymant, 
&;  faymé. 

La  troifiefme  efpece  ,  elf 
la  fin  de  perfeétion  ,  qui  ell  la 
dernierefin:  comme  l’hom¬ 
me,  qui  eft  afin  qu’il  multi¬ 
plie  fbn  efpece,  Se  afin  qu’il 
congnoifte  ,  qu’il  ayme,  de 
qu’il  fereftbuuiéne  de  Dieuj 
ainfi  des  autres,  8i  cet  an¬ 
gle  de  ia  fin ,  eft  vnc  efelieli#  - 


8l  L'oyérthrefdeM» 
generalleà  rentendement. 

Le  troifierine Triangle,  efl 
de  la  Maiorité  ,  Egali¬ 
té  5  Minorité  ,  efl:  ge¬ 
neral  à*tout, félon  fa  maniéré, 
car  tout  ce  qui  eft ,  où  il  ell 
dans  la  maiorité ,  ou  dans  i’e- 
galité,  ou  dans  la  minorité. 

La  maiorité,  a  trois  efpeces; 
La  première  eft,  quand  il  y  a 
maiorité ,  entre  fubftance ,  & 
fiibftance  ;  comme  ,  par  ex¬ 
emple,  la  fubftance  du  ciel^ 
qui  eft  plus  grande  ,  que  la 
fubftance  du  feu.  Lafecondc 
efpece  eft, lors  qu’il  y  a  majo¬ 
rité  entre  fubftance,  &  acci¬ 
dent  :  comme ,  la  fubftance, 
qui  eft  plus  grande  ,  que  fa 
quantité  :  car  la  fubftance 
cxifte  par  foy,  maisl’acc^ 
4enc>ouiiegient« 


Y^aimovd  Lu^e^  Sf 

Latroifiefme  efpece  ,  eft 
quand  il  y  a  maioritë,  .entre 
accident ,  &c  accident,  com¬ 
me  l’entendre,  qui  eftplus. 
grand  que  le  voir,  le  voir; 
que  le  courir.  Et  comme  l’on 
a  dit  de  la  majorité ,  de  mef- 
me ,  on  peut  dire,de  la  mino¬ 
rité  :  car  elles  fe  rapportent 
relatiuement. 

L’angle  derEgalité,a  trois 
cfpeces. 

La  première  eft  ,  quand  les 
chofes  font  égales  fubftan^ 
tiellement ,  comme  Pierre,8d 
Martin  ,  qui  font  efgaux  en 
fublfance. 

La  (econde  espece  eft,  quâd 
lafubftance,  &:  l’accident  s’é- 
gallent ,  comm<>lafubftance> 
6c  fa'quantité. 

La  troifiefme  efpece  eft». 
quand  il  y  a  égalité  entte  l’ac- 


s 4  L' Art  bref  de  A4l 
cidenr,  laccidenti  comme, 
l’entendre  ,  &:  Tayiner,  qui 
font  égaux  dans  lobjed  : 
cét  angle  de  l’égalité  j  efl:  vne 
efchelle  àl’entendementj  par 
laquelle  il  monte  6e  defcend, 
comme  il  ell:  dit ,  és  autres 
triangles  :  &:  quand  l’enten¬ 
dement  monte  aux  objeds 
generaux ,  il  elt  general:  mais 
quand  il  defcend  aux  objeéls 
particuliers,  il  eft  particulier. 

Cette  figure  de  T ,  fert  à  la 
première  figure  :  car  par  la 
différence ,  on  diftingue en¬ 
tre  Bonté  ,  U.  bonté:  Gran¬ 
deur  ,  ôcgrandeur ,  &:c. 

Et  par  cette  figure,  join- 
à  la  première  figure ,  l’en¬ 
tendement  îcquiert  lafcien- 
ce;  &  parce  que  cette  figure 
eft  generale  :  c’ét  pourquoy 
l’entendement  eft  general. 


V<almond  Luite,  8/ 


De  la  troifie/me  Figure. 
Chap.  IV. 

La  troifiefme  figure,  cfl 
compofécjdela  première 
&  feconde.CarB ,  qui  eft  en 
icelle  jvaiit.  B,  qui  eft  en  la 
première,  6c  fécondé  figure: 
6cainfides  autres  lettres  ,  el¬ 
le  a  en  foy  trente  fix  cham¬ 
bres  ,  comme  il  appert  en 
icelle  î  chafque  chambrée  a 
plufieurs  6c  diuerfes  fignifica- 
tmns ,  par  deux  lettres  qui 
ibnt  contenues  en  elle  , 
comme  la  cellule  B  C,  a  plu- 
fieurs  6C  diuerfes  fignifica- 
tions  par  B  C.Séblablement, 
la  cellule  B  D  ,  aplufieurs  &: 
diuerfes  fignifications  par 


s  6  L'o^rt  bref  Jf 
B  D,&comnie  il  paroift  dans 
lefuldit  Alphabeth  ,  il  y  a 
deux  lettres  contenues  en 
chafque  cellule  ,  elles  figni- 
Bcnt  léfujet  5  le  prédicat, 
dans  lefquels  ,  lartilie  trour 
lie  le  moyen  j  auec  lequel  le 
fujed  5  5c  le  prédicat  font  cô- 
joinds:  comme  la  bonté;  5c 
la  grandeur  ,  qui  fontcon- 
joinéles  :par  la  concordance 
5c  autres  femblables,  auec  le¬ 
quel  moyen,  l’artifle  prétend 
de  conclurre ,  5c  déclarer  la 
proppfitiô.  En  cette  figure,  il 
cft  rignific,que  chafqne  prin-^ 
cipe  eft  attribué  à  chafque  au-- 
tre  principe ,  corne  B,  auquel 
on  attribue  E  D,&c.  comme 
il  paroift  en^n  la  figure.  La 
raifon  de  ce,eft;afin  que  l’en¬ 
tendement  ,  auec  tous  ces 


Raimond  Lulle.  8/ 
principes,  cognoiiTe  chafque 
principes  ,  afin  qu’il  apporte 
plufieurs  raifons ,  pour  vne 
mefme  conclufion,6^  de  cecy 
nous  en  voulons  donner  vne 
exemple  de  la  bonté,  de  la¬ 
quelle  nous  faifons  le  fujet,8i 
des  autres  principes  le  prédi¬ 
cat. 

La  bonté  efl:  grande  ,  la 
bonté  efi:  durable  :  la  bonté 
eftpùifiante,  la  bonté  eftin^ 
telligiblei  la  bonté  efl  ayma. 
ble ,  la  bonté  eft  vertueufe,  la  • 
bonté  cil  vraye  i  la  bonté  eft 
glorieufejla  bonté  eft  diffe¬ 
rente,  la  bonté  eft  concor- 
dantéilabonté  eft  contra¬ 
riante  ,  la  bonté  eft  princi- 
piante»  la  bonté  eft  moyen- 
nante, la  bonté  eft  finiftance, 
la  bonté  eft  majoiifiante, 


88  L*^rt  href  deiJ^. 
bonté  eft  efgalante  j  la  bonté 
eft  minorifiante.  Et  comme 
nousauons  dit  de  la  bonté, 
autant  en  peut-on  dire  des 
autres  principes  à  leur  mode. 

Cette  figure  eft  grande¬ 
ment  generale ,  âuec  laquelle 
lentendement  eft  grande¬ 
ment  general ,  pour  faire  des 
fciences' 

La  condition  de  cette  fi^- 
reeft,  qu’vne  cellule  ne  foie 
pas  contre  vne  autre  :  mais 
qu’elles  s’accordent  entr  elles 
en  ync  conclufion:  comme 
la  cellule  B  C,  &:  ainfi  des  au-* 
très  :  &c  auec  telle  condition, 
l’entendement  fe  condition^ 
ne,  ôc fait. la  fcience. 


J 


Ka'imond  LuIIe. 


De  la  quatriefme 
figure. 

C  h  A  P.  V, 

T  A  qiiatrierme  figure  a 
'  ‘■^trois  cercles ,  defquels  le 
Ifeperieureft  immobile  :  &:les 
:  deux  inferieurs  font  mobilesj 
1  comme  il  paroilt  en  la  figu- 
I  re,Le  cercle  du  milieu, fe  rou^ 
Ile  fous  le  cercle  fuperieur, 
i immobile^  comme  par  ex- 
I  cmple  5  quand  on  pofe  C> 
fous  B.Orlecerle  inferieur  fe 
jroule  fous  le  cercle  du  mi¬ 
lieu, comme,  quand  on  pofe 
D  ,  fous  C  ,  &;  pour  lors  il  fe 
formeneufcellules  :B  C  D, 
^ellvne cellule,  CDE,eft 


^  o  L*  Jrt  bref  de 
l’autre  ,  ^ainü  des  autres  en  i 

apres. Ejdu  petit  cercle  cftant 

mire  fous  C,  du  cercle  du  mi¬ 
lieu,  pour  lors  reformeront 

autres  neuf  cellules  J  BC  Et 

eftvne cellule:  C  D  E'a  eif 
l’autre. 

Et  lor^  <5^ie  toutes  les  let¬ 
tres  du  petit  cercle ,  feront 
parcourues  aiiec  le  B,du  grâd 
cercle ,  ôt  auec  le  C,  du  cercle 
mitoyen  3  pour  lors  le  C3cft: 
le  rhoyen  entre  B ,  ôc  D  3  ce 
d’autant  que  B,6t  D  ,  partiel-- 
pententr’elles3  parles  figni- 
.fications  de  C,  ôc  ainli  des  au¬ 
tres  cellules  :  S>c.  ainfi  a  la 
faueur  >  des  cellules  , 
i’homme  pourchalfe  les 
conclurions  neceflaireS3&  les 
.trouue-,d’auantage,que  ïon\ 

preoure  ks  lettre  auec  B ,  du| 


B^aimonâ  Lulle.  91 
niefme grand  cercle,  ôc.auec 
D,du  cercle  mittoyen,&:  ain- 
fienell-ilj  des  autres  du  cej- 
clemetoyen  ,  6c  cercle  infe¬ 
rieur,  en  les  changeantXe  B, 
du  grand  cercle  demeuranc 
immobile, jufques à  ce, qu’il 
.  foit  paruenu  auéc  le  . jB ,  du 
grand  cercle ,  à  l’I ,  du  cercle 
mitoyen  ,  6c  au  , K,  du  cercle 
inferieur  ,  6c  aind  il  y  aura- 
deux  cens  cinquante  4-^ux 
cellules. 

Cette  figure  eif  plus  gene^ 
ralle  que  la  trqifielme ,  parce,, 
qu  en  chafque  cellule  de  cette 
quatriefme  figure  ,  il  y  a  trois 
lettres-, mais  en  chai  que  cellu^ 
le  delà  troifiefme  i  il  ny  aque 
deux  lettres  :  c’efl  pogrquoy 
l’entendement ,  eft  fait  plus 
general  par  la  quatriefme,que 


9 1  l^LÀvt  bref  de 
parlatroifiefme. 

La  condition  de  la  qua- 
mefine  figure  eft,  que  l  en¬ 
tendement  applique  les  let¬ 
tres  à  fa  propofition  ,  qui 
femblent  plus  applicables  à 
la  propofition,  ayant  fait  vne 
cellule  de  trois  lettres  ,  quil 
réçoiuelesfignifications  des 
lettres ,  regardant  la  conue- 
nance,  qui  eft  entre  le  fujet  8c 
le  prédicat  i  éuitant  la  difcon- 
uenance,  8cauec  cefte-cqn- 
dition  ,  l’entendement  fait 
lafciencc,  par  la  quatriefrne 
figure,  8c  a  plufieurs  raifons, 
pour  vne  mefme  conclu- 
fion. 

Nous  auons  trai£lé  des 
quatre  figures ,  qu'il  fautfça- 
uoir  par  cœur  :  fans  lefquel- 
Ics  l’Artifte  ne  peut  fe  feruir 


'P^dimoni  'Luh*  95 
de  ccc  Axe  3  n’y  prati' 
<|vter. 


Des  Définitions ,  qui  font 
la  troifiefme  partie. 

Chat.  \L  , 

Elsl  cét  Art  les  principes 
font  définis  ,  afin  quils 
{oient  cGgneuS'pax  leurs ilef* 
-finitlons ,  afin  c[ue  l’hom- 
me  fe  ferue  d’icenx  >  en  affir¬ 
mant,  ou  niant ,  de  telle  fa¬ 
çon  ,  que  les  définitions  ne 
demeurent  point  l>kflrées. 

Etauec  telles  conditions, 
Ventendement  fait  la icience, 
êe  trouue  des  moyens;  X  bri- 
fe  X  deftruift  l’ignorance, 
qui  eft  fon  ennemie.^ 

Eij 


l!(LAYt  bref  de  M, 

La  Bonté  eft  l’eflant ,  à 
raifon  duqueLcc  qui  eft  bon, 
ou  bien ,  fait  le  bon  ,  ou  le 
bien  :  &  ainfi  il  eft  bon  qu’il 
foit ,  ôi  mauuàis  >  qu’il  ne  foie 
pas. 

La  Grandeur,  eft  ce ,  à  rai¬ 
fon  dequoy  ,  la  bonté  ,  la 
durée,  &:c.  font  grandes  en- 
cernant  toutes  les  extremi- 
tczdel’eftre, 

La  Durée ,  eft  ce,  à  raifon 
dequoy ,  la  bonté  ,  la  gran¬ 
deur, Sec.  durent. 

La  Puiftance,eft  vn  eftant, 
à  raifon  dequoyi  la  bonté,  la 
grandeur,  ôcc.  peuuentexi- 
fter  &:  agir. 

La  Sapience ,  eft  ce ,  à  rai¬ 
fon  dequoy ,  le  Sage  entend. 

La  Volonté,  eft  ce,  à  rai¬ 
fon  dequQyikk^niéilagran- 


B^aimond  Lu!h.  95 

deur,  &C.  font  defirables. 

LaVenu  ,ett  l’ongine  de 
l'vnion ,  de  la  bonté  ,  gian- 
deur,  &:de  tous  les  autres 
principes. 

La  Vérité  ,  eRce,  qmelt 
vray  de  la  bonté ,  grandeur. 


&c.  ,• 

La  Gloire  ,eft  la  Deleéta- 
tion  mefme  ,  en  laquelle  la 
bonté, la  grandeur, Sec.  repo- 
fent.  ^  . 

La  Différence,  eft  ce,  a  rai- 

fon  dequoy  ,la  hont;€,  la  gran¬ 
deur, ôec.fontrairons  claires» 
&non  confufes. 

La  Concordance,  eft  ce ,  à 
raifon  dequoy ,1a  bonté ,  ôcc. 
s’accordent  en  vn  ,  ôc  en  plu- 
fleurs. 

La  Contrariété  ,  eft  vne 
pnutuelle  refiftance  de  quel- 

E  iij 


$6  L!  A  Yî  bref  de  Kl. 

ques  chofes  ,  à  caufe  de  leurs 
diiierfes  fins. 

Le  Principe,  cfl:  ce  qui  a 
fon  efgard  à  toute  chofejà 
xaifon  de  quelque  priorité. 

Le  Moyen  ,  cft  le  fujct, 
dans  lequel, la  fin  influe  à  fon 
principe ,  &:  le  principe  re¬ 
flue  à  fa  fin  J  Sc  tient  de  la  na^ 
ture  de  l’vn  &:  de  l’autre, 

La  Fin,  eft  ce,  cnquoylc 
principe  repofe. 

La  Majorité ,  eft  l’image  de 
Mmmenfité,  dclaBonté,  de 
la-grandeur,&c. 

L’Egalité  cft  le  fu  jet,  dans 
lequel  la  fin  de  la  Concor¬ 
dance,  de  la  bonté, 8cc,  repo- 
fc. 

LaMinorité ,  eft  l’eftantj 
iboutlffant  au  néant. 

Nous  auons  parlé  des  défi- 


Kaimond  Lutte.  97 
nitions  des  principes  .  qu’il 
faut  fçauoir  par  cœur  :  car  ces 
définitions  ignorées  ,  lAr: 
ne  peut  cfire  enfeigne. 

De  U  quatriefme  Partie^ 

quiefldesKegles. 

Chai?.  VU* 

T  EsReglesdccét  Art/ont 
•L|çsdix  queftions  genera¬ 
les  ,  efquelles  fe  reduifen^ 
toutes  les  autres  queftions, 
qui  pcuucnt  eftre  faites  i  SC 
elles  font  telles  ,  fçauoir- 
mon  fl  il  eft,  ce  que  c  eft^ 
quoy  il  eft  ,  pourquôy  il  ^. 

coihbien  grandileft ,  quel  il 
eft>  quand  il  eftjoù  il  eft>coni^ 
ment  il  eft, ac  aucc  quoy  il 


^  8  L! A Yt  hrtfde  Mf 

•  Chacune  de  ces  Q^ftions 
àfesefpeces. 

Sçaiioir  mon ,  a  trois  ef-- 
peces  jx’eft  à  fçauoir,la  dubi- 
tatiue ,  1 ’affirmatiue ,  Sc  la  ne- 
Çatiue.,afin  que  dés  le  cômen- 
Cernent, l’entendemét  fuppo- 
fe,  que  l’vne  ôc  l’autre  partie 
cft  po/Tible,  ôc  qu’il  nefelie 
pasauecle  croire  j  qui  natu- 
rellemétn’eft  point  Ton  a£te: 
mais'  bïen  l’eateiïdre;  ôc  àinfi 
prenne  la  partieyanac  lai 
quelle  il  a  vn  plus  grand  en¬ 
tendre:  car  il  faut  que  celle-là 
foitvraye.  - 

-  que  ceft  ,  a  quatre 
efpecesplapnemiere  cft,ladcf. 
fimtiue  ,  comme  ,  quand  on 
demande  ce  que  c’eft  que  Tc- 
cendement-.ilfaut  rerpondre, 
qu’il  cH  lapuiiTance ,  à  laquei- 
iii  II 


Kaimond  Luile.  99 
îe  il  conuient  proprement  [ 
d’entendre.  La  fécondé  efpe- 
ce ,  eft  quand  on  demande  ce 
que  l’entendement  a  en  foy 
decoefTenticl  ?  ôc  il  fiut  ref- 
pondrCjqu  ilafes  corelatifs» 
à  fçauoir ,  l’intelleftif,  l’intel- 
ligiblCîSc  l’entendre;  fans  lef- 
quels,  il  ne  peut  eilreicar  fans 
eux  il  feroit  manque  6c  defe~ 
tlueux,  indigeantjôc’oyfeux,- 
de  nature, de  fin, de  repos. 

Latroifiefme  efpecejefty 
quand  on  demâde  ce  qucle- 
ftant  eft  en  autruy  ,  comme 
quand  on  demande  ,  ce  que- 
l’entendement  eft  en  autruy^ 
ôcilfaut  refpondre  ,  qu’il  eft 
bon ,  intelligent  dans  la  bon¬ 
té  ,  &gtand  entendant  dans 
la^randeur  ,j&:c.  Stieltgram- 
jnairi^  dans  la  g^îammane  t 


ioo  L*Jn%tefde  M. 

6c  logicien  dans  la  logique, 
dans  la  rechorique,  rethori- 
cien,6cc. 

La  quatnefme  efpece,  eft, 
quand  on  demande-,  ce  que 
1  eflanc  a  en  autruy ,  comme, 
quand  on  dit;cc  que  l’enten¬ 
dement  a  en  autruy?  il  faut 
refpondre  qu’il  a  dans  la  feiê- 
ce ,  l’en tendre,&:  dans  la  foy, 
le  croire. 

La  réglé  Dequoy,  a  trois' 
cfpeces. 

La  premiere,c  eft  la  primL 
tiue  5  comme  ,*  quand  on  ditj^ 
l’entendement, dequoy 
&  il  faut  refpondre,  qu’il  eft< 
de  foy  mefme,par  ce  qu’il  ne 
tire  pas  fon  origine  de  quel^ 
que  autre ,  naturellement., 

La  féconde  efpecéii’ 

^^und  on  demande 


KaltnondLuüe,  î<0l 
lement  dequoy  eft  leftant» 
comme,  quand  on  demande, 
dequoy  elt  l’cntendement?ôi 
il  faut  refpcmdre ,  qu’il  eft  de 
faforme,&:defa  matière  fpC- 

cifiées,aueclefqueUes ,  ila  Vtl 

entendre  fpccifié. 

La  troifiefme  efpece  ,  elt, 
quand  on  demande  à  qui  ap¬ 
partient  leftant  poffefliue- 
ment  ?  comme  quand  on  de¬ 
mande,  à  qui  appartient  Ten- 

tendement  ?  Si  d  faut  refpom 
-edre ,  que  c  eft  à  l’homme ,  co¬ 
rne  la  partie  a  fon  tout  ,  6c  le 

theual  a  fon  maiftre,  ^ 

La  quatriefme  réglé,  c*eft 
à  fçauoir  pourquoy ,  a  deux 
crpeces ,  c  eft  à  fçauoir  la 
inellé,'6£la6nale.  ‘ 

La  formelle,quànd  on  de¬ 
mande  ,  reftant,  pouiquoy 
É  vj 


X02.  /irt  hrej' de}Ai 

.  eft  -  il  ?  comme,  quand  on  de¬ 
mande,  rentendementjpour- 
..quoy  eftdl  î  &:.il  fauc  reipon- 
parce  qu’il#^  de  fa  ma¬ 
tière  5  '6c  de  fa  forme  fpeci- 
, fiées, aueç  lerqiielles ,  il  a  fon 
entendre  fpecifié,&:  auec  lef- 
quelks  il  agid  ,  félon  fon  eC 
pece.  La  fécondé  efpece 
xll:  à  1  efgard  de  fa  fin,  comme 
quafid  on  demande,  pour- 
quoy  eft  l’entendement?  Sc 
ilfaut  refpon dre ,  afin  que  les 
Q^hjeds  foient  infelfigibles, 
^afin  .-qu’on  puifTe  auoir  la 
cognoiffance  fcieniifique  des 
cho, fesf 

V  La  cinquiefme  réglé  ,  trai¬ 
te  de.  \a  quantité  ,  fic  elle  a 
deuxefpeces:  la  premiere.ef|^ 
quafid  on  traide  delà  quanti¬ 
té  continué  :  comme,  quan4 


Raimorid  Luüe*  .  103 
'  on  dit, combien  grand  eft  Tê-. 
rendement  :  &c  il  faut  refpon- 
dre,qu’ilefl  aufli  grand ,  qu’il 
le  peut  êftre ,  par  fa  quantité 
fpirituelle  ;  car  ;  il,  n’eft  pas 
grand  pondiiellènient,  ou  li- 
nealement.  La  fécondé  efpe- 
ce  eft ,  quand  on  parle  de  la 
quantité  difcontinué ,  où  dif- 
crete,comme ,  qùand  on  dit, 
combien  grand  efl:  l’entende¬ 
ment  ?  ôc  il  faut  refpondre, 
qu’il  eft  aütât  grand  que  font 
fes  corrélatifs ,  dans  Icfquels, 
fon  elTence  eft  diffufe,  &  four 
ftenuè  :  c’eft  à  fçauoir,  l’intelr 
ieélif,  l’intelligible ,  &  l’enté- 
dre  auec  lefquels  il  eft  theorb 
cien,&:  praticien ,  general  Sç 
partieufter*  t  n  '  :n 
LadSjxiefme  réglé ,  ;  eft  de 
la  qualité  i  ic  a 


Îd4  bref  de  M. 

'peces  :  première  eft,  quand 
on  demande  ,  qu’elle  efl:  la 
propre  &  première  qualité  de 
l’entendement  ?  &:  il  faut  ref- 
pondre,que  c’eft  l’intelligi- 
l>ilité ,  auec  laquelle  il  ell  ha¬ 
bitué.  Or  l’entendre  extrin- 
feque ,  eft  la  propriété  fécon¬ 
dé,  &,  plus  elloignee ,  auec  la¬ 
quelle  ,  ce  mefme  entende¬ 
ment  entend, l’homme,  ou  lé 
lyon,  8cc.  Duquel  l’entendre 
intrinfeque  U.  fubhantiel ,  du 
mefme  entendement  eft  ha¬ 
bitué.  Et  femblàblement ,  de 
intelligible  extrinfeqüe. 

La  féconde  efpece  eft,  quad 
on  demâde, qu’elle  eft  la  qua¬ 
rte  appropriée  de  l’entende* 
ment  ?  ôc  il  faut  réffK>ndrc> 
eft  létMre ,  où  le  dou- 
^  le  fef  pofcï  î 


B^aimond  Lulle^  ïof 
a£tes  ne  conuiennent  pas 
proprement  a  rentendemccî 
mais  l’entendre. 

La  feptierme  réglé ,  trai6te 
du  temps,  ôca  quinze  efpeces, 
comme  il  paroift  dansle  grâd 
Art,  lignifiées  par  les  lettres 
CD  K.  Mais  parce  que  céc 
Art  efi  Bref,  cefi:  pourquoy 
nous  traiûôsenpeude  mots 
cette  regle,comme  quand  on 
demande  par  quel  moyen' 
l’entendement  eft  dans  le 
temps ,  veu  qu’il  n’eft ,  ny  de 
poinébs,  ny  de  lignes  :  à  quoy 
il  faut  refpondre ,  querentê-^ 
demient ,  efi:  dans  le  temps, 
foccelTiuement  par  le  moyen 
du  mouuemêt  du  corps ,  auec  ' 
kqudileft  conjoinâ:.  * 

La  regîe', 

lieu ,  ^  L 


ïo6  H  bref  de  A4 . 

e.fpeces ,  fîgnifiées parles  ré¬ 
glés  C  D  K, comme  il  paroifl 
dans  le  grand  Art  ,  comme, 
quand  on  demande,  où  elî 
lentendement , à  ce ,  il  faut 
l)riefuement  refpondre,  qu’il 
eft  dans  lefujet,  dans  lequel  il 
eft,  comme  la  partie  dans  fon 
tout ,  non  pas  enfermé ,  mais 
diffus  en  iceluy:  car  l’emen- 
dement  n’a'pas  vne  elTence 
compofée  de  poin61:s ,  de  li4- 
gnes  5  ny  de  fuperficie. 
Kjcontient  deux  réglés,  c  eft 
à  fçauoir  la  réglé  demodalité,{ 
&  la  réglé  d’inftrumentalfté.  it 
La  réglé  de  modalité  a  qua-  j 
tre  efpeces,comme  quand  on 
demande.  Comment  eft  ren-* 
tcndement  ,  &  cpmtnent  eft 
la  pârtie  ?  ôc  la  partie  dans  la 
la  partie  dâs  le  te)ut,  ; 


V^aimond  Luüe,  lO;;^ 
8^:  le  tout  dans  fes  parties,  &: 
comment  le  tout  met  horsde 
foy  fareffeinblance  ?  A  quoy 
il  faut  refpôdre  qu’il  eft  fubie- 
ftiuement ,  par  le  moyen  par 
lequel  il  eft  defduit  par  les  ef- 
peees  cy-deuant  diètes  j  il 
entend  de  la  forte  qu  il  a ,  en 
trouuant  le  moyen  qui  eft  en¬ 
tre  le  fubjet  &c  le  predicat,qui 
eft  defigné  dans  les  figures, 
eni  multipliant  les  efpeces 
eftrâgeres  abftraiètes  du  fensî 
SC  de  l’imagination,  Sc  chara- 
fterizées ,  Sc  entendîtes  dans 
fon  propre  intelligible. 

La  fécondé  réglé  de  K  a 
quatre  efpeces ,  c’eft  à  fçauoir 
quand  on  demande ,  l’enten^ 
dement  auec  quoy  eft-il  »  St 
auec  quoy  eft  la  partie  dans  la 


JO  8  V  Jyî  hrefde  M, 
partie  ,  &  les  parties  dans  le 
tout ,  ôc  le  tout  dans  fes  par¬ 
ties  ,  auec  quoy  il  met  hors 
de  foy  fa  relTemblance  ?  A 
quoy  il  faut  refpondrcj  quil 
cfl  auec  fes  corrélatifs ,  fans, 
lefquels  il  ne  peut  eftte  ny  en¬ 
tendre  i  car  il  en  tend  auec  fes 
efpeces  eftrangeves ,  defquel- 
les  il  fait  Yû  mftrument  pour 
entendre. 

Nous  auons  parlé  des 
gles ,  auec  lefqueUes  fenten^ 
dement  refout  les  queftions, 
en  les  conduifant  par  les  ré¬ 
glés  ,  en  regardant  ce  que  la 
réglé  lignifie,  &  fes  efpeces, 
en  conduifant  fuhjediue^ 
ment  la  queftion  par  les 
principes  &:  par  les  réglés, 
i’«ntendcmentfe  reprefentat 


B^dimond  LuUe.  109 

par  forme  d  objec  la  queftion 
doiiteufe  auec  les  définitions 
des  principes,  choifilfant,en~ 
tendant  raffirmatiue ,  ou  la 
negatiue  intelligiblement,  &c 
que  l’entendemct  foit  feparé 
du  doubte. 


De  la  cmqtiiefme  partie, 
qui  eji  la  Table. 

CnAP.  Vllli 

C Eftc  Table  cft  le  fubje£^ 
dans  lequel  l’entende¬ 
ment  fe  fai61:  vniuerfel ,  ce 
cFautant  qu’il  entend  &  ab- 
ih-aiâ:  de  lüy  plufieurs  partU 
culiers  de  toutes  lés  matières, 
difcourant  les  principes  par 
lesfubje^^s  particuliers  obje- 


Il  O  L' Àrthref  de  M. 
^biuementj  appliquant  à  chaf-* 
que  queftion  vingt  raifons, 
en  déclarant  hvquell:ionj&  en 
tire  vne  raifon  de  chaque  cel¬ 
lule  de  celle  colonne. 

La  Table  a  fept  colonnes 
comme  il  paroill-,  dans  lef- 
quelles  font  impliquées  qua¬ 
tre  vingtSjôe  quatre  colonnes 
expliquées  dans  le  grand  Art. 
En  celle  Table  le  T  lignifie, 
que  les  lettres  qui  font  deuat 
le  T  font  de  la  première  figu¬ 
re,  &  celles  qui  sot  apres  font 
de  la  fécondé  figure  :  , 

Par  la  mcfme Table  Jen- 
tendement  eû  rendu  capable 
de  monter  &  defcendre:  de 
monter,  par  ce  qu’il  monte 
aux  chofes  prieures  &  plus 
generales:5c  defcendre, parce 
qu’il  defeend  aux  chofes  po- 


JJ Avthref  àe  M»  m 

fterieures  de  particulières. 
Dauantage,  il  eft  rendu  ca¬ 
pable  d’vnir  de  conjoindre, 
par  ce  (]^u’il  vnit  les  colon¬ 
nes  ,  comme  la  colonne  B 
C  D  ,  eft  jointe  auec  la  co¬ 
lonne  C  D  E  ,  ainft  des 
autres. 


D  e  la  fîxiefme  partie  y  qui 
ejl  teuacuation  de  U 
îYoiJieJme  figure* 

C  H  A  P.  I  X. 

D  Ans  la  troifiefme  figu¬ 
re, l’entendeméteuacue 
les  cellules,  d’autant  qu’il  ab- 
ûrait  d’elles,  autât  qu’il  peur, 
receuât  de  chaque  cellule  les 


ITi  L' Jrthrefde  Ml 

chofes  que  les  lettres  figni- 
fient,  afin  qu’il  applique  ces 
fignifications  à  la  propofitiô, 
^  ainfi  il  fe  faid  applicatif, 
inueftigatif ,  &:  inucntif ,  Se 
de  ce  nous  dônerofis  l’exem¬ 
ple  d’vne  cellule  ;  &  comme 
il  f’enfuit  de  celle-là,  ainfi  il 
f’enfuiura  des  autres. 

L’entendemét  puife  dou2e 
propofitions  de  la  Cellule» 
B  C ,  en  difant  ainfi  :  La  bôté 
eft  grande,  la  bonté  eft  diffe¬ 
rente  ,  la  bonté  eft  concor¬ 
dante.  Lagrandeur  eft  bône^ 
la  grandeur  eft  differente,  la 
grandeur  eft  concordante.La 
différence  eft  bonne,  la  diffé¬ 
rence  eft  grandeda  différence 
eft  concordante.  La  concor-* 
dance  eft  bône ,  &:  la  concor-* 
dance  eft  grande,  laconeor- 


Raimond  Luile,  ïlj 

dance  eft  differente,.  Ayant 
fait  ces  douze  propofuions 
en  changeant  le  fujet  en  pré¬ 
dicat,  de  au  rebours,  la  cellule 
eft  ainfi  euacuée  de  ces  pro- 
polirions. 

Et  en  apres  il  faut  qu’il  Tc- 
uacuè  de  douze  moyens  *,  6c 
Rappellent  moyens ,  par  ce 
qu’ils  font  entre  le  fubjet  &  le 
prédicat ,  auec  lefquels  ils  cô- 
uiennent  en  genre  ou  en  ef- 
pece,  8c  auec  ces  moy  ens,l’é- 
rendement  fe  fait  difputatif, 
8c  déterminatif. 

Et  ayant  fait  ladite  euacua- 
don  :  il  faut  que  l’entende¬ 
ment  euacuë  cette  mefme 
cellulede  14.  queftions,d  au¬ 
tant  qu’en  chafque  propofi- 

tion,il  y  a  deux  queldons  im- 

pliquéessôc  ce  >  de  la  forte  *.  la 


II4  L'JrthefdeM, 
bonté  eft  grande  ,  fçauoir- 


eft  differente:  ce  que  c  eft  que 
la  bonté  differente  i  la  bonté 

elf  concordantejfçauoir-mô, 

fi  la  bonté  eft  concordante, 
ce  que  c’eft,  que  la  bonté  co- 
cordante.La  grandeur  eft  bo- 
ne ,  fçauoir-mon ,  fi  la. gran¬ 
deur  eft  bonne  ,  ce  que  c  eft 
que  la  grandeur  bonne.  La 
grandeur  eft  differente  ,  fça- 
uoir-mon  ;  fila  grandeur  eft 
differente  ,  ce  que  c  eft  que  la 
grandeur  differente. La  gran¬ 
deur  eft  concordânte,fçauoir 
mon  i  fila  grandeur  eft  con¬ 
cordante,  ce  que  c  eft  que  la 
grandeur  concordante.  La 

^  diffe- 


mon  ,  fi  la  bonté  eltgrandej 
ce  que  ceft  ,  que  la  bonté 
grande.  La  bonté  eft  differen¬ 
te  ,  fcauoir  -  mon  ;  fi  la  bonté 


'Raimond  Luile.  irj 
differenc-e  eft  bonne  ,  fya* 
uoir-uion  fi  la  différence  cjft 
bonne  ,  ce  que  c’elf  que  la 
differeiïce  bonne.  La  diffé¬ 
rence  eft  grande,  fçauoir- 
inon  fl  la  différence  eft  gran¬ 
de  ,  ce  que  c’eft  que  la  diffé¬ 
rence  grande.  La  différence 
cft  concordâtes  fçauoir-mon 
fi  la  différence  eft  concor¬ 
dante  ,  ce  que  c’eft  queia  dif¬ 
férence  concordante.  La 
concordance  eft  bonne ,  fça- 
uoir-mon  ft  la  concordance 
eft  bonne ,  ce  que  c’eft  que  la 
concordance  bonne,  La  con¬ 
cordance  eft  grande,  fçauoir- 
mon  fi  la  concordance  eft 
grande  ,  ce  que  c’eft  queia 
concordance  grande.  La  con¬ 
cordance  eft  differente,  fça- 
uoir-xnon  ^  fi  la  concordance 
F 


Ii6  iJJrîhrefâeM. 

eftciifferente,cequeceftque  | 

la  concordance  differente. 
Cette  éuacuation  des  que- 
ftiôs  eftant  faite, il  faut  à  lors 

que  l’entendement  euacue  la 

qçUule  auec  les  deffinitiôs  de 
!a  tonte  &:  de  la  grandeur , 
auec  les  trois  eipeces  de  la- 
différence  concordance, 
comme  ilparoiff  en  la  fécon¬ 
dé  figure. 

De  là  en  apres  il  faut  qu  il 
cuacuë  la  cellule  auec  les  trois 
efpeces  delaregle  B  ,  Se  auec 
les  quatre  efpeces  de  la  réglé 
C ,  6e  ayant  acheué  celle  eua- 

cuation,lentendemét  refoule 
lesqueftionscy-deffus  dides 

en  celle  mefme  euacuation, 
fuiuant  les  conditions  de  la 
cellule,en  affirmant  ou  niant, 
&ainfi  l’entendement  chaffe 


Raymond  Lui! e,  jiy 
les  doiMcsiSc  deaieureen  icel¬ 
le  en  eftat  de  repos  3c  d’alTeu- 
rance  :  Sc  aufli  il  fe  cognoift 
fort  general  3c  rendu  artifi¬ 
ciel  ôc  habitué  d ’vne  grande 
fcienee. 

De  la  mnliipUcation  de  U 
quatriefme figtire^  fepî- 
ie [me  partie. 

Ch  AP..  'X.  ■ 

La  multiplication  de  la 
quatriefme  figure  confi¬ 
ée  en  ce ,  c’eft  à  fçauoir  que  là 
première  cellule  B  CD,  en 
la  quatriefme  figure  ou  table, 
lignifie  que  E,a  vne  côdition 
auec  C ,  3c  vne  autre  auec  D , 
ôeC,  à  vne  conhhion  auec 
B  a  3c  vne  autre  auec 
Fij 


iiB  l^oyérthrefdet^* 
ÔcD,avne  condition  auec  B, 
&;  vne  auec  C  :  ainfi  il  y  a 
en  celle  cellule  fix  conditiôs, 
auec  lef(^uelles  l  entendemét 
fe  conditionne  Sc  fe  difpofe  a 
fureter,  Sc  trouuer,  ôcobie- 
der,  de  prouuer ,  &:  détermi¬ 
ner. 

Apres  ces  fix  conditions, 
rentendement  ac<]^uiert  lix 
autres  conditions ,  roulant  le 
petit  cercle,  mettant  fon  E 
fous  le  C,du  cercle  mitoyen, 
fous  lecjuel  eftoit  fon  D ,  6c 
par  ce  que  la  cellule  eft  chan¬ 
gée,  c’ell  pourquoy  fes  con¬ 
ditions  font  châgées,ôc  com¬ 
me  l'entendement  f habitue 
de  quinze  conditions, &  ainfi 
parles  autres  cellules, en  mul- 
‘tipliant  les  colonnes  de  les 
xoullant.  Les  conditions  que 


Kaimond  Luile.  //y 
l’entendement  multiplie  par 
ce  moyen  font  difficiles  à  nô- 
brer  ;  car  de  chaque  cellule 
l’entendement  peut  ainfi  eua- 
cuer  trente  propofitions ,  & 
nonante  queftions  :  comme 
delà  cellule  B,  C  >  de  la  troi» 
(iefmefigure,il  y  a  dou2epro 
pofitions  &  vingtquatre  que¬ 
ftions,  8c  en  ce  pas  l’entende¬ 
ment  fe  cognoiftgrandemét 
general  &  rendu  artificiel  par 
deffijs  vn  autre  entende¬ 
ment  qui  ignore  cet  art  en  le 
eottduifam  U  rangeant, a  pUt- 
fieurs  inconucniens  8c  chofe^ 
impoffibles,  8c  par  ainfi  le 
fophifte  ne  peut  demeurer 
ferme  en  prefence  d’vn  tel 
entendement,  d’autant  que 
rentendement  d’vntelArti- 
fte  de  cet  an ,  fe  fert  des  con- 


ilO  L  Art  kefde  M. 
ditions  primiciues  &:  naturel¬ 
les  ,  &:  le  Sophifte  des  fécon¬ 
dés,  bi  confiderées  hors  h  na¬ 
ture,  corne  il  paroilf  au  grand 
Art. 


De  U  h tiiSltefme partie ,  qui 
ejl  dumeflange  desprm^ 
cipes  des  réglés, 

.  Chap.  Xl-- 

En  celle  partie  l’entende* 
mentmeae  vn  principe 

aücc  faüüre ,  parcourant  cha¬ 
que  principe  par  toutes  les 
efpecesdes  réglés  ,  Se  parva 
teldïfcours  1  entendement  a 
la  cognoilfanex  de  chaque 
prmcipe,  6c  au  un  t  de  fois 
qu’il  le  mefte  en  difcourant. 


Kaimond  Lulle,  izi 
autant  de  fois  a-il  vne  diffe¬ 
rente  cognoiffince  d’iceluyj 
J&:  qui  pourroit  nombrer  au¬ 
tant  de  moyens  que  lenten- 
demententrouue  pour  con¬ 
clure,  en  euaCLiant  ce  meflan- 
ge,  comme  en  eua'cuant  la 
cellule  B  C ,  comme  il  eft  dit 
cy-deffus.  Ce  meflangeeltle 
centre  6c  le  fondement  pour 
trouuer  plufieurs  propor¬ 
tions  6c  queftions,  6c  les  con¬ 
ditions  des  matières  6c  folu- 
tions,  6c  auffi  objeûiôs  j  mais 
nous  lailTons  à  vn  entende¬ 
ment  bien  regardant  au  de¬ 
dans  ,  à  en  donner  des  exem¬ 
ples  à  caufe  de  la  briefuetéjôc 
par  ce  qu’auffi  le  moyen  du 
meilangei^  eft  déclaré  6c  ex- 
amplifié  dans  le  grand  Art. 
Dauantage,cc  meflange  eft 
F  iiij 


lit  V  Art  bref  de  A4. 

lefujec&ile  refuge delardlfe 
de  cet  arc, afin  qu’il  trouue  ea 
îceltiy  ce  qu’il  voudra  pour 
prouuer  :  car  f’il  a  befôin  de 
quelque  chofe  qui  Toit  du  gé* 
re  de  bonté  ,  qu’il  difcoure 
cefte  bonté  par  tous  les  prin¬ 
cipes  &  les  réglés ,  &:  trouue 
d’elle  tout  ce  qu’il  en  aura 
voulu  entendre,  ôc  comme 
nousauons  diét  de  la  bonté, 
de  mefme  on  peut  dire  des 
autres  principes.  Ceineflan- 
geeft  conditionné  6c  ordon¬ 
né  de  la  meCme  forte  qu  vne 
chofe  eftdiftinae  de  l’autre: 
car  fl  on  difeourt  delà  diuine 
bonté  par  les  principes  &  les 
réglés,  ce  difeours  de  la  diui¬ 
ne  bonté  requiert  les  defini- 
tiôs  plus  hautes, 6cles  efpeces 
des  réglés  que  le  difeours  de 


Kalmond  Lulle. 
la  bonté  de  l’Ange ,  &  le  dif- 
cours  de  la  bonté  de  l’Ange 
que  le  difeours  de  la  bonté 
de  l’homme  :  àc  le  difeours 
de  la  bôté  de  rhomme,que  le 
difeours  de  la  bonté  du  lyoru 
Sc  ainii  desautres  en  leurs  ma 
nieres« 

De  ta  neufiefme  partie ,  qui 
eji  des  neuf  [ukjeHs* 


Ch  AP.  XII. 

N  celle  partie  on  met 


•^neuf  fujeàsj  frgnifiez  das 
F  Alphabet  i  dans  lefquels  tô>* 
be  tout  ce  qui  eft ,  &  hors  cçi 
fuj-eéls  il  n'y  a  rien.  Le  pre* 
mier  fuj  eél  c  cil  D'ieu,fîgn  ifîé 
par  Le  feeôd,  c’eü  FAnge, 
fignifiéparCr  Le  troifkline, 
e’eft  ie  Gieli  fîgnifié  pat  D. 
ie  qhatriefait,  é’efl  Fbomnié 


F  V 


1^4  V^rîlref  âe 

fignifié  parE.'Le  cinqwiefme, 
c’eft  l’imàginatif  î^fignifié  par 
F.  Le  fixielnae ,  c  eit  le  fenfi- 
tif,  fignifié  par  G.  Le  fepti^-- 
mcv  ceftlevcgecattLiignme 

par  H.  Le  hmâiierme  >  c  eft 
i  eiemencat iLLign vfté  par I.Le 
neufiefme  Se  dernier  ,  c  eft 
Idnftrumentatif,  ügmfie  par 

K;  -  -, 

D>utapt,qiie.  d*j,i>s  le  grand 
Art  chaque  fu)€^'-Ç%deduit 
par  les  principes  8c  par  les  rC'- 

gles.,  c’eft  pourquqy  nous  ne 

les  y  condpftq^^  pasicy  j  paj: 

ce  que  pQ;qs 

Art; plqs 

par  Ve  que.ccfte  ded.u  ûion  cft 
inapliquée  dans  céc  Art,  p(aur 
pous  la  laiiloçis  -a  l  enteq- 
.  5ikrnentbieri^eg;^|r^^ 
§fi  1  ^ 


KaimôndLulte,  ii$ 
l’exemple  que  nous  auons 
donnée  dans  la  troifiefmefi- 
^gure,  en  laquelle  nous  appli¬ 
quons  tous  les  principes  à  la 
bonté, &  aufR  à  1  entendemét 
toutes  les  réglés  de  cét  Art. 

Nous  conüderpns  le  trai¬ 
té  de  ces  fujeds  auec  quatre 
conditions ,  afin  que  par  elles 
l’entendemct  foit  condition^ 
né  pourdilcourir  les  fubjeéts 
fuldits  par  les  principes  les 
réglés  conditionnellement, 
félon  que  chaque  kibjeél:  eft 
conditionné ,  par  fa  nature  &: 
fon  effence  :  car  la  bonté  diui- 
neavne  condition  en  Dieu, 
la  bonté  de  l’Ange  a  vne 
autre  condition  dans  le  mef- 
me  Ange ,  &:  ainü  des  autres 
enleurs  modes. 

La  première  co’^  d  tion  eft, 

B  vj 


jffctf  Ü  Ayî  hrefie 

c’eftàfçauoir  ,  que  chafque 
fujeftayeCa  définition,,  auec 
laquelle,  iH'ok different  de- 
tout  autre  fujed.  Et  fi  on  de¬ 
mande  quelque  chofe  de  ce 
fujeut  ’,  qu’on  refponde  de 
telle  façon ,  en  affirmant ,  ou 
niant,  que  les  définitions  des 
principes  conuiennent  auec 
(pefte  deffinition ,  &:  ainfi  des 
ffegles,  fans  aucune  lefion  des 
principes  &;  des  réglés. 

La  Z.  côditionefijque  dans 
îe  iugement,  ou  dans  la  prati- 
le  ,  la  différence  des  fujedsv 


Ibit  confeiuée ,  comme  la  di¬ 
vine  bonté ,  qui  différé  de  la. 

de  r  Ange ,  par  Tinfini^ 
îé,  5c  Eecernkéid’autant  qu 
ne  telle  borné, luy  eft  vue  rai- 
foB  peur  faire  vn  bien  infiiîy^a 
$c  çtemel  î  U  bpmé  AngcUt- 


KaimonJt  Lulle,  izi^ 
que  nullement  :  mais  elle  e(l 
finie  &:nouuellc. 

La  troifiefme  condition  efl,. 
que  la  concordance  ,  quielt 
entre  vnfujed  &  l’àutre,  ne 
foit  pas  ruinées  comme  la  cô- 
Gordai^e ,  qui  eft  entre  Dieu 
&  l’Ange:  car  ilsPaccordent 
dans  la  fpiritualitéjôc  on  peut 
dire  ,  ainfides  autres  à  leur 
mode. 

La  quatriefme,c  eft  que  fé¬ 
lon  qu’v n  fuje£^  eft  plus  no¬ 
ble  ôcplus  releué,  on  luy  doit 
attribuer  des  principes  plus 
nobles  &£  releuez*,  6cdes  ré¬ 
glés  »  qu  a  vn  autre ,  commic* 
Dieu  qui  eft  vn  fu/et  plus  no¬ 
ble  ôc  releué  que  l>A  nge,&c> 
&  l’Ange  que  l’homme  »  ôt 
ainfi  en  eft-ildes  autres  ^:  en 
leurs^modesr 


12.S  V Jrt'hrefde  M, 


Du  premier  fuhjeély  qui 
ejl  de  Dieu. 

Ch  AP.  Xin* 

Dieu  peut  eftre  parcouru 

parles  principes  &par  les 

réglés  :  Car  Dieu  eft  bon, 
grand,  Sec.  on  peut  donner 
plufieurs  deffinitions  de  luy, 
en  le  deffinilTant  dvne  am- 
plefaçonimais  icy  nousluy 
en  donnerons  vne.  Dieu  eft 

vn  eftre ,  qui  hors  de  foy ,n  a 

befoin  d’aucun  autre  i  car  en 
luy, toutes  les  perfedionsy 

font  totalement.  Et  auec  cet¬ 
te  deffinition ,  Dieu  eft  diffe¬ 
rent  de  tout  autre  eftre  :  car 
tous  les  autres  eftres  ont  be-^ 


KaimondhuHe.  119 
foin  de  quelquVn  ,  hors 
d  eux  :  il  n’y  a  point  de  con¬ 
trariété  en  Dieu  ,  ny  de  mi¬ 
norité  i  parce  qu’elles  font 
principes  de  manquement 
de  defaut  toutefois  en  Dieu 
il  y  a  de  la  maiorité  à  l’égard 
de  tous  les  autres  eftres,  &  de 
l’égalité  :  car  il  a  fes  principes 
efgaux  5  c’eit  à  (çauoir  fa  bpn- 
téjfa  grandeur, &:c.  ôcaulTi  a-ii 
ies  aétes  égaux  ,  -Sc  relation. 
En  Dieu  il  y  a  différence  de 
corrélatifs  ,  fans  laquelle  fes 
corrélatifs  ne  peuuent  eftrc 
e, U- façon  quelconque  ,  Dieu 
^s  eux,  ne  ppurroic  aupir 
d’^ion  intrinfeque  ,  infinie 
^reternellesmefme  fans  eux, 
tpujcs,cçs  raifons  feroient  pi- 
fïineantes,  ce  qui  e§ 
j9;uîi(%faidimpofn^  y.  a 


t}0  V Art  Iref  de  M. 
en  Dieu  de  la  concordance, 
afin  qu  auec  elle  il  foi:  infinie-* 
menr  éternellement  dillâr 
&elloigné  de  la  contrariété». 
&que  fes  corrélatifs  eonuien- 
nent  infiniement  &:  eternel- 
Jement  en  vne  eflence  &  vne 
nature  i  &:  ainfi  on  peut  dire 
de  ces  raifons.  Il  ny  a  point 
de  quantité  en  Dieu,  ny  de 
temps,  ny  aucun  accident ,  la 
laifon  de  ce,  eft,  par  ce  que  fa 
fubftance  eft  feparée  &  de- 
nuée  de  toutes  fortes  d  acci¬ 
dents  î  car  elle  eft  infinie  Sc 
cternelle.  Dieu  eftant  ainft 
conditionné ,  par  ks  qmtré 
conditions  fufditeside  là  Feiii 
tendement  f’enténd  ainfi  cô^ 
ditionné,  pour  entêdre  Dieu 
les  ebofes  quî%  peuoent 
ditedeluy ,  paries  principes 


Kaimond  Lulle.  ijr 
êc  les  réglé  appropriées  à 
Dieu.Dauâtage,il  congnoift 
Sc  entcnd,que  li  l’Ange  à  vns 
naturelle  pu ilTan  ce  en  foy ,  8C 
ainli  des  autres  >  Dieu  en  a 
beaucoup  plus ,  veu  que  c’eft 
vnfujetplus  releuéjcommcil 
appert  par  le  lieu  du  moins, 
au  plus  grand. 


Du  fécond  fuhjet  qui 
ejl  de  l  /d  nge. 

CttAP.  XIV. 

L’Ange  peut  eftro  déduit 
par  les  principes ,  &  les 
réglés ,  $c  il  a  vne  bonté  na¬ 
turelle,  vne  grandeur,  duree,, 
ôcc.  Sc  on  le  defHnit  ainli. 
L’Ange  eft  va  efprit  qui 


îji  L'y^^threfdeKi. 
n  eftpas  coniointa  vn  corps, 
il  n’y  a  point  en  luy  de  con¬ 
trariété  naturelle  :  car  il  eft 
incorruptible.  En  luy  la  ma¬ 
tière  eft  des  ablcs  î  ceft  àfça- 
uoir  bonifiable,  magnibable, 
&c. comme  il  eft  lignifié  par 
la  fécondé efpece de  D.Dans 
l’Ange ,  il  y  a  de  la  majorité, 
par  ce  qu  il  eft  plus  fembla- 
ble  à  Dieu,  que  l’homme, 
parce  qu’il  a  des  principes  ,  Sc 
des  réglés  plus  releuées  que 
l’homme  ,  en  ce  pas,ren- 
tendement  cognoift  ,  que  fi 
l’homme  ne  peut  feferuirde 
fes  fens  fans  organes  ,  il  ne 
fenfuit  pa*  pour  cela  ,  que 
l’Ange  ne  le  puifte  fans  orga¬ 
nes  :  Car  l’Ange  eft  dVne  na¬ 
ture  plus  excellente ,  &:  eri  ce 
pasi  l’entendement  cognoift. 


Kaimond  Lulle,  n| 
que  les  Anges  peuuent  par¬ 
ler  entr  eux  :  Si  agir  en  nous 
fans  organe  ,  Si  pafTer  d Vn 
lieu  à  l’autre  fans  moyen  j  Si 
ainfi  des  autres  ,  comme  il 
appert  ,  par  l’entendement 
dilcourupar  les  réglés. 

Dans  l’Ange  ,  il  y  a  delà 
différence  :  car  fon  entende¬ 
ment  ,  fa  mémoire ,  Si  fa  vo¬ 
lonté  font  differentes  entre- 
elles.  L’egalité  d’entendre, 
daymer,  de  fe  reffouucnir, 
cft  dans  l’Ange ,  à  raifon  du 
fouuerain  objeét ,  à  fçaqoir 
de  Dieu  î  qui  cft  également, 
à  entendre, à  aymer ,  Si  à  ra- 
menteuoir. 

Il  y  a  de  la  minorité  dans 
TAnge ,  parce  qu’il  eft  créé 
de  rien. 


15  4  L!  A rt  hrefd e 


Du  troijlefme  Sujet ,  qui  efi 
du  Ciel. 


Chap.  XV. 

Le  Ciel  a  fa  bonté ,  gran¬ 
deur  ,  duree ,  naturelles, 
&c.  &  eft  definy  ainfi: 

Le  Ciel  eft  la  première  fub^ 
llance  mobile.  Il  ny  a  point 
de  contrariété  en  luy ,  car  il 
neilpas  coinpofé  de  princi¬ 
pes  contraires.  Car  en  luy ,  il 
y  a  des  inftinéls  &  appétits 
naturels,  ôrpar  confequcnt, 
mouuement,lans  lequel  il  ne 
pourroitauoir  fa  nature,  fon 
inftinél  fon  appétit  :  il  eft 
vray  toutesfois  qu’il  y  a  va 
principe  en  luy  :  car  il  eft  agét 


Kdimond  Lulle,  13  j 
dans  les  chofés  inferieures, 
ÔCCy  iiefl  compofé  defama- 
tiere  &c  de  fa  forme  fpeci- 
fiées,afin  qu’il agilTe par fon 
efpece,fonmouuementcft  fa 
fin  &  fon  repos. 

Le  Ciel  ellen  fon  lieu, 
comme  le  corps  en  fa  furface; 
d’auantage,  il  eft  dans  le  têps, 
carileft  nouueau,  &:mefme 
dans  le  temps,  comme  caufe 
efficiente  dans  fon  effe6t:  de 
ainfi  defes  autres  accidents 
à  fa  façon. 


Du  quatriefme  Sujets  qui 
efl  de  l'Homme. 

Chap.  XVI. 

T  ’Homme  efl  compofé 
'*^d’ame  &  de  corps,à  raifon 
dequoy ,  il  peut  eftre  deduift 


1^6  Ü<i^rt  bref  Je  M. 

parles  principes  par  les 
réglés  ,  en  deux  maniérés: 
c’eft  à  fçaLioir,  à  la  maniéré 
fpiruuellc  ,  6e  à  la  maniéré 
corporelle  ^  6e  eft  ainli  defîi- 
ny ,  1  homme  ell l’animal  rai- 
lonnable  hommifiant  ,dans 
rhommedly  atous  ces  prin¬ 
cipes  ôefes  réglés  de  deux  for¬ 
tes  ,  à  caufc  des  deux  natures: 
c’effcà  fçauoir  ,  fpirituelle  6c 
corporelle;  defquels  il  ell  cô- 
pofé,6e  pource  ,  il  elt  plus 
general ,  qu’aucun  autre  eftre 
créé  a  à  raifon  dequoy  ,  on 
peut  dire  alTeurément ,  que 
l’homme  ell;  la  plus  grande 
partie  du  monde. 


Kaimond  huile.  237 


Du  cinquiefme  Sujrt^'qui  ejl 
l' Imaginatif, 


Chap.  XVIL 
Ans  rimAginatif,  il  y  a 


des  principes  Sc  des  ré¬ 
glés  rpecifices,pour  imaginer 
les  chofes  imaginables  :  co¬ 
rne  dans  l'aymant ,  pour  at¬ 
tirer  le  fer,  éc  fe  definie  ainfî. 

•  L’imaginatiue  efl  ,  cette 
puiffance  ,  à  laquelle  appar¬ 
tient  proprement  d’imagini- 
fier,6<:  pour  ce ,  rimaginaiiue 
eftcôduice  par  les  principes. 
Si.  les  réglés  qui  conuiennent 
àFimaginatiue,  &  l’entende¬ 
ment  à  vne  grande  cognoif- 
fance  d’elle ,  ôcauflldes  cho- 


Ü  Art  bref  üe  M , 

Tes  qui  luy  conuicnticnt .  l’i- 
inaginatiue  abflrai£i  les  cfpe-* 
ces  des  choies  lenfées  auec 
les  fens  particuliers  ,  6e  ce 
auec  fes  corrélatifs  lignifiés 
par  la  fécondé  efpece  de  C, 
&;  auec  la  bonté,  elle  fait  les 
efpeces  bonnes  :  6e  auec  la 
grandeur  elle  fait  les  efpeces 
grandes  :  comme  quand  on 
s’imagine  vne  grande  mon¬ 
tagne  d’or  ,  6e  auec  la  mino¬ 
rité,  elle  minorifie,  comme 
quàdon  s’imagine  vnpoiiïét 
•  indiuifible.  L’imaginatiue ,  a 
rinfiinél ,  comme  les  belles 
brutes,  ont  l’indullrie  à  vi- 
ure ,  6e  comme  h.  cheure  à  e- 
uiter  le  loup.Li’maginatiue,  a 
i’appetic  pour  imaginer  ce 
qui  peut  eftre  imaginé,  à  cel¬ 
le  fin  quelle  repofecnluy, 
en  ce 


Raimond  Lulle» 

:  en  ce  fujec  en  l’imaginanr,  les 
fens particuliers fe  feruâtdes 
chüfes  (enlibles,  enipefchent 
J  à  i’imaginatiuefon  ade  qu’el¬ 
le  ne  peu  càuoir  :  comme  ce- 
luy  qui  void  aues  fes  yeux  vn 
-fujet  coloré  ,  ôc  alors  l’ima- 
■ginatiue  ne  peut  auoir  ion 
:  aéte  :  c’eil  à  fçauoir  par  ce  qu - 
i  elle  ne  peut  imaginer  vn  fii- 
;  jet  imaginé, comme  eitant  vn 
l'fujeteltrangeimaginablejiuf^ 

;  ques  à  ce  que  celuy  qui  a  des 
I  yeux  les  ferme, Se  alors  l’ima- 
[  ginatif  a  fon  a£le ,  ou  le  peut 
auoir:  Celuy  qui  void  atteint 
mieux  ce  qui  a  couleur  en 
voyant  qu’en  imaginant  :  car 
le  fujec  fenfé  aboutir  plus  au 
fe-ns  mefme.  L’imaginatiue 
n’eft  pas  vne  puiffan  ce  il  ge¬ 
nerale  aux  chofes  fenfees^^ 


140  L'JrthrefâtM.  | 

comme  la  fenfitiue;  comme  j 
il  appert  pat  le  toucher,  auec  | 

lequel  l’homme  tenant  vne 
pierre,  en  vn  mefme  temps 
fent  plufieurs  Sc  diuerfcs  cho- 
fesi  c’eft  àfçauoit  la  pefanteur 
de  la  pierre ,  la  froideur ,  1  al- 

preté,  8C  la  dureté  i&l’imagi-, 

naciuenullement, linon  fuc- 

cc^rluement,8cainfldesau- 

tres  femblables  à  ceuxcy,que 
ces  chofes  fuffifent  a  caufe 
delà  briefueté. 


Du  ftxiefme  fuhjet,  qut  efl 
U  fenfitiue, 

Chap.  XVIII- 

T  Es  principes  6c  les  réglés 
•L^font  dans  la  fenfitiue ,  par 
vn  moy  é  fpecifié:car  elle  a  vn 
pouuoirpar  laveuë  3  6c  vu  aur 


Raimond  Lulle,  i^i 
tre  par  l’ouye  ,  &c.  &  les 
deux  proprietezd  inllin£l: ,  &; 
lappetit  jfont  principalemêc 
cts  chofeSj&eftainfideffinie. 

La  fenlitiueeft  lapLiiflance 
à  laquelle  il 'appartient  pro¬ 
prement  de  fentir.  Lafenfitî-- 
ue  caufe  les  chofes  fenfees  a- 
uec  Tes  principes,  &:  Tes  réglés 
fpecifiées,elle  eftgenerale  par 
le  fens  cômun  &  particulière 
parles  fens  particuliers,  par 
le  fens  commun,  elle  a  fes 
corrélatifs  communs,  &;par 
les  fens  particuliers  elle  a  fes 
corrélatifs  particuliers, 

La  vie  radicale  de  la  fenlitiue 
vit  de  la  vie  vegetable ,  auec 
laquelle  elle  eft  conjointe  8^ 
plantée  en  elle,  comme  la  ve- 
getatiue  dans  felementatiue. 
La  fenfitiue  fenfeles  objedts 


I^Z  L'JrthrefdelA. 
par  tous  les  fens  :  comme  par 
la  veuê  elle  voit  ce  cj^ul  eft  co¬ 
loré,  &c  par  l’ouy cia  voix,  par 
le  moyen  du  parler  qui  l’a  luy 
exprime  :  car  fans  le  parler, 
l’ouyeiie  peut  fenfer  la  voix, 
6c  en  ce  pas  »  I  entendement 
cognoift  que  le  parler  eft  vn 
fens^ _ _ _ _ _ 

Dufepiefme  fujet,ciui  eft 
la  Vegetatine. 

Ch  AP.  XIX. 

En  la  Vegetatiue  les  prin¬ 
cipes  &:  les  réglés  Ibnt 

fpecifiées,  aueclerquellesles. 

plantes  agilTenc  félon  leurs 
efpeces  dans  lefquelles  ils 
font;  carie  poivre  agit  félon 
fon  efpece ,  ôc  la  roze  félon  la 


Kaimond  Lulle.  14^ 
Tienne ,  le  ly  s  félon  la  Tien¬ 
ne,  6ic. 

Les  principes  de  la  vegeta- 
tiiie  font  plus  condenfés  que 
les  principes  de  lafenfitiue,8i: 
les  principes  de  la  fenfitiue, 
que  les  principes  deTimagi- 
natiue,  on  Ta  delïimt  ainfî. 
La  vegetatiue  eftla  puif- 
Tance  à  laquelle  appartient 
proprement  de  yegeter  >  ^ 
elle  vegeteainfi,  les  fubjets 
elementés  a  fa  mode  com¬ 
me  la  fenTitiue  fenfe  les  végé¬ 
taux  ôc  fujets  elementez 
la  vegetatiue  tranfubltamie 
Tlementatiue  en  fon  efpe- 
ce  par  Tentremife  de  la  gé¬ 
nération  :  &:  elle  vit ,  elle 
cro'ift ,  ôc  eft  nourrie  de  Tele- 
metatiueda  vegetatiue  meurt 


L'/érthrefdeM, 
quand  relemccatiue  luy  def- 
faulc ,  corne  la  lumière  meurt 
en  la  lampe  quand  Thuille  luy 
deffaulc. 


T)h  huiêîiefme  fuhjeêl ,  c^ui 
efttElementatiue, 
Ch^ap.  XX. 

En  rElementatiue ,  les 
principes  ôe  les  réglés 
font  fpecifiées  J  aueclefquel- 
les  elle  a  plufieurs  efpeces 
l’or, l’argent, &:  autres  de  mef- 
me  forte  ,  ôceft  ainfi  definie. 
L’Elementatiue  eftvnepuif- 
fance  à  laquelle  appartient 
proprement  d  elementer,elle 
a  des  corrélatifs  communs, 
corne  la  fenfitiue ,  6c  on  peut 
direainfi  de  fes  particuliers. 


Kaimond  LuÜe.  145 

c  eft  à  fçauoir  du  feu ,  de  1  air, 

dereau,&:delaterre,qui  ont 
leurs  correlatifsj  fans  lefquels 

fes  elemens  ne  peuuent  eflre; 

comme  les  corrélatifs  ne  peu- 
uent  elf  re  fans  éléments ,  qui 
font  les  derniers  fondements 
de  cet  elementatiue  j  &  1  ele- 
mentatiue  ,  par  icelle  a  des 
poinds,  lignes,  ôc  figures, 
long,  large,  ôt  profond  ,  Sc 
corps  pleinj  quâlitez  &  com- 
plexions ,  dureté, afpreté ,  le- 
gereté ,  pefanteur ,  &c.  Bc  en 
ce  pas ,  rentédemét  cognoift 
que  les  éléments  lont  aéfuel-* 
lement  dans  les  elemeiités, 
toutesfois  d’vne  façon  raua- 
lé€,car  autrement  les  elemêts 
n’auroient  pas  dequoy  eftre, 
Bc  ne  feroicni  pas  du  genre 
de  lafubftance,ny  n  auroieni 
G  iiij 


Î4^  L'JnhrefdeM, 
point  déformé,  de  matière, 
de  nature ,  dé  mouuemefir, 
d ’inftinftjdelôg,  large,plein, 
ny  d’appetit ,  ce  qui  eft  coûta 
fait  impofTible  ôc  abfurde  à 
dire. 

Du  neufiefmefuhjeêî,  qui  ejl 
dç  ï  Injîrumentaîiue» 

:  ^eH:Ap:  -XXL  .  ^ 
E  fnbjet  eft  de^l’Ibftru- 


mentalité,  ôe  eft  confi- 


dere  de  deux  façons  ,  c’eftà 
fçauok ,  naturellement  com¬ 
ité  f œil  qui  éft  f-iriftruiîient 
pour  veoii-j  5e  môrâUénieïit 
coiiime  la  luftiee  poür  iùgcry 
8c  le  marteau  pour  forger. 

:  Et  l’inftrumenr  naturel  peut 


B^aimond  LuÜe,  14/ 
eftre  cogneu  en  le  conduifant 
parles  principes  Sc  par  les  ré¬ 
glés  de  cet  Art,  d’vne  façon 
fpecifiée. 

Et  femblablement  l’inflru- 
ment  moral, par  les  mefmes 
principes  Sc  réglés  en  fa  ma¬ 
niéré  fpecifiee. 

Caries inllruinents  naturels 
Sc  moraux  different  entr’eiix, 
Sc  nous  laiffons,  telle  dédu¬ 
ction  ou  difcours  àlentende- 
ment  bien  regardant  au  de¬ 
dans,  &:  fl  l’entendement  de 
Kart ifte  manque  en  telle  de- 
dudion  ,  qu’il  aye  recours  au 
grand  Art ,  dans  lequel  nous 
traitons  des  morales  plus 
amplement,  mais  par  ce  que 
dans  l’Alphabet  nousfaifuns 
mention  des  morales ,  pour 
ÉÈnous  voulons  deffinir  ks 
G  V 


14^  L"  Arthrtfde'Mf 
inftruments  moraux, afin  que 
parles  définitions  ,  les  prin¬ 
cipes  &:  les  reglesjl’artifteayc 
vne  cognoillance  des  mora¬ 
les. 

L'Inflrumentatiue  ef:  vne 
puilTanceaucc  laquelle  l’hom 
me  moral  agit  moralement. 

La  luflice  eft  vne  habitude, 
auec  laquelle  lejufle  agitiu- 
ftement. 

La  Prudence,  efl  vne  habi¬ 
tude  auec  laquelle,le  prudent 
fefert  de  la  prudence. 

La  Force ,  efl  vne  habitu¬ 
de, auec  laquelle,  lefortagill 
courageufemenc  de  cœur. 

LaTemperance,  eil  vne 
habitude,  auec  laquelle, le 
temperé  fe  fert  en  agilTanC 
temperamment. 

JLaFoy,cfl  vne  habitude 


'Raimond  Luüe.  14^ 

auec  laquelkjquelqu’vn  croit 
vne  chofe  eftre  vrayc  ,  qu’il 

ne  fenc, n’y  n’entend. 

L’Elperance  ,  eft  vncha* 
bitude,auee  laquelle  ,  quel- 
qu’vn  efpere  que  fon  maiflre 
luy  donnera  pardon  &c  gloi- 
rej  St  Te  confie  en  Ion  bon  &c 
puifiant  amy. 

La  Charité ,  eft  vne  vertu, 
auec  laquelle ,  celuy  qui  a  fes 
biens  propres ,  les  faid  com¬ 
muns. 

La  Patience  ,  eft  vne  ha¬ 
bitude ,  auec  laquelle  5  le  pa¬ 
tient  furmonte  ,  Sc  n’eft  ia- 
mais  vaincu. 

La  Pieté  ,  eft  vne  habitu¬ 
de,  auec  laquelle  ,  le  pieux 
f  afflige  des  langueurs  de  fon 
prochain. 

L’auarice  j  eft  vne  habi- 
G  vj 


150  L'Jrthfefde  Mi 
tilde  ,  auec  laquelle  le  riche 
elt  pauure  mendiant. 

La  Gpurmandife,  eftvne 
h^vbitpjde  ,  auec  laquelle  ,  le 
gourmand  eil;  en  prifon  , 
enaprcs^j  mis  dans  l’infirrpi'- 
tc,&:  la  pauureté. 

La  Luxure  ,  efl:  vne  habitu¬ 
de, auec  laquelle,  l’homme  fe 
fèrc  4efes  puifTances  indue- 
ment,  contre  l’ordre  du  mar 
riage. 

La  Superbe, efl  vnc  habitu¬ 
de  >  apecla  quelle,  l’homme 
fuperbe  ;  etTaye  d’eftre,  par4 
defTus  tous'.sé  elteontre  l’hu¬ 
milité. 

La  Lafchcté  ,'efi:  vnc  habi¬ 
tude  ,  auec  laquelle,  le  lafche, 
fefafche  du  bien  d’au truy  64 
s’efiouit  de  fon  mal.  j 
Lenuie  cft  vnei  habitadej 


Kaîmond  Lulle, .  i 
auec  laquelle  ,  l’enuieux  ap- 
pete  iniuftement  les  biens 
d’aurruy. 

La  Cfiolerejeftvne  habitu¬ 
de  , auec  laquelle,  celuyqui 
eft  en  cholere,lie  fa  delibera¬ 
tion  ôc  fa  liberté. 

LeMenfonge,efl:  vne  ha¬ 
bitude, auec  laquelle,  le  men¬ 
teur  parler  ateefte  quelque 
chofe  contre  la  vérité. 

L’Inconfl:ance,ell;  vne  ha- 
bitudcjauee  laquelle,!  mcon- 
ftant  eft  changeant  en  .plu-- 
fleurs  fortes. 

Nous  auons  trai<3:é  des  neuf 
fujets,  defquels  rArtifle  peut 
auoir  cognoiffance  ,  en  les 
parcourant  par  les  principes 
«c  les  réglés  de  cét  Art,  * 


j]ï  V Artlrefde  M. 


DeUdixiefme  partie  ,  qui 
eflde  [fiy^pplication. 

Chap.  XXII. 

L'Application.,  cft  diuifée 
en  trois  parties, 
f  La  première,  eft  quad  1  im¬ 
pliqué  eft  applique ,  à  ce  qui 
eft  expliqué. 

La  fcconde,e{l  quand  1  ab  - 
ilraid  eft  applique  au  con- 
crer. 

Latfoifiefmeeft ,  quand  la 
queftion  eft  appliquée  aux 
lieux  de  cét  Art. 

Et  premièrement  ,  nous 
parlerons  ainft  de  lapremic* 
re  ;  Si  les  termes  de  la  que- 
ftion  font  iinpli<iuez  »  il  les 


Raimond  LuÜe,  15J 
faut  appliquer  aux  termes  5 
de  céc  Art  expliquez  :  com¬ 
me  quand  on  demande ,  fça- 
uoir-mon,{i  Dieueft,  oufça- 
uoir-mon ,  s’il  y  a  des  Anges 
&ainrides  autres:  Il  les  faut 
appliquera  la  bonté,  gran¬ 
deur,  &c.  c’ellà  fçauoir ,  fça- 
uoir-mon  s’il  eft  bon ,  grand, 
&c.  que  Dieu  foit  ,  &:quc 
l’Ange  foit. 

De  lafecondepartie,il  en 
faut  traider  ain{i,fi  les  termes 
de  la  queftion  font  abftraidsj 
Il  les  faut  appliquera  leurs 
termes  concrets  :  comme  la 
bonté  au  bien ,  la  grandeur, 
à  ce  qui  eft  grand;  la  couleur, 
au  coloré ,  ôc  ainft  des  autres, 
il  faut  voir  par  quel  moyen  fe 
rapportent  le  terme  abftraid, 
le  terme  concret  :  parcou» 


1^4  L'^rt  bref  de  M . 

courant  parles  pricipes  ôepar 
les  réglés. 

La  troiriefme  partie  ,  qui 
eft  de  l’application  aux  lieux, 
le  diuife  en  treize  parties,  qui 
font  telles  :  c  elt  à  Icauoir ,  la 
première  figure  ,  la  fécondé 
figure,latroiriéme  figure,  la 
quatrième  figure.  Les  deifi- 
nitionsjles  réglés, la  table, le- 
uacuation  de  la  troifiefme  fi¬ 
gure  ,  la  multiplication  de  la 
quatriefme  figure.Le  meflan- 
ge  des  principes, ôedes  réglés, 
6c  les  neufs  fujeèts ,  les  cent 
formeSjScles  queftions. 

Il  faut  appliquer  à  ces  par¬ 
ties  auant-dices ,  les  matières 
des  quèftions,  félon  qu’il  leur 
appartient  :  Car  fi  la  matière 
delaqueftion ,  conuient à  ^ 
pxemiere  figure  >  qu’ pliç  foit 


Kaimond  Lulle,  J55 
appliquée  à  la  première  figu¬ 
re  ,  Sc  la  folution  de  la  que- 
lUon  foit  puifée  du  texte  d’i¬ 
celle  figure  >  de  telle  façon 
qu’en  affirmant,  ou  niant  :  le 
texte  ne  Toit  point  bleffé  ,  8c 
comme  nous  auons  dit,  de  la 
première  figure,ainfi  on  peut 
dire  des  autres  parties  ,  en 
leurs  maniérés.  Etceschofes 
fuffifentà  caufe  debriefueté. 

Et  fi  l’entendement  . de  d’Ar- 
tilte  manque  en  appliquant, 
qu’il  aye  rècours  au  grand 
Art.Car  eniceluy,il  eft  trai- 
(ké  de  ces  çhofes  plus  ample¬ 
ment. 


1 


ij(y  iJdArthref  àe  Ai, 


Des  cent  Formes, 

Ch  AP.  XXIII. 

En  celle  partie, font  mifes 
cent  Formes ,  auec  leurs 
deffinitions  ,  afin  que  lefu- 
je£t  reftende-à  l’entendem  et: 
car  par  les  defîînitiôs  des  for¬ 
mes  lenrendement  fera  con¬ 
ditionné  pour  les  parcourir, 
par  les  principes  les  réglés, 
&parvnteldifcours  l’enten¬ 
dement  aura  ta  cognoiffance 
des  formes  mifes  es  queftiôs: 
c  cft  pourquqy  les  cent  for¬ 
mes  auec  leurs  deffinitions 
font  telles. 

1  L’entité  eftTeftant,  àrai- 
fon  duquel  quelque  eftant 


KaimondLulle,  157 
caufe  vn  autre  eftant. 

Z.  L’efTenceert  la  forme  ab- 
ftraide  de  l’eftre  &c  foiib- 
flenuë  en  luy. 

3.  LVnité  eft  la  forme  à  la¬ 
quelle  il  conuient  propre¬ 
ment  d  Vnir. 

'4.  La  pluralité  eft  la  forme 
compofée  de  plufteurs  dif¬ 
ferents  en  nombre. 

5.  La  nature  eft  la  forme  à 
qui  il  conuient  propremet 
dénaturer. 

6.  Le  genre  eft  vn  eftant 
confideré  ,  grandement 
confus ,  qui  f’efnonce  de 
plufteurs  differens  enef- 
pece 

7.  L ’efpece  eft  vn  eftant.  qui 
f’efnonce  de  plufteurs  dif¬ 
ferens  en  nombre. 

8.  L’indiuiduitc  eft  vn  eftant 


/j  8  Art  bref  de  , 

qui  eft  plus  diftant  du  gen-  j 
re  qu’aucun  eilant.  ] 

9.  La  propriété  eft  la  forme,  ] 
auec  laquelle  l’agent  agit 
fpecifiqüeinent. 

10.  Lafimplicitéeftlaforme, 
qui  eft  plus  diftante  de  la 
compoütion  qu’aucun  au¬ 
tre  eftant, 

ïi.  La  composition  eft  vne 
forme  aggregée  de  plu- 
fieurs  efTencçs. 

12.  La  forme  eft  vne  eSTence, 
auec  laquelle  l’agent  agit 
dans  la  matière, 

13.  La  matière  eft  l’eftcnce 
Simplement  paftiue. 

14.  La  fubftance  eft  vn  eftant 
qui  exifte  parfoy. 

15.  L’accident  eft  la  forme, 
qui  n’exifte  pas  par  foy ,  &: 
qui  ne  fe  rapporte  pas  prin- 


]^ainiond 
•cipaleinent  à  fa  lin. 

\6.  La  quantité  eftl’eliant,  à 

raifondequoy  lefujet  eftj 
quant. 

17.  La  qualité  eft  Teftant,  à 
raifon  duquel  les  princi¬ 
pes  font, quels. 

18.  La  relation  efl  la  forme, 
refpeétiue  àplufieurs  cho- 
fes  diuerfes ,  fans  lefquel- 

*  les  ellene peut  eftre. 

19.  L ’adion  eft  la  formeat- 
tachée  6^  inherenteàu  fub- 
jeétpalTif. 

zo.  La  paffion  eft  vn  eftant 
qui  lafouftient. 

21.  L’habitude  eft  la  forme, 
auec  laquelle  le  fubjet  eft 
veftu. 

22,  La  fituation  eft  vne  po^-" 
tion  de  parties  bié  &  deuë- 
ment  ordonnées  dans  le 


i6o  Arthref 
fubjed  dans  lequel  elles 
font. 

23.  Le  temps  eftl’eflantjdans 
lequel  les  eflas  creéz  font 
cômccez  &;  nouueaux,  ou 
le  temps  elt  l’eftât ,  côpofé 
de  plufieurs ,  maintenant 
félon  le  deuant  &:  apres. 

24.  Le  lieu  eft  vn  accident, 
par  lequel  les  eftants  font 
placez  ,  où  le  lieu  eft  la* 
îurface  enuirônant,  &:  cô- 
tenant  en  foy  immédiate¬ 
ment  les  parties  internes 
du  corps. 

25.  Le  mouLiement  eft  l’in- 
llrument ,  auec  lequel  le 
mouuant  meut  ,  lelujet 
meu  ,  où  le  mouement 
^eft  ce^  qui  participe  de 
la  nature  ,  du  principe  , 
du  moyen  ,  de  la  lin. 


B^atmondl.ulle*  i^t 
L’immobilité eftleftanc, 
qui  n’a  aucun  appétit  au 
mouuement. 

27.  L’inftind  eft  la  figure  &: 
fimilitude  de  l’entende¬ 
ment. 

28.  L’appetit  eft  la  figure, 
forme  6^  fimilitude  de  la 
volonté. 

29.  L’attraélion  eftvne  cer¬ 
taine  forme ,  auec  laquelle 
l’attirant  attire  l’attiré  ,  ou 
l’attraélion  eft  vne  certai¬ 
ne  forme,  qui  a  l’inilinét 
&:  l’appetit  d’attirer  quel¬ 
que  chofe  au  fubj  et. 

50.  La  réception  eft  vne  cer¬ 
taine  forme  auec  laquelle 
lerecipicnt  reçoit  le  receu, 
ou  la  réception  eft  vne  for 
me  certaine  qui  a  l’inftinét 
Sca  lappetit  de  receuoir 


i6i  L*  Jrthref  de  M, 

quelque  chofe  dans  le  fii- 

jc6t. 

31.  Le  fantormeeft  vne  ref- 
femblance  abftrai6te  des 
choies  par  rimngination. 

31.  La  plénitude  eft  la  forme 
efloignée  du  vuide. 

33.  La  diifufion  ell  la  forme 
auec  laquelle  le  diifondanc 
diffondle  diffufible. 

34.  La  digeftion  eft  la  forme 
par  laquelle  le  digérant  di¬ 
géré  le  digeftible. 

35.  L'expuliion  eft  la  forme 
auec  laquelle  la  nature 
poufte  les  chofes  qui  ne 
conuiennent  pas  au  fub- 
jedv 

36.  La  lignification  eftla  re- 
uelation  des  fecrets  qui 
font  monftrez  auec  le  li¬ 
gne. 


37- 


Raimond  Lulle.  163 

37.  La  beauté  eft  vne  cer¬ 
taine  forme  fpecieufe , 
receuéparla  veuë,  ou  par 
l’otiye ,  ou  par  l'imagina¬ 
tion  ,  ou  par  la  conceptiôi 
ou  par  la  dcleélation. 

38.  LanoLiueautceft  vnefor- 
me,àraifon  de  laquelle,  le 
fujet  eft  habitué  de  nou- 
uelles  habitudes. 

35». L’idée  en  Dieu,  eftDieu, 
l’idée  en  la  création ,  eft  la 
créature. 

40. LaMathematiqueou  Me- 
thaphyfique, eft  laforme, 
auec  laquelle  ,  l’entende¬ 
ment  humain  defpouille 
le  fujet  d'accidents. 

41. L’eftant ,  exiftant  en  puif- 
fance  c’eft  la  forme  qui 
exifte  dans  le*  fujet  fans 
moiiuemcc, qualité,  quali^ 

H 


1(^4  V  Art  bref  de  M, 

té,&  autres  femblables. 

42..La  pon6tuite,  eft  l’efTencc 
du  poind  naturel  ,  exi- 
ftanc  la  moindre  partie  du 
corps. 

43.  La  ligneeft  la  longueur 
compolee  de  pluüeurs 
poinds  côiinus:  delaquel- 
le  les  extremitezfont  deux 
poin6ts. 

44. Le  triangle,  efl:  la  figure 
qui  a  trois  angles  aigus, 
contenus  par  trois  lignes. 

45.  Le  quadrangle,efi:  la  figu¬ 
re  qui  a  quatre  angles 
droits. 

4(J.  Le  cercle  ,  efl:  la  figure 
contenue  par  la  ligne  cir¬ 
culaire. 

47.  Le  corps  efl:  la  lubftancc 
pleine  de  points, de  Hgnes, 
ôe  d’angles, 


'  Kdlmond'Lufle, 
L'afigore  ,  eft  l’accident 
compofé  de  la  dtuation  $c 
habitude. 

49,  Les  rectitudes  generales, 
font  fix  ;  par  lefquelles ,  le 
corps  eft  le  centre,  par  les 
lignes^  diametr'ales, 

JO.  La  môftruofité ,  eft  le  dé- 
'  uoyement  du  mouuemêt 
de  la  nature. 

jï;  Libderiùfttion^,  eft  le  fujer 
general  y  par  lex^uelyle  par¬ 
ticulier  defeend  de  l’vni- 
uerfel. 

3i.  L’ombre  ,  eft  l’habitude 
de  la  priuâtion  de  lalu- 
rniere,  ■  i  • -ui  - 
53 .  Le  miroüer ,  eft  Vn  corps 
diaphane, dilpofé  à  rece- 
uoir  toutes  les  figures 
‘luy  font  reprefentées. 
î4.  Lacouleiir,  eft  l’habiciî» 

H  ij 


s66  V  Art  bref  de  M, 

de  contenu  par  la  figure. 

55.  La  proportion,  efl:  la  for¬ 
me  à  qui  conuient  pro- 
premétjde  proportionner. 

56.  La  difpofitiün,  efl:  la .  for¬ 
me  à  qui  il  -  conuienü  en 
propre  de  difpofer* 

57.  La  création  dans  l'Etcrni- 
té,efi  l’idée  :  ^  dans  le  tcps 
efl;  la  créature. 

.58.  La,  predeftinatioil^dans  la 
Sapience  de  Dieu  ,  efl  l’i¬ 
dée:  6c  dans  la  création  >  efl 
la  créature. 

5p.Lamifericorde,  dans  l’E¬ 
ternité  elt  l’idée:  6C  dans  le 
predeftiné ,  efl:  créature. 

^o.  LanecclTité  efl:  la  forme, 
qui  ne  peut  eftre  autre¬ 
ment  :  mais  le  necelTaire, 
ceftl’eftant  quilacôrient. 

^1.  La  fortune ,  eft  l’accideni 


inhérent  aufujet:  mais  le 

.  fortuné,ceft  l’homme  dîG- 

poféàla  receuoir. 

$z.  L’ordonnance,  eftla  for¬ 
me,  à  qui  il  conuienc  pro¬ 
prement  d ordonner, 
l’ordonné,  eftfon  propre 
fuieél:. 

63  .Le  confeil ,  cft  vne  propo- 
ütion  douteule,  Scia  con- 
fultationeftfon  repos. 

é4.La  grâce  ell  la  formepri- 
mitiue ,  mifedans  le  grati¬ 
fié  >  fans  le  mente  du  gra¬ 
tifié. 

65. La  pèrfeétion ,  c  eft  la  for¬ 
me,  à  laquelle  conuient 
propremét,  deparfaireen 
vnfujet  parfàid. 

6  6.  La  declaraûon  eft  la  for¬ 
me  en  laquelle ,  1  entende¬ 
ment  repofe  ,  en  diftiû- 

H  ii) 


i  6  s  ^ L  A rt  hrefdç  4</. 
guant,&  le  déclaré  efl:  fon 
luier^dans  lequel  la  décla¬ 
ration  efl  l’habitude. 

6y.  LaTrafubftantiation  efl 
,  l’ade  de  la  nature  dans  le* 
tranfubflantié  dénué  de  fa 
forme  ancienne  ôi  reueflu 
d  Vnenouuçlle. 

8 .  L’alteration  efl  la  forme, 

.  née  dans  l’altéré. 

L’Infinité  efl  la  forme  qui 
.  a  vn  ade  infiny  ,  efloignc, 
de  tout  çe  qui  efl  finy. 

70.  La  déception  efl  l’habi¬ 
tude  pofitiue  du  deceuant, 
&:  l’habitude  priuatiue  du 
deceu. 

71.  L’honneur  efl  vne  habi¬ 
tude  adiue  en  bhonprant, 

•  ô^pafliue  dans  l'honoré. 

72.  La  capacité  efl  la  forme 
auec  laquelle  le  capable 


Raimond  Luile.  169 

peut  autant  contenir  Sc  re- 
ceuoir,  quil  luy  peut  ef-, 
choir  &:amuer. 

73.  L’exihence  eft  la  forme 

auec  laquelle  Texiftant  exi- 

lie  ce  qu’il  ell. 

W.  L’agcn  ce  eft  la  forme  qui 
meut  l  exiftant  au  terme 
auquel 

La  Comprehenfion  eft  la 
reffemblance  de  l’Infinité, 
gi  rapprehenfion  de  la  fi- 
nité. 

75.  L’inuention  eft  la  for¬ 
me  au ec  laquelle  lenten-' 
de  ment  trouue  ce  qui  eft 
trouué. 

76.  La  reffemblance  eft  la  for¬ 
me,  auec laquelle  le  fujeâ: 
affimilant  rend  femblable 
le  fujea  affimilé  ou  faid 
femblable  à  celuy  qui  la 

H  iiij 


170  L:<^nhrefàe^, 
rendu  tel. 

77-  L  antécédent  cilla  forme 
qui  caufele  confequent,  6c 
Je  confequenc  ell  Jefujed 
dans  lequel  l’antecedent 
repofe. 

78  LapuilTanceelllaform^ 
aueclaquelle  l’entendemêc 

arrc'inc  l’objeâ:  :  6c  l’objea: 
cil  le  fuj et  dans  lequel  l’en¬ 
tendement  repofe,  fade 
ell  l’allemblage  delapuif- 
fance6<:derobjeâ:. 

7p.  La  génération  és  créatu¬ 
res  5  ell  la  forme  auec  la¬ 
quelle  l’agét  caulc  de  nou- 
uelles  formes  :  la  corrup¬ 
tion  ell  la  forme  auec  la¬ 
quelle  le  corrompâtpriue 
des  formes  anciennes ,  6c 
la  priuation  eft  au  milieu 
.  d’elles. 


Ka^'mond  Lùlk»  i7t 

8 0.  La  Théologie  eft  la  fcien- 
ce  qui  parle  de  Dieu.  • 

El.  La  Philofophie  ell  la  fct’* 
ence>  par  laquelle  l’enten- 
dement  fe  reltrain£t  à  tou¬ 
tes  les  fciences. 

81.  La  Geometriecflvn  Art 
inuenté  pour  mefurer  les* 
lignes  3  les  angles  6c  les  fi¬ 
gures. 

83.  L’Aftronomie  eft  vn  Arc 
auec  lequel  rAftronome 
cognoift  les  vertus  6c  les 
mouuements,  quele  Ciel 
a  és  chofes  inferieures  ef» 
fediuemenc. 

84.  L’A  ri  tlime  tique ,  eft  vn 
Art  inuété  pour  nombrer 
plufteurs  vnitez. 

85.  La  Muftque  eft  vn  Art  in- 
uenté  pour  ordonner  plu- 
fteurs  voix  accordances  eü 

H  y 


ij2  L!  Jrt  bref  de  M. 

vn  chant. 

8^.  LaRethorique  eflvn  Arc 
.  inuentéjauec  lequel  le  Re- 
thorkien  orne  èc  colore 
fes  paroles. 

87.  La  Logique  ek  vn  Art, 
auec  lequel  le  Logicien 
trouue  vne  naturelle  cdn- 
jondion  entre  le  fujet  ôc 
le  prédicat. 

88.  La  Grammaire  eft  l’Arc 
de  trouiier  moyen  de  par¬ 
ler  Bc  d’efcrire  correde- 
ment. 

85».  La  Morale  eft  vne  habi¬ 
tude  pour  bien  ou  mal  fai¬ 
te. 

5?o.  La  Politique  eft  vn  Arc 
auec  lequel  les  bourgeois 
procurât  l’vtilité  publique 
delà  Cité. 

LeDrpid:  eft  vnade  te- 


Kaimond  Luüe.  ijj 
glé  en  l’horamehabitué  de 
la  luftice. 

5>2.  La  Medecine  eft  vn  Art 
auec  lequel  le  Médecin 
procure  la  fanté  du  patient 

^3.  La  Monarchie  eft  la  for¬ 
me  auec  laquelle  le  Prince 
gouucrne  Ion  peuple. 

5)4.  La  Milice  eft  l’habitude 

auec  laquelle  le  Soldat  ay- 
de  le  Princcjàcelle  fin  qull 
puilfe  conferuer  laiuftice. 

5)5.  La  Marchandife  eft  vne 
habitude ,  auec  laquelle  le 
Marchand  f^ait  vendre 
achepter. 

ÿS.  La  Nauigation  eft  vn  Art 
auec  lequel  les  Nauton- 
niers  fçauêt  comme  il  faut 
nauiger  par  mer. 

^7.  La  Confeience  eft  vne 
forme;  auec  laquelle  l’en- 
H  vj 


r74  VJnhnfâeyi'. 

tendemenc  afflige!  ame  de 
fes  fautes  commifes. 

^8  -  La  prédication  efl  la  for¬ 
me  auec  laquelle  le  Pre- 
d  cateur  informe  le  peuple 
pour  auoir  de  bonnes 
mœurs,  en  fuyant  les  mau- 
uaifes. 

59.  L’Oraifon  eft  la  forme 
auec  laquelle  le.priat  parle 
à  Dieu  laindement. 

100. La  Mémoire  eftvn  eflat, 
auec  lequel  les  chofes  peu- 
ueac  eftreramencuès. 


Kaimond  Luüe*  t/j 


De  l  vn':^ieme  fàLrtie^  qui 
ejl  des  Q^eflionSm 

Ch  AP.  XXIVv 

CEfte  partie  ce  diuiro  en 
douze  parties ,  ou  lieux 
difpofez  e>c  proportionnez 
aux  Q^flions ,  fuiuant  la  di- 
uerficé  des  matières  dôi  elles 
font.  Car  en  vn  lieu  ou  par¬ 
tie,  la  folutiô  d’vne  queftion 
cft  fignifiée,  ôc  en  vn  autre 
lieu  la  folution  d  vne  autre 
queftion  ,  à  raifon  dequoy 
nous  appliquerons  diuerfe- 
ment  les  queftions  auididls 
lieux,  6c  ce  en  deux  façons, 
c’eft  a  fçauoir  que  nous  feiôs 


V  Art  bref  de 
quelques  queftions  que  nous 
refoudrons,  &:  femblablemêt 
nous  en  ferons  d’autres  que 
nous  ne  refondrons  pas ,  6c 
les  laifferons  refoudre  à  l’Ar- 
tifte,qui  les  regardera  bien  au 
dedans  ,  afin  qu’il  fçache  bien 
tirer  les  folutions  de  la  partie 
ou  du  lieuj  auquel  nous  aurôs 
renuoyé  les  queftions  :  caria 
folution  eft  fignifiéeen  cefte 
partie  là  J  ou  en  ce  lieu  là.  Or 
icynous  ferons  quelquepeu 
de  queftiôs  à  caufé  de  la  brief- 
ueté  ;  car  cet  Arc  eft  abftraidb 
du  grand  Art^afin  qu’il  puifle 
cftretrai6té  plusbrieuemenr^ 
&afin  quel’entendemenrcô- 
prenne  beaucoup  de  chofes 
en  peu  de  paroles  :  6c  ainft 
l’entendement  eft  plus  vni- 
ÿerfel  :  &:  par  les  folutions  de 


Kaimond  Lulle,  jjy- 
ces  queftions  icy  pofées  ou 
données ,  la  folution  des  au¬ 
tres  queftions  pourra  eftue 
donnée  à  fa  mode. 

Les  lieux  ou  parties  auf- 
quelies  nous  renuoyronsles 
queftions  font  douze ,  qom- 
me  il  a  efté  àid:  cy  deffus-.c  eft 
à  fçauoir  la  première  figure, 
la  fécondé  figure,  latioifiemc 
figure,la  quatrième  figure, les 
définitions,  les  réglés  ,1a  Ta¬ 
ble  ,  l’euacuation  de  la  troi- 
fiéme  figure,  la  multiplica¬ 
tion  de  la  quatrième  figure, 
le  meflange  des  principes  ôc 
des  règles  :  Les  neuf  fujeéls, 
les  cent  formes  :  Et  première¬ 
ment  nous  ‘parlerons^en  fon 
lieu  de  la  prçmiereparcie. 


VJrtlrefdeM. 


Des  queflions  de  ta^re^ 
mkre  figure. 

Chap.  XXV, 

I T  A  queftion  cfl,  fçauoir- 
-^mon  f’il  y  a  quelque  eilàc 
dâs  lequel  le  fujet  le  prédi¬ 
cat  fe  côuerrilTe  en  identité, 
d  cirence,&:  de  nature, de  nô- 
brepar  toute  la  première  fi- 
gure. 

Et  il  faut  refpondre  que  fi, 
car  autrement  la  conuçrfîon 
du  fujet  ôc  du  prédicat ,  6c  l’e- 
galité,  feroient  deflruites  ab- 
folument  >  6c  l’Eternité  feroit 
au  deflus  par  l’infinité ,  6c  fa 
bonté  5  grandeur  6c  puiffancc 


Kdimond  Lulle,  179 
fei'oienc  au  delTous  par  la  fini- 
té,  ce  qui  eft  impolTible. 

1.  On  demande  qui  eft  cét 
eftre,  dans  lequel  le  fujet 
Ôe  le  prédicat  leconuertif- 
fent;  Si  il  faut  refpondre, 
que  c’eft  Dieu  :  car  telle 
conuerfiûn  ne  peut  eftre 
que  dans  vn  fujet  infiny  SC, 
eternel. 

3.  On  demande  fçauoir-mo, 
fl  la  bonté  diuine  a  en 
{oy,vneaufti  grande  bo¬ 
nification,  que  l’entende¬ 
ment  diuina  fon  intclle- 
étion  ? 

On  demande,  pourquoy 
Dieu  a  en  foy  ,  vne  auftl 
grade  agence  qu’exiftéceî 
5.0n  demande»dequoy  Dieu 
peut  autant  qu’il  eft  luy 
meftiieî 


i8o  L!  Arî  bref  de 

6,  On  demande  J  poLirquoy 
l’homme  6e  l’animal, ne  le 
conuertiircnc  point  :  6e  il 
faut  refpondre ,  parce  que 
ia  couerfion  ne  le  peut  fai¬ 
re  entre  ce  qui  elt  plus  6e 
moins  ,  mais  entre  les 
chofes  égalles. 

7.  On  demande ,  fçauoir ,  G. 
dans  l’Ange,  fa  puiffance, 
fon  entend emeut ,  fa  vo¬ 
lonté, fe  conuertilTenr  î  Et 
il  faut  refpondre,  que  nons 
car  autrement  il  pourroit 
auoir  vn  afte  aulîi  infiny 
6e  Eternel,  que  Dieu  mef- 


Kaimond  Lnlle.  iBi 


\Des  de  la  fécondé, 

figure, 

Chap.  XXVI. 

T  Es  Queftion  s  de  la  fecon- 
•^de  figure  fe  peuuent  faire 
en  trois  façons  :  comme  l’hô- 
me  &:  le  lion, qui  différée  d’ef- 
pece  par  la  différence; &:  cô- 
uiennent  de  genre  par  la  con¬ 
cordance  ,  ôc  fe  contrarient 
par  la  contrariété  :  c’eft  à  fça- 
uoirparle  corruptible  &  in¬ 
corruptible  :  ôc  ainfi  des  au¬ 
tres  en  leurs  maniérés. 

On  demande,  fçauoir-mô, 
fila  differenceeftplus  gene¬ 
rale  que  la  concordance  ^ 


l8 1  VA  yf  bref  à  e  M; 

contrariété, à  quoy  il  faut  di¬ 
re,  qu’ouy,  d’autant  que  par 
tout  où  il  y  a  de  laconcor- 
dànce,&:  contrariété,  il  y  a 
de  la  différence:  mais  non  pas 
au  rebours  en  tout;car  en  plu- 
iieui'ÿon  trouuela  différence 
&  concordance  :  &:  toutefois 
en  elle,  il n  y  apointde con¬ 
trariété  naturellement,  com-^ 
me  dans  les  eftans  fpirituels. 

On  demande ,  quel  eft  le 
plus  grand  principe,  celuy  de 
la  concordance,ou  de  la  con¬ 
trariété  ?  ilfaut  dire ,  que  c^eft 
la  concordance:  car  les  prin¬ 
cipes  pofitifs ,  defeendent  de 
la  concordance,  ôc  lespriua- 
tifs,de  la  contrariété. 

On  demande ,  fçauoir-mo, 
fl  cette  deffinition  eft  plus  de- 
monftratiue  J  en  difant  ainli; 


Raymond  LuUe.  /Sj 
l’homme  eft  vn  animal  homi- 
fianc  i  où  l’homme  eft  l’eftant 
auquel  il  conuiét  propreméc 
d’hommifier,  que  celle -cy: 
l’homme  eft  vn  animal  rai- 
fonnable  mortel?  il  faut 
refpondre  qu’oüy  :  la  raifon 
de  ce,  eft, parce  queThommi- 
fication  conuient  à  l’homme 
en  propre  ,  ôc  le  raifonna- 
ble  &:  la  mortalité  à  plufieurs. 
Par  le  triangle  du  prin  cipe,du 
moyen ,  S>c  de  la  fin,  on  peut 
faire  des  queftions  en  trois 
façons. 

JLa  premiete  maniéré  eft, 
quand  on  demande  pour- 
quoy  y  a-Uvnefeule  6c  pre¬ 
mière  caufe,  Sc  nô  plufieurs, à 
quoy  il  faut  refpôdre  qu’oüy, 
afin  qu’il  y  aye  vne  fin  in;; 


iS  4  L'Art  bref  de  Ad  ^ 

La  fécondé  maniéré  effj 
quand  on  demande,  fçauoir- 
mon ,  fi  le  mo^ren  qui  efî:  en¬ 
tre  le  fujet  &;  le  prédicat ,  à  la 
quantité  côtinué ,  ou  difcrec  - 
te:  Ôcil  faut  refpondre  qu’il  a 
la  quantité  continué,  à  lef- 
gaid  du  moyen  des  extrerai- 
tez,  &:la  diicontinué,  àl’ef- 
gard  du  moyen  de  conion- 
étion  Sc  de  mefure.  *  - 

La  troifiefme  maniéré eff, 
quâd  on  demâde,qu  elle  eftla 
fin  derniere,  danslefujet:&  il 
faut  refpondre, que  c’efl  fa  fin 
propre, &:non  pas  appropriée. 

Par  le  triangle  de  la  ma- 
iorité  ,  égalité  ,  mmorité, 
on  peut  faire  des  quefiions 
en  trois  faeonsicomme  quâd 
on  demande,pourquoy  Dieu 
eft  au  deffus  de  l’Ange ,  aii 


Kaimond  huile,  1S5 
defTiîs  deniômei&:  il  faur  ref- 
pôdre  5  que  Dieu  eftau  deiTus 
de  r  Ange, par  ce  que  la  bonté 
diuine,  &  la  grandeur  diuiiie, 
&:c.font  diftantes  par  l’infini- 
cédela  quantité,  Sc  par  le- 
ternitc  du  temps,  Scia  bonté 
de  l’Ange  Sc grandeur ,  Sec. 
non;  mais  elles  font  au  delTus 
de  la  bonté, de  la  grandeur  de 
l’homme ,  d’autant  que  le  fu- 
ietdans  lequel  elles  font,  eft 
éloigne  8c  diftat  de  la  diuifiÔ, 
Sc  réception  :  mais  la  bonté, 
la  grandeur,  Scc.  du  corps  de 
l’homme,  non. 

La  fécondé  maniéré  efl:, 
quand  on  demande ,  en  lame 
pourquoy  l’entendement, la 
volonté,  Sc  la  mémoire ,  font 
égalés  par  l’ellence  ;  à  quoy 
onrefpond  ,  que  c’eft  parce 


1 8  6  t! Y t  bref  de  M. 
que  la  première  caufe,  par  l’é¬ 
galité  de  la  bonté,  grandeur, 
&;c.  eft  capable  d’eftre  enten¬ 
due  ,  ramentuè ,  &  aymée  é- 
galement.  Se  en  ce  cas  l’enr 
rendement  cognoift ,  que  la 
demonftration ,  fe  peut  faire 
en  trois  façons  ,  par,  ce  que 
c’eft  j  par  ,  d’autant  que  , 
ouparlefgalité  Se  equiparen- 
ce. 

La  troificfme  maniéré  eft , 
quand  on  demande  ,  pour- 
quoyle  péché  eft  plusabou- 
tiffantau  néant,  qu aucune 
autre  chofe ,  6e  il  faut  ref- 
pondre,  que  c’eft  par  ce 
<ju’il  répugné  plus  à  la  fin  de 
l’eftre. 

On  demande  fçauoir  fi  la 
différence  qui  eft  entre  le  fen< 
fuel  ôe  feniuel,  eft  plus  grâdc^ 
que 


Kéiimond  Lulle.  1S7 
que  celle  qui  eft  entre  le  fen- 
fuel  Sc  rintelledtuel  ,  que 
celle  qui  eft’  entre  l’intelle- 
dueljôc  l’intelleduel. 

Encore  à  fçauoir,  fi  la  difFe* 
reneequieft  entre  le  princi¬ 
pe  Sc  le  milieujeft  plus  gran¬ 
de  que  celle  qui  eft  entre  le 
milieu  Sc  la  fin . 

Semblablement  ,on  peut 
s’enquérir  de  la  différence, 
qui  eft  entre  la  fubftance,8c  la 
fLibftance;5cc.&:  il  faut  refpô- 
dre  par  les  chofes,qui  font  li¬ 
gnifiées  és  triangles  fiifdits, 
ayant  égard  aux  fujets  Sc  ob¬ 
jets  differents; ce  qui  fe  dit  fu- 
jeétiuement  SC  objediueméta 
moyennant  la  réglé  de  B. 


î 


l88  L*  Jrthrefde  M. 

Des  Refilons  de  la 

îroîjiejme  figure, 

Chap.  XXVIÎ. 

I;  TLaeftéditeiiIattoifié- 
•*  mj  figure  5  que  chafque 
des  principes  ,  s’appliquera 
l’autre sôc  pour  celàd’ô  dema- 
de  fçauoirdi  la  contrariété  elfc 
autant  applicable  a  la  bonté, 
grandeur ,  8cc.  qu’eft  la  con¬ 
cordance,  ôc  il  faut  dire,  que 
non  i  car  la  contrariété  s’ap¬ 
plique  ,  aux  principes,  en  pri- 
uant  contrariant, ôc  la  con¬ 
cordance  l’applique  en  po- 
fant  ôc  accordant. 

.2,  Il  fe  dit  à  la  troifiefme  fi- 
gure,la  bonté  eft  grande, ôc 


Kdimonâ  Lî^He, 
qu’ell-ce  que  la  bôtégran- 
dc^ôc  il  faut  refpô.dre  que  la 
bonté  grande  eft  celle  qui 
fans  contrariété  &:  mino¬ 
rité,  a  fa  conuenance  auec 
tous  les  principes ,  Sz  leurs 
corrélatifs. 

3.  On  demande, ou  eft  la  bon¬ 
té  :  va  à  la  cellule  B  1 , 5c 
prens  les  fignifi cations. 

4. On  demande,  dcqiioy  eft 
la  bonté  ^  . 

j.On  demande,  comment  eft 
la  bonté/,  va  à  la  cellule,  B, 
D  ,  5ç  B  K  ,  prens  leurs 
fignifi cacioias  j  5c  ainfi  des 
autres. 

On’ demande aijfîJ ,  quand 
eiftrentendement  vniuer- 
fel  ôc  particulier  ? 


1^0  L*  Jrthref  de  M* 


Des  ^eftions  de  U  qua^ 
trième  figure. 

Chap.  XXVIII. 

1. 1  ’On  demande,  par  la 
cellule  B  C  D  ,  fpuoir 
ni  y  a  quelque  bonté,  au¬ 
tant  infiniement  grande, 
qu’eft l’Eternité;  6c  il  faut 
refpondre  que  fiiautreméc 
toute  la  grandeur  de  l’eter- 
nité  ne  feroit  pas  bonne. 

Par  la  cellule  BEF, 
On  demande,  fiDieu  eft 
autant  puilTant  par  fa  bon¬ 
té,  comme  par  fon  enten¬ 
dement  :  va  à  celle  cellule- 
là,ôe  prens  les  lignifteatios 
de  Tes  corrélatifs  6c  de  fes 


Faimond  l^uUci  i^l 
deffinitions. 

3.  On  demande  3  fc,auoir5fi 
l’Ange  produi6l  l’Ange, 
veii  qu’il  eft  au  delTus: 
comme  l’homme  3  l'hom¬ 
me  ;  veu  qu’il  eft  au  def- 
fous  3  ôc  il  faut  refpondre, 
que  non  j  parce  qu’il  eua- 
cueroit  fon  effcnce:  car 
l'Ange  ne  reçoit  point 
d’augmentation  du  de¬ 
hors  3  mais  bien  rhommc3 
à  raifon  de  fon  corps. 


Des  Queflions  par  les  def-^ 
finitions  des  principes* 

Chap.  XXIX. 

I.  T  ’on  demande  3  II  Dieu 
vn  eftre  neceffaire  ? 
Ih; 


iÿ2  L' Jrthref  de  M , 

%.  L’on  demande  L  i’Vni- 
té  peut'  eftre  infinie  fans 
vn  ade  infin  p. 

3.  L’on  demande  fil  y  a  vn 
feiil  Dieu. 

4.  L’on  demâde  fi  Dieu  peut 
eftre  mauLiais.  Vaàlade- 
finition  delà  bonté  3  de  la 
Grandeur J&:  defEternité: 
&  tiens  les  chofes  qu’elles 
te  fignifient.  Car  fi  la  Bote 
eft  grande  &:  eternelle,  il 
eil  dcllorsnecefiairequela 
bôté  foit  la  raifon  au  bon, 
qu’il  prôHuife  le  bien^grad 
&eceinel,  &:  ainfi  des  au¬ 
tres  queftions ,  quipeuuéc 
eftre  faides  par  les  défini¬ 
tions  des  principes. 


LA  TABLE  GENERALL  ESU 


^  B.C.D.T.  ; 

c.d.e.ti 

D.E.F.T. 

E.  F.  G.  T. 

F.G.H.T. 

G.  H.l.  T. 

B.C.T.B.  i 

C.D.T.Q 

D.E.T.D. 

E.F.  T.  E. 

F.  G.  T.  F. 

G.H.T.G. 

J!  3.C.T.G.  1 

C.D.T.D, 

iO.E.  T.E. 

E.  F.  T.  F. 

F.G.T.G. 

G.H.T.H. 

B.C.T.D.  1 

G.D.T.Ei 

D.E.T.F. 

E.F. T.  G. 

F.G.T.H. 

G.H. T.I. 

3.D.T.B. 

G.  E.  T.C\ 

L'.F.T.D. 

E.  G.  T.  E. 

F.  H.  T.  F.  : 

G.  I.  T.  G. 

^  b.d.t.c. 

C.E.T.D,\ 

D..F.T.E. 

E.G.T.F. 

F.  H.  T.  G.  1 

G.  I.T.H.  1 

^  B.D.T.D. 

G.E.T.E. 

D,  F. T. F. 

E.G.T.G. 

F.  H.  T.  H.  1 

G.  I.  T.I.  1 

.  ^  B.  T.  R. G. 

G.T  G.D. 

iD.'J-D.E. 

E.T.  E.F. 

F.  T  F.  G. 

G.T.G.FÎ.  i 

B.T.B.D. 

C.T.C-E. 

D.1'.D,F. 

E.T.  E.G. 

F.T.F.H. 

G.T  G.I. 

^  B.T.C.D. 

C.T.D.E. 

D.T.  E.F. 

e.t.f.g. 

F.T.G.H. 

G.  T. H.l. 

^  C.D.T.B. 

D.E.T.C. 

E.  F.  T.D. 

F.  G.  T.E. 

G,H.T.F. 

H.I.T.G. 

wtL  C.D.T.G. 

D.E.T.D. 

E.F.  T.E. 

F.  G.  T.  F. 

G.H.T.G. 

H.l.  TH. 

2  C.D  T.D. 

^  D.E.T.E. 

E.F. T.  F. 

f.g.t.g. 

G.H.T.H. 

H.  I.  T.L  ! 

C.T.B.C. 

D.T.G.D. 

E.T.D.E. 

F.  T.  E.  F. 

G.T.  F.G. 

H.T.GH. 

^  C.T.B.D. 

D.T.C.E. 

iE.T.D.F. 

F.  T.  E.G. 

G.T.F.H. 

H.  T.  G.I. 

^  C.T.G.a 

i  d.t.dL 

!E.T.E.F.  I 

F.  T.  F.  G. 

G.T.G.H. 

H.T.FÎ.I. 

J  D.T.Ô.C. 

ErT.C.a  F.T.D.E.  1 

G.  T.E.  F. 

H.T.F.G. 

I.T.G.H. 

^  D.T.B.D. 

E.T.C.E  F.T.D.F. 

G.T.  E.G. 

H.  T.  F.H. 

I.  T.  Gl  I. 

^  O.T.C.D. 

E.T.D.Ei  F.T.E.  F. 

G.T.  F.G. 

H.T  G.H. 

I.  T.  H.I. 

^  T.B.C.D. 

T.C.D.E 

.|T.  D.E.F. 

T.  E.  F.G. 

T.F.G.H. 

T.  G.  H.l. 

H.I.K.T. 
H.I.T.H. 
H.  I  T.  1. 
H.  I.  T.  K. 
H.K.T.H. 
H.  K. T.  r. 
RK.T.K. 
H. T.  H.l. 
H.T.HK. 

H. T.I.K. 

I.  K.  T. H. 
I.  K.  T.I. 
I.K.T.K. 
I.  T.  H.  I. 
I.T.H.K. 
I.  T.  l.K. 
K.  T.  H.l. 
K.T.H.K. 
K.  T.  l.K. 
T.  H.  l.K. 


'P^aimond  Luile,  19] 


Des  queflions  par 
les  réglés. 

Chap.  XXX. 

«J,  demande,  fçauoir 

fl  le  croire  précédé 
l’entendre. 

Z.  On  demande,  quelle de- 
finiciôeft  meilleures^  plus 
claire,  ou  celle  qui  fe  don¬ 
ne  par  la  puilfance  Sc  fon 
ade  fpecifique,  ou  celle 
qui  fe  donne  par  le  genre 
de  la  différence.  Et  il  faut 
refpondre ,  que  c  ell  cellê 
qui  eft  donnée  par  lapuif^ 
fance  6c  fon  ade  fpecifi- 
que,car  on  a, par  elle  la  cô- 
gnoiffance  du  fujet  Sc  de 


t  9  4  VJrt  bref  de  t^. 
i’adle  de  Ton  efpece  :  &  par 
l’aurrc  nullement  ,  finon 
feulement  des  parties, 

3.  Ondemâdc,fçauoir-mon 
fi  lapuilTance  hors  fon  ef- 
fencea  fade. 

4.  On  demâdc ,  fçàuoir-mon 
fi lentendement  elt agent 

-,  dans  la  mémoire,  6dpatiêt 
dans  la  volonté. 

5.  Sçauoir-mon  fi  l’entende¬ 
ment  peutauoir  vn  objeét 
fansle  fens. 

Sçauoir-mon  fi  la  diuine 
puilTance  peut  auoir  vn 
ade  infiny. 

7.  Sçauoir-mon  fî  fade  peut 
eflre  fans  la  différence. 
Sçauoir-mon  fi  fade  efl 
poffedé  par  lapuilTance  ou 
parl’objed,  ou  par  fvn&: 

'  l’autre. 


Kaimond  Lulle,  Js>§ 

5>.  Sçauoir-mon  filafiibllan- 
ce  peut  exifter  par  foy  fans 
fescaufes. 

lo.  Sçauoir  fi  la  volonté  a  le 
poLiuoir  en  l’entendemenc 
par  le  croire ,  8c  l’entende- 
ment  dans  la  volonté  par 
l’entendre. 

îi.  Sçauoirfi  dans  laine,  la 
volôté6c  la  mémoire  font 
efgales. 

it.  Sçauoir-mon,  filenten- 
dement  fans  fes  corrélatifs 
peut  eltre  vniuerfel  ou  par¬ 
ticulier. 

iJ.Sçauoir-mon  fi  l’entende¬ 
ment  quand  il  fait  la  fcien- 
ce,f’il Ta  fait  par  la  propiie- 
té&  différence. 

14.  Sçauoir-mon,  fi  l’enten¬ 
dement  difpofe  l’aimer 
le  reffouuenir  ,  ôc  au  re- 
1  V 


bonus. 

î^:  Sçiruoiu-iïîon ,  fl  renten- 
clement  peut  en  vn  mefme 
tempscjuoiue  3c  entendre. 

S^auoir-mon ,  il  i’enten-  . 
dement  fait  la  fcience  en 
•  iLiy-mefme. 

17.  On  demande  comment 
rentendement  fait  Tefpe- 
ce. 

18.  Scanoir-mon,  fi  l’enren- 
dement  auep  fon  efpece,' 
commande  à  la  volonté  6>c 
à  la  mémoire  qu’ils  obie- 
étent  celle  efpece.  Com¬ 
me  nous  appliquons  les 
quelüons  des  réglés  à  l’en- 
tendemêt,ainfi  on  les  peut 
appliquer  aux  autres  puif- 
fances  en  leurs  maniérés. 


V^dimQnd  Lulle, 


Des  Qji^fiîons  de  la  Tahle. 
Chap.  XXXI. 

ï.  demandejfçauoir- 

iîion  J  fl  le  monde  efl 
ctemel  j  Va  à  la  colône  B, 
C  jD,  5c  tiens  la  negatiuej 
&  tu  trouueras  en  lacellu- 
le  B ,  C  3  T  J  B ,  que  f’il  eft 
eterneljil  y  a  plufieurs  eter- 
nitez  differentes  en  efpe- 
CCS,  &  font  concordantes 
par  la  cellule  BjC,!  co¬ 
tre  la  cellule  B,  C,  T>D,  ce 
quieft  impoffible:  doit  il 
fuit, qu’il  faut  tenir  la  nega- 
tiue  de  la  qucflion,  de  lai^e- 
gleB,leprouue. 

I  VJ 


1 9^^  L!  a rt  Irefde  AA, 
t.  On  demade,  fçauoir  mon 
fl  Dieu  peut  eilre  autant 
infiny  par  fa  grandeur  que 
par  fon  ecernice  ?  Va  d  la 
colonne  Cj  D,E  ^  &  à  la 
cellule  C ,  D,  T,  C,  en  te¬ 
nant  l’affirmatiiie  contre 
la  cellule  C,D,T,D. 

3*  Sçauoir-mon  fi  Dieu  peut 
^  autant  par  l’Eternité,  que 
par  l’entendement?  Va  à  la 
colonne  D,  E ,  F ,  &  à  la 
cellule  D,E, T,  D. 

4*  Sçauoir-mon  E  Dieu  eft 
au/îi  puilTant  par  fon  pou- 
iioir, comme  par  fon  en¬ 
tendre  5e  aymer  ?  va  à  la 
colomneEjF,  G,  Se  tiens 
l’affirmatiue  par  la  cellule 
E,  F,T,E,  &:  par  la  cellule 
E,  F,  T,  F,  5e  parla  cellu{e 
E,F,  T ,  G?iufques  à  ce  que 


Kdimond  Lulle,  15)9 
toute  la  colonne  foit  con- 
fommée. 

5.  Sxjauoir-mon  en  Dieu  fi 
fon  entendement  &  fa  vo¬ 
lonté  font  plus  grades  que 
fa  vertu  ?  va  à  la  colonne 
F,  Gj  H,&:  tiés  lanegatiue 
par  toutes  les  cellules  de 
celle  colonne,  puifant  ce 
que  les  cellules  fignifienr. 

6.  Sçauoir-mon  fi  la  vérité 
diuine  eft  autant  vertueufe 
par  les  corrélatifs  efgaux 
comme  la  volonté  diuine? 
vaàlacolotineG,  H,  I,  àc 
tiens  raffirmatiue  par  tou¬ 
tes  les  cellules  de  celle  co¬ 
lonne. 

7.S  (^auoir-mon  (i  en  Dieu,  fa 
vertu,  fa  vérité  &:  fa  gloire, 
ont  ce  qui  les  fait  elgales, 
efloignées  du  temps,  du 


£  0  O  VÀyî  bref  J ç  Mr 
lieu  5  &  de  la  minorité:  Va 
à  la  colonne  H ,  I ,  K  , 
tiens  l’affirmatlue  par  tou¬ 
tes  les  cellules. 


Des  quefiions  de  Feuacua^ 
îion  de  la  troifiéme 
figure, 

Chap.  -XXXIÎ. 

T\Ans  la  cellule  B  C  il  eft 
-“^diélj  que  la  bonté  eft  gra¬ 
de:  maintenant  l’on  deman¬ 
de; 

î.  Scauoir-mon  fî  la  bonté 
ell: grande,  &  ce  que  ceft 
que  fagrâdeur?  &  en  quoy 
la  bonté  &  lagradeur  f’ac- 
coident? 


Raimond  Luile,  loi 
Z.  Et  fcauoir-mon  fi  elles  peu 
Lient  raccorder  fans  la  dif¬ 
férence, Sc  il  faut  refpôdre, 
que  la  bonté  ell  grande, 
CO  mme  il  paroift  par  U  de- 
finition  de  la  grandeur ,  &: 
fa  grandeur  el‘t,d’auoir  des 
correlarifs,  comme  il  pa- 
roifl,  par  la  deuxième  ef- 
pece  delà  réglé  C. 

3.  Et  elles  f’accordér,  par  ce 
que  la  bonté  eft  grande  par 
la  grandeur,  èc  au  rebours. 

4.  Et  elles  ne  pourroiêt  nulle¬ 
ment  f’accorder  fans  la  dif¬ 
férence  de  fes  Corrélatifs. 
Et  ces  chofes  fuffifent  de 
l’euacuation ,  à  caufedela 
briefueté. 

Car  par  ces  chofes  que  nous 
en  auons  dift ,  l’Àrtifte  peut 
lefoudréjôc  faire  dés-quellios 


Z>oz  L  ^rthrefdeM, 

par  les  autres  cellules. 


Des  queflions  delà 
c Alton  de  la  quatrième 
figure, 

CïîAp.  XXXIII. 


ON  demande  par  quel 
moyen  l’entendement 
fc  conditionne^poLir  eftre  ge¬ 
neral  par  l’entendre  general? 
Va  à  la  multiplication  de  la 
quatrième  ligure ,  &:  voy^par 
quel  moyen  l’entendement 
multiplie  les  conditions^auec 
lefquelles  il  multiplie  les  ob- 
jQâ:s&:fon  entendre  :  à  celle 
fin  que  par  plulieurs  &  gran¬ 
des  fciences  il  foit  general  . 


B^aimondhulle,  203 
veftu  de  plufiCLirs  habitudes. 
Et  ces  chofes  fufHfeni:  de  la 
miiltiplicacionj  à  caufe  delà 
briefueté. 


Des  queftions  du  meflmgel 
des  principes^ 
des  réglés, 

Chap.XXXÎ'V. 

ONdemâde,  fçauoirmon 
fl  la  bonté  peut  eftre  dif- 
couruë  par  la  grandeur,  la  du¬ 
rée,  &ç.  ôc  au  rebours  :  &:  il 
faut  refpôdre ,  que ouy, com¬ 
me  il  eft  fignifié  par  la  troilié- 
mc figure,  enfaifanc  du  fiijec 
le  prédicat. 

I.  On  demande  ,  ce  que 


X04  hrefJeKi. 

la  bonté  eft  dans  la  gran¬ 
deur  ,  durée,  ècc.  à  quoy  il 
faut  refpondre ,  qu 'elle  eft 
grande  dans  la  grandeur, 
&c  durable  dans  la  durée. 

Z,  On  demande,  ce  que  la 
bonté  a  dans  la  grandeur, 
&c.  à  quoy  il  faut  dire, 
qu’en  elle  ,  elle  a  les  corré¬ 
latifs  grands,  dans  la  gran¬ 
deur,  durables  ,  ■  dans  la 
durél. 

Et  comme  nous  donnons 
des  exemples  de  la  bonté  :  de 
mefme  peut-on  en  donner 
des  autres  principes  en  leur 
maniéré  :  U  cecy  fufHle  du 
meilange  à  fafa^on. 


Kaimond  Lulle.  105 


Des  Refilons  des  neuf  Sh"* 
jets  :  St  premièrement 
de  Dieu, 

Chap.  XXXV, 

1.  demande  ,  fcauoir' 
^^monjfiDieu  eft  ?  &  il 
faut  refpondre  ,  qu’oüy  : 
il  eftprouLié  es  queftions 
de  la  première  figure. 

2.  On  demande  ce  que  c’efi: 
que  Dieu  ?  &c  il  faut  ref¬ 
pondre  que  Dieu  eit  vn 
Eftant,  lequel  agit  en  foy, 
autant  qu’il  eft. 

3.  Par  ladeuxieime  efpecede 
la  réglé  ,  l’on  demande 
ce  que  Dieu  a  enfoy,coef- 


2o6  V  Jvthfef  àe 

fentiellement. 

A  quoy  il  fautrcrpondre, 
qu’il  a  fes  corrélatifs ,  (ans 
lefquels  il  ne  peut  auoir  les 
raifons  immenfes  &;  etcr-- 
nelles. 

4.  Par  la  troiliefme  efpece,on 
demande  ce  que  Dieu  eftj 
en  autruy  ?  A  quoy  il  faut 
dire ,  qu  il  eft  créant ,  gou- 
uernant ,  Se  autres  fembla- 
bles. 

5.  Par  la  quatrième  efpece  de 
la  réglé  C ,  on  demande  ce 
que  Dieu  a  en  autruy  ,  ôc  il 
faut  dire  ,  qu’il  a  en  autruy 
lepouuoir  ôc  le  comman¬ 
dement  i  &:  en  tout ,  le  iu- 
gement  &:  fade  de  grâce 
ac  mifericorde ,  de  patiéce 
tL  de  pieté .  Et  ces  chofes 
fuffilènt  de  Dieu,  à  caufe 
de  la  briefuetc. 


Kaimond  Lulle*  zo;f 


Des  que  fi  ions  des  Anges* 
Chap.  XXXVI. 

t  .  /^N  demande ,  f^^auoir- 
'^monfilyadesAnges? 
Si  il  faut  refpôdre  que  ouy: 
Car  fl  ce  qui  femble  moins 
femblable  à  D  ieu  ed;,beau- 
'  coup  pluftoft  ce  qui  fem¬ 
ble  plus  femblable  à  Dieu, 
de  plus ,  fil  y  a  quelque 
chofe  qui  foit  côpofé  d'in- 
.  telleduel  &c  de  corporel, 
beaucoup  pluftoft  y  en  a-ii 
qui  eft  compofé  d’intelle- 
â:uel  ôc  d’intelleduel  ;  Se 
dauantage,  ft  les  Anges 
n’eftoienc  pas,l’efchelle  de 
la  différence  Sc  concor- 


lo8  l! Jrt  bref  de]sA. 
dance  fcroit  euacuée,  & 
par  confequenr  le  monde, 
ce  qui  efl:  impofTible. 

2.  On  demande  dequoy,  &  à 
qui  efl;  l  Ange  ?  Et  il  faut 
rcfpondre  par  la  réglé  D, 
qu  il  efl:  de  luy  mefme  :  car 
fon  tlTence  ne  peut  eftre 
de  poincl's  ny  de  lignes, 
coiTime  par  lafeconue  ef- 
pece  de  la  mcline  réglé ,  il 
efl  de  fes  corrélatifs  ipiri- 
tuels ,  c’efl  à  fçauoir  de  fes 
able,satifsi&ier,defqucls  il 
efl  compoféipar  les atifsjil 
efl  affif,  ôc  par  les  ables  il 
eib  réceptif,  èc  par  ier  il  efl 
V  l’afle  ëxiflât  entiedesanfs 
&:les  ables.Par  la  troifieme 
efpcce, il  faut  dire  qu  il  efl 
de  Dieu.  Et  ces  chofes  fuf- 
fifenc  des  Anges,  àcaufe 
delà  briefueté. 


'Raimond  hnlle,  lo^ 


Des  Clueftions  du  Ciel. 
Ch  A  P.  XXXVII. 

I.  Q  Cauoir-mon  fi  le  Ciel 
meutioy-mefme , 
il  faut  rerpondre,ouy;afia 
que  fes  principes  ayent  des 
corrélatifs  fubftantiels  &c 
propres  par  fes  conftella- 
lions. 

2-  Sçauoir-mon  fi  le  Ciel  fe 
meut  vn lieu ï  Etilfautref- 
pondre,  queouy,  en  foy&: 
à  l’égard  des  inferieurs  cir- 
culairemenc:  mais  non  pas 
hors  de  foydaraifon  de  ce 
eft,que  hors  de  foy,  il  n  a 
aucune  aftion  »  ny  n’en 
pcnc  auoir 

3.  Sçauoir-mon  ,  fi  l’Ange 
meut  le  Ciel  ?  ôcilfaut  ref^ 


tto  L!(LArthrefàe  M. 
podre  que  non  ,  par  ce  que 
l’il  le  mouuoit,  lesacifs  de 
fes  corrélatifs  feroient  de- 
fous,  &:  les  ables  delTuSî^: 
aufli  par  fa  forme  ilnefe- 
roit  pas  mouuoir  les  clé¬ 
ments  ny  les  clementés, 
mais  par  fa  matière  ce  qui 
efl  impofTible. 

4.  On  demâde,  fçauoir-mon 
fi  leCiel  avne  ame  motiueî 
&:  il  faut  refpondre,  que 
ouy  ;  car  autrement  ny  la 
fenfitiue  ny  la  vegetatiue 
n’auroient  point  dames 
motiues ,  ny  les  éléments 
n’auroient  point  demou- 
uement. 

5.  On  demade  par  la  premiè¬ 
re  efpece  de  la  réglé  E, 
pourquoy  eft  le  Ciel  ?  6c  il 
faut  dire  qu’il  eft  j  d’autant 

qu’il 


Kaimond  Lullel  m 
qu’il  efl  compofé  de  fa  matiè¬ 
re  Se  de  fa  forme.  Par  la  deuxi¬ 
ème  efpece  de  la  réglé  E ,  on 
demâde  pourquoy  elt  leCiel? 
Se  il  faut  dire  ,  afin  que  les 
eftants  inferieurs  puillent  a- 
iioir  le  mouuement  :  Se  qu© 
ces  chofes  du  Cielfuffilent  à 
caufes  de  la  briefiietc. 


D^s  Q^rjîious  du  qtdaîr terni 
fujeî^  qtit  efi  t  homme,  ' 

Chap.  XXXVIIL 

î.  demande,  fçauoir- 

^^mon,  fl  l’homme  peut 
auoirvne  plus  grande  co- 
gnoiffance  de  Dieu  en  af¬ 
firmant  qu’en,  niant  î  Se  il 


%iz  L' yért  bref  de  M* 
faut  tefpondre  que  ouy,en 
affirmât: car  Dieu  n  elt  pas 
par  les  chofeSjfans  lefquel- 
les  il  elt ,  mais  par  les  cho- 
fes,sâs  lerquelles  il  ne  peut 
eftre, 

2.  On  demande  pourquoy 
l’homme  agit  par  fa  forme 
fpecifiqueî  va  à  la  fécondé 
efpece  de  la  réglé  E ,  6c  là, 
lafolucion  eft  impliquée. 

3.  Sçâuoir-mon,  fi  l’homme 
en  augmentant  fon  effen- 
ce,  augmente  fes  aétes.  Et 
il  faut  refpondre  qu'aucun 
homme  ne  fe  fait  foy 
mefme. 

4.  On  demàde  quand  l’hom¬ 
me  déliré  fe  remémorer, 6c 
qu’il  ne  peut  fe  remémo¬ 
rer,  lequel  de  ceux  cy,  luy 
manque  le  premier,  ou  la 


Kaimond  Luüe.  113 
mémoire  ou  l’entende¬ 
ment  i  à  quoy  il  faut  dire, 
que  c’eft  la  mémoire  :  car 

elle  rend  plus  toft  i’erpece 
ancienne  à  rentendeinenc 
qu  à  la  volonté. 

5-  On  demande  comment 
lame  &c  le  corps  compo- 
fent  l’homme  i  Se  il  faut 
refpondre,  qu’en  rhomme 
la  bonté  du  corps  Se  celle 
de  l’ame  compoient  vne 
bonté,Se  ainh  des  autres, 
d.  On  demande  ce  que  c’efl: 
que  la  vie  de  l'homme  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre  que 
ceft  cefte  forme,  laquelle 
eft  compofee  de  la  vegeta- 
tiue,  fenfitiuedmaginatiue 
&c  raifonnable. 

7.  Ce  que  c’eft  que  la  mort  de 
l’homme  î  il  faut  refpon- 

Ki; 


2/^  L!  An  bref  de  Ml 
dre,  que  c  eftladîlTolution 
de  la  puifïance  elcmenta- 
tiucjvegetatiue,  fenfitiue, 
imaginatiue,  5c  ratiocina- 
tiue. 

8. On  demâde ,  fçauoir-mon, 
fi  l’homme  eil  vifible,  Sc  il 
faut  dire  que  non ,  car  la 
veue  ne  peut  voir  que  la 
couleur  ôc  la  figure. 

$.  On  demâde, fçauoir  mon, 
fi  dans  riiomme  l’enten- 
demet  5c  la  mémoire  font 
mefmepuifiance:  Ôc  il  faut 
refpondre  que  non ,  d’au¬ 
tant  que  fi  elles  eltoient 
mefme  puifiance ,  l’enten¬ 
dement  ne  feroic  pas  fuc- 
ceflif  en  acquérant  les  ef- 
peces  ,  ny  ne  les  oubli - 
roit  pas ,  ny  mefme  ne  les 
ignoreroit  pas.  De  plus, 


Kaimond  Luile,  275 
par  ce  qu’il  fcroir  trop  fort 
dans  l’objc^l  contre  la  liberté 
delà  volonté.  Et  ces  chofcs 
diètes  de  l’homme ,  fiiffileiu 
à  caufe  de  la  brieueté. 


Des  Q^fîions  de  lima- 
gindtiae. 

Ch  AP.  XXXIX. 

1.  £^Cauoir-mon,(ll’imagi- 
^natiue  imagine  ce  qui 
eft  imaginable  à  fa  manié¬ 
ré,  comme,lafenfitiuefen- 
fe  ce  qui  eft  fenfible. 

X.  On  demande  quelle  eft  la 
caufe  pourquoy  l’imagi- 
natiue  abftraid  lesefpeces 
des  fens. 

K  iij 


2.  î  6  V  Art  hrefâe  Ai, 

3.  On  demande  ce  que  c’eft 
querimaginatiiie  ? 

4.  Sçauoir-mon  (i  l’imagina- 

'  tiue  a  des  corrélatifs. 

5.  Scauoir-mon,firimagina- 
tiue  f  augmente  en  augmê- 
tant  fon  ade. 

6.  S cauoir-mon, fl  l’imagina- 
tiueeft  vne  puifîimceplus 
haute  que  la  fenfitiue? 

7.  Scauoir-monjfi  l’imagina- 
tiue  a  l’inftinft  &:  l’appetic 
fpecifiez. 

8.  Par  quel  moyen  lafenfiti- 
ue  empefclie  l’afle  de  l’ima 
ginatiue  î 

9-  Pourquoy  l’imaginatiue 
n’eft  pas  autant  puifTante 
es  chofes  fenfibles  ou  fen- 
fees ,  comme  la  fenfitiuc? 
va  au  fujet  de  l’imagina- 
tiue. 


Kdimond  hutte.  117 
îo.  On  demâde,fcauoii'-mon 
li  la  feufitiue  fenfe  Timagi- 
natiue  :  &c  il  faut  refpondre 
que  les  puiÆinces inferieu¬ 
res  n’agiffent  pas  fur  les  fu- 
perieures* 


De  USenfîtiue, 

C  H  A  P.  XL. 

I.  demande  qu’elle  de 

fes  puiflances  fenfe 
d’auantage  la  faim  ,  &  la 
foif,  ou  le  gouit,  ou  le  tad: 
&:  il  faut  refpôdre^que  c’cft 
celle  qui  difpofe  d  auanta- 
ge  l'objet. 

z.Sçauoi-monjfi  le  gouft  fen¬ 
fe  ainli  la  faim  &:  la  foifi 
auecrinftina  &  lappetit, 
comme  la  veuë ,  le  coloté 

K  iiij 


2I8  L' Art  bref  de  M. 
auec  la  couleur  :  va  à  la 
deuxieme  efpecede  la  re- 
gleE. 

3.  On  demande  ,  dequoy  la 
fenfîtiue  fenfe,  ce  qui  cft 
fenfé  :  il  faut  refpondre, 
que  chafque  fens  particu¬ 
lier  fenfe  Ton  objeâ  fenfi- 
ble  par  la  forme  fpecifique, 
corne  le fujetcoloré,eflant 
fous  le  criftalje  colore. 

4.Sçauoir-monrila  feniitiue 
a  vne  quantité  ponduelle 
&c  lineale  ?  &:  il  faut  refpô- 
dre  que  lafenfitiue  atteint 
aufTivifle,  l’objeft  de  loin 
que  de  près, 

5.Sçauoir-mon,fi  la  fenfîtiue, 
comme  elle  ale  fens  com¬ 
mun  ,  ainfi  elle  a  Ij  puiflaji- 
ce  commune,  finflinét,  &: 
lappetic. 


Kaimond  Lîdle,  2.19 

(3. On  demande,  ce  que  ç’ell 
que  la  fenütiue  ? 

7.  Lafenritiue,  auecquieft- 
elle  particulière  ôc  com¬ 
mune  ? 

8.  La  fenikiue,dequoy  vit-eL 
le,ôc  eft  nourrie,  fçauoir- 
mon,  d  la  fenfidue  eft  fen- 
fée,va  au  ftijed  de  la  fend- 
tiue. 


DeldUegetattue. 

Chap.  XLI. 

i-’Ç;Cauoir-mon,dlavege- 
tatiue  agift  par  fon  efpe.^ 
ce. 

2.  Sçaiioir-mon,  d  lavcgcta- 
tiuea  quelque  c-hofe,  àrai^ 
fon  dcquoy,clle  Toit  com¬ 
mune  8c  particuliete,com- 

K  V 


220  L! An  h refde  M, 

me  lafenfitiue. 

3.  Sçauoii'-mon ,  fl  la  quantité 
de  la  vcgctatiue  eft  pon- 
61'uelle,  ou  lincale. 

q.  On  demande  5  ce  que  c’efl 
que  la  vegeratiue.-  ^^ 

<•  Et  ce  qu’elle  a  en  elle  par  la 
fcc  on  de  elpece  de  la  re- 
gie  D. 

6.  On  demande,  dequoy  el¬ 
le  vit  ,  elle  eft  nourrie, & 
elle  croidjôcen  queilujeél 
elle  ell  plantée. 

7.  Ce  que  c’eft  que  la  mort  de 
la  yegeratiue:  va  au  fujet 
de  la  vegetatiue,  auquel  les 
folutions  des  queftions 
fufdites ,  font  impliquées. 


K^imondhulle.  ztz 


Des  Qmflions  du  huitiè¬ 
me  Sujet  .(jui  efl  l  élé¬ 
ment  atiue. 

Chap.  XLII. 


O"" 


^Veft-ce  que  l’ele- 
^Tienratiue? 

Sçauoiu-mon  ,  ü  l’elc- 
nientatiue  a  plufieurs  ef- 
peces, comme  lafenlitiue. 

3. Sçaiioir-mon >fi  leleraen- 
tatiueafes  corrélatifs. 

4.Sçauoir-monj  fila  flamme 
de  la  chandelle  ele mente 
la  mefche  delà  lampe  en 
elle  merme, quand  elle  l’a¬ 
lu  me. 

5.  Sçauoir-mon  ?  fl  la  flamme 
K  vi 


221  Ü An  hrej^ de  M. 

delà  chadelle  allume  ain- 
fl  la  mefcheauec  l’air jcom- 
me  la  vcue  fenfejOu  donne 
lefensàla  chofe  colorée 
aucc  la  lumière.  . 

d.Sçauoir-monjfi  l’elementa-* 
tiue  ell:  la  caufe  fpecialede 
la  î o  n  gu  eu  r ,  largeur ,  P  ro- 
fondeur ,  plénitude., 

7.Sçauoir-mon  fi  relementa«. 
tiuceft:  1  efpece  commune 
des  cléments. 

Sÿauoir-monjfi  l’elementaci- 
Lic  5  peut  eflre  en  vn  fujet, 
les  elemens  en  eflant  eflof 
gnés. 

S.  Sçauoir-mon  5  fi l’elemen- 

tatiue  efl:  la  fontaine  des 
points ,  des  lignes,  SC  des 
figures. 

J .  S  çauoir-mon,fi  l’elemenca- 
tiue  ff  meut  ainfî naturel- 


Kaimond  LuUe^  115 
lement  auec  fon  iriftind, 
appétit  ,  legereté ,  pefan- 
teur3chaleur,&:  autres  ,  de 
mefme,  comme  rhommcj 
artificiellement  fe  meut 
foy  mefme,  auec  fes  pieds. 

10.  Sçauoir-mon,firelemen- 
tatiue  peut  auoir  vne  na¬ 
ture  fans  corrélatifs  fub- 
ftantielz. 

11.  Sçauoir-mon,  fi  les  clé¬ 
ments  font  actuellement 
dans  les  elementés. 

îi.Scauoir-mon,  fil’elemen- 
tatiue  à  vne  quantité  con¬ 
tinué  par  tout  les  lieux 
fous  le  globe  lunaire. 

13.  Sçauoir-mon,f’ily  adeux 
chaleurs, Se  deux  fecheref- 
fes  :  &:  deux  blancheurs  6C 
autres  ^  de  mefme  forte. 
Solution:  va  au  fujetde  le- 


Z14  Hd^rîhrefdet^. 
lementatiue ,  &  tire  de  là ,  les 
folutions  auec  rentendemct 
bien  conditionné  ,  &:  rendu 
artificiel  par  cétArc. 
î4.Sçauoir-mon  ,  fiilya  vn 
cin(^uiéme  element  ;  &  il 
faut  refpondre,  que  non*, 
car  il  fuffit  de  quatre  com- 
plexions ,  aux  chofes  ele- 
mentces. 


Des  êlÿejîions  du  neufiè- 
me  0*  dernier  fujeéî^^qui 
ejl  llnjîrumentaîiue. 

Chap.  XLIII. 

deuant  nous  auons  fait 
défia  des  Queftions  de 
1  inflrumenta'iité  Natiireîle> 
&  ic^  nous  voulons  faire  de 


Kdîmonâ  huile, 

la  Morale. 

I.  On  demande  j  ce  que  c’eft 
que  la  Morale? 

Z .  O  n  dem  âde ,  ce  que  e’cfl  que 
la  luftice,  la  prudence,  &c. 
On  demande  aufTi,  ce  que 
c’eft  que lauarice, la gour- 
mandifeaScc.va  au  neufief- 
me  fuje£tde  l’Inftrumen- 
tatiue,  &:  fait  félon  qu’il  eft 
là  lignifié,  par  ceTraidé. 

3.  On  demande  encore,  fça- 
uoir-mon ,  li  la  iuftice  ell 
bonne  :  ôe  il  faut  refpon- 
dre  qa’oüy  ;  parce  que  ,  li 
cela n’eftoit pas,  pour  lors 
l’iniullice  ,  ne  feroic  pas 
mauuaife. 

4.  En  oultre,on  demade,  fça- 
uoir-mon,  li  la  iuftice  a  des 
corrélatifs  :  6c  il  faut  di¬ 
re  ,  oüy  :  par  ce  que  ft  cela 


n’eftoitpas,  elle  n’é  pour- 
roit  eftre  habitiiée,&:  n’au- 
roit  pas  quelques  chofes, 
dâs  klquelles  elle  fuft  fou- 
îienuë  Sc  fituéc  :  ôc  corne  il 
eft  dit  de  ceuxicy  ;  de  mef- 
xne,orrpeut  fairci  des  quê¬ 
tions  de  la  luftice,  par 
tous  fes  principes  Sc  Tes  re- 
glesj&:  comme  il  et  dit  de 
laluftice,  de  mefme,on 
peut  dire  des  autres  habi¬ 
tudes  vertLieufes. 

•  Sçauoir-moîi  3  fi  les  vices 
font  des  principes  fimple- 
inet  priuatifsî&:  il  faut  ref- 
pondre,  qu’oüy-3  car  ils 
n’ont  aucune  conuenance 
auecles  vertus.  Etés  ver¬ 
tus,  lagent  ôc  J’agible  Sc 
l^urs  inftruments ,  ont 
cnfcmblc  vne  concor- 


K^imond 

dance  dans  le  fujet  ver¬ 
tueux.  Et  ces  chofes  fuf- 
firent  de  la  Morale,  à  caufe 
delabrieueté:  principale¬ 
ment, parce  ce  que  dans  le 
grand  Art ,  nous  en  trai- 
£tons  plus  amplement. 


Des  enflions  des  cent 
Formes, 

Ch  AP.  XLIV. 

LEs  Q^ftions  des  cent 
Formes ,  fe  peuuent  fai¬ 
re, en  autât  de  façôs,que  cha¬ 
que  forme  eft  differente  en 
neuf  fujets  :  comme  l’entité  j 
gtc.  qui  eft  vne  forme  en 
Dieu,  vne  autre  en  l’Ange,  ^ 
vne  autre  dans  le  ciel, Sec.  cô- 


ziS  L*yérthrefde}A» 
me ,  quand  on  demande,  fça- 
uoir-mon,fi l’Entité  de  Dieu, 
eft  principe  à  toutes  les  au¬ 
tres  cnticeZi  il  faut  refpo- 
dre  qu’oüy;parce  que  fa  bon¬ 
té  elt  le  principe  à  toutes  les 
autres  bontez;  ôcfa  grandeur 
à  toutes  les  autres  grand  eurs 
&  fon  Eternité  ,  à  toutes  les 
durées  cela  ne  peut  cftre 
dit  de  la  bonté  de  l’Ange,  Sc 
du  Ciel,  &c.  &pource  la  for¬ 
me  ,  félon  qu  elle  efl  diuerfe 
des  autres,  elle  peut  eftredif- 
couriié  auec  fes  principes  Sc 
fes  réglés. 

On  demande  fçauoir-mon, 
/ireftant&:  l’eftre  feconuer- 
tilTent  :  &  il  faut  refpoudre, 
qu’ils  fe  côuertiflent  en  Dieu, 
en  Dieu,  il  n’y  a  rien  de  fiipe- 
rieur  n  y  d’inferieursmais  das 


Kaimond  Luite,  i  z  9 
l’Ange  &:  le  Ciel,&:c.ils  ne  fe 
conuertiirentpas  :  parce  que 
l’eftreen  eux,eft  par  l’efTence, 
3c  non  au  rebours  j  c  eft  pour- 
quoy  en  tels  fujefts ,  l’effen- 
cceftau  delTus,  ôc  Teflre  au 
delTous . 

Les  qwedions  fe  peuiient 
feparément  faire^par  vne  ma¬ 
niéré  de  Tvnité  de  Dieu-,  par 
vne  autre  5  de  l’vnité  de  l'An¬ 
ge, par  vne  autre,  de  Tvnité 
du  Ciel,  &c.  comme  ,  quand 
on  demande  fqamoir-mon. 
f’il  conuient  à  IVnité  deDieui 
d  Vnirrinfiny,&:  il  fautrefpô- 
dre  qu  oüyjcar  fans  l’vnir  in- 
finy ,  fon  vnité  ne  poiirroit 
eftre  infinie  :  parce  que  fa 
puilfance  feroit  finie  3c  liée, 
&  feroit  oyfeufe  dans  l’Eter- 
nicc  j  5c  ©n  pourra  ainfi  dire. 


^30  Ü^rt  bref  de  M. 
de  la  diuine  bonté  ^  gran¬ 
deur  ,  ôc  ce  qui  eft  inipofii- 
ble." 

Et  fi  on  demande  de  l’vnité 
de  l’Ange,  fçauair-mon  ,  f’il 
îuy  appartient  d’vnir  i  ilfairt 
refpondre  ,  félon  les  condi¬ 
tions  de  fon  vnicé  :  c’efl:  afla- 
uoir,  qu’vn  Ange  auec  vn 
autre,  vnit  vn  parler  mo¬ 
ralement  objediuement  vn 
aymer,vn  entendre,  vn  hom- 
mifiei* ,  ie  ne  dis  pas  quVn 
Ange  vnifie  l’autre  Ange:par 
ce  qu’il  ne  peut ,  comme  il  efl 
défia  dit  :  n  y  aiifîi  vn  ciel  ne 
peut  pasvnirvn  autre  ciel: 
mais  effeéliuement ,  IVnité 
du  ciel  5  caufeles  vnitez  infe¬ 
rieures  :  mais  de  l’vnité  de 
l’homme,  il  n’en  efi:  pas  ainfi, 
car  vn  homme  peut  vnir  l’au . 


Kaimond  Lfille,  131 
trejcni’engendi'anc  :  Sc  ainfi 
des  autres  en  leurs  maniérés. 

On  demande  fçauoir-mon, 
fl  en  Dieu  ,  il  y  a  pluralité  ?  &: 
ilfautrefpondrjqu’oüyià  lef- 
gardde  fcs  corrélatifs  ligni¬ 
fiez  par  la  fécondé  efpecede 
la  réglé  C,  lans  lefquels ,  il  ne 
peutiiuoir  en  foyvne  infinie 
3c  eternelle  operation  en  bo¬ 
nifiant,  magnifiant,  3c  eterni- 
fiant ,  3cc.  3c  ainfi  fa  puifTan- 
ce  feroit  liée  3C  oifeufe»  ce 
qui  eft  impofîible  :  Et  de  la 
pluralité  de  l’Ange, il  n’en  eft 
pas  ainfi  :  car  l’Ange  eft  com- 
pofëdefes  atifs,&t  ables,  au 
refpeét  de  la  fimplicité  diui- 
ne,  3c  femblablemeni  le  Ciel 
eft  plus  compofé  que  les 
Anges ,  3c  l’homme  que  le 
Ciel. 


1^1  V  Ârt  bref  de  Ad, 
On  demande,  fçauoir-mon 
fl  la  nature  ell  en  Dieu ,  &;  il 
faut  rt îpondre  que  ouy  ,  afin 
qu  liaye  vn  ïamenteuoir,  en- 
tendie,  &:  ay  mer,  naturels,  èc 
aufTi  vne  boni-.  natLitelle,vne 
grandeur  >  Sec.  6e  afin  que  ces 
raifons  luy  fonnt  naturelles 
pour  produire  vn  bitninfîny 
&:  eternel,  comme  il  luy  con- 
uienc  de  nature  :  Et  delà  na¬ 
ture  Angélique  il  n’en  efl  pas 
ainfi ,  car  elle  elt  finie  &:  nou- 
uelle.  Toutesfois  il  luycon- 
nient  de  nature,  par  ce  qu’elle 
a  des  efpeces  nées  en-'elle&: 
naturelles, auec  lef'quelles  elle 
objede  objediuement  ôc  na¬ 
turellement  :  &  ainfi  on  peut 
parler  de  la  nature  du  Ciel  fé¬ 
lon  fa  façon,  6c  félon  fes  prin¬ 
cipes  6c  fes  réglés  fpecifiées 


Raymond  Lulle .  131 
&  naturelles ,  auec  lefquelle- 
il  agit  fpecifiquement  &:  na 
turellement. 

Et  on  peut  ainfidire  ,  de 
la  nature  des  autres  fujets  ea 
leurs  maniérés  :  l’Artifte  peut 
Elire  des  quedions  des  cent 
Formes ,  par  les  chofes  qui 
font  dites  cy  delTus  ,  &cles 
refoudre  5  félon  que  les  que- 
fiions  font  traiâces  &c  de- 
duiftesdiuerfement ,  par  les 
neuf  fujets  differents  entre 
eux ,  en  conferuant  à  chaque 
forme  fa  définition,  que  nous 
auon  ^aidc  c-ydeuant. 

Et  en  ce  cas  l’entendemét 
cognoifl,  par  quel  moyen  il 
cft  grandement  general,pour 
faire  plufieurs  queftions ,  de 
les  refoudre  par  le  moy  en  qui 
eft  dans  l’euacuation  de  la 


25  4  L*  Jrt  bref  de  M, 
troifiéine  figure  ,  &:  dans  la 
multiplication  de  la  quatriè¬ 
me  figure.  Et  c  eflpourquoy 
qui  pourroitnôbrcr  les  que- 
fîions  &:  les  folutions  qui  peü 
uent  cltre  faiètes  :  &:  que  ces 
chofes  fuffifentdes  queftions 
des  cent  formes  à caufe  delà 
brieuete. 


De  U  deuxieme  partie,  qui 
efl  de  l' habituation. 

Ch  AP.  XLV, 

Elle  partie  efb  de  l’habî- 
^  tuation  de  cet  Art,  &:  elle 
eft  diuifee  en  trois  parties,  La 
première  defquelles  efb,  des 
treize  parties ,  efquelies  cet 
Art 


/ 


Kaimond  LuIIe.  135 
Art  eft  diiiifé,  èc  l’Artiftc 
de  cét  Art  les  doit  habituer, 
afin  qu’il  fçache  appliquer  la 
queftion  au  lieii,ou  lieux  dif- 
pofé  ou  difpofez  félon  la  pro¬ 
portion  de  la  matière  de  la 
queltion.  La  fécondé  partie 
eft»  qu’il  habitue  la  maniere8c 
la  fuitte  du  texte  de  cét  Art, 
tenant  la  façon  du  texte  pour 
prouuer  Sc  refbudre  les  que- 
ftions  eftrangeres ,  par  le 
moyen ,  par  lequel  elles  font 
expliquées  dans  le  texte^com 
me  en  vn  exemple,  par  lequel 
l’autre  eft  exemplifié  Sc  décla¬ 
ré.  La  troifiéme  partie  eft, 
qu’il  ayent  le  moyen  de  mul¬ 
tiplier  les  queftiorrs  ôc  les 
(blutions  pour  vne  méfme 
conclufion  :  comme  il  eft  li¬ 
gnifié  par  la  troifiéme  6c  qua- 


'érthrefâe  M. 
triéme  figure  ,  parla  table; 
&:  ces  choies  fuffifent  de  l’ha- 
biciiacion  à  caufe  de  la  brie- 
ueté. 


De  la  trei'^éme  partie^  qui 
ejl  du  moyen  d^njeigner 
cèt  An, 

Chap.  XLVI. 

/^EUe  partie  efidiuifée  en 
quatre  parties  ; 

La  première  eft ,  que  l’arti- 
ile  fçaehe  bien  l’alphabet  par 
cœur,  les  figures ,  les  de/Hni- 
lions ,  les  réglés ,  8c  la  fuua- 
ïiondelatable. 

La  fécondé  partie  eft,  qu  iî 
déclaré  bien  le  texte  à  fes  Ef- 
'cqliers  raifennablement,  8c . 


Kaimond  LuHe.  '237 
qu’il  ne  fe  lie  point  auec  les 
authoritez  d’autruy ,  8c  que 
les  Efcolicrs  life  entièrement 
le  texte,  8c  f’ils  ont  quelque 
doute  qu’il  demande  à  l’arci- 
fie  ou  au  maiftre.- 

La  tro ifié me  partie  efl,  que 
le  maiftre  ou  l’artifte  faire  des 
queftions  dcuat  fes  efcoliers, 
8c  qu’il  les  refoluè'raifonna- 
blement  fuiuànt  le  procédé 
de  l’Art:  Car  l’artifte  ne  peut 
bien  fe  feruir  de  cét  Art  fans 
raifon  d’où  il  eft  àfçauoir,qne 
cét  Art  à  trois  amis  ;  c’eft  à 
fçauoir,lafubdliré  de  fenten- 
dementjla  raifon, &  la  bonne 
intention  ,  fans  lefqu elles 
trois  chofes,  perfonnes  ne 
peut  aprendre  cét  Art. 

La  quatrième  partie  eft,  ' 
l’artiftefalfe  à  fes  efcolie'S  des 


8  Ü  Art  bref  de  A/fl 
quellions  pour  les  faire  ref^ 
pondre  fur  icelles  ,  Se  qu’ü 
leur  die  qu  ils  multiplient  les 
raifons  tendantes  à  vne  mef- 
meconclufion:  &:  qu’il  troii- 
uenc  des  lieux  J  par  le  moyen 
defquels  ils.fçachent  refpon- 
dre  &:  multiplier  les  raifons, 
Qnefi  les  elcoliers  ne  fça- 
uent  refpondre,ny  multiplier 
les  raifons  ,  ny  trouuer  les 
lieux,  qu  à  lors  leur  mailtrc 
leur  enfeigne  les  ehofes  fuf=^ 
dites. 


U  fin  du  Liurel 

tA  ïhonnenr  eÿ  louAYti^ 
de  Dieu ,  çÿ*  pour  l'vtù 
^^^pMiquCy  Raymond  a 
Apfi  imj  lé 


Raimond  Luile  £5 p 
Adonajiere  de  S.  Domini^ 
que mois  dejanuter^tm 
de  l  tm  ^rnation  de  noflre 
Sei^neu*  h  [us  Chrifl-  mil 
trois  cem  fept^  /duquel  [oit 
tendu  louante  ^  honneur 
f  ar  tous  tes  [tscles  des  fiecles^ 
Atnfi  foit’^iL 


TRAIGTE' 

DE  Me  RAIMOND 

L  V  L  L  E. 

Delà  Recherche  du  Moyen 
entre  le  SujetSc  le 
Prédicat. 


Du  moyen  naturel 
etj  LogicaL 

O'^s  nouspro- 
'  pofons  de  recer- 
cher  le  moyen 
qui  eft  entre  le 
fuj  et  Scie  prédi¬ 
cat  en  deux  façons:  En  la  pre¬ 
mière  :  le  Moyé  naturelj&:  en 
a 


2,  TraiSîé  de 
la  fecôde,  le  moy  e  Logical,5c 
nous  fliifons  cecy  en  intétion 
de  cognoiftrele  vray  moyen 
reel&: naturel,  S^parconfe- 
quent  le  Syllogirme-necelTai' 
re ,  aufTi  en  intention  de 
cognoiftre  le  Syllogyfme 
Dialedicien  ou  Logical  ,  Sc 
intentionnel  par  le  moyen 
probable  64  opinatif  ? 

Pour  rechercher  le  moyen 
Naturel  ,  nous  faifons  qua¬ 
torze  Syllogyfmes.  Le  pre¬ 
mier  fe  fait  ainfi,  quand  Ton 
fuppofe  que  ABC,  foient  la 
fubtlance  denuée  de  tout 
accident ,  apres  que  l’on  fafTe 
le  Syllogifme  de  la  forte; 
tout  B,  elt  A ,  tout  C ,  eft  B , 
donc  tout  C  eft  A  ;  ce  Syllo- 
gifmc  eft  demonftratif,  vray, 
Scneceffaire,  ôcquine  peut 


Raimond  LuÜe,  ^ 
cftreimpLigné.&laraifon  de 
cecy  eit  ,  parce  qu’il  y  a  vn 
moyen  rublianriel5reelj&:  na¬ 
turel  :  n’y  a  aucun  accident 
qui  y  puifle  contredire,  parce 
que  ABC,  font  eÜoignez 
de  tous  accidents. 

Le  deuxiefme  Syllogirmefe 
fait  ^niijtout  animal  efl  fiib- 
ftance, tout  home  efl:  animal, 
doc  tout  home  efl  fubftance. 
Ce  Syllogifme  ne  femble  pas 
eflre  neceflaire,  parce  que  le 
moyen  n’eft  pas  fiinplement 
naturel,lafubltanceeH:ant  au 
defTus,  6c  l’animal  au  defTous, 
6c  l’animal  au  defTus ,  6c  Thô- 
me  au  defTous ,  6c  partant  il 
faut  ofler  ôcenleuerce  ,  par- 
quoy  lafubftance  efl:  au  deT~ 
Tus  ,  6c  eüeuer  ce  ,  parquoy 
l’animal  6c  l’homme  font  au 
a  ij  ■ 


^  TrtxiÛéâeMn 
defTous  ,  afin  que  les  termes 
foient  égaux  :  Le  fyllogifmc 
cfi:  rendu  nccelTaire  ,  &c  ce,  en 
cette  forte ,  tout  animal  rai- 

fonnablç  eft  vue  fubftance 
raifonnable:  or  eft-il  que  tout 
homme  eft  vn  animal  raifon¬ 
nable,  donc  tout  homme  eft 
vne  fûbftance  raifonnable ,  ^ 
parainfi  ce  fyllogifme  eftré- 
du  neceftaire  par  légalité  des 
termes,  par  ce  que, par  ce-la, 
le  moyen  eft  naturel. 

Le  troifiefme  fyllogifmq 
£e  fait  ainfi,fuppofé  que  touf  ç 
bonté  fubftantielle  ,  fojrt  la 
raifon  au  bon ,  à  ce  qu  U  pro- 
duifelebonoulebien  ,  fub- 
ftantiel,  &:  fuppofé  quelebô 
&:  la  bonté  fubftâtielle,foient 
le  mefme,le  bon  eft  neceftité 
depcoduirelebon  ou  le  bien 


Kdimond  LuUe.  / 
fubftantiel ,  partant,  jefyllo- 
gife  de  la  forte  ;  toute  bon¬ 
té  fubftantielle  eft  la  raifon  au 
bon  de  produire  le  bon  ou  le 
bienfubftantieb  mais  A  ,  eft 
la  bonté  fubftantielle,  donc 
A,produidlebon  ou  le  bien 
fubftantiel  ,  &:  par  ainfi  le 
fy.llogifmeeftneceffaire:  par 
ce  que  le  moyen  eft  fobftan- 
tiel ,  dans  lequel  le  fujet  &.le 
prédicat  fe  conuertiftent  ef^ 
îenticllement. 

Le  quatrième  fe  faid  ainfîj 
toute  bonté  infinie,eft  la  rai¬ 
fon  au  bien  infiny,de  produi¬ 
re  le  bien  in  fin  y  :  mais  A ,  eft 
la  bôté  mfinie,donc  A ,  eft  la 
raifon  au  bié  infiny  ,  à  ce  qu  il 
produife  le  bien  infiny ,  &  par 
ce  que  le  bien  infiny, eft  le 
moyen ,  le  lillogifme  eft  ré  du 
a  iij 


6  T raiêîè  de  Mr 

necelTciirc,  à  mifon  dequoy  il 
efl  demon(lratif,&:  reel. 

Le  cinquième  eit  têhtoute 
bonté  iniinie,8c  eterncile,eil 
la  raifon  au  bo  infiny,  &c  eter* 
ncljà  ce  qu'il  produife  le  bien 
infinyj&eterneLmais  A ,  eft 
tel  ,  donc  A  ,  produit  le 
bien  infiny  &c  eternel ,  il  ne 
faut  pas  prouuer  la  maieure, 
ny  la  mineure,  par  ce  qu’il 
f’enfuit  necefiairement  ;  par¬ 
tant  le  moyen  efi:  trouué. 

Le  fixiefme  eft  tel ,  toute 
puifiance  infinie,  à  Fade  infi¬ 
ny  ;  mais  A,  eft  tel,  donc  A,  a 
i’aéte  infiny. 

Le  feptiefnie  eft  tel ,  tout 
entendement ,  qui  eft  le  meL 
me  par  efience,auec  fa  puif- 
fance,  peut  exifter  3c  agir: 
mais  A,  eft  tel,  donc  ôcc.d’où 


Kaimond  Luiie.  7 
f’enfuic  le  moyen  nacurehrai- 
fonnablcS^  jreel ,  entre  l’agct, 
Tagiblej^:  l’agir ,  &c  par  con- 
feqiientjla  dillin6lion,  autre¬ 
ment  l’agent,  fe  feroit  foy 
mefnie  :  de  ainü  de  ragible,8i 
deragir,&:  l’entendement  ne 
pourroit  entendre  ce  qui  elfc 
intelligible,  de  par  ce  que  tou¬ 
tes  ces  chofes  font  impofTi- 
blés ,  par  telle  impofllbilité, 
nous  trouuons  le  moyen  que 
nous  cherchons. 

Lehuidiémeferatel,  fup- 
pôle  que  l’entendement  de  la 
volonté  foit  la  mefme  chofe 
par  elTencCjdelà ,  j’argumête 
ainfi  :  dans  toute  elTence  dans 
laquelle  l’entendement, &:  la 
volonté, font  le  mefme,  il  efl 
neceffaire  que  l’intelligible,&: 
le  yoliblç,  foient  le  mefme?  d^ 
a  iiij 


s  TratcîéâeM, 
àu/Ti  Tencendre  Sc  le  vouloir  ^ 
mais  dans  A  ,  ils  font  la  mef- 
me  chofe,  donc  6^c.  ôc  ainli 
on  trouuele  moyen  que  nous 
cherchons. 


Des (îx  efpeces  du  moyen^ 
[ujdit. 

DV  fyllogifme,  dans  le¬ 
quel  tous  les  termes  sot 
fubftantieîs.  Premièrement, 
en  celle  forte, toute  P uilTance 
infinie ,  eternelle.peut  exi- 
fler  &:  agir  infiniment,5ceter- 
nellement,  mais  A,  efi:  tel, 
donc ,  ôcc.  ce  fyllogifme  effc 
neceffaire,  par  ce  que  tous  ces 
termes  font  fubftantiels ,  &: 
ne  multiplient  pas  plufieurs 
elTences  ,d  où  f’enfuit  La  ren¬ 
contre  du  moyen  que  nous 
cherchcais. 


Kdimond  LuÏÏe.  9 

Le  fécond, eft  tel  :  Aucu« 
cune  couleur  n’eft  quantité^ 
la  rougeur  eft  couleur,  donc 
la  rougeur  n*eft  pas  quantité. 
Ce  ryllogifme  n’eft  pas  ne- 
celTaire,  parce  que  l’accident 
n’eft  pas  necelTairc  par  foy  : 
mais  par  la  ftibftancc ,  Se  par¬ 
tant  on  ne  trouuue  pas  par 
hiy  vn  moyen  naturel, com¬ 
me  nous  le  cherchons ,  mais 
intentionnel. 

Le  troifiéme  eft,  quand  les 
premifes  font  fubftantielîes, 
&le  moyen  accidentel,  8c  ce, 
en  cette  forte  -,  tout  Muficien 
eft  homme  ,  tout  Muficien 
eft  animal,  donc  quelque  ani¬ 
mal  eft  homme:  le  fyllogifmc' 
n  eft  pas  necefraite,par  ce  que 
le  moyen  ne  participe  pas 
auec  les  extrêmes,, en  v-ne  na- 


ja  T oaifle  de  M 

cure  fubflantielle  ;  Sc  par  ainfi 
par  luy  on  ne  trouue  pas  vn 
moyen  fubftantiel. 

Le  quacriéme  eft,  quand 
tespremil'es  font  accidentai- 
res ,  8c  ie  moyen  fubftantiel, 
Sc  ce  ,en  cette  forte;  aucun 
corbeau  n’eft blanc,  quelque 
noir  ed  corbeau,  donc  quel¬ 
que  noir  n’eftpas  blanc  :  ce 
fyllogifme  n ’eîtpas  necelTai- 
re,  par  ce  que  le  moyen  eft 
compofé  de  fubftance  8c  d’ac¬ 
cident  ,  àraifon  de  la  partici¬ 
pation  despremifes. 

Le  cinquième  eft  ,  quand 
la  maj  eur  e  efl  fubftan  tielie,ôc 
Jemoyen,5cla  mineure,acci- 
4|?ntaires,  6c  ce ,  en  cette  for¬ 
te,  tout  Muficien  eft  hom- 
tne,  tout  Muficien  eftfçauât, 
«ionc  quelque  fçauant  eft 


KamonâLulle.  ii 
homme  :  ce  ryllogifme  n  efl 
pasneceffaire,  par  ce  que  le 
fujet  ôc  le  prédicat  partici¬ 
pent  par  diuerfes  natures. 

Le  fixiéme  eft,  quand  la 
maieure  eftaccidentaire,  Sc  le 
nioyenjôcla  mineure  fubiUn 
tielle  ,  8c  cejcn  cctce  forte*, 
quelque  homme  eft  blanc, 
tout  homme  eft  animahdonc 
quelque  animal  eft  blanc  :  ce 
fyllogifme  n’eftpas  démon- 
ftratif,par  ce  que  le  fujet  6c  le 
prédicat  clochent  par  priori¬ 
té,  6c  pofteriorité. 

De  la  recherche  du  }Aoyen 
intentionnel. 

Le  premier  fyllogifme  eft 
tel  i  La  bonté  eft  Teftanc 
àraifon  duquel  le  bon  fait  le 
bon,  mais  maintenat  fuppofé 


Si  Traite  de  M, 
que  A,  foit  la  bonté:  donc  A» 
feralaraifonpoutquoy  le  bô 
fait  le  bon  :  ce  fyllogirme  cft 
dialeéliqueouprobatif,  &  la 
raifon  de  cecy  eft,  par  ce  que 
fon  moyen  eft  indéterminé  : 
d  autant  que  quelque  bon 
fait  le  bon  de  fon  effence,- 
comme  l’agent  naturel  qui 
fait  fe  bien  de  fa  bonté,  côme 
leperefonfils,  &;  le  grain  de 
froment  refpy5&:  vn  autre  bô 
qui  fait  le  bien  ,  mak  nonpaj 
de  fon  effence,  côme  lartifan 
qui  fait  vn  bô  coffre  de  bois. 

Le  fécond  fyllogifme  eff 
tel,  La  grandeur  eft  bonne,  8c 
partant  iargumente  ainfî, 
toute  grandeur  bonne  eff  la 
raifon  au  grâd ,  à  ce  qu’il  faffe 
le  grand  bien,  mais  A,  eff  tel, 
donc  il  fait  le  grand  bien  i  ce 
ffllogifme  eff  dialedique  ôc 


Kaimond  huile, 
pro,bable,mais  non  pas  necef- 
faire  :  la  raifon  de  cecy  eft,par 
ce  que  la  feule  bonté  lubâan- 
tielle  eft  la  raifon  au  bon,  à  ce 
qu’il  produife  le  bien ,  mais 
non  pas  la  bontéaccidentai- 
re,  parce  quelle  eft  par  acci¬ 
dent  ,  de  laquelle  bonté  la 
grandeur  ell  habituée  par  ac¬ 
cident.  Or  l’habitude  ne  pro¬ 
duit  pas,  mais  l’habitué  auec 
l’habitude  produit,  comme  la 
blancheur  qui  ne  blanchie 
pas ,  mais  le  blanc  blanchit 
par  la  blancheur. 

Le  troifiefme  fyllogifme  eft 
tel,  la  durée  par  lapuilTance 
peut  exifterSe  agir  ,1a  puiffan- 
cepar  la  durée  peut  durer,  &: 
partant  j’argumente  ainfi. 
Toute  durée  peut  exifter  &: 
agir  par  la  puilTance  :  mais  A 
eftvne  durée,  donc  A, peut 


Î4  Traite  de  M. 

exifter  Sc  agir. Ce  fyllogifme 
n’efl  pas  demonüratif ,  par¬ 
ce  qu  il  eft  compolé  de  fub- 
ftance  ôc  d’accident  :  laraifon 
de  cecy  eftjen  ce  que  la  durée 
par  foy^ne  peut  exifterny  par 
confequent  agir  j  il  ell  donc 
manifcfle  que  ce  fillogifme 
efl  dialediquejdans  lequel  y 
a  vn  moyen  intentionel. 

Le  quatrième  lillogifme  efl, 
de  celle  forte  ,  fuppofe  que 
l’entendement  8c  la  volonté 
ne  fofent  pas  mefme  cliofe 
par  cfsccedaquelle  faculté  efl 
vraye  dans  les  chofes  créées  j 
8c  à  lors  j’agnméte  ainli,  tout 
ce  qui  ellaymé ,  eft  aymépar 
la  volonré ,  Sc  tout  ce  qui  efl 
entendu,  eft  entendu  par  l’en- 
tendementunais  A,  eflaymé 
^  entendu,  donc  Ajcfl  aymé 


Kaimonâ  Lulle,  ij 
par  la  volonté  ,  &c  entendu 
pat  rentcndement  ,  ce  Tyl- 
logifme  ell  probatif,  mais 
non  pas  demonflratif  &c  ne- 
celTaire,  la  raifon  de  cecy 
ell;  parce  que,lavolontén’ell 
pas  neceiïitée  d’aymer  l’en- 
tendemét  5  n’y  l’entêdement 
d’entcdre  lavolôté, parce  que 
chacunejdeces  puifsaces  eltli. 
bre  quât  à  fa  naturejSe  aauoir 
fon  propre  appétit  à  fa  propre 
fin  5  c’eft  à  dire  à  fon  propre 
objeét,  comme  la  volonté  à 
vouloir  ,  6e  l’entendement  à 
entendre  :  Toutesfois  fi  ces 
efTences  eftoient  vne  mefmc 
elTence,  ôenonpluficurs,  la 
Yolôtéferoit  neceflltée  d  ay- 
mer  l’entendement  3  6^  l’en- 
tendement  d’entendre  lavo- 
lonté36e  ainfi  le  fyllogifme  % 


Traiflê  de  M, 
roit  demonftratif. 

’  Ilnefautpas  repererles  fix 
efpeces  fufditcs  de  moyen 
pour  rechercher  le  moyen 
intentioneij  parce  que  nous 
en  fommes  délia  informez, 
par  ce  qui  aellé  dit  dans  le 
mefme  chapitre  touchant  la 
•recherche  du  moyen  qui  eft 
entre  le  fujet  &c  le  prédicat , 
par  ce  que  l’entendement  lo- 
gical  n.'.turel  efl  fort  haut 
releué  pour  trouuer  des 
moyens  naturels  èc  inten- 
tionels ,  ôc  leurs  différences: 
&;fe  peut  garentir  des  fallaces 
Se  des  fophifmes. 

Cyfint(lâufc  la  grâce  de  'Diet^ 
k  TraiHé  de  la  recherche 
dfc  moyen. 


Traiflé 


// 

\îf 


TRÂICTE' 

D  E  M'^  RAIMOND 

L  V  L  LE. 

De  la  Conuerfton  du  fujei 
^  du  prédicat  par  le 
Moyen* 

Dieu  auec  ta  fouliez 
raine  fapien  ce,  cha¬ 
rité  6c  vertu ,  icy 
cômen  ce  le  T raidé 
de  laConuerüon  du  fujec  6c 
du  prédicat  par  le  moyen. 

D’autant  que  les  opinions 
croifTènt ,  par  lerquelles  Ten- 
téndement  eft  omifqué  ,  6c 
mis  fouucntçfois  çn  erreur, 
b- 


i8  Tratfie  de  M. 
de  les  demonftrations  fe  fe- 
menc  rarement  dans  les  dif- 
putes  ôe  dans  les  liures,  ce  qui 
fait  quafi  périr  la  fciêce  i  C’eft 
pourquoy  nous  auons  inten- 
tion  d’enfeigner  en  ce  liure, 
comment  nous  pourrons 
nous  habituer  de  demonftra- 
tions,  &c  par  confequent  la 
vraye  fcien ce ,  reprendra  fa 
vigueur ,  &  les  opinions  cef- 
feront. 

Le  fujet  de  ce  liure,  eft  le 
moyen  >  par  lequel  nous  re¬ 
cherchons, la  conuerhon  du 
prédicat  ôc  du  fujet. 

Ce  liure  fe  diuife  en  dix 
diftin61:ions  qui  font  telles  : 
l’ordonnance.  Dieu ,  l’Ange, 
le  Ciel,  l’homme,  l’imagina- 
tiue ,  la  fenhriue ,  la  vegetari- 
ue, lelementatlue,  6c i’infïru 


V^dumnaLtillc,  19 
mcntatiue.  La  raifon  pour 
laquelle  nous  diuifons  en  dix 
diitindLions  ell,  parce  que 
rentendemenc  difcourt  en 
quatre  façons, à  fçauoirjpar  la 
prédication,  par  la  cpnucr- 
lion ,  par  l’opinion  ,  &  par  la 
demonftration  ,  6c  partant, 
nous  dircourerô.s  ces  quatre, 
par  ces  dix  diftindlions. 


De  U  J^remiere  DiJIinflion. 

C'^Ette  diftindion  eft  l’or- 
donnance  &c  le  préambu¬ 
le  des  autres  diftindio ris, afin 
que  par  fon  moyen  on  co- 
gnoilfeles  maiorités.  Or  il 
y  a  le  moyen  du  tout  general 
qui  eft  la  fource  de  tous  les 
moyens  qui  font  entre  le  fu* 
b  ïj 


zo  Traiéîè  de  M, 
jet  6^  le  prédicat  :  comme  par 
exemplejquandle  terme  tout 
vniLieiTeirereiTeiTe  au  terme 
quin’eftpas  tout  particulier, 
comme, quandla  bonté  toute 
generale  eil:  relTerree  à  la 
grandeur,  8C  à  lors  on  dit  la 
bonté  grande,  laquelle  bonté 
grande  n’eft  pas  du  tout  ge¬ 
nerale,  ny  du  tout  particu¬ 
lière:  mais  quâd  onia reflerrc 
Sc  que  Tondit,  la  bonté  de 
Pierre  eft  grade ,  elle  eft  pour 
lors  du  tout  rpeciale  :  ôc  par¬ 
tant  la  bonté  grande  eft  le 
moyen  qui  eft  entre  ce  qui  eft 
tout  general  ,  6c  ce  qui  eft 
tout  particulier:  Tel  moyen, 
requiert  trois  efpeces,  quand 
par  iceliiy ,ie  fujet  6c  le  prédi¬ 
cat  fe  côuertiftent ,  à  fçauoir, 
le  moyen  de  meftire  >  le 


.  Kdimond  Lufle»  ii 
moyen  de  conion6lion,  Se 
le  moyen  d  extrémités ..  Le 
moyendemcrureeft,  quand 
ilexifteégallement  entre  les 
extrémités,  comme  l’enten¬ 
dre  natLirel,qui  eft  également 
entre  l’intelligent  6<r  l’intelli¬ 
gible  :  de  tel  moyen  naift  h 
relation  Se  la  côuerfion  entre 
le  fujet  Se  le  prédicat  :  Le 
moyen  de  conionélion,eil  la 
caufepourquoy  les  extrémi¬ 
tés  font  coniointes  Se  f’enfuit 
vnion.  Le  moyen  d’extre- 
mités  eft  à  l’efgard  du  fujet 
côtinu,  comme  la  ligne  entre 
deux  points.  Or  il  y  a  plu- 
Leurs  Se  diuerfes  énoncia¬ 
tions,  comme  par  exemple,la 
bonté  eft  grandeur  ,  Se  la 
grandeur  eft  bonté. 

Or  vne  autre  efpece  d’e- 
b  iij 


2  2,  Traite  de  ^4. 

nonciation  efl, quand  lefujet 
le  prédicat  ne  fe  conucrtif- 
fent  pas  ,  comme  quand  on 
dit ,  tout  homme  eft  animal, 
cela  ne  fe  conuertit  pas  :  Par¬ 
la  première  énonciation  on 
cognoift  le  moyen  duquel 
naift  le  fyllogifme  demon- 
flratif,  par  la  fécondé, vient  le 
fyllogifme  opinatif,  &;  l'opi¬ 
nion  vient  aulTi  de  cette  énô- 
ciation ,  la  bonté  eft  grande, 
la  grandeur  elt  bonne,  parce 
que  le  moyen  efl  vn  accident 
copulatif,  &:  empefche  que  le 
fujec  Sc  le  predicac  ne  fe  con- 
uertilTent. 

Il  faut  apprendre  que  l’en¬ 
tendement  eft  difcurfif &:  ca¬ 
pable  de  difcourir  :  lors  qu’il 
recourt  à  fa  nature  &:  à  fa  fa¬ 
çon  d’entendre  ,  en  recher- 


Kaimond  LuHe,  13 

chant  le  moyen  entre  le  fujet 
SC  le  prédicat  :  Sc  s’il  troinie  le 
moyen  fubftantiel  5  entre  le 
fujet  de  le  prédicat  ,  il  co- 
gnoiftquela  domonilratîbn 
fe  fait  de  tel  moyen  A  alnfi  il 
ne  fe  fera  point  de  fyllogifme 
opinatif. 

En  outre ,  fi  l’entende¬ 
ment  difeourt  parles  opinios 
de  par  l’entendement  des 
Philofophes  ,  &c  qu’il  ne 
recourre  pas  à  fa  nature ,  &r  à 
fafaçô  d’entendrejà  lors  ileft 
dans  la  creance  Sc  dans  l’opi¬ 
nion  ,  SC  habitué  de  contin- 
géee.  Que  s’il  a  fon  recours  à 
fon  entédre  natureljôe  nô  pas 
à  ce  que  les  autres  ont  ditj&i  à 
la  congnoilfance  de  la  nature 
du  moien ,  entre  le  fujet  Sc  le 
prédicat  :  il  eft  pour  lors 


2-4  Traite  de  y[, 
aiïertif ,  &:  cette  réglé  eft  in- 
fâillible,&:  par  ellejfentende- 
ment  chalTc  les  fophiftica- 
tions5&:  rentendement  Lo- 
gical,  ne  peut  fubfifter  de- 
uant luy. 

Le  ryllogirme  demonftra- 
tif ,  requiert  des  principes 
vrais  &  necefTaireSj^  primi¬ 
tifs, que  nous  recherchôsauec 
la  côuerlîon  des  fujets  ôcdes 
prédicats  :  &:  auec  le  moyen 
entr’ciix;  &:  les  autres  fyllo- 
gifmes,  dans  lefquels  les  ter¬ 
mes  ne  font  pas  conuerti- 
bles,  nous  les  appellerons  o- 
pinatifs. 


K^imond  LuIIe,  25 


De  la  fécondé 

qui  eft  de  Dieu, 


Etre  diilindion  eft  diui- 


V^fée  en  cinq  predicatiôs, 
&  premièrement:,  de  la  pre- 
'miere  ;  je  fuppofe  que  Dieu 
foit  vne  bonté  tres-intelli- 
gente,  vne  volonté  tres-vou- 
lante, vne  vertu  tres-vettueu- 
fe ,  vne  vérité  tres-vraye ,  &: 
vne  gloire  très  glorieufe, 
vneperfeélion  tres-parfaite, 
vne  ûmplieité  trel-iimple, 
vne  infinité  très -infinie. 

Et  fl  la  prédication  eft  fauf- 
fe  :  il  s’enfuit  neceftauxment 
que  l’entendement  humain  a 
fa  ver  tu  plus  haute  releuee 
enfe  reprefentant  Dieu^Sc  fes 


b  y 


TraiSié'de  M. 
raifons  ,  par  forme  d’objet, 
que  Dieu  &:  fes  raifons  mef- 
meSjne  fontjCe  quieft  impof- 
lible  ,  parce  que  lentende- 
ment  ne  leroic  pas  li  grand, 
de  la  part  delà  première  cain 
femefine,ej[lant  plus  haut  ob- 
jc£tiuemenc.  La  première 
prédication  eft  donc  vraye  8c 
necelLrire  ,  parce  qu’elle  efl: 
compofee  de  principes  pri¬ 
mitifs  ,vray  s  ôc  neceffaires  : 
partant  j’argumente  ainfi  , 
tout  ce  quieltDieu,eftlabô- 
tétres-bonne,  mais  lagraa- 
deur  tres-grande  eft  Dieu: 
donc  la  grandeur  tres  -g^ran- 
de  eft  la  bonté  ires- bonne  : 
Ce  fyllogifme  eft  demonftra- 
tif, parce  qu’il  eft  de  principes 
premiers  ,  vrays  8c  necelfai- 
res  :  8c  comme  on  adonné 
exemple  de  la  bonté  8c  de  la 


Kaimond  Lutte.  17' 
grandeur  ,  en  faifant  la  de- 
nionfbation,  de  meffnejpeut 
on  donner  exemple ,  dans  les 
au  très  raifons  :  mais  nous  les 
obmettons  par  brieueté. 

On  aprouué  que  la  bonté 
tres-bonne  ,  eft  la  grandeur 
tres-grande,  &;  l’opcimité&: 
la  maximité,  ne  fe  peuuenc 
conuertir  fans  moyen,quiefl 
le  pur  afte,  à  fçauoir,le  fnper- 
latif ,  bonmfier,  6^  le  fuperla- 
tif magnifier ,  loprimer  &  le 
maximer  ,  anec  lefquels ,  les 
raifons  font  au  degré  fuper- 
latif,  ayâs  la  nature  eOoignée 
de  toute  oybueté  :  Or  tel 
moyen  ne  peut'  eftre  fan  s- ex¬ 
trémité  (  ainli  parleray-je) 
eftant  fade  pur,lefquelles  ex¬ 
trémités  nous  appelions  ma- 
ximant  •&:  ma>:imé.  -Or  le 
b  Vf 


2.8  TraiSîèdeM^ 
moyen  de  coniondioncon- 
ioint,que  Toptimant  maxi- 
mât  engendre  le  fuppoftop- 
timé  &c  maximé ,  autre  fup- 
pofti  de  par  ainfirefulte  la  re¬ 
lation  ,  &  par  confequent  la 
dillindion  des  trois  fup- 
pofts.  Or  le  moyêd  extrémi¬ 
tés  (ainfi  parleray-je)  p.ofc 
que  tous  les  trois  fuppofts  di- 
uins  demeurans  en  leurs  nô- 
bre  fontvneelTence  indiuifei 
Ce  qui  eflant  ainlijOn  a  mon¬ 
tré  comment  rentendement 
humain. peut  auoir  cognoif- 
fance  de  la  diuine  Trinité. 

La  fccande  prédication  elî: 
telle ,  Dieu  efl;  l’infinicé  tres4 
infinie,  l’infinité  très -infinie 
efl  Dieu  ;  dans  cette  prédica¬ 
tion  ,  les  termes  font  conuer- 
tibles  de  égalés  ^  3c  ce  ^  fim- 


KaimonJ  Luile, 
plement:  partant  on  argumê- 
te  ainü.Tout  eftant  infiny  eft 
Dieu,  la  Trinité  eft  l’eftant 
infiny, donc  la  Trinité  eft 
Dieu  :  ce  f'yllogirme  eft  de- 
monftratif ,  parce  qu’il  eft  de 
principes  primitifs,  vrais  ôc 
necelfaires  :  &:  par  ce  que  l’E- 
térnité&  l’infinitéTeconuer- 
tiftent  auec  Dieu ,  l’optimité, 
ôc  la  maximité,  il  t’enfuit  ne- 
celTairement  ,  que  dans  ce 
fyllogifme,  le  moyen  y  eft 
de  la  mefme  façon  i  que  dans 
îepremier,&:par  confequent, 
que  latres-fainéteTrinité  eft. 
Dieu  eft  bonde  bon  eftDieu, 
dans  cette  prédication  ,  ces 
termes  ne  font  pas  conuerti- 
bles,  y  ayans  d’autres  eftants, 
qui  font  chpfes  bonnes, 
comme  l’Ange,  le  Ciel  j  ôcc^ 


Traite  de  Ad. 
de  partant  de  celajne  fe  fait 
point  de  fyllogifme  demon^ 
flratif,  parce  que  le  moyen 
de  mefure  manque. 

Dieu  eft  le  Créateur  :  le 
créateur  eitDieu  j  delà,on  ar¬ 
gumente  ainli,  toute  infinité 
tres-infinie,  eft  le  Créateur: 
Dieu  eft  l’infinité  tres-infi¬ 
nie,  donc  Dieu  eft  le  Créa¬ 
teur.  Le  moyen  eft,  dans  ce  • 
fyllogifme,  comme  au  pre¬ 
mier,  de  au  fécond  ;  comme 
il  eft  manifefté,  parce  que  dâs 
la  création  :  il  faut  qu’il  y  ait  ' 
le  créant,  lecreable,  &le. 
créée,  parce  que  le  créer  n’e- 
galcpas,la  triniré  ^lachofe 
veuè  ,  &  le  moyen  de  con¬ 
jonction,  ne  les  conjoinCt 
pas  en  effence  ,  de  ainfi  du 
inoïen  d’extremités» 


B^aimond  'Lulle,  31 
Diea  efl  la  trcs-bonnè  cau- 
fe  ,  la  tres-bonne  caufe  eft 
Dieu  :  Sc  partant  j’argumen¬ 
te  ainlij  tout  ce  qui  eil:  la  tres- 
bonne  caufe ,  eft  la  tres-gran- 
de  caufe:mais  Dieu  eft  la  tres- 
bonne  caufe  5  donc  Dieu  eft 
la  très  grande  caufe  j  or  Dieu 
ne  peuteftre  la  très -grande 
caufe,  fans  le  très-grand  ef- 
fed  que  nous  appelions 
Chrift ,  parce  qu’ils  font  rela¬ 
tifs.  Or  le  moyen  de  conuer- 
fton  nepeut  conuertir  la  cau¬ 
fe  &c  l’efted,  &  ainft  du  moye 
d’extremitez  ,  parlant  natu¬ 
rellement. 

Nous  auons  declaréia  re¬ 
cherche  de  la  conuerfion  du 
fuiet  5  ôc  du  prédicat  en  Dieu: 
par  confequent  le  moyen ,  Sc 
par  telle  prédication ,  on  co- 


3^  TraiéJé  de  M. 
gnoift ,  laquelle  de  toutes  ces 
chofes  eft  au  plus  haut  degré. 
Et  comme  nous  auons  dit> 
de  celles- cy  ,  demefme ,  en 
peut-on  dire  des  autres  :  ôc 
telle  doélrine  eft  fort  vtile, 
pour  cognoiftre  Dieu  j  quant 
àfes  operations  intrinfeques 
&  extnnfeques,  &c  quant  a 
fes  raifons  réelles. 


De  U  troifîéme  Diflinêîion 
qui  ejî  de  l’Ange. 


'Ange  eft  vn  efprit  creéy 


I-  >non  conioinâ:  au  cotps, 
vn  efprit  créé,  non  conioinét 
au  corps,  c’eft  l’Ange.  Cette 
prédication  n’eft  pas  fi  necef- 
laire,  comme  celle-là,  dani 


Raimond  Luile,  33 
laquelle,  les  raifons  diiiines 
font  énoncées  de  Dieu  mef- 
me  5  parce  que  l’efprit  8>c  l’e- 
ftre  créé ,  font  fuperieurs ,  8c 
l’Ange  ell  inferieur ,  comme 
il  efl  manifefte ,  par  la  redri- 
61:ion&:  contraétion  delà  pre. 
mierediftindion:  &:  partant 
j’argumente  ainli.  Tout  An¬ 
ge  elt  vn  efprit  créé ,  non  cô- 
ioind au  corps  ,  Gabriel  ed 
vn  AngCjdonc  c’ed  vn  efprit 
creé,non  conioind  aii.cotrpsr 
ce  lyllogifme  ed  vray  8c  ne- 
cedaire  :  mais  il  n’ed  pas  pri¬ 
mitif,  parce  que  le  moïen  de 
mefure  n’égale  pas  les  extrê¬ 
mes  n’y  ne  les  fait  pas  con- 
uertibles  -,  comme  l’Ange  8c 
l’efprit,  8cc.  Or  le  moïen  de 
coniondion  ,  conioind  les 
principes  ,1e moïen  d’extre- 


34  Traiâè  de  M. 
mitez  ,  pofe  <^u€  toutes  ces 
chofes  là  conltituentrefTem 
ce  de  VA  nge ,  &:  partant ,  le 
moien  que  nous  cherchons 
neutre  également  dans  ce 
fyllogirme  ,  qui  eft  entre  le 
fuiet  &c  le  prédicat. 

L’Ange  eft  fon  erpeee,vne 
cfpece  eft  T  Angej  nous  expo- 
fons  cette  prédication  con- 
uertie  :  en  forte  que  nous 
puifîions  trouuer  le  moyen 
entre  le  fujet  Sc  le  prédicat: 
Tout  Ange,  eft  vne  efpecca 
Gabriel  eft  Ange  5  donc  Ga¬ 
briel  eft  fon  efpece  :  dans  ce 
fyllogifme,eft  la"  reftriftion 
ôc  contradion  de  rclpece^à 
Gabriel  :  Le  moyen  de  mefti- 
re  ne  côuertit  pas  les  termes  : 
Car  la  reftridion  &c  la  con¬ 
tradion  en  eft  caufe  :  Le 


'R^aimondï^ulle,  33 
moyen  de  coniondion  con- 
iointlefuperieur  auec  l’infe¬ 
rieur  :  Lemoyend  extrémi¬ 
tés  pofe  que,  ces  chofes  ne 
font  qu  vne  efTeftce  indiuife. 
Et  partant  par  telle  doffcrine 
l’entendement  cognoifl;  que 
le  moyen  entre  en  ce  fylio- 
gifme  en  quelque  façon,  mais 
non  pas  fimplementjentre  le 
fujet  Scie  prédicat. 

L’Ange  ell  la  bonté,la  bote 
eft l’Ange:  cette  prédication 
efl;  fauffe,  par  ce  que  la  bonté 
n  eft  pas  la  reftrainéte  :  car  fi 
l’Angeeftoit  la  bonté,  il  fe- 
'roit  égal  à  Dieu  en  bonté  ,  Sc 
ainfi  defes  autres  principes, 
ce  qui  eft  impofiible:  à  raifon 
de  laquelle  impoftlbilité,  le 
moyen  defiré  ne  peut  entrer 
entre  le  fujec  Scie  prédicat 


^6  Traîflé  de  M. 
fufdit,  parce  qu’aucune  de  fes 
trois  efpeces  n'y  peut  entrer: 
comme  il  apparoill;  par  cét 
argument  qui  eft  faux  ôc  er¬ 
ronée  ;  toute  bonté  eft  Ange, 
Gabriel  eft  la  bonté  ,  donc 
Gabriel  eft  Ange  :  par  ce  faux 
argument  on  cognoift  com¬ 
me  par  fon  contraire ,  com¬ 
ment  il  entre  dans  le  v ray  fyb 
logifme,  6c  non  pas  dans  ce 
fyilogifme, N:  on  demonftre 
le  moyen  qu’on  rechercbe. 

L’Ange  eft  bon  >  le  bon  eft 
Ange:  cette  prédication  eft 
faulfe ,  l’Ange  eftant  au  def- 
foiîs,  6c  lebon  au  deffus  :  8c 
j’argumente  ainfi,  tout  Ange 
eft  bon,  Gabriel  eft  Ange, 
donc  il  eft  bon  :  5C  parce  que 
cette  prédication  eft  faufte, 
f’enfuit  vn  faux  argument  j  8c 


Kaimond  Lulle,  5/ 
amfi  011  cognoifl  poiirquoy 
lemoyen,ny  peut  entrer,  à 
raifon  duquel  cmpefciiemet , 
le  moyen, &  fon  erpece,nous 
efldefcouuert. 

Le  diable  cH:  mefehant ,  le 
mefebanr  efl:  diable  :  cette 
prédication  efl  faulTe,  d’autât 
que  le  iujet  8c  le  predicatnc 
fe  conuertiiTent  pas,  par  ce 
que  le  moyen  ne  peut  entrer, 
&  afin  qu’il  Toit  manifefie , 
i  argumente  ainfi  :  Tout  dia¬ 
ble  eft  mefehant ,  Lucifer  efl 
diable,  donc  Lucifer  efi:  mef- 
chât,  le  paralogifme  eft^ux, 
puis  que  le  moyen  demefure 
ne  peut  conuertir  le  mal  reel, 
8c  le  bien  naturel ,  le  diable 
eilanr  bon  naturellement ,  8c 
le  moyen  de  conionâ'ion  ne 
peut  conioindre  lafubftance 


5  8  TraiSîedeM. 
a<Lracddenc,afin  que  ce  foit 
nierme  chofe  effennellemét> 
&c  ainfi  du  moyen  d  extremi- 

tez. 


De  la  quatrième  dtpnéîiony 
qui  ejl  du  Ciel. 

T  E  Ciel  eftvn  corps  mou- 
■^'uant  toutes  les  chofes  mo 
biles  :  le  corps  qui  meut  rou¬ 
les  chofes  mobiles  3  c  eft  le 
CieL^Cette  conuerfion  de 
ces  pSdicats  eft  reftrainte ,  &c 
partant  i’argumente  ainftï 
Tout  Ciel’ eft  corps  3  la  hui¬ 
tième  fphere  ellCieCdonc 
la  huitième  fphere  eft  corps: 
le  moyen  de  conuetfton  ne 
conuertit  pas  le  corps  6c  le 


Rdimond  LuSe,  39 
Ciel  J  or  le  moyen  d'e  con- 
iondion  conioint  en  reilrai- 
gnanc  :  or  le  moyen  d ’excre- 
mitez  conioint  dansvnemef- 
me  elTcnce:  &  ainli  il  nppa- 
roift  que  ce  fyilogifme  n’ell 
pas  firaplement  demôftratif , 
le  moyen  de  coniierfîon  ne 
j[^ouLiant  conuercir  le  Cielôc 
le  corps. 

Le  Ciel  elL  le  très-grand 
corps,  le  tres-grâd  corps  c’eft 
le  ciel ,  partant  i’argumente 
ainli  :  Tout  ce  qui  eft  vn  très- 
grand  corps  eft  le  ciel ,  la  hui- 
«ftiéme  fphere  eft  vn  très- 
grand  corps,  donc,  c’eftvn 
ciel  :  on  peut  dire  de  ce  fyllo- 
gifme  de  mefme  que  du  pre- 
niier,  par  ce  que  fes  principes 
ne  font  pas  égaux. 

Le  Ciel  eft  la  fubftance  pre- 


40  T raiSle  de  M. 

jtnierement  meuè’slafubflan- 
ce prcmiereiTicnt meue ,  ccd 
le  ciel ,  par  ce  que  les  princi¬ 
pes  ne  lont  pas  égaux ,  ce  fyl- 
îogifme  eltxommeles  deux 
precedents. 

Le  Ciel  eft  eternel ,  l’Eter- 
neled  le  Ciel,  dans  cette  pré¬ 
dication  les  termes  ne  lont 
pas  égaux  ny  reltraints,  d’au¬ 
tant  que  ce  qui  eft  ereinel, 
n’eil  pas  non  eteinel,  Sc  par¬ 
tant  i’argumente  ainli  ,  nul 
ciel  eft  eternel.  La  huitième 
fphere  eil  vn  ciel,  donc  la 
huitième  fphere  li’eft  pas 
cternelle,le  moyen  n’entre 
pas  dans  ce  fyllogifme  auec 
fes  efpeces ,  par  ce  que  l’erer- 
nei  eû  infiny ,  &c  le  ciel  eft  li- 
ny ,  tels  &  femblables  ne  le 
conuertilTentpaSjny  ne  peu- 
^  uent 


Raimond  Lulle^  4/ 
uent  eftrevne  mefme  efTence, 
&:  partant  ce  n’efl  pas  vn  vray 
fyllogirmej  bien  foit  en 
forme  fyllogiftique. 

Le  Cieleft  vn  eftant  incor¬ 
ruptible,  vn  eftant  incorru¬ 
ptible  eft  le  ciel,  dans  cette 
predicatiô  les  termes  ne  font 
pas  égaux,  par  ce  qu’ils  fonc 
par  la  reftridion ,  &  partant 
onargumenteainfijTouc  ciel 
eft  incorruptible,  Saturne  eft 
vnciel,  donc  Saturne  eft  in¬ 
corruptible  :  ce  moyen  de 
conuerfion  n’entre  pas  dans 
ce  fyllogifme ,  mais  bien  le 
moyen  de  coniondion  &: 
d’extremitez  ,  par  ce  que  le 
moyen  de  côuerfionnepeut 
fubiifter  dans  des  termes  re- 
ftreints ,  eftant  égal  aux  ex¬ 
trêmes, 


Trdiâè  dehif 


41 


De  la  cinc^utéme  dijîinêîiony 
qui  ffi  de  t homme, 

La  fub fiance raifonnable 
fenfee  ,  efl  l’homme, 
Thomme  efl  lafubflance  rai¬ 
fonnable  fenfee ,  cette  con- 
uerfion  efl  de  continuation 
Sc  de  coniondion,  partant 
i  argumente  ainfi,  toute  fub- 
flance  raifonnable  fenfee  efl 
homme,  Pierre  efl  vne  fub- 
flance  raifonnable  fenfee,dQc 
Pierre  efl  homme  :  dans 
cefyllogifme  il  apparoifl  co¬ 
rnent  le  moyen  decôuerfîon 
n’entre  pasi  mais  biê  les  deux 
autres  moyens;  par  ce  qu’ils 
font,  que  Pierre  ôc  la  fubflâce 


Raymond  LuHe.  45 
fenfee  font  le  mefme  en  ef- 
fence:  lafubftance  elt  animal, 
l’animal  eft  fubftancei  l’hom¬ 
me  eft  animal  ,  l’animal  efl 
homme:  &:  partant  afin  que 
l’on  voye  fi  ie  dis  vray  ou 
faux,  i’argumenteainii,  Tout 
animal  eft  fubftance,  tout  ho¬ 
me  eft  animal,  donc  tout  ho¬ 
me  eft  fubftance  :  l’animal 
comme  fujet  ,  eft  necefTité 
dans  la  maieure ,  Si  l’homme 
comme  fujet  eft  necefTité  dâ^s 
îa  mineure ,  Si  cecy  apparoift 
fuiuant  que  le  moyen  entre, 
par  lequel  moyê  ie  dis  le  vray 
en  quelque  façon  ,  Si  en  vne 
autre  façon,  non,  en  diftin- 
guât  entre  le  moyen  naturel, 
demonftratif,Si  opinatif  :  car 
comme  l’animal  eft  vn  fujet 
naturel ,  Si  comme  prédicat 
c  ij 


4^  Traite  de  M. 
dans  la  mineuredl  eft  en  quel¬ 
que  façon  demôftratif  8c  opi- 
natif  ;  &  ainfi  eft  la  fubflance, 
en  tant  qu’elle  eft  prédicat 
dans  la  maieure  ;  &c  de  là  il  pa- 
roift  quelle  différence  il  y  a 
entre  le  moyen  naturel,  de- 
monftratif  &c  opinatif. 
L’homme  eft  rifibleje  rifi- 
ble  eft  homme;  les  chofes  fe 
conuertiftent  quant  au  mot, 
l’homme  eftât  fiibftance,&;  La 
rifibilité  vne  propriété ,  elles 
nefe  conuertiftent  pas  quant 
à  la  chofe;  &:  partant  j’argu¬ 
mente  ainfi  :  tout  homme  eft 
riftble  ,  Pierre  eft  homme, 
donc  il  eft  riftblerdans  ce  fyl- 
logifme  la  fubftance  eft  re- 
ftrainteà  laproprieté  par  ac¬ 
cident  :  or  le  moyen  decon- 
uerfton  ne  conuertit  pas  la 


Raimond  Luüe,  45 
fubflancc  Sc  l’accident  :  mais 
le  moyen  de  coniondion  les 
conioint,&:  ainli  eft  le  moyen 
compüfitif,  Sc  le  moyen 
d  extrémités,  çontinuatif. 

La  lub dance  raifonnable 
lenfée  blanche  ,  eft  homme, 
l’homme  eft  la  fubftance 
railonnable  fenfée  blanche, 
cette  enonciation  ,  eft  vnc 
connerfion  ,  à  taifon  de  la 
reftridion  Sc  contradion  de 
fubftance  &:  de  l’accident  :  8c 
partant  j’agumente  ainfij  tou¬ 
te  fubftance  raifonnable  fen¬ 
fée  blanche  eft  homme,  Pier¬ 
re  eft  vnc  fubftance  raifonna- 
ble  fenfée  blanche  :  donc  il: 
eft  homme ,  dans  cette  pré¬ 
dication  &:  enonciation  ,1c 
moyen  de  connerfion  ,  n’y 
entre  pas  :  mais  le  moyen 
c  iij 


\^6  Traiûè  de  M, 
de  coniondion  Sc  d’extremi- 
tezyentre,  parce  qu’il  y  a  là 
yneliaifon,  vne  continua¬ 
tion  :  &:  partant  quand  on 
dit,rhomnie  efl  blanc,  le  blac 
ell  fuperieur ,  l’homme  in¬ 

ferieur.  Si  le  moyen  de  con- 
uerfion  euft  entré ,  les  termes 
feroient  égaux  i  &  cncecasj 
on  cognoill ,  &  par  les  cho- 
fes  fufdites ,  que  le  moyen  de 
conuerfion  n’entre  pas  ,  fi  ce 
n’eft  en  la  fub (lance  de  Dieu: 
comme  il  apparoifl  dans  de 
premier  St  le  fécond  fyllogif- 
me  delà  fécondé  diflindion. 

L’homme  court  ,  quelque 
courant  efl  homme  j  cette 
enonciation  eft  par  lareflri- 
diô&: contradion  delafub- 
ftance  Sc  de  l’accident,  8c  par¬ 
tant  ,  )’argumente  ainfi  j  toue 


B^aimond  Lulle. 
homme  court ,  Pierre  eft  ho¬ 
me,  donc  Pierre  court  ;  Sc 
partant,  parce  que  le  moyen 
de  conuerfion  n  entre  pas  das 
cefyllogifme,  parce  qu’il  ne 
cônuertit  pas  la  fubftance  Sc 
l’accident,  Sc  le  moyen  de 
Goniondionconioind,  5c  le 
moyen  d ’extremitez,  conti¬ 
nue  ,  cette-cy  n’aift  :  quelque 
homme  court ,  6c  de  là  ap- 
paroift  que  quelqn  vn,  aucun 
6c  femblables ,  ne  font  pas  du 
genre  du  tout  vniuerfeh  mais 
font  du  tout  particulier. 


De  la  fixime  Dijlinélion» 

qui  efl  de  l* Imaginai we, 

La  fubftàcefubjedtiueméc 
imaginée, elt  animal, lanP 


4  s  T  rai  fié  d  e  «Jî/, 

mal  fubje^liuemét  imaginé, 
eft  fubUancé ,  &  partant,  i’ar- 
gumenteainfi,  toute  fubftan- 
ce  fubjeéliuement  imaginée, 
efl  animal  ;  l’homme  eft  vne 
fubftancerubjeétiuemét  ima¬ 
ginée  ,donc  l’homme  eft  ani¬ 
mal  :  le  moyen  de  mefure,  ne 
peut  conuertir  que  les  termes 
égaux ,  rien  de  fuperieur,rien 
d’inferieur:  ôeainh  la  fubftan- 
ce  &  l’animal  ne  fe  peuuenc 
conuertir,  eftant  comme  le 
fuperieur ,  &  l’inferieurj  mais 
le  moyen  de  coniondion> 
eonioindla  fubh:ance&  l’a¬ 
nimal  ,  3c  le  moyen  d’extre- 
mités ,  pofe  3c  fait  que  ces 
chofes  font  vnefubllancein- 
diuife. 

La  fubftance  fubjeéliue- 
menc  intrinfequemment  rai- 


B^aimond  LuUe,  49 
fonnée  imaginée  eft  homme, 
l’homme  eft  la  fubfi:  ace,  fub- 
jeétiuement  ,  ietrinfequem- 
ment,  raifonnée ,  imaginée, 
gcpai-tanc,  j’argumente  ainfi; 
toute  fubhance  raifonnée  Sc 
imaginée, fubiediuemenc  &c 
intrinfequemment,  eft  hom¬ 
me,  Pierre eit tel,  doncileft 
homme.  Or  le  moyen  de 
mefure  n’entre  pas ,  &c  ainfi  il 
nefe  peut  faire  de  conuer- 
fion  :  mais  le  moyen  de  con- 
iondion  entre ,  en  conioi- 
gnant  les  termes  &c  le  moyen 
d’extremttez  ,  en  les  conti¬ 
nuant  ,  afin  qu’il  y  en  ait  vnc 
fubftance  compofée  :  Qr  ic 
ne  veux  pas  dire,  que  la  fub- 
Üancefoit  imaginée  par  le 
fens,  mais  compofitiuement, 
naturellement  *.  comme  le 
c  V 


fo  TraiflédeM. 

tout  de  [es  patries. 

La  rubftancefubie£liuemeE 
iraaginaite  eil  le  Lyon,  la 
Lyon  eft  la  fubUanee  imagi¬ 
née  fubiediuemêt,  dans  cette 
prédiction  ôc  enonciation 
le  fujet  &c  le  prédicat  ne  fe 
conuertillent  pas ,  Sc  partant 
j  argumente ainfi-,  toute fub- 
flaace  fubiediuement  ima¬ 
ginée  eft  lyon ,  Matzot  i  eil 
tei^doncileft  lyon  jcét  ar¬ 
gument  eft  faux  &:  erroné, 
parce  que  le  moyen  naturei 
ny  Tes  efpeces  n’entrent; 
pas.  liv 

Nulle  fubidanceeft  animai^ 
fans,  imaginationda  pierre  eft 
fans  imagination  :  donc  elle 
n’eflpas  animal:  dascefyllo- 
gitoe  le  moyen  naturel  ny 
ks  eipeces  n  y  entrent  p^c 


KdlmonâLulle,  51 

Nulle  fubftance  fans  la- 
£lion  Sc  la  paflion  de  l’imagi¬ 
nation  ell  intrinfequemmenc 
imaginée  :  l’homme  eft  vne 
fubftance  intrinfequemmenc 
imaginée,  donc  elle  n’eft  pas 
imaginée  fans  l’adion,  la 
paflion  de  l’imagination  ;  Or 
le  tnoyen  ne  peut  coniiertir 
l’adion  Sc  la  paffion  :  fadion 
eftant  fupetieure  à  raifon  de 
la  forme,  Se  la  paflTion  infe¬ 
rieure  à  raifon  delà  matière: 
toutesfois  le  moyen  de  con- 
ionftion  pofe  les  extrémités 
par  la  fubftance,  ôclemoyen 
d’extremités  pofe  leurs  con¬ 
tinuation  :  afin  que  l’imagi¬ 
nation  foit  dans  le  fujét,  dans 
lequel  elle  cftagiffance  6c  pa- 
tiftante. 


5^  Traité  dehA. 


DtUfepîiefme  DiflinBion 
qui  efi  de  U  fenfitiue, 

OR  la  fu  b  (lance  eft  fenlî- 
tiiie,  la  fenlitiue  eft  fub- 
flance,  ces  termes  ne  fe  con- 
uertiiïeut  pas ,  parce  que  la 
fubftance  eft  fuperieure,  &: 
partant  on  argumente  ainfij 
toute  fubilance  fenfee,  eft 
aiftionnee  &:  paftionnée:rhô- 
me  eft  vne  fubftancerenfée, 
donc  il  eft  actionné  &:  pafliô- 
né  :  dans  ce  ryllogifme  le 
moyen  de  mefiire  ne  peu^ 
égaler  l’adion  Sclapaftion  tu 
vertu  :  or  le  moyen  de  con- 
iondion  compofe  la  conion- 
dion  Y  demeyirant  vne  rela- 


Kaimond  Lulle  53 
tion ,  de  le  moyen  de  conti¬ 
nuation  les  fait  continus: 
La  fubftance  fenfee  cftjquant 
à  l’égard  de  fa  quantité ,  le 
quantifié  efl  vne  fubfiancc 
fenfée ,  &c  partant  j ’arguméte 
ainfi  ,  toute  fu  bilan  ce  fenfée 
cil  quantCjàlegard  de  fa  qua- 
tité,  l’homme  eft  tel ,  donc  il 
eil  quantifié  ,  le  moyen  de 
mefuren’y  entre  pas,  parce 
que  la  fubftance  eft  plus  que 
l’homme  :  mais  le  moyen  de 
conionélion  conioint  les 
parties  fubftantielles,&:  elles 
aufti  auec  la  quantité ,  de  le^ 
moyen  d’extremités  conti- 
.nué  le  corps  qui  eft  de  fub- 
fiance  de  d’accident. 

La  fubftance  fenfée  eft 
quelle,  par  fa  qualité,  le  quel 
eft  fubftance  fenfée  y  de  par- 


54  TraiSlf  de 
tant  j’argumente  ainfi ,  toute 
fubftancc  fenfée  eft  quelle, 
par  fa  qualitéj  l’afne  eft  tel, 
donc  il  eft  quel,  à  légard  de  fa 
qualité ,  le  moyen  de  melure 
n  y  entre  pas:  caria  fubftance 
eft  plus  que  lafne  :  Mais  le 
moyen  de  conionélion  com- 
pofe  les  termes  fubftantiels 
par  enfemble,  &:  auec  la  qua¬ 
lité,  mais  le  moyen  d’extre- 
mités  continué  le  corps  quel 
ôiles  qualités. 

La  fubftancc  fenfee  eft  rc- 
J^tiue,le  relatif  eft  la  fubftan- 
ce  fenfee,  ôc  partant  on  argip 
mente  ainfi,  toute  fubftancc 
fenfee  eftrelatiue,  la  chevre 
eft  vnefùbftancefenfée,donc 
elle  eftrelatiue:  Or  le  moyen 
demefure  ne  peut  conuertir 
les  chofeS  qui  font  de  rap- 


Kailfiond  LuÜe,  5'| 
part  :  comme  l’a£tion  8>c  la 
pafTiôjparce  que  fi  celaeftoit, 
le  moyen  de  coniondion  fe- 
roit  aneanty  :  d’autant  qu’il 
n’auroitpas  dequoy  ce  con- 
roindre:  ôcpar  confequentlc 
moyé  d’eXiTemités  nepour-^ 
f ok  rien  coacinuer  en  eux. 

La  fenlkiue  eft  enracinée 
dans  les  fujers  fenûbles  parti¬ 
culiers  ,  renraciné.  dans  les 
fuiets  particuliers  fenfible§ 
eft  la  fenfitiueiSc  partant  i’ar- 
gumenteainftj  tout  ce  qui  eft 
enraciné  dans  les  fuiets  parti¬ 
culiers  fenfibles  comme  fub- 
ftantieî  à  {by-mefme ,  eft  la 
eaufe  des  fuiets  fenfibles  ,  la 
fenfitiue  eft  telle ,  donc  elle 
eft  la  caufe  des  fuiets  fenfi¬ 
bles  :  Le  moyen  de  mefure 
B,  entre  pa^,  parce  que  fi  cda 


s  6  Traiêlé  de  M. 

eltoit  ainfî ,  la  différence  des 
fuiecsfenfibles  particuliers  & 
leurs  obiets  feroit  dellruite, 
ce  qui  eft  impoffible  :  le 
moyen  de  coniondion  con- 
ioinc  toutes  les  chofes  def- 
quelles  le  moyen  d ’extremi- 
tez  en  continue  vn  fujet  qui 
leur  eft  commun. 


/a  huitième  Diflin* 
^ion ,  qui  efl  de  U 
V egetatîue, 

TA  Vegetatiueeft  vnefub- 
•■^ftance  tranftnutatiue,  la 
fubftance  tranfmutatiue  eft 
vegetatiue:  Repartant i’argu^ 
mente  ainfi,  toute  vegetaciue 
«ft  tranfmutatiue  d  vne  fub- 


Kaimond  huile.  57 
fiance  en  vne  autre,  Lapuif- 
fance  auginentatiue  efl  vege- 
tatiue,  donc  elle  efl  tranfmu- 
tatiue,  dvne  fubftance  en 
vne  autre  :  le  moyen  de  me- 
fure  n’égale  pas  les  pîrrties 
tranfmuables  :  toutesfois  on 
peut  dire  qu’il  met  des  pro¬ 
portions  :  Or  le  moyen  de 
coniondion  conioinc  les 
chofes  qui  viennent  de  puif- 
fance  en  ade  par  voye  de  gé¬ 
nération,  ôc  le  moyen  d’ex- 
tremités  les  continue,  affin 
que  la  fubftance  engendrée 
foit  continuée. 

La  vegetatiue  efl  la  puif- 
fance  digeftiue  j  la  puiftance 
digeftiue  eft  vegetatiue,  Sc 
partant  i’argumente  ainû, 
toute  puiftancevegetatiue  eft 
Eranfmutatiue,la  digeftiue  eft 


5  s  Traiéîé  de  Af, 
telle,  donc  elle  efl  tranfmuta- 
tiue:  Le  moyen  conioignanr, 
entre,  celuy  de  conuerfionle 
proportionné,  parce  que  ce 
qui  eilenpuilTancefans  pro¬ 
portion  ne  va  pas  en  aéle, 
mais  le  moyen  de  côiondion 
conioinétles  chofes  vnilTa- 
bles ,  Scie  moyen  d  extrémi¬ 
tés  les  continué  au/II. 

Lavegetatiue  eftvnepuif- 
fanceretentiue,  la  puilTancc 
retentiue  efl:  vegetatiue,  de  là 
i  argumente  ainli,  toute  puif- 
fance  vegetatiue  efl  retenti¬ 
ue,  l’expulflue  efl:  vne  puif- 
fance vegetatiue,-  dondex- 
pulflue  efl:  vne  puüTance  re¬ 
tentiue  :  cét  argument  eft 
faux,  parce  qu’il  attribué  au 
moyen  demelure  qu’il  vnifle 
les  chofes  qui  ne  le.  peuaent 


Kdimond  Lulk,  59 
eflre,  priiie  le  fubitântif de 
coniondlion  J  &c  par  confe- 
quentlefubftantif  de  conti« 
nuati^n. 

La  vegetatiue  eft  vne  puif- 
fançeexpulfiue,  la  puilfancc 
expulfiue  eft  vegetatiue,  de 
là  l'argumente  ainft  ,  toute 
puiflancc  expulfiue  eft  mo- 
tiue,  la  digeftiueeft  expulfi¬ 
ue, donc  la  digeftiue  eft  moti- 
ue:dans  cét  argumet  le  moyê 
de  mefure  n’entre  pas,  qu’en 
proportionnant,  mais  bien  le 
moyen  de  coniondion  en 
compofant ,  6c  celuy  de  con¬ 
tinuation  en  continuant. 

La  puiftance  vegetatiue  eft 
tiutatiue  ,  donc  elle  eft  vege- 
tatiueile  moyen  deconuer- 
fion  n’entre  pas  que  par  pro¬ 
portion  »  niais  le  moyen  de 


6  O  Traîné  de  Ad, 
conion£tion  ,  les  conioint, 
comme  le  fuperieur  &  1 ’infe- 
rieur,  8c  le  moyen  d’extre- 
mité  les  continué  en  vn. 


De  la  neujiefme  Dtjltn^ 
^ion^quteft  t Elé¬ 
ment  atiue. 


L’EIementatiue  eft  la  fa¬ 
culté  ou  puilTance  ,  par 
laquelle  les  éléments  entrent 
danslemellange,  la  faculté, 
ou  la  puiflance  ,  par  laquelle 
les  éléments  entrent  dans  le 
meflange ,  eft  l’elementatiue, 
8c  partant  i’argu mente  ainfi: 
toute  elementatiue  eft  corn- 
poficiue  des  éléments ,  mais 
dans  cette  rofe  eil relementa^ 


'Raimond  LuUe,  6i 
tiuejdôclàc'ltla  compofitiue 
des  éléments.  Le  moyen  de 
conuerfion,  n  entre  pas  dans 
ce  fyllogifme ,  parce  qu’il  ne 
conuertit'pas  les  principes 
du  fyllogifme:  mais  les  dif- 
pofc,  afin  que  le  moyen  de 
conionflion  les  compofe, 

ce  moyen  les  difpofe ,  à  ce 
que  le  moyen  de  conion- 
fiion  les  continue  dans  la 
rofe. 

La  faculté  ou  lapuilTance 
elementatiue  i  efi:  celle,  par 
laquelle  les  elementez  font 
compofés  auec  leurs  acci¬ 
dents  :  ce  parquoy  les  clé¬ 
ments  font  compofez  auec 
leeirs  accidents ,  efi:  i’elemen- 
tatiue,  &:  partant  :  i  argu¬ 
mente  ainfi,  toute  elcmenta-- 
due  compofe  les  éléments 


éL  Traiâê  de  M. 

auec  leurs  accidents  :  mais 
relementatiue  eft  dans  cette 
rofe ,  donc  eftlà ,  la  compoli- 
tiue  des  éléments  auec  leurs 
accidents.  Or  le  moyen  de 
conuerfion  n’entre  pas  dans 
cefyllogifme:  mais  difpofe 
les  termes jafin  que  le  moyen 
de  conion^tion  les  conioi- 
gne  5  6c  c’eftuy-cy  difpofe, 
afin  que  le  moyen  d’extremi- 
tez  les  continue. 

L’elementatiue  eft  la  facul¬ 
té  ou  la  puilfance  qui  coin- 
pofe  ces  fuieéts  élementez, 
la  faculté  ou  la  puilTancc ,  qui 
compofeles  fuieéls  elemen- 
tez,  efl  l’clémentatiue,ôc  i’ar- 
gumenteainfi,  toute  faculté 
ou  puÜTance  compofitiue  des 
elementezj.efi:  elementatiue, 
mais  quelque  faculté  ou  puif« 


Kaimond  Luile.  6^ 
fance ,  qui  ell  dans  la  pierre, 
eft  compofitiue  des  elemen- 
tez,  donc  telle  faculté  ou 
puilTance delà  pierre  ellele- 
mentatiue  :  dans  cét  argu¬ 
ment  ,  le  moyen  de  conuer- 
fion  n’entre  pas ,  fi  ce  n’eft  en 
difpofantces  termes  ,  afin 
qu’ils  foient  compofez parle 
moyendeconionélion,  &  le- 
moyen  de  coniondion  dif- 
pqféjafin  qu’ils  foient  conti¬ 
nués,  parle  moyen  d’extre- 
mitez. 

L’elementariue  ,  eft  vn  in- 
ûrument  dans  lequel, la  natu¬ 
re  caufe  des  poinds  ,  des  li¬ 
gnes,  des  angles,  des  figu¬ 
res,  &:  vn  mouuement  :  & 
au0i  vn  appétit,  &  vn  inflind 
dans  le  fuied ,  dans  lequel  el¬ 
le  eft:  ce  qui  eft  vninftru- 


^4  TràiSlê  de  M. 

ment  ,  par  lequel  la  nature 
caufeles  poin6ts,les  lignes, 
^  les  chofes  fufdites ,  eil  eîe- 
mentatiue  :  Et  j’argumente 
ainfi  ,  toute  elementatiue, 
caufe  des  poindfcs ,  des  lignes, 
des  figures ,  vn  mouuemenr, 
vn appétit,  &:  vn  infi:in£l:, 
mais  la  puifiance  qui  caufe 
cela ,  efl  dans  la  rofejdonc  en 
icelle  eft  l’elementatiue.Dans 
cefyllogifme ,  il  n’y  a  point 
de  moy  en  de  conuerfionjfi  ce 
n’efi:  en  difpofant  le  moyen 
de  conionâion,  a  compofer 
Iss  termes  de  l’argument,  & 
ce  moyen  difpofe  le  moyen 
d’exrremitez,  à  continuer  les 
principes  du  fyllogifme. 

L’elemcntatiue  ,  eft  vne 
puifiance,  par  laquelle  l'ele- 
menté  eft  plein  ,  8e  efloigné 
du 


K^^imonâLullel  6^ 
I  devuide  &:  d  oyfiueté.  Et 

cela  eft  relementaciuç5&:  j’ar¬ 
gumente  ainfi,  toute  puifîan- 
ce'  elementatiue  eft  ce,  par- 
quoy  lelementéeft  plein,  &: 
levuide&Eoyfiueté  en  font 
clloignes  :  mais  dans  Ja  pier¬ 
re  ,  il  y  a  vne  puifrance,pâr  la¬ 
quelle  elle  eA  pleine,  &:  efloi- 
gnéedu  vuide  &  d’oyfiueté, 
donc  dans  la  pierre  eA  la  puif« 

lance  elementatiue. Le  moyê 

de  coituerAon  n’eA  pas  en  cét 
argument,  A  ce  n^eAendif- 
pofanc  les  termes  de iarga. 
ment, pour  eAre  compofez 
par  le  moyen  de  conjon¬ 
ction  ,  &:  ce  moyen  de  con- 
jonaron  iles  difpoAla  eAre 

continuez  ,  par  Je  moyen  ^ 
dextremitçZi 


lè^  TraiâédeM* 


De  la  dixitfme  Dijlrn^ 
Ûion ,  qui  ejl  du  fujee 
CirtifideL 

L*Atificeeftra<5te  de  îa^ 
me,  laquelle  par  luy  agift 
dans  les  Arts  liberaux  &  me- 
chaniques.  Or  dumoyéarci- 
fi  ciel  fait  par  ratnenousnea' 
prétendons  pas  conclure  ei^ 
cediuie  ^  mais  du  moyen  na¬ 
turels  comme  nous  auons 
donné  des  exemples  dans  les 
huia  diftinüions  fufdites.Or 
le  moyen  reel  &:  naturel  eR 
celuy  duquel  l  ame  tire  vu 

moyen  intentionnel^  fi^patî- 

^antgai:  ce  ^iaefté  de  tel 


Kaîmond  LuUe,  6f 
moy  enjartifte  peut  acquérir 
les  fciences,  6c  fe  feruir  du 
moyen  intentionnel,  ôc  nous 
en  donnerons  exemple  brief- 
uement ,  le  logicien  fait  ce 
fyllogifme  :  tout  chien  peut 
abbayer  ,  la  conftellation  ce- 
lefte  ch:  vn  chien ,  donc  elle 
peut  abbayer  :  On  cognoift 
ce  fophifme  par  le  moyen  na¬ 
turel,  parce  que  les  moyens 
font  contraires  :  parce  que 
le  moyen  de  mefure  n  égalé 
pas,  ny  le  moyen  de  conjon- 
^ion  ne  compofe  pas ,  ny  le 
moyen  d  extrémités  ne  con¬ 
tinue  pas.-  '  J 

Dans  la  fciencc  du  droiél 
on  peut  faire  ce  ryllogifme,^ 
toute  lullice  ell  felTence  du . 
droiét,  rehdrea.vn.chaiam  ce 
qui  luy  appàpciétl,  c’eit  icriliice^.; 


68.  Tratêlé  de  M* 
donc  c'eft  i’efTence  du  droicl: 
dans  ce  fyliogifm^ks  termes . 
ne  font  pas  efgaux,  parce  que> 
îe moyen  de  mefure  n’y  en-- 
îre  pas,  mais  le  moyen  de.* 
coniondion  couple ,  6c  d’ex- . 
tremités  continue  j.Scainfile 
fyllogifme  eft  vray>  pan  b. 
fcience  du  droit  poiitif 

Le  moral  fait  ce  fyllogifme^  ^ 
toute.’  prudéceef  vertu,  elli- 
relebieA  Sç  fuirde  malj  ç’efl. 
prudence,  donc  défi  vertu,-, 
le-  moyen  de  mefure.  n’entre  : 
pas  cbn^  ee  fyllogifme,  parce. 
qu’iLne  peut,  efgalcr  les  tei> . 
mes  :  mais  le  moyen  de  con.r 
ion^Lonles  eonioin^t,  ce- 
luy  d’extremitez  les  contb^ 
Buë.  , 

: .  Xoateauaric£:eft  pecKé**: 
m»ais  retenir  V  les  xhofesy  qui  ’  < 


Kahnond  Lullf, 
font  à  donner,  c’eftauarice, 
doncc’efl  péché.  Orileftde 
mefme  du  moyen  de  celuy- 
cy,que  de  celuy  des  autres 
fufdites. 

Toute  gucrifonfe  fait^  par. 
fon  côtraire,maisoflef  Ja  He¬ 
ure  c’efh  guerifon ,  donc  la 
guerifon  fe  fait  par  fon  con¬ 
traire  :  le  moyen-  de  mefure 
n’egalepasfetermes.r  mais 
le  moyen  de  conionélion  les  . 
conioinél  ,  5c  le  moyen  d’eX- 
îremité  les  continue. 

Et' comme  nous  auons  dit 
du  moyen  intentionnel  dans 
lefdites  fciences ,  de  mefme^ 
en  peut-on  dire,dcs  autres  a 
kurs  modes.Et  parce  que  l’a- 
mesayde  d  vn  moyen  reel,. 
pour  cognoiUre  l’intention- 
c’eil  poufquoy  cette 
dj,  ii^t 


TraiBèâeM. 

fcience  eftfortvtilc&gen#» 
lale  aux  autres  fciences. 

FIN, 

A  W  gloire  &  à  ïhon- 
neur  de  Dieu  ,  Raymond 
pnift  ce  Liure  4  Taris ,  an 
mois  de  luillety  fan  de  fin* 
carnation  de  noflre  Sei¬ 
gneur  Je  fus  -  Chrijl , 
MCCCK 


LE 


PETIT  OEVVRE 

OV  TRAICTE' 


DE  l’  O  V  Y  R. 


CABALISTiQVE, 

O  V 

L’INTROD  VCTION 

â  coûtes  lèsScièncçs. 

LJ  T  RE  FJ  CE. 


'A  v  TANT  qu-e 
COUS  les  hommos 
ont  vn  defîrnéauec 


eux,  de  fçauoir  entendre  la 
vérité, dans  toutes  les  cho¬ 
ses  qui  fe  peuuent  cognoiflrej 


ç)i  Le  petit  Oeuure 
Ariftote  en  eflant  témoin,  au 
premier  de  fa  Metaphyfique, 
qui  eft  que  tous  ceux  auf- 
quels  ,  en  confideration  de 
leur  cfpece,  appartient  pro¬ 
prement  d’entrer  dans  l’ad- 
miratiô  :  ceux-là  mefme,  ont 
vn  defir  naturel  de  fçauoir 
entendre  la  vérité,  dans  tou¬ 
tes  les  chofes  qui  fe  peuuent 
cognoiftre:  Or  eft-il  ,  qu’à 
tous  les  hommes ,  appartient 
proprement ,  fans  aucune  re- 
îerue ,  d’entrer  dans  l’admi¬ 
ration  ?  C  eft  pourquoy,  &;c. 
Délirants  doc  d’ehre  parfaits 
en  cette  affaire ,  il  eft  de  be- 
foin  de  rechercher  le  moyen 
pour  l’elfayer  ,  Sc  le  reccn 
gnoiftre,  d'où  vient  que  d’au¬ 
tant  plus  que  la  chofe  eft  hau¬ 
te, d’autant  eft-elle  plus  digne 


CahaUfticjue,  y  ^ 

àfçauoir,  à  cauie  (ju’elle  efl 
plus  vrayci  eftanr  plus  pro¬ 
che  du  tres-vray  ,  en  confia 
deration  dequoy,  nous  efin 
mons,  que  le  vray  elll’ob^ 

ieddelentendemcnt:  par 

ce  que  tout  vray ,  prefuppofs 
I  eitre  ?  ilell  maniferte,  que  i’e"* 
ilre  eft  cogneu  de  foy,  cntar^ 
que  quidenye  ledre,  fenyo 
foy-mefme:  voire  en  le  nyanc 
illepofea  a  caufe  dequoy, l’os, 
lire  ou  le  vray,  à  raifon  de 
Tinfeparabilitédes  chofeSjell 

du  tout ,  en  tout  égal  fuiet  de 
cette  fcience  Cabaliflique. 
Céteftreaü  vray  ellantdôc, 
de  toutes  chofes ,  le  premier 
réglant,  6c  non  réglé  ,il  eft 
manifefle,  que" cette  fapien-; 
ce  çà  de  toutes  les  fciences,Ia 
regulatnce^  autrement  dans 

5  H 


Lepetit  Oenure 
ks  réglantes  &:  reglees,  il  y 
auroic  vn  procédé  à  Tinfiny. 
Et  parce  que  toute  doétrine 
ou  difcipline  côpréd  en  foy 
trois  chofes  elTentiellement, 
qui  font  cbgnoitlre  lesparties 
de  Ton  fuiet ,  fçauoir  la  fin  re¬ 
recherchée  ,  ôc  fçauoir  les 
moyens  pour  la  fin  :  c’efi: 
pourquoy  cette  fapience  Ca- 
baliftique ,  fe  diuife  en  trois 
parties ,  dont  la  première  ek, 
des  parties  de  Ton  fuied ,  qui 
font  le  bon  ,  le  grand,  le  du- 
rant ,  le  puifiant  ,le  fçachat,le 
voulât,levertueux,le  vray,8c 
leglorieux.  Or  la  fin  recher¬ 
chée  en  celle  fciéce,  c’eftl  ac- 
(juificîon  de  la  perfedion  de 
1  entendement  humain:mais 
le  moyen  pour  cette  fin,  c’efi: 
vne  pure  abftradion  qui  efl, 
par  ce  que  lenteudement  hu- 


[ahaUjîîque,  7 / 

main  eftant  vne  fubUance 
abllraite,ilfauc  que  la  chofc 
entendue  fok  abllraite5&:  par 
confequent  Ton  entendre. 
C  eft  pourquoy  céc  Oeuure 
fediuife  en  trois  Traitez, 
dans  le  premier  defquels ,  on 
déclarera  les  parties  du  total 
fuiet,  Se  les  chofes  quiluy 
font  principalement  attri¬ 
buées.  Dans  le  fécond  Trai- 
flé,on  enfeignelajfin  recher¬ 
chée.  Dans  letroihefmeSele 
dernier,  on  donne  des  moyês 
pour  la  fin  :  Et  parce  que  cha¬ 
que  Oeuure, 'eft  conftituépar 
méthode, non  feulement, afin 
que  l’entendement  humain 
rexerce-.mais  afin  qu’il  foie 
vn  remede  à  l’oubly  :  c’efl 
pourquoy  le  premier  Traiété 
comprend  trois  parties,  dont 
e  iii 


7  6  Le  petit  Oeuure 

la  première  eft,  de  l'Alpha- 
beth  &:  des  figures  ,  qui 
font  vfitees  en  céc  Oeuure} 
la  féconde  eft,  des  qualitez 
des  parties  du  fuiet  total,  6c 
la  troifiefnie  eft ,  des  réglés: 
dont  la  fcience  le  fert ,  toutes 
lefquelles  çhofes  ,  refiftenc 
'"inerucilleurement  à  loubly, 
&:  on  appelle  cette  dodrine. 
Cabale  :  qui  n’eft  autre  ebofe 
félon  les  Hebrieux,  que  la  ré¬ 
ception  de  la  vérité  de  cha¬ 
que  chofe  ,  reueléç  diuine- 
ment  à  l’ame  raifonnable  :  8c 
félon  les  modernes  »  Cabali- 
ftes  >  Cabale ,  eftant  vn  nom 
compofe  de  deux  cii<^ions ,  à 
fçauoir  deAba,6c  de  Ala:  Car 
Aba,.en  Arabe,  c’eft  tout  autât 
que  pere  en François}8c  Ala, 
ca  Arabe  ,  c  eft  tout  autant 


(alcali  pique.  77 
que  mon  Dieu,  Sc  le  nom,mo 
Dieu; ne fîgnifiac autre  cbo- 
fe  queIefus.Chrift,noilrebe- 
nift Seigneur,  qui  eftvraye- 
ment  le  Fils  de  Dieu  :  &c  le 
Fils  de  Dieu  ,  ne  'iignifianc 
rien  autre  chofe,  que  la  fa- 
pience  Diuine.  C  eft  pour- 
quoy  nous  difons  que  ce  mot 
Kabale  ,  quieftefcrit  parla 
lettre  K,  en  Arabe,  ne  veut 
dire  autre  chofe  en  François, 
^u’vne  fur-abondante  fapicn- 
ce.  La  Cabale  eft  donc  vnc 
habitude  de  Famé  raifonna- 
ble,  capable  de  cognoiftre 
les  chofes  diuines,à  la  faueur 
dVne  droite  raifon,  d’autant 
qu  elle  eftaufli  du  grand  fuiet 
Diuin,par  confequent  on  la 
doit  nommer  la  fcience  Di¬ 
urne. 


e  iiij 


jE  Le  petit  Oeuure 


La  première  partie  de  ïJl^ 
phabet». 

Chap*  l. 

met  l’Alphabeth  en 
^^cette  do6trine,premiere- 
ment  jpourpariceluy ,  faire 
des  figures ,  8c  pour  facile¬ 
ment  conioindre  les  princi¬ 
pes  auc les  reg  les, afin  quela 
veritéds  chaque  chpfe  intelii- 
ble ,  foie  très  facilement  vnie 
à  l’entendement  humain  ,  le- 
q^uel  entendement  ,  fe  co- 
gnoillfort  general  par  elles,, 
qui  eft,  parce  que  par  vne  let¬ 
tre  de  cet  AJphabeth,  il  com-< 
prend  plufieurs  chpfes  co- 


Caèaüjfjque,  79 
gnoifTables ,  dont  la  fcience 
fe  forme. 

Lequel  AlpJiabet  f’apprend 
par  coeur  ,  tres-facilement, 
c’eftpourquoy  il  eft  fortne- 
ceflaire  en  cette  fcience,  par¬ 
ce  quau/Tifans  luy,  l’Arcifte 
de  cette  méthode  ne  fe  pour- 
roit  exercer  5  Et  l’Alphabeth 
eft  tel ,  à  fçauoir  ,  B  C  D  E  F 
G  H  I  K.  Car  B ,  fignifie  le 
bon ,  8c  fon  abftraift ,  la  dif- 
ference,Dieu,la  luftice,  l’aua- 
rice  rSc  fçauoir-mon  ;  li¬ 
gnifie  le  grâd,&fonabftrai£ti 
la  grandeur ,  la  concordance, 
rAnge,la  prudence,  lagour** 
mandife,Sc  ce  que  c’eft.  D,  li¬ 
gnifie  le  durant  ,  ôcfonab- 
ftrai£t ,  la  contrariété  ,  le  ciel, 
la  force,  la  luxure,6c  dequoy, 
E.>  fignifie  le  puiflanc 8c  foii 


B  O  Le  petit  Oeuure 

a4?ftrai6t  J  le  principe ,  l’hom¬ 
me  ,  la  tempérance ,  la  fupcr- 
be,  Sc  pourqiîoy  c’eft.  F ,  li¬ 
gnifie  le  fçauant,  ôi  fon  ab- 
llraid,  le  moyen ,  Timagina- 
tif,la  foy,  la  lafcheté,  &  com¬ 
bien  grand  il  efl.  G ,  fignifie 
le  vcxiiant ,  &:  Ton  abftraidda 
£nde  renfitifjrerperanced’en- 
uiOîSc  quel  il  elt.H,  fignifie  le 
vertueuXj6c  sôabflraidjeve- 
gecatifjla  maiorité,la  charité> 
la  colere>8c  quad  c’eft.I, figni¬ 
fie  le  vrayî&:  fon  abftraid,  l’e- 
iemécatif,regalité,  la  patien¬ 
ce  ,  le  menfongc ,  où  c’efl. 

K>  fignifie  le  glorieux, &  fon 
abflrai6t ,  l’inltrumentatif ,  la 
minorité, la  pieté,  l'inconfia- 
ce.  8c  comment,  8cauecquoy 
ceft.  Etque  ces  chofesTuffi- 
fisnt  touchant  TAlphabeth. 
Partant  8cc, 


- 


4 


La,  première  Figure  y  des 
Tredicats  ahfoluts. 


Cahaliflique.  8r 


Des  Figures  ,  U  fécondé 
partie  :  premièrement, 
delapremiere. 

Ch  A  P.  II. 

ON  a  inuenté ,  Sc  efta- 
blyles  figures  en  cette 
fcien ce, félonies  operations 
de  lentendement  ,  qui 
font  trois ,  à  fçauoir  ,  lap- 
prehenfion  de  toutes  les 
conceptions  eognoiffables , 
la  diuifion  ôc  leurs  con- 
pofition ,  6c  le  difeours  en  el¬ 
les  :  lefquellcs  figures ,  font 
quatre,  la  première defqueU 
les,elb intitulée  A,8Ceft  circu¬ 
laire,  ou  fpherique ,  feruant  à 
la  fimple  conuerûon  de  tous 


Le  petit  Oeuüre. 
les  premiers  principes,  &  des 
réglés  de  cette  fapience  ;  co¬ 
rne  il  apparoiii:  clairement  en 
icelle  ,  laquelle  conuerfion 
prefuppofe  Ivnion  du  fujet 
&:  du  prédicat. Exemple,  dy¬ 
ne  conuerfion  fimple ,  l’eftre 
efibon  ,  leboneiîeftre  ,  le 
grand  eft  eftre  ,  l’eflre  cfl 
grand,  l’Etetnel  efl:  ellre ,  l’e- 
Itre  eft  Etemel  ,  8c  ainli  en 
faut-il  dire ,  des  autres  par¬ 
ties  du  fujet  total  de  cette  fa¬ 
pience, 8c  la  conuerfion  vient 
du  mot,  conuertir  :  Caria 
conuerfion  eft  vne  tranf- 
pofitiondu  fujet  au  prédicats 
8c  au  rebours,  de  laquelle  il  y 
a  trois  efpeces,fçauoir  la  fim¬ 
ple  ,  8c  par  accident ,  Scpar 
contrapoficion  ;  Or  la  con¬ 
uerfion  fimple^,  eft  vne  tranf- 


(^ahaliflique.  85 
pofition  du  fujet  au  prédicat, 
au  contraire  ,  la  mefme 
quantité  &:  qualité  y  demeu¬ 
rant,  comme  il  a  efté  dit  dans 
les  exemples  cy-delTusj  mais 
la  conueiTion  par  accident, 
cft  celle^  dans  laquelle  ,  on 
change  la  quantité:  comme 
en  difant ,  tout  eftant  eJft  bô, 
quelque  bon  efteftant,  tout 
eftant  eû  grand  ,  quelque 
grand  efleitant  :  Dans  la  cô- 
uerfionjpar  contrapofition, 
fc  fait  vn  changement  des 
termes  finis,en  des  termes  in¬ 
finis,  y  demeurant  la  mefme 
quantité  &:  qualité  de  la  pro- 
pofition  :  comme  en  difant, 
l’eflant  eftbon ,  le*  non  bon, 
eftnon  ellant,  où  ainfi ,  tout 
non  eftant  ,eftnonbon,  t;out 
bon  efl  eftant ,  comme  il  a 


s  4  Le  petit  Oeuure 

eflé  examplifié  du  bon ,  dans 
toute  refpcce  de  la  conuer- 
fion,  de  mefme  ,  en  fauc-il 
dire ,  des  autres  parties  du  fu- 
jet:&:plus  dans  cette  figu¬ 
re  A,  l’entendement  humain 
a  à  rechercher  la  cômunica- 
tion  de  tous  les  eftants  co- 
gnoifTables.  Comme  aufTi  la 
communication  du  fujet  Si 
du  prédicat  de  chaque  propo- 
fition  5  &  la  propriété  d’vn 
chacun  d’eux  ,  afin  que  par 
icelles, kjCCsque  c’eftjfe  puif- 
fetrouuer,  qui  eft, parce  que 
dâs  cette  figure  A,il  y  a  quel¬ 
que  chofe  genepali/fime,  & 
c’elt  l’eftre  merme ,  &  quel¬ 
que  chofe  fpecialifîîmejcom- 
me l’homme,  l’Ange,  ou  le 
bœuf ,  entre  Icfqnelles,  Ten- 
ten  dement  humain  a  vne  cf- 


Cahalifiîque.  '  8f 
chellc  d’arcenfion,  &dcdef- 
cendon ,  du  generali/Time  ^au 
fpeciali/Time  ,  qui  efi:  parce 
quefousl’eftre,le  bon  y  eft 
contenu ,  fous  le  bon ,  l’ellâc 
efl  contenu  ,  parce  que  tout 
effant  efl  bon  :  mais  toutes- 
fois  tout  bon  n’eftpas  eflant, 
comme  onprouuera  dans  les 
queftions  delà  figure  A,  car 
là  ,  nous  monftrerons ,  que 
l’eflre  qui  eft  vray  ell  bon ,  6c 
n  eft  pas  toutesfois  eftanr, 
Card’eflant  efi  poflerieur  par 
nature^  à  l’eftre  3c  au  bon, 
caf  fi  l  eflre  n’eftoit  bon,  que 
par  relire  de  l’ellant,  il  f’en- 
îiiiuroit  que  la  bonté  du 
prieur  feroit ,  parla  bonté  du 
poftericur,ce  qui  feroit  incô- 
uenient&  abfurd,  parce  que 
la-bontédu premier  principe 


$6  Lepeüt  Oeunn, 
kroit  communiquée  par  k 
bonté  du  principié ,  Sc  plu- 
fieurs  autres  incômoditeZjs’ê 
enfuiuroient  à  cette  pofition. 
C’efl  pourquoy  l’eftre  &.  le 
bon  5  precedent  l’eilant ,  &C 
1  oftanc  n’eft  bon  ,  que  par  la 
bonté  de  l’efire  ,  qui  eft  le 
premier  principe  de  toutes 
chofesj^reftren’eftbon  quo^ 
par  fon  elTence  mefme  ,  qui 
ed:  commun  icatiiie  à  chafque 
eflant ,  partant  6cc.Or  la  fub- 
flanceeft  fous  l’eftant,  fous 
laquelle  immediatemêt  eft  le 
corps  ,  fous  lequel,  eft  mis  le 
viuanc  :  fous  le  vluantTank 
mal  i  fous  l’animal,  eft  mis  le 
raifonnable  ,  fous  :1e  raifon- 
nable,eft  mis  l’homme, ou 
T'Angc.;  C’eft  pourquoy  il  eft 
mamfefte  .  que  l’entende¬ 
ment 


[nhdlifiique^  îy 
ment  humain  a  vne  efcheile 
à  monter  du  rpecialifTimeau 
generalilTime,  en  ramaffant 
pliifieurs  ciiofes  ,  &  du  gene- 
ralilTimeau  fpcciali/rime,  en 
diuifant  plufieurs  genres, par 
des  différences  contraires, 
comme  ieffant,  qui  fe  diuife 
P ar  le  fimp lem e n  t  >  &:  1  e  (  fu  i- 
uant  quelque  chofe  )  ;  ou  le 
bon  qui  fe  diuife  par  le  créé 
Sclmcreé.  L’eftant prisiîm- 
plement  n’eft  que  la  fubff  ace, 
qui  fe  diuiff  par  le  corporel 
&  rincorporel, (Scie corps  fe 
diuife  par  l’animé  &  l’inani- 
méj  &:  l’animé  fe  diuife  par 
le  feniible  &:  l’infenfible  ,  &: 
lefenfible  qui  eff  animal, fe 
diuife  par  le  raifonnable  &: 
defraifonnable ,  mais  le  rai- 


f 


SS  Le  petit  Oeuure 
fonnable  fe  rubdiiiife  par  le 
dircurfiblea^non  dilcurlibie, 
&  le  raifonirable  difcurfible, 
c  eft  rhomme,  Sc  le  raifonna- 
blenôdifcurfible,  n’eft  autre 
que  l’Ange.  Or  l’afcenfion 
fe  fait  en  cette  figure  parl’v- 
nion  d  u  genre  auec  les  diffé¬ 
rences  ,  iufques  au  genre  ge- 
ncraliffime.  Or  cette  figure  a 
efté  naife  fpherique  en 
cet  Art  pour  deux  caufes ,  la 
première  efi: ,  d’autant  qu’elle 
efl  la  plus  capable  de  conte¬ 
nir  toutes  les  chofes  cognoif- 
fables.  La  fécondé  caufe  efl, 
d’autant  qu’ellé  fêrt  mieux  à 
l’aller  Seau  retouA'qui  fe  fait 
par  l’operation  de  l  entende- 
ment:  &:  cette  figure  en  fa 
première  diuifioh ,  fe  dluiie 


Cabab/Ji^jue.  S  9 
en  trois  parties  cfgalcs ,  pouf 
nous  donner  à  entendre,  que 
tout  ce  qui  ell  dans  les  fiib- 
ftances  abllraidtes ,  Seprinci- 
.paiement  dans  refTencc  diui- 
ne,  eil:  fuiuanc  vne  cgalitér 
Or  dans  la  fécondé  diuifion  , 
elle  fe  diuife  en  neuf  parties 
égaies,  pour  nous  donner  à 
entendre  que  la  figniticatiou 
de  chaque  partie  eft  conticr- 
tible  àuec  la  figniiication  de 
faurre  partie,  comme  on 
monftrera  cy-apres  dans  Ton 
propre  lieu.  Or  les  noms  de 
ces  neufs  parties  font  du  nom 
des  neuf  lettres  de  l’Alphabet: 
car  la  première  partie  eft  inti¬ 
tulée  B  ,  la  fécondé  C  ,  la 
troifiéme  D  ,  la  quatrième 
E  5  la  cinquième  F ,  la  fixief^ 


90  Le  petit  Oeuure 
me  G  5  la  fepeierme  H  ,  la 
huidiefme  1 3  8c  h  neufieG 
me  K  ,  8c  ces  parties  font 
nommées  petites  efpaces, 
comme  il  eft  manifefte  dans 
la  figure  A. 


JLafeconà  Vigme, 


Cabalijlique, 


91 


Difcours  de  U  fécondé 
Figure, 

cî> 

Chap.  III. 

T  A  fécondé  figure  necef- 
faire  en  cette  fapience,efl 
intitulée  T ,  pour  nous  figni- 
iicr  qu’il  ya  trois  triangles  en 
elle ,  dont  chacun  eft  gene¬ 
ral}  Carie  premier  efl  le  tria- 
gle  de  la  différence ,  de  la  cô- 
cordance ,  &  de  la  contrarié¬ 
té  ,  6c  il  eft  nommé  general 
aufîl  ,  parce  qu’il  comprend 
toutes  les  chofes  intelligi¬ 
bles  :  car  tout  ce  qui  cft ,  où  il 
efl  dans  la  différence ,  ou  dâs 
la  concordance ,  ou  dans  la 
contrariété  :  ôc  hors  iceux ,  ii 
n  y  a  rien  :  Et  il  faut  remar- 
f  il)  ^ 


.  lue  petit  Oeume 
qucr  que  chaque  angle  de  ce 
premier  triangle  >  comprend 
trois  efpeces.  Car  preniiere- 
mêt,la  diiferêceeft  comprife 
entre  l’intelle^luel ,  ôel’inrel- 
ieduel  •  comme  entre  Dieuj- 
&:  l’Ange  3  où  entre  vn  An¬ 
ge  U.  vn  autre  5  comme  entre 
Michel  SC  Raphaël,  Sc  Vriel 
Sc  Gabriel. La  fécondé  diffé¬ 
rence  eft  comprife  entre  le 
fenfuel  Sc  rinteileftueh  com¬ 
me  entre  l’ameSc  le  corps. 
Et  la  troifiefme  différence  de 
cét  angle,  eft  entre  le  fenfuel. 
Se  le  fenfuel ,  corne  entre  la 
pierre  Se  le  bois ,  Se  comme 
on  a  donné  exemple  des  ef¬ 
peces  de  cét  angle  de  la  diffé¬ 
rence  ,  de  mefme, faut-il  don¬ 
ner  des  exemples  des  efpeces 
des  deux  autres  angles,  à  fca- 


Cahaliflique,  9^ 

noir  de  la  concordance ,  &  dé 
la  contrariété  J  à  leur  mode: 
Et  il  faut  fecondement  re^ 
marquer  ,  que  le  deuxiefme 
triangle ,  eiî  du  principe ,  du 
moyenjôc  de  la  fin,  qui  com¬ 
prend  aulTi  toutes  les  chofes 
intelligibles  ,  qui  ed:  parce 
que,  tout  ce^quiefi;,  eft  dans 
le  genre  du  principe,  ou  dans 
le  genre  du  moyen  >  ou  dans 
le  genre  de  la  fin  hors  ces 
trois  genres ,  il  n’y  a  rien  i  II 
cflmanifefte  ,'pai;cc  que  dans 
le  genre  du  p.rincipe\' if  y  a 
quatre  fortes  de  caufes ,  le 
gençc  de  fubftance  ,  Reparle 
temps  ôc  la  quantité  les  au¬ 
tres  neuf  prcdicaments  ,  di- 
fi,in£|:s  du  predicaméc  de  fub- 
ifan.ce:  C’efi  pourquoy ,  il  eil* 
patent ,  qu’il  n’y  a  rien  qui 


5?  4  Le  petit  Oeuurt 
{oit  hors  d’iceuxj  Or  dans 
l’angle  du  moyen ,  il  y  a  aufÏÏ 
trois  efpeces,,  à  fcauoir  ,  le 
moyen  deconiondtionjà  fça- 
uoir,  le  moyen  entre  lefujet 
5e  le  prédicat  ,  il  eft  patent, 
par  ce  que  l’homme  ne 
peut  eftre  animal ,  fi  ce  n’eft 
parle  moyen  de  ia  vie  ,  ny 
viuantquepar  le  moyen  du 
corps;&:  il  ne  peut  eilre  corps, 
que  par  le  moyen  delà  fub- 
ftance,  Scilne  peutefitefub- 
flance,queparle  moyen  de 
l’eftant  {implement  :  6e  il  ne 
peut  eftre  eftant  fimplement, 
que  par  le  moyen  du  bon ,  6c 
il  ne  peut  cftrebon,quepar  le 
moyen  dei’eftre:  car  toutes 
ces  chofes  font  prieures  à  l’ef- 
gard  de  l’homme ,  6c  comme 
Qn dit, de rhomme,  demef-* 


Cahaliflicjne, 

me  on  en  peut  dire  des  autres 
chofes  J  à  leur  mode,  par  i’af- 
cenfion.  Lafeconde  efpece 
de  cét  angle,  eft  le  moyen  de 
mefurc ,  comme  le  centre  du 
cercle,  qui  exifte  également 
de  cous  les  cofhz  de  la  cir¬ 
conférence  ,  &L  femblable- 
ment ,  1  aéte  eit  le  moyen  en¬ 
tre  lageant  ae  lagible  ,  Se 
femblablement ,  Taymer  elf 
le  moyen  entre  laymanc  &: 

1  ayme  :  La  troifiefme  efpece, 
efl:  le  moyen  des  extremitez, 
comme  la  ligne  ,  qui  efl  le 
moyen  entre  deux  points, 
Rectangle  efl  vne  efcheile 
d’afeenfion  &c  de  defcenfion,  ^ 
par  tous  les  eflants  à  leur  mo¬ 
de,  qui  efl,  parce  que  lelTen- 
ce  5c  les  communications 
font  ks  moyens  des  cxcre- 
f  V 


^6  Le  petit  Gemre. 
mitez ,  qui  eil  parce  que  Tef^ 
fence  de  la.  bonté,  eftvrL 
moyen  entre  la.  grandeur ,  de 
la  duree:  quia  en  foy  fon  bo¬ 
nifier  ,  qui  eft  au  milieu  du. 
bonifiant  ,  de,  du  bonifiable, 
qui  font  conioinétes  mutuel¬ 
lement  dans  le  bonifier, com¬ 
me  l’amant  ècTaymable  dans 
ràymer,  lefqnelles  trois  ,  à 
fçauoir,  l’aymant,  Taymable, 
l’aymerjfontvne  amabilité 
indiuife  comme  le  boni¬ 
fiant  ,1c  bonifiable,  .ôi  le  bo¬ 
nifier:  font  vne  bonté  indi¬ 
uife  j  de  ces  trois  efpeces,fon!: 
yneefchellc  pour  monter  ôs 
defeendre,  pour  trouuer  vn 
moyen  entre  tous  les  eftants 
aognoifiables  i  Pareillementj, , 
il  en  faut  autant  dire  de  la  fin: 
jar..  là  fin  >  elt;  1  eftre ,  dans  le#  - 


I  (^ahaUjlique,  ÿy 

quel  lageant  met  tous  les 
I  eftants  a  repos ,  au  terme  au- 
I  quel  ils aboutürent,  laquelle 
^  fin  5  contient  fous  foy ,  trois 
efpeces  J  à  fçauoir  ,  la  tin  de 
priuation ,  la  fin  de  terminai- 
fon,  &:  la  fin  de  caufaliié:  yn 
exemple  de  la  première  efpe- 
ce>c’efî:  la  mort,  qui  cft  la  pri- 
uatipn  de  la  vie: mais  là  fin  de 
terminaifon,eft  comme  la  fin 
d  vn  Royaume, où  les  points 
qui  font  la  fin  de  terminaifon 
delà  ligne,  bc  la  fuperficie, 
qui  eft  la  fin  de  terminaifon 
du  ççfps ,  vn  exemple ,  de  la 
nn  de  caufalite:c’eft  Dieujqûi 
fftlafin  de  toutes  les  capfes 
dans  les  abft‘rai61:s,  Sc  dans  les 
concrets  :  c’eft  Thomme  j  ac 


eétangleeft  de  mefme  façon, 
efclieile  à  T  A  rt  ille,  c  o  m- 


^8  Le  petit  Oeuure 
me  deuanc ,  d’afcenrion,&:  de  : 
dcfcenlion.  Le  troiüefme 
triangle  ,  elt  le  triangle  de  la 
maioricé  ,  de  Tcgalité,  &;dé 
la  minorité:  lequel  eft  aulTi  à 
fa  mode  ,  general  à  tous  les 
eftants  cognoilTables.  î  il  eft 
patent  ,  parce  que  tout  ce 
qui  elt 3  ell ,  ou  dans.le  genre 
'de  la  maiorité ,  ou  dans  le  gé¬ 
ré  dé  Fêgalité ,  ou  dans  le  gè¬ 
re  de  la  fninoriré-a  8C  il  n’y  a 
rien  hors  de  ces  trois  genresi 
parce  qu’il  ne  fe  peut  donner 
aucun  eftant, qui  ne  foiteom- 
pris  fous  quelqu  vn  de.  ce$ 
trois  genres, 

Ileli  raanifeftê.i  p^rce  que 
fous  le  genre  de  maiorité, ell 
lafübftance,6cfous  le  genre 
de  minorité, eft  1  accident: 
<iôùil  apparoir  <^uuert6m€t 


Qtbalifli(jue, 

que  tout  ce  qui  eil ,  eft ,  ou 
fübftance  ,  ou  accident 
hors  ces  chofes,  ii n’y  a  rien: 
Et  il  fau  c remarquer,  querâ- 
glc  de  la  maiorité,  comprend 
trois  efpeces ,  à  fqauoir  la  ma¬ 
jorité  des  fubdances  feule¬ 
ment,  la  maiorité  des  acci¬ 
dents  feulement  ;  &la  maio¬ 
rité  des  fubilancesôedes  acci¬ 
dents:  vne  exemple  delà  prcj 
iiiiereefpece,celt  lafubllan- 
ce  du  Ciel,  qui  ellplds  gran¬ 
de  que  la  fubftance  du  feu ,  8c 
la  fubftance  de  l’homme ,  qui 
eftplus  grande  en  bonté,  que 
n’efi  la  fubftance  de  l’ele- 
phant:  mais  vn  exemple  delà 
fécondé  efpece,  eft ,  comme 
l'èntcndre  ,  qui  eft  vn  plus^ 
grand'accident ,  que  n-eft  le 
wkca  o^  kTenck;  vne  ex- 


70  0  Le  petit  Oeuure 
emple  de  la  rroiliéme  e^ece,. 
efl,  comme  la  fub{lance,qui 
eft  plus  grande  que  l’accidét. 
Et  comme  il  a  eilé  dit  des 
trois  efpecesde  maiorité,  de 
merme,en  peut-on  dire  des 
trois  efpecesdeminoricé,qui 
eil,  par  ce  qu  elles  font  relati- 
ues.  L’angle  de  l’egalitéjcon- 
tient  trois  efpeces  fous  foy,  q 
fpuoir, l’égalité  des  fubflan- 
ces,  l’égalité  des  accida^ncs,  &: 
l’égalité  des  fubftances  ^  des 
accidents  ;  Vn  exemple  de  k 
première  efpece  eftjl’eg^lité 
de  deu:^  indiuidus.de  Eeiÿ,ece 
humaine,  com^i^e  dé  Socrate 
^  de  Platon  ,  qui  font  des 
fubftances  égales  en  homici- 
îé  ^  rationnalité  5 mais  vn  ex¬ 
emple  de. la  fécondé  efpece 
çftl/egalité  entre  rentefd^q . 


(^al?alif}icjiie,  loi 
^le  vouloir,  ou  l’aimer.  Or 
vn  exemple  de  la  troifiefme 
efpece,  ell, l’égalité  de  la  fub- 
ftance  6c  de  fa  propre  pafîion: 
comme  par  exemplejegalice 
entre  l’homme  5c  larifibilité: 
5c  cet  angle  eft  femblablemêt 
vne  efchelle  à  l’Arcifte, par  la¬ 
quelle  il  monte  8c  defcend. 
par  tous  les  eltants  intelligi¬ 
bles  ,  comme  il  a  efté  dit  dan^ 
les  autres  triangles.  Il  fauc. 
remarquerpremieremêt,  que 
cette  £gure,ferc  a  la  première 
figure  A  ,  il  eft  patent  ;  car 
par  la  différence ,  la  bonté  eft. 
.diftinguée  de  la  grandeur, 
comme  le.  bon, du  grand ,  8c 
au  contraire  j  5c  par  la  con¬ 
cordance,  toutes  les  parties 
de  l’eftseffont  vnies  par  en- 
-iemble;,  5c .  les  générations  fe 


loi  Le  petit  Oeuurt 
font  par  elle,  &  par  la  contrâ- 
rieté  les  corruptions  j  partant 
dcc.  il  faut  remarquer  de  plus, 
que  cette  figure  T ,  contient 
neuf  lettres,  trois  defquelies 
font  de  couleur  verte ,  a  fça- 
uoirB,C,D:  pour  nous  figni- 
fier  que  leurs  triangles  doit 
eftre  verd  :  SC  aux  trois  autres 
lettres  E,  F,  &:  G ,  de  couleur 
rouge ,  qui  ftgnifiét  que  leurs 
triangle  cft  de  couleur  rouge, 
pour  nous  donner  à  entendre 
que  leurs  triangle  doit  eftre 
rouge  ;  Orles  trois  autres  let¬ 
tres  côtenucs  en  cette  figure, 
font  de  couleur  jaune ,  pour 
fignificr  que  leurs  triangles 
kur  eft  femblable  en  couleur, 
îerquelles  trois,  lettres  font, 
B I  K ,  de  toutes  Icfquelles 
dîofesjona  <ltie  la  figure  T? 


[aharijlique,  ïo| 
contient  trois  triangles  de 
diuerfes  couleurs  \  à  loubly 
defquelsjelie  rjcfifte  grande¬ 
ment.  Il  faut  remarquer  en 
troiftefmclieu,  que  cette  fi¬ 
gure  T,  comprend  en  foy  des 
neuf  genres  des  chofes  intel¬ 
ligibles,  dont  chacun  côtient 
tous  les  ellants ,  encore  que 
le  genre  de  la  différence  fok 
plus  general  que  les  autres 
genres  ,  qui  eft,par  ce  que  la 
différence  fc  peut  énoncer  de 
plus  de  chofes  que  la  concor¬ 
dance  &  la  contrariété.  Ilefl 
patent,  par  ce  que  Socrate 
&  Platon  font  réellement  di- 
ftinéts,  &  font  toutesfois  vne 
mefme  chofe  en  efpece  for¬ 
mellement;  &  fembiablemét, 
Dieu  &  l’Ange  ;  font  diftin- 
guez  réellement  ôc  formelle- 


104  Le  petit  Oeuure 

ment,  &:  toutefois  en  eux  ny 
a  aucune  contrariété  :  en  ou¬ 
tre  ,  la  différence  eft  la  caufe 
de  pluralité ,  par  ce  qu’elle  fe- 
pare  Se  didinguej  Se  la  con¬ 
cordance  eft  caufe  de  Tvnlté, 
par  ce  quelle  met  Se  vnic  plu- 
îieurs  chofes  en  vn ,  mais  la 
contrariété. corrompt  Se  diff 
fou':  ;  Se  à  caufe  de  ce,  Demo- 
crite  dit ,  que  le  contrafte  dâs 
les  eftants.,  vient  delà  contra¬ 
riété  :  Se  l’amitié  en  eux  vienç 
de  la  cQncordfnce  ;  Et  il  faut 
remarquer  en  quatrième  lieu, 
que  commp  le.  triangle  verd 
cpnftfte  dans  le  fujet  naturel¬ 
lement,  de  mefme  l’entende¬ 
ment  humain, eft  moralemét 
difcurûf  en  diftinguant ,  en 
accordant,  en  concédant ,  ou 
ae  concédant  pas ,  par  toutes 


Cahaliflicjue.  105. 

les  efpeceSj  àfçauoirdeladif^ 
ference,  de  la  concordance^ 
de  de  la  contrariété  ;  Et  par  ce 
que  la  dift'erence  eft  plus  ge¬ 
nerale  obiediuement  que  les 
autres  genres, comme  il  a  ellé 
examplifié  :  c’efl:  pourquoy 
quand  l’entendemét  humain 
fe  reflerre  du  premier  degré 
de  refchelle  au  fenfuei ,  aiora 
iln’eitpas  du  tout  general  ny 
du  tout  fpecialj  mais  quand 
il  defeend  à  rindiuidu,,  alors 
il  elî  fimplemç.nc  ^fpecial. 
L’exemple  du  premier  ell> 
quand  on  dit, qu’il  y  a  diffé¬ 
rence  entre  l’incelieétuel  3c 
fincelleduel comme  entre 
Dieu  3c  l’Ange ,  vn  exemple 
du  fécond  eft  ,  quand  on  dit, 
qu’il  y  a  différence  entre  fin- 
telieàuei  3c  le  fenfuei,  com. 


Ï06  Le  petit  Ouun 
me  entre  lame  U  le  corps, oiî 
entre  la  fubftance  6^  l’acci¬ 
dent  :  L’exemple  du  troifié- 
me,  eft  quand  on  dit  qu’il  y  a- 
différence  entre  le  fenfuel 
le  ôc  le  fenfuel ,  comme  entre 
vne  pierreSc  du  b  ois, où  entre 
l’accident  l’accident  , 
quand  on  di6t  qu’il  y  a  dif¬ 
férence  entre  Platon  5c  Cicé¬ 
ron, alors  elle  eft  particulière: 
Partant,  ôcc.  Et  ces  exemples 
doiuent  eftre  dits  5c  pofez  en 
cous  les  autres  triangles  à 
leurs  mode  :  Et  il  faut  remar¬ 
quer  en  dernier  lieu, que  eette 
ftgurefert  à  la  figure  A ,  en 
mettant  différence  entre  le 
bon  ôcle  grand,  entre  lebon 
ScfEterneUentrele  bonSc  le 
puiffant ,  6c  ainfi  des  autres 
lignifiés  en  la  figure  A  :  6c  par 


Cahaliflicjue.  107 
la  concordance  pareilleméta 
elle  ramaffe  vn  chacun  des 
fufdits,  en  vn  eftre,  6c  par  la 
contrarietéjfepare  les  parties 
des  parties  ;  6c  ainh  en  faut-Ü 
dire  des  autres  parties  de  l’e- 
jftre  à  leurs  mode  ;  de  plus, par 
la  différence  fentendeinent 
humain, diftingue  dans  l’ef- 
fence  delà  bonté,  le  bonifi- 
catif ,  du  bonifié,  6c  du  boni¬ 
fier,  8c  ainfi  en  faut-il  dire  des 
autres  à  leur  mode,  8c  que 
ces  chofes  fuffifent  pour  l’ex¬ 
plication  de  la  fécondé  fi¬ 
gure. 


to8  Le  petit  Oeuure 


DifcGUYS  delà  troi/tfme 
Chap.  IV. 

POur  la  troisième  figures 
elle  eft  coinpofée  des 
deux  premières ,  à  fçauoir  de 
la  ngure  A  ,Sc  de  la  figure  T  s 
pour  fignifier  que  tout  ce  qui- 
eft  impliqué  en  elles  ,  eft  im¬ 
pliqué  en  cette  troifiéme,  qui 
efi  à  dire,  parce  que  B,  de  cej:- 
te  troifiéine  figure  vaut  autac 
que  le  B,  delà  première  figu¬ 
re,  ôe  femblablement  le  B, 
de  la  troifiéme  figure,  vaut 
autant  que  le  B,  de  la  fécondé 
figure,  ôe commeila eftédit 
de  B, de  mefme  en  faut-il  dire 


ta  Fi^Têl 


[^dhaliflique.  109 
des  autres  lettres  de  l’Alpha¬ 
bet  de  cette  doctrine  :  Et  il 
faut  remarquer  que  cette  fi¬ 
gure  efi:  compofee  de  trente 
lix  cellules  qiiarrées  com¬ 
me  il  apparoifi:  ouuerte- 
ment  en  icelle ,  chacune  def- 
quelles  comprend  en  foy 
plufieurs  chofes  intelligibles, 
&:  qui  ont  diueiTes  fignifica- 
tions,  par  deux  lettres  conte¬ 
nues  en  chacune  d’icelles, 
comme  il  apparoifi: ,  par  ce 
que  dans  le  quarré  B,  C,  l’en- 
rendément  comprend  plu¬ 
fieurs  fignifications ,  qui  efi: 
par  cc  qne  E,  de  cette.troifié- 
me  figure  fignifie  le  bon,&: 
fon  abfirràift ,  la  différence. 
Dieu ,  la  luftice ,  l’auarice ,  &: 
fçauoir  mon  :  Et  ie  C,  de 
ce  quarré  pareilleinent  fi- 


110  Le  petit  Oeuure 
gnifie  le  grad  fon  abftrait, 
la  concordanccj  l’Ange,  la 
prudence,  la  gourmandire,&: 
ce  que  c’eft,&: comme  ilaefté 
dit  du  quarré  B,C,  demefme 
en  faut-il  dire  des  autres  cel¬ 
lules  quadangulaires  conte¬ 
nues  en  icelle  à  leurs  mode. 
De  plus  ,  chafque  quarré  de 
cette  figure  emporte  dedans 
foy,  Se  contient  le  fujetSc  le 
prédicat  de  chafque  propofi- 
tion  de  cette  fapience,  afin 
que  l’entendement  humain 
aye  a  rechercher  vn  moyen 
entre  le  fujet  Sc-de  prédicat, 
comme  par  exemplcjentre  le 
bon  Sc  le  grand  ,  auec  lequel 
ils  font  conioints  :  Dont  le 
moyen  c’efi;  le  concordantj 
comme  en  arguant  ainfi,tout 
concordant  efi:  bon  ,  tout 


Cahalijlique,  ni 
grand  eft  concordant ,  donc 
tout  grand  eft  bon:  ôcainli 
en  faut -il  dire  des  autres  li¬ 
gnifications  de  chafque  tria- 
gle,  contenu  en  cette  troifié- 
me  figurerd’ou  l’entendemec 
humainjcognoiftpar  ce  quar- 
ré  B  Cjque  le  bo  a  vne  grade 
différence  de  concordance,  à 
ce  qu’il  puifTe  eftre  énoncé , 
de  l’Ange, du  Ciel,  de  fhora- 
me,&:  ainfi  des  autres  parties 
dufujetdecette  fapience,  &: 
plus  ilaefléfignifiéàrenten- 
démet  humain  par  le  quatre, 
que  chafque  partie  dVn 
fujet  s’applique  à  chafque 
partie  du  mefme,  comme  par 
exemple  ,  les  fignifi  cation  s 
de  la  lettre  D  ,  Rappliquent 
aux  fignifications  de  la  lettre 
C  les  fignifications  de 
S 


iTi  Le  petit  Oemre 

C,  rappliquent  aux  fignifica- 
tions  de  B  D ,  comme  il  eft 
manifefte  dans  la  figure  :  La 
fin  pour  laquelle  cette  figure 
contient  trente  fix  figures 
quadrangulaires,  c’efi:  parce 
que  l’entendement  humain 
dans  toutes  les  parties  de  fon 
eftre  cognoiil:  qu’il  peut  for¬ 
mer  plufieurs  queftions  ,  &c 
déduire  plufieurs  raifons  des 
parties  de  l’eflremefme:  com¬ 
me  par  exemple  le  bon  eft 
grand,  le  bon  efi:  durable,  le 
bon  efi:  puifiant ,  le  bon  efi: 
çognoifTable ,  le  bô.efi:  aima¬ 
ble,  le  bon  eft  vertueux,  le 
bon  eft  vray,&:  le  bon  eft  glo¬ 
rieux  :  ôc  femblablement  en 
faut-il  dire  de  la  combination 
du  bon  auec  les  termes  de  la 
fécondé  figure  :  comme  gar 


Cahalijlique, 

exemple  ,  le  bon  efl  difbn- 
guanCjle  bon  efl:  concordanr> 
le  bon  efl:  cdntxanant ,  le  bon 
eft  principiantj  le  bon  efl: 
moyennant',  le  bon  efl:  finifl* 
fantfle  bon  efl:  mi^iofîliant,le 
bon  efl  égalantjlebdn  efl  mb 
norifiant  :  te  comblé  il  aeflë 
exemplifié  de  la  combina¬ 
tion  du  bon  lignifié  par  B/dè 
mêfinc  'faiitdiexemplifiei'  de 
tous  les  autres  par  tout  b  Al¬ 
phabet  dansies  figures  àleurs 
mode.  Partant  Sec.  Et  il  faut 
remarquer  que  la  condition 
de  cette  troiiiefme  figure  efl,  ' 
quVn  quarté  efl  en  concor¬ 
dance  auec  vn  autre  ;  comnae 
par  exemple  le  quarré  B  C,  Sc 
ainfi  des  autres,  auecfenibla- 
ble  condition  faccordent 
pour  engendrer  la  fapience 


114  Le  petit  Oeuure 
dans  l’entendement  hiimaini 
Partant  Sec.  Et  il  faut  remar¬ 
quer  déplus,  quecettefigure 
fert  à  la  fécondé  operation  de 
l’entendement,  dont  le  pro¬ 
pre  eft  de  compofer  ôe  diui- 
îer.Exemple  du  premier, tout 
bon  eft  iufte.  Exemple  du  fé¬ 
cond,  nul  bon  n’eft  auare ,  SS 
que  ces  chofes  fuffifentpour 
l’explication  de  la  troifiéme 
figure. 


[ahali^iquê.  115 


Dîfcours  de  la  quatrième 
Figure. 

Cjiap.  V. 

T  A  quatrième  Figure  eft 
'^compofée  de  trois  cer¬ 
cles, kpius  grad  defquels  efl 
immobile:  &:  les  deux  autres 
font  mobiles  ;  comme  ilap- 
paroiftmanifeftemêt  en  icel¬ 
le  ;  Or  la  caufe  pourquoy  ces 
deux  font  mobiles,  ôc  ce  pre¬ 
mier  là  eft  immobile,e(lpour 
fignifier  que  toutes  les  pro- 
pofitions  fe  roulent  fousvne 
tres-graïide  dignité  ,  qui  efl 
toujours  d’vne  mefme  façô, 
ôc  c’eft  pourquoy  on  luy  at¬ 
tribué  le  premier,  Sc  le  plus 


ji6  Le -petit  Oeuure 
grand  cercle  de  cette  figure  : 
Car  par  le  mouuement  du 
cercle  du  milieu  >  on  met  C 
fous  le  B  ,  du  cercle  immobi¬ 
le,  Si  par  le  mouuement  du 
plus  petit  cercle,  D,  inferieur 
fe  met  fous  le  C,  du  milieu, ôe 
parainfion  forme  neuf  peti¬ 
tes  efpaces.  La  première  def- 
quelles  eft  B ,  C ,  D ,  &  la  fé¬ 
condé,  eft  C,  D  >  E ,  Se  ainfi 
des  autres,  comme  il  eflma- 
nifefle  dâs  la  figure.  En  apres 
quand  on  mec  E,  dumoindre 
cercle  fous  le  C ,  du  cercle  du 
milieu,  alors  fe  forment  neuf 
autres  petites  efpaces  ,  à  fça- 
uoir  B ,  C ,  E ,  pour  la  pre¬ 
mière  efpace,Si:  C,D,F,pour 
la  fécondé, Si  ainfi  des  autres, 
quieff  par  ce  que  toutes  les 
autres  lettres  du  moindre 


Cahdiflique.  117 
cercle  font  rendues  diuerfes 
auec  le  B  ,  du  cercle  immobi¬ 
le,  8c  auec  le  C,  du  cercle  mé¬ 
diocre  :  8c  cecy  a  efté  faid 
pour  nous  lignifier  que  C,  eft 
vn  moyen  entre  B ,  8c  D ,  car 
B  8c  D ,  participent  par  en- 
fernble  par  les  fignifications 
de  C,  8c  ainfi  des  autres  peti¬ 
tes  efpaces  :  8c  ainfi  comme 
par  les  moyens  des  petites  ef¬ 
paces,  l’entendemêt  humain 
recherche  des  conclufions 
necelfaires  :  de  rechef  on  dif- 
court  aufii  par  B, du  plus  grâd 
cercle,  auec  D ,  du  cercle  mé¬ 
diocre^  8c  ainfi  des  autres  let¬ 
tres  de  l’Alphabet  du  moin¬ 
dre  cercle  ,  en  changeant  les 
lettres  du  B,  du  cercle  immo^ 
bile  ,  iufques  à  ce  qu’il  foie 
paruenu  à  l’î, du  cercle  me- 
g  n  iy  - 


ii8  Le  petit  Oeutire 
diocrcj  &auK  J  du  cercle  in¬ 
ferieur.  Et  en  cette  forte  on 
formeia  deux  cens  cinquante 
deux  petites  efpaces ,  parlef- 
quellesles  eftats  intelligibles, 
font  multipliez  dans  l’enten¬ 
dement  humain  :  d’où  il  ap- 
pai'oifl  que  cette  quatriefme 
figure ,  efl  plus  generalleque 
ia  troifiefme  figure ,  il  eil  pa¬ 
tent  ,  parce  qu’en  chafque  pe¬ 
tite  efpace,  il  y  a  trois  lettres, 
&c  dans  la  troifiéme  figure ,  il 
y  en  a  deux  feulement:  c’elb 
pourquoy  l’Artifte  de  cette 
méthode  eft  plus  gen^'aEpar 
cette  quatriefme  figure  ,  que 
par  la  troifiéme  ;  parce  que 
par  cette  quatriefme  figure,il 
abonde  plus  en  moyens ,  que 
par  la  troifiémei  partant,  &:c. 
En  outre  il  efl  à  remarquer 


(^ahalijlique.  iip 
que  la  propriété  de  cetre  qua¬ 
trième  figure cft ,  pour  feruir 
à  la  derniere  operation  de 
l’entendement  humain ,  la¬ 
quelle  fe  nomme  le  difcours. 
CarrArtilte  de  cette  fapien- 
ce ,  applique  par  cette  figure, 
les  fignifications  des  lettres 
'contenues  en  icelles  à  fon 
propos  J  fui  Liant  qui  luy  fem- 
ble  eftre  plus  à  propos, qui efl 
parce  quVn  petit  efpace  eftat 
formé  de  trois  lettres,  Tentc- 
dement  regarde  incontinent 
les  fignifications  du  fujet ,  6e 
du  predicatiSeles  conuenan- 
ces  entre  l ’vn  6e  l’autre:  &:  les 
chofes  qui  en  font  efloi- 
gnées,6e  en  euitant  toufiours 
les  inconueniencs  :  D’oiiil 
apparoift  que  l’entendemét, 
par  cette  figure ,  acquiert  vue 
•g  y 


ï;i  o  Le  pet ù  Oenure 
grande  rdence  J  en  compre¬ 
nant  en  icelle,  plufieurs  rat, 
fons  à  vne  coneiufion  ,  Sec, 
Et  iifaut  remarquetde  plus, 
qu’il  faut  fçauoir,  .Sc  retenir 
par  cœur  ces  quatre  figures, 
autrement,  cette,  fapience  ne 
fc  pourroit  enfeigner  ,  ny  aû- 
cün  ne  fen  pourroirferuir  en 
aucunes  fciences  ou  arts: 
mais  qui  fera  parfaitement 
habitué  dans  cette  quatrief- 
me  figure  ,  fçaura  refoudre 
tovHcs  les’,  quefiions  propo- 
fées, partant,  scc. 


Qihalîjlïijue* 


lit 


Des  CXi^id/tes ,  des  parties 
du fujet  :  La  troiftème 
partie. 

chap.  vr. 

P  Ai'ce  que  les  pLxmieres 
conceptions  de  refprirs 
qui  font  >^uées  en  cette  fa- 
pience ,  font  IVn  ,  l’eftre ,  le 
vray ,  lebon  ,lefquelles  con¬ 
ceptions,  Rappellent  auffides 
chofes  tranfcendentes  :  on 
les  appelle  les  premières  con- 
ceptions  de  l’efptit, parce  que 
elles  font  cogneuës  d’elles 
mefmes  dans  l’entendemet: 
Sc  il  n’y  a  perfonne  de  fens 
ralTis ,  qui  les  puilTe  nier  :  en 
reniant  pas  l’e  lire  de  toutes 


112.  Lepiit  Oeuure, 
les  chüfes  ;  d’où  nous  croyos 
que  la  première  eonception 
de  l’erprit  jC’eit  relire  ,  qui 
efl  le  genre  le  plus  general  de 
tous  les  ellants ,  lequel  à  cau- 
fede  Ton  infeparabilité  des 
chofeSjefl:  indubitablement 
le  fuj et  totalement  égal  de 
cette  fapience  de  Cabale  : 
Or  les  contraires  de  ces  qua¬ 
tre  chofes  fufdites  ^  font ,  le 
lien  5  le  faux^  la  multitude, 
Sclemal,  ôclenon  ellre J  &c 
rimpoirible,refquels  termes 
font  du  tout  efloignez  de 
cette  méthode, à  caufede  la 
multitude,  de  parce  que  l’e- 
flre  efl  plus  comnlun,  que  le 
neceffaire  Sc  l’Eterncl ,  parce 
que  tout  neceffaire  efl  eflrej 
mais  toutesfois  tout  eflre 
îî  eft  pas  aeceffaire ,  de  pareil- 


Cahaliflique, 

lementtout  Eternel  efteftre: 
mais  toutesfois  tout  eftre 
n’eftps Eternel,  &:nous  en 
difonstoutde  mefme  del’e- 
fiant, Se  du  bon;  car  tout  eflât 
eft  bon,  mais  toutesfois  tout 
bon  ,  n  eft  pas  eflant ,  qui  eft 
parce  que  Dieu  eft  bon  ,  &: 
toutesfois  Dieu  n  eft  pas 
eftâc ,  parce  que  Dieu  eft  le 
vray,&:  le  vray,  ne  peut  eftre 
eftant}  c’eft  pourquoy  le  bon 
ne  fe  conuertift  pas  auec  l’e- 
ftant ,  parce  qu’il  eft  plus  cô- 
mun  que  tout  eftant:  Laiftant 
donc  les  termes  qui  fignificc 
reftreDiuin,nous  difons  que 
l’eftre  eft  plus  commun ,  que 
tous  les  autres ,  6c  cogneu  de 
foy  mefme:  6c  na  point  de 
befoind  eftre  declarértoutes- 
fûis  ces  parties  font  icy  de- 


JL4-  Oeuure. 

clarées  :  d  où  le  bon  confîde  • 
ré  en  cette  affaire^c’eftleflre, 
à  raifon  duquel, toutes  chofes 
foncbonnes,il  neftdoncpiis 
danslebon,qu’afin  qu’il  faiTc 
le  bon:C’çil  pourquoy  l’eftre 
bonifiant ,  n’efl  que  bon ,  le 
grand,  c  efi:  vn  eftre ,  à  raifon 
duquel,  toutes  chofes  font 
grandes.  Ilneftdonc  dans  lé 
grand, que  pour  faire  le  grad, 
ceftpOLirquoy  l’eftre  magni¬ 
fiant  ,  efl  le  grand  :  Et  partât, 
n’eft  dans  luy ,  que  le  magni¬ 
fier  ,  Le  durant,  c’efi:  vn  efire, 
à  raifon  duquel,  toutes  cho¬ 
fes  ont  vne  durée-,  c’efi:  pour¬ 
quoy  l’eftre  durifiant ,  eft  du¬ 
rant  &:  eterneh  II  n’y  a  donc 
dans  l’Eternel ,  que  l’eterni- 
fer,  pu  felôl’eftre  indiuiduel, 
ou  félon  l’eftre  fpecial,  Le 


CahaUfliqHe.  12  f 
puifTant  :  c  eft  vn  cflre ,  à  rai, 
fon duquel  ,  toutes  chofes 
font  puilTantes,  partant,  le 
propre  dereftre  potétifiant, 
n’eil  que  de  porentifier.  Le 
fapient ,  eft  vn  eftre ,  à  raifon 
duquel ,  toutes  chofes  font 
congnoiffables  :  partant  l’e- 
ilrefapiencihànc ,  n’eft  que  le 
fçaehant ,  le  propre  duquel? 
îi’eftquede  fapientifier.  Le 
voulant ,  ceh  vn  eftre,  à  rai¬ 
fon  duquel  ,  toutes  chofes 
font  voulantes donc  l’eftre 
volontuofifiant ,  n’eft  que  le 
voulant.  Le  vertueux,  eft  vn 
eftre ,  à  raifon  duquel,  toutes 
chofes  font  vertueufes,don  c: 
l'eftre  virtuofifiant  neft  que 
îe  vertueux ,  le  propre  duquel 
neft  que  de  virtuofifier.  Le 
TOy,eft  vn  eftre, à  raifon tlu- 


iz^  Le  petit  Oeuure 
quel  toutes  chofes  font 
vray  es ,  le  propre  du  vray ,  eft 
doncde  verifienpartant,  le- 
flre  vérifiât,  neft  que  le  vray. 
Le  glorieux  eft  vn  eftre,  à  rai^ 
fon  duquel ,  toutes  chofes 
font  glorieufesS^  dele(^^ables, 
l’eftre  gloriofifiant  n’ell  donc 
que  le  glorieux,le  propre  du¬ 
quel  J  n  eft  que  de  glorifier: 
Car  ce  font  les  parties  deTe- 
ftre,  qui  eft  le  total  fujet  de 
cette  fapience,lefquelles  par¬ 
ties  luy  font  attribuées.  Par¬ 
tant, 


Càihalifliquel  il  7 


Des  ^^idites  des  premiers 
principes» 

Chap.  VII. 

LEs  premiers  principes  de 
cetee  fapience  ,  l'ont  les 
.âbftrai6i:s  des  parties  du  fujer, 
qui  font  la  bote,  la  grandeur, 
la  durée  ,  la  puilfance,  lafa- 
pience  ,1a volonté, la  rercu, 
la  vérité,  &C  la  gloire.  Car 
comme TelTence,  ou  lelTen- 
tieté  eft  abftraiéte  de  lellre, 
parce  que  c’eft  Ton  eftre  ôc  fa 
perfeélion  ,à  raifondequoy, 
relire  n  agiit  que  lellre  :  de 
meüîie  la  bonté ,  ell  l’aéle 
delaperfedion  du  bon, à  rai- 


21 8  Le  petit  Oeuure 

fon  dequoy  ,  le  bon ,  ne  fait 
que  le  bon  j  Sc  femblablemét, 
la  grandeur  eft  Y a6te  de  la  per- 
feâion  du  grand, à  railon  de- 
qiioy ,  le  grand,  ne  fait  que  le 
grand  ,  d’où  la  bonté  &c  la  du¬ 
ree  ,  font  grandes ,  par  la  gi  a- 
deuri  enuironnantes  toutes 
les  extremitezj&penecrantes 
par  tout  ce  qui  eft  créé.  La 
durée  ou  la  permanence,  eft 
l’aéle  de  la  perfection  du  per¬ 
manent ,  à  raifon  dequoy  ,îe 
permanent  ne  fait  que  le  per¬ 
manent.  Lapuiftance,ou  la 
potentietéjefti’aCtedela  per¬ 
fection  du  puiftant  5  ù  raifon 
dequoy  ,  le  puifTant  ne  fait 
quele  puiftant, 8c  par  luy  tou¬ 
tes  chofes  agiftent ,  8c  reagif- 
fent  par  enfemble ,  l’vne  refi- 
ftant  à  l’autre.  La  fapience. 


C  ah  al  Mi  que,  iz<^ 
ou  la  fapientieté  ,  eft  l’ade  & 
Japerfeàionde  rinrelligent, 
à  raifon  dequpy ,  l’intelligent 
ne  fait  que  rincelligentj&  par 
elle  toutes  chofes  font  intel¬ 
ligibles. La  volonté,  eft  l’aéte 
delà  perfedion  du  voulant, 
à  raifon  dequoy,  le  voulant 
ne  fait  que  le  voulant  5  &:  par 
la  volonté  toutes  chofes  font 
aymables.  La  vertu  eft  fade 
&:  laperfedionduvertueuXjà 
raifon  dequoy  le  vertueux  ne 
fait  que  le  vertueux.  La  vérité 
ell  fade  la  perfedion  du 
vray  ,  à  raifon  dequoy  ,  le 
vray  nefait  que  le  vray, &  par 
elle  la  bonté  ,  la  grandeur. 
L’Eternité, la  puiirance,lafa- 
pience, la  volonté,  &:  la  ver- 
'tu,  font  faites ,  les  objets  de 
l’entendemét,  enfemble  auec 


/jo  Le  petit  Oeuure 

la  gloire.  C’eftpourquoy  la 
gloire  eft  l’ade  de  la  perfeàiô 
du  glorieux ,  àraifondequoy 
le  glorieux, ne  fait  que  le  glo- 
lieux,  8^:  par  elle  toutes  cho- 
fes  font  deleftables ,  dans  la¬ 
quelle  toutes  chofes  repo- 
fent.  La  différence,  eft  fade 
&:laperfe6tion  du  different, 
à  raifon  dequoy  le  difterent 
ne  fait  que  le  different ,  par 
la  différence  toutes  chofes 
font  diftindes  6c  claires.  La 
concordance  eft  l’afle  Sc  la 
perfedtion  du  concordant,  à 
raifon  dequoy  le  concordant 
ne  fait  que  le  concordant ,  de 
par  la  concordance  toutes 
chofes  conuiennent  en  vn: 
le  bon,  le  grand,le  permanêt, 
le  puiffant,  de  les  autres  attri¬ 
buts  qui  raccordent  en  vn 


[ahalifliquc,  131 
cftre.  La  contrariété  eftvne 
mutuelle  repugnace  de  quel¬ 
ques  vns  à  caufe  de  la  diuerfi- 
té  des  fins ,  où  la  contrariété 
efi:  Tade  &:  la  perfedion  du 
contrariant  i  à  raifon  dequoy 
le  contrariant  ne  fait  que  le 
contrariant,  &:  par  elle  toutes 
chofes  font  corruptibles.  Le 
principe  efi;  vneftre  qui  pré¬ 
cédé  toutes  chofes  par  fa  rai¬ 
fon  intrinfeque  de  priorité  j 
ce  principe  fe  dit  de  la  cau- 
fe  du  temps  &:  de  la  quantité. 
Le  moyen  efi:  vn  fujet,  dans 
lequel  la  fin  influe  au  princi¬ 
pe,  &  le  principe  reflue  à  fa 
fin.  La  fin  efi:  le  terme  dans 
lequel  tous  les  principes  font 
mis  à  repos, 8c  par  elle,la  bon¬ 
té,  la  grandeur ,  l’Eternité ,  8c 
les  autres  attributs  fe  repo- 


îjz  'Le petit  Oeuure 
fent  envn  eftre  La  maioritê 
eft  l’image  de  l’immenfité,  de 
la  bonté  J  de  la  grandeur  ,  de 
la  durée ,  de  la  puilTancejde  la 
fapianee,  de  la  volonté  ,  delà 
vertu  J  de  la  vérité,  de  la 
gloire  :  ^  par  elle ,  le  bon  ,  le 
grandSe  femblablesjont  plus 
hauts  que  les  autres  eilants 
en  perfeélion.  Partant,  &:c. 
L’égalité  efl  vn  fujet  dans  le¬ 
quel  le  terme  de  la  concot^ 
dance  de  la  bonté,  de  la  gran¬ 
deur,  de  Id  permanence,  &:c. 
fe  repofe.  Mais  la  minorité 
efl:  vn  efl  an  r,  qui  tend  au  non 
^edre  i  qüejCecÿ  fuffife  des 
Quidites,  des  principes  de 
cette  fapience  de  Cabale,  ïef- 
queîs  principes  auec leurs  qiii 
ditis^ ,  ne  fe  doiuent  aücüne- 
mWt  ignorer,  autréfnêt  cette 


Cah^liflique,  153 
Sapience  ne  Te  pourroit  co- 
gnoiflre,  partant,  &;c. 


Des  réglés  necejjaires^ 

La  quatrième  partie  du q>re- 
mier  tiaiÛL 

Chap.  VIII. 

LEs  réglés  de  cette  affaire 
grandement  neceffaires, 
font  au  nombre  de  dix ,  à  fça- 
uoir/çaucir  mô ,  ce  que  c’eft, 
dequoy,  pourquoy, combien 
grandj-quel,  quand,  ou, com¬ 
ment  ,  &:  auec'quoy.  La  pre¬ 
mière,  qui  eft ,  fçauoir-mon, 
efl  attribuée  au  B  ,  &:  ce  que 
c’eft,  eft  attribué  au  G ,  ôc  de- 
quoy ,  eft  attribué  au  D ,  & 


Cahalifticjue.  134 
pourquoy  cil  attribué  à  TE, 
ôi:combien  grand  efl  attribué 
à  TF,  quel  eft  attribué  au 
G, quand,  eft  attribué  àl’H. 
8^  où  eft  attribué  à  l’I,  Sc  com 
ment,  3c  auec  quoy,  eft  attri¬ 
bué  au  K  :  defquelles  réglés 
les  efpeces  font  au  nombre 
de  cinquante  j  car  B, contient 
fous  foy  trois  efpeces ,  à  fça- 
uoiç  le  doute ,  l’affirmation 
3c  la  négation  :  3c  la  lettre  C, 
contient  ce  que  c’eft  5  ce  qu’il 
a  en  foy ,  ce  qu  il  eft  en  au-; 
truy ,  3c  ce  qu’il  aen  autruy  t 
3c  ainfi  il  y  a  quatre  efpeces 
deC.  Mais  D,  contient  fous 
foy  trois  efpeces ,  à  fçauoir 
de  quel  fujet,de  quoy, 6c  à  qui 
ceft.  La  lettre  E,  contient 
fous  foy  deux  efpeces ,  à  fça- 
uoir  formellement,  3c  finale¬ 
ment 


Cahaîijîique'. 

ment.  Mais  la  lettre  F,  con¬ 
tient  fous  foy  deux  autres  ef- 
peces,  continuellement  J 
difcretiuement,  La  lettre  G, 
contient  auiTi  fous  foy  deux 
efpeceSja  fçauoirjquefce  que 
c  efl:  J  quel  communiqué, 

ou  proprement  &  par  appro¬ 
priation  :  Mais  la  lettre  H, 
contient  fous  foy  quinze  ef- 
peces,  a  fçauoir  les  quatre  ef» 
peces  de  la  lettre  C  ,  les 
trois  efpeces  de  la  lettre  D,  de 
les  liuia  efpeces  de  la  lettre 
K  :  de  cecy  a  efté  faiél ,  par  ce 
que  l’elfence  du  tépseifforî 
difficile  à  entendre,  &  à  cett 
caufela  réglé  H, doit  eftre  ap . 
pliquee  aux  efpeces  de  lare 
gle  C,  D,  &  K ,  &■  femblabk  *. 
ment  la  réglé  de  la  lettre  1. 
contient  fous  foy  routes  le^ 


h 


LeptltOeuure 
eipecesdes  réglés  CjDj  6^  K, 
réglé  de  la  lettre  Kj  com¬ 
prend  fous  foy  deux  fortes  de 
réglés:  à  fçauoir  le  genre  de 
la  réglé  de  modalités  ôc  le  gè¬ 
re  d’inftrumentalité  ,  comme 

on  monftrera  dans  leurs  ex- 

emplesjpartant,  ôcc.  Et  parce 

qu’il  n’y  a  aucun  doute 
quant  au  néant  8>c  l  eftre  fim- 
plementicar  le  néant  ne  nous 
eft  point  fujet  d  aucune  admi¬ 
ration  5  ôc  l’eftre  {implement 
cft  de  foy  manifefte  ôc  par¬ 
tant  il  n’a  befoin  d’aucune 
demonftrationj  Sc  ne  codent 
en  foy  aucun  doute  j  qui  efl 
par  ce  qu’il  n’y  a  perfonne  de 
fens  rafïîs  qui  puiffe  nier  1  e- 
ftre,  comme  il  a  efte  prouue 
dans  lePreface  de  ceTraiète, 
ec  partant  nou5  difons  que 


tous  les  doutes  ne  pcuiient 
tomber  qu’entre  les  chofes 
qui  font  mitoyennes  entre 
ces  deux  ;  à  fçauoir,  entre  Te- 
ftre  fimplement  &:  le  néant: 
Or  le  fçauoir-mon  ,  a  le 
doute  &:  l’affirmation  ,  5c  la 
négation  poffible,  félon  Te- 
galité  qui  fuppofe  que  ien- 
tendemét  n’eft  point  lié  auec 
lecroire,  lequel  croire  n’efl: 
pas  l’aéte  intrinfeque  de  fem 
cendement, comme  eft  l’en¬ 
tendre  mefme  :  &:  partant  l’ê- 
cendement  conçoit  feulemét 
la  partie  du  doute,  auec  la-' 
quelle  il  peut  entendre,  en 
fiippofant,  que  le  vray  ell 
énoncé  d’icelle.  Or  la  réglé 
G,  contient  premièrement  la 
définition  quiditatiue  de  la 
chofe,  cgnime  par  exemple^ 


738  Leptit  Oeuure 
ü  on  demande,  ce  que  ceft 
quel’eftant  ?  Il  y  faut  refpon- 
dre,  que  c ’eft  le  premier  créé, 
ou  fi  on  demande,ce  que  c  eft 
que  l’entendement  humain  ? 
ilyfaut  refpondre,  que  c’eft 
lapuiiîancederame ,  le  pro¬ 
pre  de  laquelle  efl  d’entédre. 
La  fécondé  efpece  de  la  réglé 
C,eft,  ce  qu’il  a  en  foy  :  com¬ 
me  fi  on  demande  ce  quaen 
foy  f  eflant  ?  Il  y  faut  refpon¬ 
dre,  qu  il  al’entitatif,  l  entite, 
S)C  l’entiter;  ou  fi  on  demande 
de  l’entendement ,  ce  qu  il  a 
en  foy  ?  à  quoy  il  faut  refpon- 
dre,  qu’il  a  l’intelleétif,  1  en¬ 
tendu  ,  8c  l’entendre ,  en  de¬ 
mandant  de  l’entendemenc> 
ce  qu’il  feroic  fans  eux  9  fça- 
uoirf’il  feroit  oyfeux  en  na¬ 
ture?  à  quoy  il  faut  dire  que 


Calpalifîiijue.  739 
ouy  :  La  troifîéme  de 
la  réglé  C  ^  eft  ce  qu’il  eà  en 
autruy;  conime#n  difantce 
qiierencendemenc  eft  en  au¬ 
truy.  A  quoy  ilfaut  rerpon- 
dre,qu’il  ell  vn  bon  intelli¬ 
gent  dans  le  bon  ,  ou  dans  la 
bonté  ,  8c  dans  la  grandeurs 
vn  grand  intelligent  :  8c 
dans  la  durée  durant ,  8C  dans 
la  puilTance  puifTanc  ,  8c 
dans  lafapiencefçachant  ,  8c 
dans  la  volonté  voulant  ; 
8c  dans  la  vertu  vertueux, 
8c  dans  la  vérité  vray  , 
8c  dans  la  gloire  glorieux ,  8c 
comme  on  a  donné  vn  exem¬ 
ple  de  l’entendement  par  les 
quatre  cfpecesde  la  réglé  C, 
de  mefme  faut-il  exemplifier 
de  tous  les  autres  intelligi- 
bJes ,  comprins  dans  la  figure 


140  Le  petit  Oeuure 
A  :  La  quatrième  efpece  delà 
réglé  C,eft  quand  on  deman¬ 
de  ce  qu  il  aiiuec  autruy  ?  co¬ 
rne  quand  on  demande  de  IV 
fiant ,  ce  qu'il  aauec  au:ruy  ? 
Il  y  faut  refpondre ,  qu’il  a  le 
bonifier  auec  la  bonté, &:  l’em 
titer  auec  l’entité  :  Et  fembla- 
blement  faut-il  demander  de 
l’entendement, ce  qu’il  aauec 
autruy  î  A  quoy  il  faut  ref¬ 
pondre,  que  auec  l’intelledif 
il  a  l’entendre  scie  croire.  Or 
kregleD,eO:,  quand  on  de¬ 
mande  de  l’entendement, de- 
quoy  il  eft  ?  à  quoy  il  faut  ref¬ 
pondre,  qu’il  efi;  db  fes  pro¬ 
pres.  corrélatifs  elfentrels ,  à 
fçauoir  de  fon  intelleétif,  de 
fon  intelligible,  ôc  de  fon  en¬ 
tendre.  La  fécondé  efpe^ce  de 
la  réglé  D  ,  efi  quand  on  de- 


(^ahalifiique.  l^r 
mande  dequoy  eft  l’eftanc , 
ou  dequoy  eftrentendemét? 
à  quoy  il  faut  refpondreîqu’il 
eft  de  fon  propre  eflte  formel 
3c  materiel.  La  troifiémeef- 
pecece  de  la  réglé  D,  eft  quâd 
on  demande  de  l’entende- 
menc,  à  qui  il  eft  ?  à  quoy  il 
faut  refpondre  ,  qu’il  eft  à 
l’homme  ,  comme  la  partie 
à  fon  tout ,  ou  fon  effence  : 
mais  la  réglé  E ,  eft  quand  on 
demande  pourquoy  eft  l’en- 
tendemenc  finalement  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre  j  qu’il 
eft  pour  entendre  la  vérité 
de  tous  les  fujets  intelligi¬ 
bles.  La  fécondé  réglé,  eft 
quand  on  demande  pour¬ 
quoy  eft  l’entendement  for- 
mellepient?  à  quoy  il  faut 
tefpondre ,  qu’il  eft  par  fon 
h  iiij 


ï4i  Le  petit  Oeuure 
propre  entendu  ,  intelledif^ 
Se  entendre.  La  réglé  de  la 
lettre  F  ,  contient  fous  foy 
deux  efpeces ,  à  fçauoir  ,  le 
quant  continuatiuement, co¬ 
rne  quand  on  demande  de 
Fentendement ,  côbien  grâd 
il  eft  ?  à  quoy  il  faut  rcfpon- 
dre ,  qu’il  eft  auffi  grand  qu’il 
le  peut  eftre  abftradiuement, 
Se  non  pas  ponduellement, 
ny  lineaiement.  La  fécondé 
réglé  de  la  lettre  F,  elt  quand 
on  demande  combien  grand 
difcretiuement  eft  l’entende¬ 
ment  ?  à  quoy  il  fiut  refpon- 
drejqiFil  eft  trine  elTentiel- 
lement.îj  eft  manifefte  >  par¬ 
ce  qu'il  eft  compofé  de  trois 
corrélatifs  inrrinfeques,  dans 
kfqiiels ,,  toute  fon  effence 
eftdiftribuée  Sc.  fouftcnuèV 


CahaUjlique,  145 
qui  font  l’intclle£lif,  l’intei- 
ligible  5  &  lencendre  ,  auec 
kfquels  il  eft  rendu  Theori-' 
Gien6£  Praticien  ,  general  Sc 
particulier.  Mais  la  première 
efpecede  la  réglé  G,eft  quâJ 
on  demande  de  l’entende-' 
ment ,  quel  il  ellelTentieile-- 
ment  ?  à  quoy  il  faut  refpon- 
dre ,  qu’il  eft  tel quelle  eft  la. 
propre incelleduité  àc  fou 
propre  entendre,  par  fa  pro¬ 
pre  intelligibilité  qui  ef:  atta¬ 
chée  au  fujet. La  fécondé  ef- 
pecedela  réglé  G ,  eft  quand 
on  demande  de  l’entende- 
ment,  quel  il  eft  accidentelle^^ 
ment? à  quoyilfauc  reQaort- 
dre,qii’il eft  croyable  ou  don- 
table  :  mais  la  première  cfpC' 
ce  de  la  réglé  H  ’  ,  eft  la  pre¬ 
mière  efpcce  de  là  réglé  C5 


h  y- 


144  Le  petit  Oeuure 

impliciceraent,  comme  quad 
on  demande ,  quand  eft  l’en- 
tendemenc  î  à  quoy  il  faut  - 
refpondL'e,  qu’il  eft  lors  que 
fon  eftre  quididacif  eft  ,  où  il 
eft  lors  qu  il  a  Tes  parties  eft 
fentielles,  qui  font  exprimées 
par  la  reeoride.efpece  de  la 
réglé  C,Sc  qu’eft-il ,  quand  il 
agift  .en  autruy  ?  ôcil  eft  par 
là  troifiéme  efpece  de  la.regle 
C  ,  afin  que  l’entendement 
foit  praticien-:  Sc  femblable- 
ment  nous  pouuons  aufti  reG 
pondre  ,  qu’il  eft  ,  lors  qu’il 
fait  la  reftemblance  de  celuy, 
dans  lequel  il  eft ,  nous  pou¬ 
uons  aufti  refpondre,  qu’il 
eft  dans  le  fteele ,  ou  dans  l’eft 
fence  primitiue  du  temps  :  Il 
eft  manifefte,- parce  qu’il  n  eft 
dêriué:  ou  produiét  dàueuni 


Cahalifiïque,  14^ 
autre  temps ,  quederEterni- 
tc;  Stileiî;  comme  la  matiè¬ 
re  première ,  &:  la  forme  pre¬ 
mière:  parce  qu’il  ne  dépend 
d’aucun  temps.  C’eilpour- 
quoy  le  temps  ,  en  tant  que 
primitif,  elf  le  premier  elire 
en  fon  genre, fous  lequel  font 
contenus  les  ans,les  mois,les 
ioLirs  ,  6e  les  heures:  Se  ces 
refponces  font  faites  félon  la 
première  efpece  de  la  réglé 
D.  La  fécondé  efpece  de  la 
réglé  D,eft  quand  on  deman¬ 
de  de  l’entendement  quand  il 
cil  ?  à  quoy  il  faut  refpondre, 
qu’iielî  lors  qp’il  eft  daii- 
truy^  ou  quand  il  eil  à  quel- 
qu’vn  :  Et  ainfî  fiut-il  procé¬ 
der  dans  les  autres  règles  K, 
àleurmode,  Or  les  règles  de 
lalettre  Lprocedent  de  mef« 
h  vj 


34^  "Le petit  Oeuure 
me  façon  que  procèdent  les: 
réglés  dêlaiecrreH,  car  quâd, 
il  le  fait  vne  queftion  de  quel¬ 
que  chofede  femblable:  c.ônie 
par  exemple  de  fencende- 
menc. ,  en  difin  t ,  où  eft i’en- 
têdement  ?  à  quoy  il  faut  ref- 
pondre,  par  la  première  ef- 
pe.ce  de  la  réglé  C  ,  &:  par 
la,  fécondé  ^  la  troifiéme  ,, 
là  quatriefmejde  la  mefme 
à  leur  mode,  qui.fignifiefon 
contenant, &  fembîablement 
par  la  première,  la feconde,62  : 
îâ. troifiéme  efpece  delà  réglé: 
D  ,  5c  par  les  quatre  réglés  de 
modalité,  ôc  d^inflrumétalité, . 
qui  font  les  réglés  de  la  lettre 
K  ,  dcfquelles  on  traitera  cy- 
apres  ;  Vn  exemple  de  la  pre¬ 
mière  réglé.  G  ;  eft ,  quand  ôn 
demanda  de.  Féatenetéments , 


[aHariftïqne.  147 
GÙ  il  eft  ?  à  quoy  il  faut  ref- 
pondre ,  qu  il  eft  dis  fon  eftre 
^quiditatif  ,  &:  dans  fou  eftte 
inteliedif,  entendu  &:  enten¬ 
dre  '  nous  pouuons  aulîi  ré¬ 
pondre  3  qu  il  ed  dans  la  bote 
de  fon  intelleftion,  de  fon  in¬ 
telligible  ,  8e  de  fon  intelle- 
dif,  ourefpôndre  ainfi  ,  qu’il 
eillà  où  ilagift,ou  aucc  quoy 
il  agift ,  8e  fait  fes  adions  ;  8e 
par  la  première  efpece  de  mo¬ 
dalité,  quand  oh  demande  de 
i’entendemét  où  il  eft  ?  il  faut 
refpondre  qu’il  eft  dans  fa  fa¬ 
çon  d’entendre,  8e d’engen¬ 
drer  fa  reffemblace  en  autr  uyj 
Seainftfaut-il  dire  des  autres 
réglés  de  la  lettre  K ,  à  leurs 
mode-.  Qr  les  réglés  de  la, 
lettre  K  ,Tônt  'comprifes  fous 
déuxdortes^  de  reglcè'>  a  fça- 


Le  petit  Oeuure 
uoir  de  modalité ,  &:  d’inftru- 
mentalité  :  le  genre  de  moda¬ 
lité  comprend  fous  foy  qua¬ 
tre  efpeces,  la  première ,  eft 
quand  on  demande,  commet 
l’entendement  eft  vne  partie: 
la  fécondé  eft,  quand  on  de¬ 
mande,  comment  il  eft  là  par¬ 
tie  dans  la  partie  :  la  troiliéme 
réglé  eft ,  quand  on  demande 
de  l’entendement, ou  de  quel¬ 
que  autre  eftant ,  comment  la 
partie  eft  dans  fon  tout  :  la- 
quatriefme  Se  la  derniere  ef- 
peceeft,  quand  on  demande- 
del’entendement  ou  de  quel¬ 
que  autre  eftant comment 
eft  le  tout  en  fes  parties ,  & 
comment  il  met  fa  reftem- 
blance  hors  dofoy  ?  à  quoy  il 
faut  refpondre  de  rentcnde- 
met,  c[u’il  met  hors-fa  reffem- 


(^ahdlijllque* 

biance  par  le  moyen  d’vne 
habitude  fcientilique,  par  la¬ 
quelle  il  en  fait  plulieurs  au¬ 
tres  intelligibles,  auec  fon 
propre  intelledif,  &:  qu’il  eft 
hibiediuemenc  par  le.  mou* 
uemenc ,  par  lequel  il  eft  def- 
duitpar  les  efpeces  intelligi¬ 
bles  ,  par  le  mouuement ,  par 
lequel  il  a  à  crouuer  le, ce, que, 
c’eft,  qui  elt  vn  moyen  entre 
le  fubjet  le  prédicat  dans 
les  figures  defignees,qui  mul¬ 
tiplient  les  abftradions  eftra- 
geres  des  fens  Se  des  phantofi 
mes ,  en  les  imprimant  ôc  co- 
gnoilTant  dans  Ton  propre  in^ 
telligiblc.  La  fécondé  forte 
de  réglés  de  la  lettre.  K ,  eft  le 
genre  d’inflrumentalité  ,  qui 
^ontient  fous  foy  quatre  ef- 
p^ces  :  dont  la  première  eil. 


j^Q  Le  petit  Oemre 
quand  on  deinadeparexem» 
pie  ,  de  la  vertu  informatiue, 
auec  quoy  elle  agiil  ?  à  quoy 
ii  faut  refpondre>  qu’elle  agift 
auec  fon  informalité,  enor- 
ganifant ,  fuiuant  qu’il  efl  ex¬ 
pédient  dans  la  matière  mar¬ 
quée  auec  la  chaleur  celefte: 
la  chaleur  naturelle  de  la  fe- 
mence  afTignée  y  eftant  loin- 
te  :  où  il  faut  demander  de 
l’entendement ,  auec  quoy  il 
faid  fes  intelledions  ?  à  quoy 
il  faut  refpondre, qu’il  entend 
auec  l’application  d’vne  efpe- 
ce  eftrangere  auec  vn  autre, 
en  les  mettant  dans  fon  pro¬ 
pre  intelligible  :  comme  la 
lumière  met  les  couleurs  das 
vn  miroir,  où  il  faut  refpon¬ 
dre,  qu’il  entend  les  efpece||. 
àt^telligibles  auec  la  bonté 


(^abah/îique,  j/j 
fon  intelle6tiuité  >  ÔC  auec  fa 
grandeur  les  magnifie,  ô^auec 
la  différence  diftingiie  IVne 
d  auec  l’autre  :  8c  auec  la  con¬ 
cordance  les  vnitôiilescom- 
pofe,  8c  auec  la  contrariété 
diuife  8c  répugné  à  ceux  qui 
déchirent  la  vérité ,  8c  ainfi 
des  autres  à  leurs  mode.  La 
fécondé  efpece  de  la  régie 
d’inflrumentalité  eft,  quand 
on  demande  de  quelque  cho- 
fe ,  à  fçauoir ,  comme  quand 
on  demâde  de  rentendemét, 
en  difanc  auec  quoy  l’enten¬ 
dement  entéd  les  autres  cho- 
fes  diuerfes  î  à  quoy  ii  faut 
refpondie ,  qu’il  entend  auec- 
l’efpece  acquife  des  fens^  ou- 
auec  l’efpece  infufe  diuine- 
ment.  La  troifiéme  efpece  de 
cette  réglé  efl,  quand  on  de“ 


jjz  Le  -petit  Oupire 
mande  auec  quoy  1  entende¬ 
ment  eft  vniuerfel  ou  parti¬ 
culier  ?  à  quoy  il  faut  reîpon- 
dre,  qu’il  eft  vniuerfel  auec  fa 
puiftance  abftradiue  de  l’in¬ 
tention  vniuerfellc  de  plu- 
fteurs  chofes  particulières, 
appréhendées  dans  lesphan- 
tofmes,  en  mettant  telle  inte- 
tion  dans  fon  vniuerfel  intel¬ 
ligible,  qui  eft  de  fon  effence, 
Sc  cet  entendement  eft  le  re- 
cipiant:mais  il  fe  nomme  par¬ 
ticulier,  quand  auec  vne  feule 
efpece  des  efpeces,  il  entend 
quelque  eftre  indiuiduel ,  en 
pratiquant,  ou  apprenant  de 
mémoire.  La  quatriefme  ef¬ 
pece  de  la  réglé  d’inftrumen- 
talité  eft,  quand  on  demande 
de  quelque  intelligible,  com¬ 
me  par  exemple,  auec  quoy 


CahdUflique.  153 

rentendeinenc  met  hors  de 
foy  lesrefTemblâces  des  cho- 
fes  ?  àquoy  ilfaucrefpondre, 
qu’il  fait  cecy  auecfon  pro¬ 
pre  intelledif  5  intelligible,  &: 
entendre ,  auec  lefquels  il  fait 
que  les  cfpeces  eftrangeres, 
qui  font  intelligibles ,  foient 
entendues ,  &:  ramenteuables 
pî^r  la  mémoire ,  &:  aimables 
par  lavolôté,a  pourchalTer  ou 
à  fuiriSc  par  cette  réglé  on  de¬ 
mande  de  tous  les  inftrumêts 
des  chofes  naturelles  &  artifi¬ 
cielles,  tant  au  genre  dgefpi ri¬ 
tualité, qu’au  genre  de  corpo¬ 
ralité,  ou  tât  au  genre  des  ab- 
flraiéts  ,  qu’au  genre  des  con¬ 
crets:  qui  eft  parce  que  laregle 
d’inftrumctalité,  côtientfous 
foy  toutes  fortes  d’inftrumêsv. 


1J4  Le  petit  O  mure 
elle  contient  premièrement, 
au  genre  des  concrets ,  ou  de 
la  corporalité,  . les  membres 
organiques  du  corpshumain, 
6c  les  premières  qualicez  des 
éléments ,  auec  lefquelles, el¬ 
les  agilTent  6e  reagilTenc  par 
enrenîble,8c  ce,  quant  aux 
inflruments  des  chofes  na¬ 
turelles.  Or  quant  aux  inflrti- 
ments  artificiels  ,  elle  con¬ 
tient  tous  les  inftruments  dés 
Artiftes:  comme  du  Maref- 
chal  le  marteau  ôc  l’enclume,, 
6c  elle^iiconcient  encore  dans 
legenrede  rpiritualité  ,  tous 
les  inftrumens  fpirituels  :  6c 
les  argumentatiôs,6ct6usles 
difeours  raifônables, les  voix 
de  tous  les  animaux  ,  8c  tous 
ks  autres  inili'iiméts,dans  le 


Cabaliflîcjue,  755 
genre  d  abftraia;  Orl’inftru- 
mentauec  lequel  l’entende¬ 
ment  humain,  dircourt  vni- 
uerfellement ,  Sc  eH  rendu  in¬ 
telligent  vniiierfel,eft  la  table 
delà  fapience  des  Cabaliftes, 
quiapparoift  eitte  compolée 
de  quatrevingt  quatre  colon¬ 
nes  :  comme  il  eft  manifefte, 
das  leTraidté  des  figures, à  la 
fin  qui  efl, parce  que  de  chaf- 
que  colonne ,  l’entendemenc 
tire  plufieurs  moyens  de 
prouuerdans  toutes  matières 
des  chofes  quife  peuuent  fça- 
uoir,  ilmpnfire  que  la  pro¬ 
pre  pafîion  s’énonce  de  fon 
propre fiijet,  dans  la  conclu- 
fion ,  par ,  le ,  ce ,  que  ,  c’eft, 
propre  en  telle  matiere,ôc  de 
plus ,  il  le  difeourt  &c  déduit 


Ij6  Le  f  et it  Oeuure. 
obje6tiiiemenc ,  par  tous  les  ; 
principes  propres  3  &c  par  les 
réglés  propres  :  en  appliquât  ; 
à  chafque  queftion  ,  vingt  j 
raifonsj  Sc  en  les  declaiant,  i 
comme  il  fera  manifefte,dans 
les  queftions  de  la  table. 


(ahalifiique,  i$y 


!  Del  Ordre  de  U 

,  Table' 

Cn  AV.  IX. 

T  ’Ordre  des  colonnes  de  la 
^Table  ,  confilte  dans  la 
polition  de  la  lettre  T^car  où 
cette  lettre  fuit  B  CD, ou 
précédé  ,  ou  eltinterpofée, 
comme  il  eft  manifefte  dans 
les  colonnes  :  fi  donc  elle  fuit 
elle  nous  donne  à  entendre, 
que  les  lettres  qui  precedent, 
font  des  lettres  de  la  figureA, 
mais  fi  elle  précédé,  elle  nous 
fignifiepour  lors,  que  les  let¬ 
tres  qui  fuiuét,sôt  de  la  figure 
T,qui  eft  de  la  fécondé  figu¬ 
re  J  mais  quand  elle  eft  inter- 
pofce  alors  elle  nous  donne 


258  Lepetit  Oenure 
à  entendre  que  les  lettresqui 
•precedent,  font  de  la  premiè¬ 
re  figure,  ^  celles  qui  fuiuent 
de  la  féconde  figure, foit  qu’il 
y  ait  deuxlcttres,où  qu’il  n’y 
enaitquVne,  Etcecyfefaic 
afin  que  l’entendement  foit 
rendu  afiertif,&:  afcenfif, 
defeenfif, dans  ces  figuresdà, 
&  par  ces  figures-là.  A  fça- 
uoir.  A,  &: T. Car  l’entende¬ 
ment  humain  procédé  en 
icelle ,  du  genre  generaliffi- 
mey  àlafpecialifTime  des  ef- 
peces.  Et  il  faut  remarquer 
que  dans  le  premier  petit  es¬ 
pace  de  la  première  colonne,^ 
fe  rencontre  T,  apres  B  G  D, 
pour  fignifier  que  telles  let- 
tré&Eont  de  la  première  figu¬ 
re  i  dcfqüelles  lettres  B,figniy^ 
fie  fc  bôn,&;  fon  ab lirai 61: , 
Dieu: 


Cahalîjlique.  15  ^ 
Dieu  :  &  C ,  figniiie  îe  grand, 
&:  fon  abilraid ,  de  l’Ange:  ôd 
Djlignilie  le  permanent  ,  ou 
le  durante  fon  abftrai61:,&  le 
Ciel  :  mais  quandTjprecede 
ces  trois  lettrcsjil  nous  don¬ 
ne  à  entendre  que  ces  trois 
lettres  B  C  D  ,  fonr  de  la  fé¬ 
condé  figure,  defquelles  let¬ 
tres  B  ,  lignifie  la  différence, 
ou  le  different ,  Sc  C,  le  con¬ 
cordant,  Si  fon  abftraiâ:,  ôc 
D ,  fignifie  le  contrariant ,  SC 
fonaforaid  :  Or  li  le  T ,  eff 
interpofé,il  fignifie  comme 
ilaeftédit,  Se  comme  nous 
auons  donné  exemple  de  la 
première  colonne ,  de  meme 
fçaehe  que  i’ay  dôné  des  exê- 
ple  de  toutes  les  autrescolô- 
nés,  comme  il  eff  manifeffe 
dans  la  Table. 


i 


l6b 

le  second 
T  R  A  1  C  T  E'  D  E 

CET  ABBREGE’ 
Efl  de  U  fin  recherchée  dans 
cette  Sapience. 

Ch  A  P.  I. 

A  R  CE  que  la  fin  re¬ 
cherchée  en  cette 
méthode  5  n’efi:  que 
denfeignerlemoyê 
auec  lequel  l’entendement 
humain  eft, rendu  égal  auec  la 
chofe  entendue  de  chaque 
chofe  cognoilTable  de  quel¬ 
que  genre  que  (bit  telle  chofe 
cognoifiable  j' èc  cecy  fe  fait 
par  l’euacuation  de  la  qua¬ 
trième  figure  6c auec  lamul- 


Cahal/fiirjue,  lëi 
tiplicarion  de  la  qaattief- 
ine  figure  en  ryllogifant, 
Sc  en  demonllrant  les  pro¬ 
pres  palTions  de  chaque  lujet 
par  fes  propres  8c  immédiats 
principes  8c  caufes  auec  les 
définitions  des  fujcts  ,  qui 
font  mis  dans  cette  fécondé 
partiejCoLiz  les  lettres  de  l’Ai- 
phirbet  :  car  l’encendement 
euacuë  de  chaque  quadran- 
gle  de  la  troifiéme figure  les 
chofes  lignifiées  par  les  let¬ 
tres  en  les  appliquant  au  pro¬ 
pos  j  8c  par  ce  moyen  l’en  ren¬ 
dement  humain  eft  rendu  ap- 
'plicatif,  inueftigatif&inuen- 
tif.  Et  on  dit ,  eliacuer  quand 
r'entendement  extraiâ:  des 
pôfitiôs&:des  queifiôs  de  pro- 
chàqueeftant,  enconduifant 
ia  düétrine  de  plus  impliquée 
1 


i6i  Le  petit  Oeuure 

jqu’elleeïl  àvhe,  plus  impîi- 
-ouée,6<:  en  dônant  artificiel- 
iemct  la  folution  à  toutes  les 
queftiôs  auecles  définitions 
des  principes  èc  les  efpeces 
des  réglés:  De  toutes  lefquel- 
les  chofes apparoift quelarti- 
fte  de  cette  méthode  peut  re¬ 
foudre  les  doutes  eftrangers, 
en  fupposât  toutesfois  ce  que 
figniiie  le  terme:  Or  l’entéde- 
memt  humain  tire  du  premier 
quarré  BC,de  cette  troifiéme 
figure, douze  propofitiôsjdôt 
la  première  eft ,  le  bon  eft 
grand,  le  bon  eft  different  ,1e 
bon  eft  concordant  :  le  grand 
eft  bon,le  grand  eft  different, 
le  grand  eft  concordant  :  le 
different  eft  bon ,  le  different 
eft  grand,  le  different  eft  con¬ 
cordant  ;  le  concordant  eft 


Cdhdliflique»  id’j 
bon, le  concordant  cfl:  grand, 
le  concordant  elt  different: 
lefquelles  douze  propodtiôs 
eilans  faides ,  le  quatre  B,  C, 
efl:  vuidé,  lefquelles  deux  let¬ 
tres  fignificc  le  fujet  &  le  pré¬ 
dicat,  defquelles  l’cntende- 
ment  euacuë  auffi  douze 
moyens entre  le  fujet  &:  le 
prédicat,  efquels  ils  conuien-* 
nent  en  genre  ou  en  efpece, 
&  auec  lefquels  renrendemec 
humain  fe  fait  difputatif ,  ôc 
déterminatif  :  comme  par  ex¬ 
emple,  tout  ce  qui  eft  magni¬ 
fié,  eft  grand  par  la  grandeur*, 
or  eft- il  que  tout  bon  eft  ma¬ 
gnifié  par  la  grandeur ,  donc 
tout  bon  eft  grand, &  fembla- 
blement  tout  ce  qui  eft  boni¬ 
fié  eft  bon  par  la  bonté:  Or  eft 
il  que  tout  grand  eft  bonifié 
i  iij 


m64  Le  petit  Oeuure 
pal  la  bonté, donc  tout  grand 
eft  bon.  Les  maieures  pro- 
portions  de  ces  deux  fyllo- 
gifmes  font  manifelles  d’el-  . 
les-mefmes,  les  mineures 
font  claires  par  la  définition 
quiditatiue  de  la  grandeur  &: 
de  la  bonté  :  car  la  grandeur 
eft  fade  6c  la  perfection  du 
grand ,  à  raifon  dequoy  le 
grand  ne  fait  que  le  grand: 
donc  le  bon  eft  grand  ;  par  ce 
qui]  efi:  bon  par  la  bonté ,  qui 
eft  l’aCte  6c  la  perfection  du 
bon,  à  raifon  dequoy  le  bon 
ne  fait  que  le  bon  :  doc  le  bon 
eft  grand  :  6c  comme  i  ay  dit 
6c  dôné  exemple  de  ces  deux, 
de  mefme  ,  penfe  que  i’en  ay 
donné  des  autres  chofes ,  fi- 
gnifiées  par  ces  deux  lettres 
B,  Ç,  de  ce  quadrangle  àieur 


~  [ahaltftique. 
mode.  Et  apres  cecy,  que 
rentendement  euacuc  para- 
pres  vingt-quatre  queftions, 
il  ell  manifefte  ■;  car  chaque 
propofitiô  a  deux  queftiôs  im 
pliquéesjà  fçauoir,  fi  elle  eft, 
ôc  ce  que  c’eft  :  comme  en  dh 
fant ,  h  la  bonté  eft-,  qu’eft-ce 
que  la  bonté  ?  car  le  qu’eft-  ce, 
prefuppofe  la  queftiô,  fçauoit 
mon:  commeil aeftéprouué 
autre  part.  Et  il  faut  remar¬ 
quer  quedansles  autres  figu¬ 
res  quadrangulaires  de  cette 
troifiéme,  il  faut  procéder  de 
la  mefmè  façon  qu’on  a  pro¬ 
cédé  dâs  la  première  :  de  plus 
l’entendement  humain  eua- 
cué  du  mefme  quarré  B  ,  C, 
d’autrespropofitions  auec  les 
quidites  de  la  bonté  ôc  de  la 
grandeur ,  cnfemble  auec  les 
i  iiij 


6  he  fret ;V  Oeuu re 

tifois  efpeces  de  la  difFerence. 
Si  de  la  concordancejcomme 
il  efl  iTixmifefte  dans  la  figure 
T,  ôi  femblablement  Tenten- 
dement  euacue  le  mefme 
quarré  B,Cj  auec  les  trois 
efpeces  de  la  réglé  B  ,  enfem  - 
ble  les  efpeces  de  la  réglé  C, 
toutes  lefquelles  eflans  expe- 
diées,  le  quatre  ell  euacué  ea 
affirmant  ou  en  niant,  en  fui- 
uant  les  conditions  fpeciales 
delentendemenc  humain, il 
refout  toutes  les  queftions  de 
Pieu  &  de  l’ Ange ,  lefquelles 
eftant  refolues,  il  demeure  en 
repos  ôiaflèrtifj&fecognoifi: 
fort  general ,  artificiel ,  qui 
a  vne  grande  fapience ,  par¬ 
tant, Sic.  Et  comme  on  a  irai- 
fté  du  quarté  B,  C,  de  mefme 
faut-il  dire  des  autres  ,  à  fea- 


Cahaliflicjue,  167 
lioir,  B  D,B  E,B  F, B  G, B  H, 
B  I ,  B  K ,  &  ainfi  des  autres, 
comme  dans  la  figure ,  par¬ 
tant,  ôcC. 


De  U  Multiplication  des 
S  fiant  s  far  U  quatrième 
Figure^ 

Ghap.  il 

OR  les  Eftants  fe  multi¬ 
plient  par  les  efpaces  de 
la  quatrième  figure,  iurques 
âu  nombre  de  deux  cens  cin¬ 
quante  deux, en  tournant  le 
cercle  de  la  roue  médiocre 
fous  le  plus  grand  cercle  3c 
immobilejcomme  par  exem¬ 
ple  )  qu’on  mette  la  lettre  C, 
i  V 


Lepetit  Oemre- 
de  la  roué  médiocre  fous  la 
lettre  B^du  plus  grand  cercle, 
qui  eil  immobile,  Sc  D  ,  du 
moindre  cercle  fous  je  C  ,  du 
mediocre  ,  alors  fe  formera 
dans  Te  prit  vnc  chambre  ou 
vn  petit  efpace  B ,  Ç,  D,  qui 
eft  lepremiérefpacede  la  pre¬ 
mière  colonne  dans  la  table, 
SC  C,  D,  E ,  qui  eft  je  premier 
efpace  de  la  fécondé  colonne 
dans  la  table ,  Sc.D ,  B,  F ,  qui 
elt  la,  première  efpace  de  la 
troiliéme  colon-ne  dans  k 
table ,  Sc  ainfi  des  autres  pre¬ 
miers.  efpaces  des  colonnes^ 
dans  la. table  iufques  aunom-, 
brede  fept,qui  fe  termine  das. 
l’efpace  H,  I,  K.,  .Sc  ainû  par, 
cette  première  reuolutio  des 
tpués ,  eft  reprefentée  dans  ■ 
i  efprit  ia  conuTiunication  en-»  ^ 


CahaliBiquel  169 

tré  le  fujet  &  le  prédicat  de 
chaque  proportion ,  laquelle 
communication  n’eft  que  la 
concordance  des  deux  extrê¬ 
mes  en  vertu  du  moyen ,  le¬ 
quel  moyen  dans  le  premier 
efpacedela  première  colon¬ 
ne  eil  le  C  »  comme  h  on  ar- 
gumentoit  ainfi:  Tout  grand 
eft  bon  5  tout  durant  eft  grâd/ 
donc  tout  durant  eft  bon ,  ou 
ainli  dans  les  abllraits.  T oute 
grandeur  eft  bonne, toute  du¬ 
rée  ell  grandeur  5  donc  toute 
durée  eft  bonne  ;  8c  ainft  il  eft 
manifefte  que  B,  a  communi¬ 
cation  ou  conuenance  auec 
en  vertu  de  la  gran¬ 
deur, 8c  au  rebours  de,D,auec 
B.,  8c-  C ,  d’où  dans  refpac© 
B,  C,D,  ily  a  ftx  conditions* 
jpar  lerquelies  l’entendement 
i  vj 


ifj^o  Le  petit  Oeuure 
a  à  fe  conditionner  ^,fe  dif* 
pol’er  pour  trouuer  &.,recher^ 
cher,  pour  prouuer  &:  obje¬ 
cter.,  apres  lerquelles ,  en  fin 
l entendement  acquiert  fix 
autres  .conditions ,  en  tour- 
mant  la  petite  roue  auecla  let¬ 
tre  E ,  en  le  mettant  fous  C, 
du  cercle  mitoyen ,  fous  le¬ 
quel  efloitD,  du  moindre, 
cercle  ôe  partant  par  cette  fé¬ 
condé  reuolution  du  mouue- 
ment  de  l’E ,  du  petit  cercle, 
fous  le  C,  du  médiocre ,  font 
faites  autres  fix  conditions 
entre  B,  C,  E  :  &  ainfipar  ce 
moyen  l’entendement  a  ac¬ 
quis  douze  conditions  ,  par 
léfquelles  il  fait  vne  habitude 
cnfoy  à  toutes  les  chofcs  fuf* 
dites  :  Et  comme  on  a  exem¬ 
plifié  de  ces  deuxreuolutios^ 


Cahaliflicjue,  i^v 

dè  mefme ,  fçache  que  nous 
auons  exemplifié  des  autres 
iufqu’à  refpace  H  ,  I ,  K ,  en 
tournant  de  cette  façon,  l’en- 
tendement  acquiert  de  nou- 
uelles  cornditions ,  Sc  multi¬ 
plie  de  chaque  efpace  douze 
propofitions  ôc  vingt-quatre 
quefi:ionÿ  :  &:  en  ce  cas  Tenté- 
dement  fe  cognoift  fort  ge¬ 
neral  artificieuse  fort  ingé¬ 
nieux  par  deffus  fon  entedre, 
entât  qu’aucun  dès  fophiftes 
ne  peut  fubfiiler  deuant  luy: 
quieft,  par  ce  qu’il  conduit 
tout  Sophifte  àplufieurs  cho- 
fes  inopinables  par  des  ades 
intrinfeques  de  la  chofe  co- 
gnoilTable ,  6c  par  des  primi¬ 
tifs  î  Sc  le  fophiftepar  des.  ex- 
trinfeques  Sc.feconds  comme 
il  fera  prouuc  ailleurs ,  en  ce 


lyi  Le  put  Oeum’e. 
que  nous  difons  des  falla- 
ces ,  &c. 


De  U  Combination  des 
pemkrs  principes ^ 

C  H  A  P.  III. 

OR  vn  autre  moyen, pars 
lequel  l’entendemenE 
humain  fe  perfectionne  en 
cette  méthode ,  eft  par  la  c6- 
bination  des  premiers  princh 
pes  de  cette  Sapience  de  Ca^ 
baie,  62  des  réglés  ;  qui  eft  par 
ce  que  par  telle  combination 
l’cnteniementvientà  la  co- 
gnoilTance  parfaite  de  la  pro¬ 
pre  pafTion  de  tout  fujet 
quelque  genre  qu’il foit ,  &  a 
yne  uesparfaiCte  habitude  de 


(^ahâlijïiqu'e,  173.; 
Sapience,  par  laquelle  il  fe 
joinc  auec  les  quiditcs  -des 
fubllances  fcparées ,  où  toute 
fa  béatitude  Se félicité  côüfte. 
Oi  la  combination  des  prin-T 
cipes  SC  des  dix  réglés ,  eft  IV-? 
nion  ôc,  l’ademblage  d’iceux 
par  quelque  moyen  j  8c  cette 
combination  xftautâr  necefr 
faire  icy  à  fçauoir,  que  le  cerv^ 
îre  eft  necefïaire  dans  vn  cer¬ 
cle  :  qui. eft,  par  ce  que  cette 
combination  fe  comporte  en 
cettefapience,  en  égalité  aux 
chofes  vnies  ôc  cobinées  ,  côr 
me  fe  coporte  le  centre  à  fef- 
gard  de  fa  circonferance  :  cd^ 
meilapparoift  manifefteméc. 
de  ladiftance  égalé  de. chaque, 
principe,  de.  cette  Cabale ,  Sc 
de  fes  réglés  au  nombre  de 
Il  faut  remarquer,  qu’il I 


J 74  L e petit  0 'euure 

y  a  deux  forces  de  combina' 
tion  :  l’vne  eft  des  principes 
feulement,  &c  l’autre  eft  des. 
principes  Si  des  réglés.  Vn 
exemple  de  la  première  com¬ 
bination,  eftde  la  bonté,  auec 
îa  grâdeur,  comme  en  difantj 
la  bonté  eft  grande  :  8c  par 
ainfi  par  cette  combination, 
la  raifon  eft  doublée  au  bon, 
qu’il  fafTe  vn  grand  bien ,  ce 
qui  eft:  car  parce  qu’elle  eft 
la  bonté,  on  a  la  première  rab 
fon  de  la  bonté  ou  de  fa  qui- 
dité,  qui  eft  i’aéte  du  bon ,  à  ^ 
raifon  duquel  le  bon  fait  le 
bon  ;  8c  par  ce  quelle  eft 
grande,  on  a  la  fécondé  rai¬ 
fon  qui  luy  eft  appliquée, 
qui  eft  l’aéte  du  bon  grand,- 
à  raifon  dequoy ,  le  bon 
grand ,  fait  le  bon  grand  :  8C 


Cahixliflique^  I75 
femblablement ,  la  raifon  efl 
triplée  au  bon ,  quand  on  dit, 
la  bonté  grande  &:  eternelle: 
il  eft  manifefte ,  parce  que  l’a- 
été  cft  triplée  à  la  bonté, à  rab 
fondequoy  le  bon  fait  le  bô, 
grand,  ôceternel  ,  ôcparla 
puifTance,  la  bonté  acquiert 
vn  aéfe  quadruple ,  par  lequel 
l’Cftat  du  bon,  grand,  eternel» 
&c  puilTant ,  n’eil  que  de  faire 
fon  femblable  :  ôc  comme 
nous  allons  donné  exemple 
de  ces  quatre  raifons  quadru- 
plées  àla  bonté  ,  ou  au  bom 
de  '  mefmcfaut-  il  donner  ex¬ 
emple  de  toutes  les  autres 
parties  du  fujet  de  cette  fapié- 
ce ,  lefquelles  parties ,  en  cet¬ 
te  méthode  ,font  appellées 
principes,  :  excepté  dans  la- 
ccmtrarieté ,  Scdans  lamino- 


lyS  Lepetit  Oeuure 
rité,  auec  lcrquellcs  ,el]enc 
peut  auoir  vne  fi  grande  mul¬ 
titude;  corne  l’on  en  a  de  tous 
les  autres  principes,  Partant, 
Sec.Ilfaut  fçauoir  totitesfois, 
que  la  contrariété  de  la  mi¬ 
norité,  peuuentfe  combiner 
auec  tous  les  termes  priua- 
tifs ,  corne  la  bonté  auec  tous 
les  pofitifs ,  de  à  caufe  de  cela, 
la  bonté  elf  quintuplée  par  la 
fapience  ,  &  par  la  volonté, 
fextuplée,&  par  la  vertu 
doublée fept  fois:  &:par  la  vé¬ 
rité  doublée  huiét  fnis,  de  par 
la  gloircjla  raifon  luy  eft  dou¬ 
blée  neuf  fois,  par  laquelle, 
elleefll’aéie  du  bon,  grand, 
eternel,puifrant,fapknr,vou- 
lanr, vertueux ,  vray ,  &  glo- 
rieuXi  à  raifon  dequoy,  le  b5, 
fait  pareillement  fou  fembia^- 


Cahaliftiqup,  177 
ble ,  &  par  la  différence ,  elle 
eft  doublée  dix  fois  ,  &:  par  lii 
concordance,  doublée vnze 
fois ,  qui  ell  parce  que  la  bon¬ 
té  concordante  eft  fade  du 
bon  ,à  raifon  dequoy,le  bon 
concordant, fait  le  bon  con¬ 
cordant  i  &:  parce  que  la  bon¬ 
té  eft  oppofée  6c  contraire  à 
la  malice,  6c  toute  côcordan- 
ce  eft  oppofée  à  la  contrarie^ 
té.Il  fenfuic  que  la  bonté  ne 
peut  fe  combiner  auec  la  con¬ 
trariété  :  comme  nous  auons 
dit  cÿ-deffus  :  qui  eft,  parce 
que  tout  ce  qui  eft  oppofé  à 
la  concordance,  eftoppoféà 
la  bonté  i  Or  cft-il  que  la  c6- 
trarieté  eft  oppofée  à  la  conr- 
cordance ,  donc  elle  eft  op- 
pofée  à  la,  bonté  :  Et  fi  quelr 
quVa.argumétoit  ainfi ,  toor 


ijS  Le  petit  Oeuure 
te  caufe  de  génération  efc 
bonne  ,  oreft-ii  que  la  con¬ 
trariété  eft  la  caufe  delà  géné¬ 
ration  ;  donc  toute  contra^ 
rieté  ell  bonne.  Ilfautrefpô- 
dre  ,  que  la  contrariété  des 
éléments  ell  la  caufe  de  la  gé¬ 
nération  par  accident  :  donc 
elle  n  eft  bonne  que  par  acci¬ 
dent  :  or  la  contrariété  eftant 
la  caufe  de  la  corruption ,  la 
corruption  eft  mauuaifepar 
foy ,  iiftenfuit  que  la  contra- 
i:ieté  eft  mauuaife  par  foy  : 
mais  fi  elle  eft  bonne,  eüo 
eft  bonne  par  autruy,  de 
plus  ,  la  bonté  fe  combine 
auec  le  principe  ,  le  moyen. 
&  la  fin, 8c  auGclamaiorité  8c 
l’égalité:  mais  non  pas  auec  la 
minorité ,  fi  ce  n’eft  compa  - 
ratiuement  :  Et  partant  il  faut 


(^abaliflique,  179 
4ire,  qu’elle  fe  combine  dou¬ 
ze  fois,  en  difant,  labonté  eit 
principiante ,  8c  elle  fe  com¬ 
bine  aufli,  treize  &:  quatorze 
fois ,  8c  quinze  8c  fcize  fois, 
auec  les  autres  principes  ,  de 
la  fécondé  figure  T,  Se  il  faut 
remarquer  ,  que  comme 
il  a  efté  dit  de  la  combination 
delà  bonté,  auec  tous  les  au¬ 
tres  principes  ,  comme  il  a 
eilé  dit  dans  les  exemples:  de 
mefme ,  8c  vn  chacun  des  au¬ 
tres  principes  du  fujet  fe  doit 
combiner ,  comme  en  difant 
la  grandeur  bonne ,  la  gran¬ 
deur  eternelle  ,  la  grandeur 
puifTantCjla  grandeur  fçacha- 
te  ,  la  grandeur  voulante, 
la  grandeur  vertucufe  ,  la 
grandeur  vraye,la  grandeur 
glorieufe.  OrTYtilitéqui  fa- 


iSo  Le  petit  Oeuure, 
quiert  de  ia  combination  des 
principes  &;  des  réglés ,  c’eft 
afin  que  1  entendement  hu¬ 
main  en  fa  cognoifTan ce,  ap¬ 
préhendé  la  généralité  abfo- 
luè  de  leurs  eilre ,  par  laquel¬ 
le  3  il  fe  rend  plus  fubtil  con¬ 
tre  ceux  qui  veulent  déchirer 
la  vérité, Et  partant ,  en  com¬ 
mençant  de  la  combination 
de  la  bonté  auec  les  réglés, on 
d em  an  d e  p  r em  ier em  en t ,  fça  - 
uoir-mô,(qui  eftla  réglé  B  ,  ) 
fi  la  bonté  eilvn  premier 
principe  dans  le  genre  de  bô- 
té?  à  quoy  il  faut  refpon dre, 
qifoüy  ,  autrement  rien  ne 
feroit  bon  J  H  eftmanifefle  , 
car  dans  chaque  genre,  dans 
lequel,  on  ne  peut  donner  le 
premier,  on  ne  peut  donner 
ledernier  i  &  par  c-onfequent 


Cdhaliftique,  î8i 
Ry  de  moyen ,  partant ,  rien 
4îeferoit  bon  :  qui  eft  abfurd 
du  tout  inconuenientjô^: 
cecyaefté  cherché  par  la  pre¬ 
mière  efpece  B  ,  mais  parla 
première  efpece  de  la  réglé 
C.  On  demande,  ce  que  e’eft 
que  la  bôté  generale  ?  à  quoy 
il  faut  rerpondre,que  c’eft  fa¬ 
de  du  bon  general ,  qui  ver- 
fe  fa  bonté  lur  toutes  les  fub- 
ll^ances  ;  qui  eft  ,  parce  que  la 
bonté  dans  la  matière  ,  eft 
vne  purepuiftance ,  ôc  dans  la 
forme ,  c’eft  vn  ade  fouftenii 
dans  la  matière  :  partant  ,  la 
matière  la  forme  eft  foufte- 
nue  par  la  bonté  mefme,  &  fi 
on  demande  par  la  fécondé 
efpece  de  la  réglé  C,  ce  qu’a 
enfoy  la  bonté  generale  ,  à 
quoy  ilfautrefpondre,  qu’el- 


iSt  Lcpetît  Oeuure 
le  a  fes  corrélatifs  generaux-j 
fans  lefquels  ,  elle  ne  peut, 
dire  vn  principe  general. 
Car  par  la  première  efpece  de 
la  réglé  C,  la  bonté  gencralle 
ed  vn  afle  du  bon  general,- 
qui  verfe  fa  bonté  dans  tous 
les  genres  ôcc.  Et  il  ell  expé¬ 
dient  ,  parce  que  fes  relatifs 
font  generaux  elfencielle- 
ment  :  autrement  la  bonté 
neferoitpas  le  premier  prin- 
cipe  generaljdans  le  genre  de 
la  bonté  ,  3c  parainfîrienne 
feroit  bon  du  tout,  comme  il 
aefté  dit  cy-defTus:  Et  il  eft 
inanifede  aufTi,  par  la  premie- 
1  e  réglé  D,  comme  quand  on 
demande ,  dequoy  efl:  la  bon¬ 
té  generale  ?  à  quoy  il  faut 
refpondre ,  quelle  eft  do  foy- 
Jiiefme ,  3c quelle n eft deri- 


Cahaliflique,  jt^ 
uée  d’aucun  autre.  Confe- 
quemment ,  on  demande  par 
la  ti'üiüéme  efpece  de  la  réglé 
Cj  ce  qu’cilla  bonté  enau- 
truy  ?  à  quoy  il  faut  refpon- 
dre,  quelle  ell  vue  habitude 
dansfon  fujet,  par  laquelle  il 
eft  aduellement  bon  ,  &par 
laquelle  il  eft  bien-fairanc  :  &: 
par  la  quatrième  efpece  delà 
règle  C  5  on  demande  ce  qu’à 
la  bonté  auec  autruy  ?  à  quoy 
il  faut  refpondre.,  qu’elle  a 
Texiftancc  dans  le  fujec 
fans  laquelle  elle  ne  peut 
eftrcjn’y  auoir  d’aélion  en 
luy,  ny  depafIion,à  raifon  de 
fa  propre  nature, fignifiée  par 
la  fécondé  efpece  de  la  réglé 
C  ;  ôc  comme  on  a  donné  ex¬ 
emple  de  la  combination  de 
la  bonté  auec  la  réglé  B,  C, 

K 


j84  Le  petit  Oeuure 
deiTjefmc  i’artifte  peut  don¬ 
ner  la  combination  de  la  mef- 
me  auec  les  autres ,  comme  il 
a  eûé  dit  de  la  combination 
de  rentendement  auec  les  au¬ 
tres  dans  les  réglés^  partant, 
SCC.  SC  en  fais  aufli  de  tout  au¬ 
tre  principe  de  mefme  que  de 
la  bonté,  partant,  Sec. 


De  U  Combination  des 
neuffuje£ls  :  auec  les  pre-- 
miers  principes  les 
réglés 

Ch  AP.  IV. 

/^Rles  fujeds  de  cette  fa- 
^^pience  defqnels  les  paf- 
{îons  font,  demônilrées  en 
icelle  J  font  neuf,  à  fpuoira 


[(ihaliftique.  iBf 
Dieuj  l’Ange,  leCicl,riiom>- 
me,rimaginatif ,  le  fenfuifje 
végétatif,  relemcntatif ,  fin- 
ftrumencatif.  Lefquels  neuf 
fujets ,  ont  efté  défia  figni- 
liez  par  les  neuf  lettres  de 
l’Alphabeth:  qui  efl  parce 
que  B,  fignifîe  î3ieu,&:l’An- 
ge,&:D,  lignifie  le  Ciel, 8e  E* 
Egnifie  l’homme:  6e  F,  l’ima¬ 
ginatif,  G, le  fenficif ,  &c  H, le 
végétatif,  6^  I ,  l’elem  en  tarif, 
&c  K  ,  l’inftrumentatif.  Lef- 
quels  fujets ,  font  de  telle  for¬ 
te  ,  que  tout  ce  qui  ellhors 
iceux ,  n’eft  rien  :  qui  ell  par¬ 
ce  qu’il  ell  necelTaire  que  tout 
difeours  foit,Gu  du  genre  des 
chofesDiuines  ,'à  fçauoir  de 
Dieu  ,  ou  de  l’Ange ,  ou  du 
Ciel ,  ou  de  Thomme  ,  ou  de 
l’imaginatif, ou  du  fen{itif,ou 
k ,, 


i'S<^  Le  petit  Oeuure 
du  végétatif,  ou  de  l’elemen- 
tatifjou  de  rirxftrumentatif. 
Et  cecy  eft  le  chef  de  l’appli¬ 
cation  à  chaque  fujet  de  fon 
ade  propre,  qui  eft  la  fin  re¬ 
cherchée  en  cette  méthode: 
d’oùil  faut  remarquer  ,  que 
chaque  de  ces  fujets ,  fe  peut 
combiner  &:  déduire  au  no¬ 
minatif,  auec  les  principes  &: 
les  règles  'comme en difant, 
Dieu  eft bon,  Sc  Dieu  &:  fon 
eftreeftbon  ,  Sefon  eftrene 
peut  ehre  bon  ,  que  par  fa  bô- 
tépropre  ,  qui  ehla  mefme 
chofe ,  que  Dieu  mefme:  car 
comme  la  chofe  coloree ,  ne 
peut  eftre  fans  la  couleur  j  de 
mefmeDieu  ne  peut  eftre  bô, 
fl  cen’eftpar  fabôté  mefme: 
celle  qui  vient  dVn  autre  fu¬ 
jet  ne  fe  rejoitpasen  Dieu: 


C  ah  ali  pique,  287 

'  Zc  femblablement ,  Dieu  efl: 
grand,  &  Dieu  8c  fon  eftre  eft 
grand  ,  par  fa  grandeur  mef- 
me  :  qui  eft  la  mefme  chofe, 
que  Dieu  mefme.  D’où  il  ap- 
paroift,que  la  bonté  de  Dieu, 
eftlaraifon  qu’il  produife  vu 
bon  diuin;  8c  femblablement 
la  grandeur  luy  eft  vneraifon 
doublée ,  à  ce  que  Dieu  pra- 
duifevn  grand  diuin  :  8c  fem- 
blablement, quand  on  dit  que 
Dieu  eft  permanent ,  ce  luy 
eft  encore  vne  autre  troifté- 
me  raifon,par  laquelle  il  pro¬ 
duit  vn  diuin  bon  ,  grand  , 
8c  permanent  :  car  Dieu  8c 
fon  eftre  eft  permanent ,  pat- 
fa  permanence  ou  duree  pro  - 
pre,de  plus, Dieu  eft  puiffan  t, 
8c  Dieu  8c  fon  eftre  eft  puif- 
fane  par  fa  puiftance  mefme , 

K  iij 


x88  he petit  Oeuure 
qui  cPl  Dieu  mefme:  &c  ce  îuy 
eft '/ne autre raifon  .  par  la¬ 
quelle,  il  faitvn  diuinbon, 
grâd, permanent,  S^puilTant. 
En  outre, Dieu  ell:  rçachant  de 
Dieu  8c  fon  eftre  eft  (çaehant, 
par  fa  fapience  mefme, qui  eft. 
Dieu  mefme:  8c  ce  luy  eft  vne 
autre  raifompar  laquelle  ,  il' 
fçait  qu’il  eft  bon,  grand,  per¬ 
manent  ,  puiftant ,  8c  fage,  de 
plu5  ,  Dieu  8c  fon  eftre  eft 
voulant, parfa  volonté  mef¬ 
me, qui  eft  Dieu  mefme:  8c  co 
luy  eftvnc  raifon,par  laquelle 
il  s’aymé,  SC  Ct veut  foy-mef- 
me,autrement  il  ne  feroit  pas 
Dieu.  Semblablement, Dieu 
eft: vertueux,  8c.  Dieu  8c  fou, 
eftre  eft  vertueux ,  par  fa  ver¬ 
tu  mefme,  qui  eft  Dieu  mef¬ 
me  :  Sc  ce  luy  eft  vne  raifon,. 
qu’il  fafte.  v.n  diuin ,  boni 


[aharfftique,  189 
grand  ,  permanent ,  puiffanr, 
fage,  aymable,  ou  voulu  ,  Sc 
vertueux  :  D’auantage  ,  Dieu 
eft  vray  ,  &:  Dieu  &  Ton  eftre 
eft  vray ,  par  fa  vertu  mefnie, 
qui  eft  Dieu  merme  :  &c  fem- 
blablement  ,  Dieu  eft  glo¬ 
rieux  ,  &c  Dieu  3c  fon  eftre  eft 
glorieux, par  fa  gloire  mefmc 
qui  eft  la  mefme  chofe,  que 
Dieu  mefmeiEt  il  faut  remar¬ 
quer  en  fécond  lieu,  que  ces 
principes  ont  vne  condition 
au ec  Dieu ,  de  vne  autre  auec 
l’Ange,  de  vne  autre  auec  le 
Ciel,&:  vne  autre  auec  rhom- 
me,ô^  ainfi  des  autres  à  leurs 
mode  :  qui  eft  parce  que  la 
raifon  de  l’eftence  Diuine,  eft 
tout  autre  que  la  raifon  de 
l’efTen ce  Angélique,  &:  la  rai¬ 
fon  eft, parce  que  dâs  relfen’ 
h  iiij 


1^0  Lepetit  Oenure 
'  -ce  dininCjla  bonté  ell  ir^finic, 
parce  qu’on  ne  peut  dire  que 
Dieu  foit  bonjdVne  bonté  fi¬ 
nie  ,  ains  d’vne  infinie  :  ce 
qui n  eftpas  de  merme ,  dans 
i  efTencc  Angélique ,  à  caufe 
que  la  bonté  de  Ion  efifence, 
efb  vue  bonté  finie  6c  dépen¬ 
dante  ,  mais  la  bonté  Diuine, 
qui  eft  infinie  ,  ne  dépend 
d’aucun  autre  :  autrement  ce 
feroit  pas  la  bôt.é  de  Dieu: 
Semblablement ,  aulTi  labô- 
té  de  l’efTence  du  Ciel  s  eft  di- 
ftinguee  de  la  bonté  delef- 
fence  Angélique, patxe quel¬ 
le  eft  corporelle  dans  le  Ciei, 
&  incorporelle  dansJ’Ange  : 
Semblablement,  elle  eft di- 
ftinguce,  parce  que  la  bonté 
de  l’Ange ,  eft  enfemble  auec 
i  éternité  ,  ôc  la  bonté  du 


Gdhalifticjue.  ip  i 
Ciel,  eft  enfembie  auec  ie 

temps:  Et  il  y  a  vne  autre  diE 
ferènce  ,  parce  que  la  bonté 
de  l’Ange ,  eft  vne  bonté  qui 
comprend  èc.  qui  meut ,  &:  la 
bonté  du  Ciel ,  eft  côprife  &: 
meuc  pour  le  moins  àl  vn,ou 
bien, au  lieu.  Et  corne  il  a  efté 
dit  de  la  côparaiCon  de  la  bôté 
de  ces  trois  Cujets,  de  mefme, 
en  faut-il  dire  de  la  bonté  des 
autres  fujets  en  cette  métho¬ 
de  à  leurs  mode:  Et  il  faut  re¬ 
marquer, que  pour  la  parfaite 
&:  très -bonne  cognoilfance 
de  tous  ces  fujets  ,  quatre  cô  - 
dirions  font  requifes ,  la  pre¬ 
mière  condition  eft  ,  laco- 
gaoiftance,  que  diaque  fu- 
jet  aye  fa  propre  deftinition 
quiditatiue ,  par  laquelle  il  eft 
diftingué  de  tout  autre;  coiiv 
K  V 


te  petit  Qeuure 
me  fk  on  demande  quelque- 
choie  de  luy ,  ou  de  quelque 
chofe  d'iceux  :  II  fauc  refpon- 
dre  de  rclle  forte,  en  affirmât 
QU  en  niant, que  les  definitiôs 
des  premiers  principes,  con- 
uicnnent  à  leurs  définitions, 
&:femblablemenr,des'regles. 
îl  efte^cpedient , quelles  de¬ 
meurent  dans  les  principes, 
fans  eike  oftencecs  ;  l’autre 
condition  eil,que  dans  Tadle 
pratiqué,  il  faut  conferuerles 
différences  accidentelles ,  ou 
excrinfeques  de  ces  fujetsdàs 
comme  par  exemple ,  la  bon¬ 
té  diuine ,  eft  differente  de  la . 
Bonté  Angélique,  pour  eitre 
par  deffus  tout,  effant  fîny , 
ôcc,  Mais  là  bonté  de  l’Ange 
eft  differente  de  îa  bonté  du  ; 
CieUpour  eftrehors  de  tout 


Cahaliflicjue.  195 
efîant  mobile  :  &  la  bonté  du 
Ciel, différé  de  la  bonté  de 
l’homme ,  pour  effre  ingene- 
rableSe  incorruptible  ,  Sc  la 
bonté  de  l’homme ,  eft  dlftin- 
gueedela  bonté  de  l’imagU 
natif,  pour  effre  abftraaif 
auec  le  temps  :  mais  la  bonté 
de  l’imaginatif,  eff  diffin- 
guee  de  la  bonté  du  fendtif, 
pour  effre  cognitiue,  8e  la 
bonté  du  fenffeif,  différé  delà 
bonté  du  végétatif, pour  ehre  ’ 
taétiue,  &:  la  bonté  du  végé¬ 
tatif  eff  diffingueede  la  boté 
de  relemétatiffpour  effre  nu¬ 
tritif;  Orlabontédel’elemé- 
tatil  différé  de  la  bote  de  l’in- 
ftrumétatif,pour  effre  mixtei 
Mais  la  bonté  derinftrumen- 
tatif  eff  par  la  bonté  ôe  l’effre 
motifs;  meu,  de  touteskf- 
K  Vji 


75t4  Oeuure 

quelles  chofes  on  fait  quel¬ 
ques  defcriptions  ou  défini¬ 
tions  de  ces.neuf  fu;ets,  dont 
la  première  eft  telle, La  bontd 
de  Diencfi:  Ton  a^le  &  fa  per- 
fediô,  afin  qu’il  fafie  vn  bien 
incomprehenfible ,  &;  primi- 
tif  Sc  precedent  l’Eviternité: 
mais  la  bonté  Angélique  eft 
Fade  U  h  perfedion  de  l’An- 
ge^,  afin  qu’il  faife  vn  bien  co- 
prehenfible  &:  cnfembleauec 
i’Eternité:  ôcla  bonté  du  ciel 
sllLonade,  à  raifon  dequoy 
le  ciel  fait  vn  bien  temporel, 
ou  vn  temps  perpétué!  :  Mais 
la  bonté  de  l’homme  eil:  va 
aéle  à  raifon  dequoy  l’hom¬ 
me  fait  vn  bien  intelligible 
temporel:  6c.comme ilaeflé 
exéplifié  de  ces  quatre  fujetSs, 
demefme  peut-on  exempH- 


Cahidijltque, 

fier  des  cinq  autres  fujecs  à 
leurs  mode.  La  troifiéme 
condition  eftjqu’onconferue 
la  concordance  des  fujecs,  à 
fçauoir  premieremet  de  Dieu 
fie  de  l’Ange ,  qui  f’accordenc 
dans  l’eftre  incorporelj.&ainfi 
des  autres  à.  leur^  mode.  La 
quatrième  condition  eft,  que 
fuiuant  la  noblefTe  6c  la  hau- 
telTe  des  fujecs, il  leur  faut  auf- 
fi  attribuer  de  plus  nobles  ôc 
plus  hauts  principes: Comme 
par  exemple,  Dieu  eft  plus 
noble  ôc  plus  haut  que  les  au¬ 
tres  ,  &c  partant  luy  font  deus 
de  plus  nobles  ôc  plus  hauts 
principes  :  partant,  ficc.  Et 
bien  que  Dieu  foit  deduifible 
par  tous  les  principes  6c  les 
réglés  >  par  l6fquelles,ou  def- 
quelles.  Dieu  eft  d’vne  bonté 


Le  petit  Oeuun 
infinie ,  dVne  grandeur  infi¬ 
nie, dVne  durée  infinie, d’vne 
puifiance  irrfinic,  d’vne  fapi- 
enee  infinie,  d’vn  amour  infi- 
ny,  d’vne  vertu  infinie,d’vne 
gloire  infiniej&c.  Etparcecy 
on  void,que  Dieu  a  qiiel<|ires 
defcripcions,  nous  en  mettôs 
ky  toutefois  vne  feuiemenc, 
qui  eft  telle ,  Dieu  eft  vn  cftre 
qui  n’a  befoin  d’aucune  chofe 
hors  de  foy ,  mais  tout  eftant 
a  befoin  de  luy  ;  il  eil  manife- 
fic ,  par  ce  qu’il  eft  fuperieur  à 
toute  entité,  Et  par  cette  de- 
fcrip  t  ioo  U  cir  c  ôfcrip  t  ioD  ie  u 
eft  diftingué de  tout  eftât,qui 
eft  ,  par  ce  que  tous  eftâts  ont 
befoin  de  quelque  chofe  hors 
de  foy ,  ôc  partant  dans  luy  il 
n’y  a  aucune  contrariété  ny 
minoHÉc,ny  principes  dcfg-^ 


(^aydîjîlquei  lyj- 
tifs ,  ny  aucuns  priuatifs  ne 
font  enluy  :  toucesfois  dans 
luyeft  toute  maicnrité,  toute 
égalité ,  la  maioticé  àl’ergard 
des  créatures ,  l’egalite  à  l’ef- 
gard  de  foy-mefmc  :  Lafecô- 
de  partie  cft  manifcfte ,  par  ce 
qu’il  a  des  principes  égaux ,  a 
fçauoir  la  bonté,  la  grandeur, 
la  durée,la  puilTanee,  la  lapié- 
ce,  &  les  autres  principes.  Et 
il  a  des  aébes  égaux  ôcdes  rela¬ 
tions  égalés*  Il  y  a  routes- 
fois  dans  I>ieu  differen-ce  des 
relatifs  ,  fans  laqucfk  ils  -ne 
peuuent  eftre ,  &:  Dieu  fans 
eux  ne  pourroâc  auoir  d  aftio 
intrinfeque ,  ôc  permanente, 
Se  infinie  :  voire  mefmefans 
les  relatifs- toutes  les  raifons 
feik)ient  oyfeufes  dans  Dieu, 
€6  tjui  eft-abfiirdr*,  il  eft  aufîi 


rpS  Lt  pHii  O emire 

manifefte ,  par  ce  que  par  h 
bonté  il  a  le  bonificatif,  le  bo- 
nifiable  6c  le  bonifier ,  qui  sot 
des  relatifs  coëfTenriels  auec 
Dieu,  6c  ladeité  6c  la,  bonté, 
enluy  font  la  mefmechofe, 
&femblablemét  rintelleélif, 
l’intelligible  6c  l’entendre: 
partant,  6cc.  De  plus,  dans 
Dieu  eft  la  concordance, il  eft 
nianifefle  :  car  par  icelle  il  eft 
efloigné  delà  contrariété  in- 
finiement ,  ôefes  relatifs  con- 
uiennent  infiniement  6c  éter¬ 
nellement  en  vne  eflence ,  6c 
en  nature  d’identité  :  à  caufe 
dequoy  on  peut  direauffi  de 
fes  adions  intrinfeqqes,  6c 
que  dans  Dieu  iln’y  aaucune 
quâtitë  ny  qualité,  ny  temps, 
il  eft  manifefte  ,  par  ce  qus 
ç  eH  vne  effence  denuée  de 


[ahaliflique.  1^9 
tout  accident  infiniemcînt, 
partant,  dcc.  Sc  par  ainfi  l’en- 
tendeméthumain  fe  cognoill 
par  cecy,fort  habile  à  cognoi 
lire  6c  entendre,  8c  fe  )oindrc 
ou  vnir  auec  les  fubftances  fe- 
parée ,  auec  lefquellcs  côfifte 
fa  béatitude  :  6c  il  cognoift  de 
plus  les  chofes  qui  fe  peuuent 
énoncer  des  fubftances  fepa- 
parées  parles  principes  8cles 
réglés  qui  leur  sot  attribuées. 
De  plus ,  l’entendement  hu¬ 
main  cognoift  fl  l’Ange  6c 
tous  autres  fujets  ont  en  foy 
vn  pouuoir  naturel,  qui  à  plus 
forte  raifon  Dieu  en  a  ,  eftanc 
non  feulement  vn  fujec  plus 
noble  6c  plus  haut  que  les  au¬ 
tres, mais  le  très-haut, 6c  très- 
noble,comme  il  apparoift  pa  r 
le  lieu  du  P  lus  au  mo  111s . 


2.00  Le  petit  Oeuure 
Ec  l’Ange  eftauiïideduifî- 
ble  par  tous  les  principes  &: 
les  réglés  qui  luy  font  appro¬ 
priées  r  car  il  a  vne  naturelle 
bonté  5  grandeur>  evicernité, 
puilTance,  fapience,  ainfi 
des  autres  ;  par  ce  que  l’Ange 
fe  P  eut  définir  ainfi,  à  fçauoir 
l’Ange  eft  vne  fubflance  in- 
telleéiuelle,  fort  femblableà 
Dieu,  dans  fuy  efl  la  nature 
de  bonifier,  de  magnifier, d’e- 
viternifer,  &cc.  qui  eft,  par  ce 
qu’il  a  fes  corrélatifs  eflen- 
tiels ,  à  fçauoir  le  bonificatif, 
le  bonifiable ,  &c  le  bonifier, 
le  magnificatif,  le  magnifia- 
ble,  &  le  magnifier,  qui  font 
fignifiées  par  la  fecôde  efpece 
de  la  réglé  G.  îlyaaufiima- 
iorité  dans  l’Ange, il  efl  ma- 
nifefie ,  par  ce  qu’il  eit  plus 


CahalifJique.  201 

grand  que  rhommej&:  pariat 

luy  côuienneiudeplus  grâds 

&c  de  plus  hauts  principes ,  Sc 
de  plus  hautes  réglés  fembla- 
blement ,  à  refgard  des  prin¬ 
cipes  des  réglés  qui  con- 
uiennent  à  l’homme  :  ôc  en  ce 
cas  rentendement  cognoift 
que  fl  l’homme  ne  peut  fefer- 
uir  des  puilTances  de  l’ame 
fans  organe  corporel,  il  ne 
f’enfuit  pas  pour  cela  que 
l’Ange  nelepuiffejqui  eftpar 
ce  que  la  puillànce  fe  dit  equt- 
noquement  de  la  puifTance  de 
l’ame  de  l’homme  6c  de  l’An¬ 
ge:  d’où  l’Ange  peut  com¬ 
muniquer  fes  conceptions, 5^1 
agir  en  nous  fans  organe  cor¬ 
porel,  quiluyToit  propremec 
attribué ,  &  plus  dans  f  Ange 
il  y  a  différence  r  il  eÙ  cUicw 


zol  Le  petit  Ouure 
par  cc  que  Ton  entendemçn-c, 
îa  volôtc ,  &  la  mémoire  fonc 
dillinguez  en  foy  :  Il  y  a  au/Ii 
en  luy  vne  égalité  d  encédre, 
d’aimer,  &  de  ramenteuoir,  à 
raifon’ du  fujet  fupreme  qui 
eft  egalement  aymable  &  in¬ 
telligible  &  ramenteuable, 
plus, dans  l’Ange,!!  y  a  mino¬ 
rité,  il  ell  manifefle  ,  parce 
qu’il  eft  moindre  que  Dieu. 
D’oùlapremicre  intelligen¬ 
ce  eft  plus  grande  que  la  fé¬ 
condé,  &  la  fécondé,  que  la 
troifiéme,8c  latroftéme, que 
la  quatriebue ,  &:  la  quatrief- 
me,  que  la  cinquiefme,  &:  la 
cinquiefme,  que  la  lîxiefme, 
&laiixielme,  quela  feptief- 
me ,  &:  ainfî  fucce/Tiuement, 
jufques  à  l’entendement  hu¬ 
main,  qui  eft  la  derniere^  ôr  la 


(^ahalijliqHe.  205 
plus  balTe  des  intelligences  J 
quierti’extreme  au  defTous  : 
comme  Dieu,  rautie  extrê¬ 
me  des  intelligences  au  def- 
fus  :  Oeil  pourquoy  il  eft'ma- 
nifefte,  que  les  moyennes  in¬ 
telligences  font  les  motrices 
des  corps  celcftes  i  à  caufe  de- 
quoy  on  void,  que  fi  dans 
l’ordre  de  la  nature  on  peur 
donner  vne  intelligence  qui 
ne  meut  aucunement  le  corps 
celefte,ny  par  foy  ny  parau- 
truy  :  il  eft  neceiTaire  qu’on 
admette  vne  autre  intelligen¬ 
ce  qui  meuue  le  ciel  par  vn 
autre,  quin’eftmouuantque 
comme  ay mé  &:  defiré^Se  que 
cecy  fufîife  de  l’Ange.  Or  le 
Ciel  a  vne  bonté  naturelle, 
grandeur,  puilTance,  durée, 
iapiéce  ou fcibilité, volonté. 


104  Lepeîit  Oeuure 

vcrtUjVerité&:  gloire  à  fa  mo¬ 
de  à  caufe  dequoyil  eil  deduU 
fible  par  tous  les  principes  &c 
les  réglés  5  lequel  ciel  fedefi- 
nifti  le  ciel  le  premier 
corps  mbbile,  dans  l’eflre  du¬ 
quel  n’y  a  aucune  contrarie- 
îé  :  dans  le  ciel  il  y  a  des  appé¬ 
tits  Sc  des  inftin£ts  naturels, 
&c  confequenament  la  moti- 
uité 8c mobilité,  8c  le  mou- 
uoir ,  d’où  il  a  mieux  en  foy 
le  motif,  le  mobile  8c  le  mou- 
uoir ,  fans  lefquels  il  ne  pour- 
roit  auoir  vne  nature  infinie 
8c  perpétuelle,  Sc  à  caufe  de 
cela  il  eft  la  caufe  efficiente  8c 
produétiue  de  ces  inferieurs, 
à  caufe  dequoy  dans  les  qua¬ 
tre  éléments  ôc  dans  lesele- 
menrez  il  efi:  agilfant ,  mou- 
uani  8c  influant,ôcne  receuac 


[ahaltftique,  loj 
aucune  pafTion  d’eux, à  raifon 
de  fa  grande  adiuité  &c  moti- 
uité,  dans  l’adion  de  laquelle 
il  ne  repatifl  point  de  la  part 
e^trinfeque,  Se  ne  reçoit  en 
foy  aucune  augmentation  ny 
diminutiô,  qui  eft  par  ce  qu’il 
n’eft  capable  de  receuoir  des 
contraires,  ôcavn comman¬ 
dement  naturel  dans  les  clé¬ 
ments  8c  les  elementez,  veu 
qu’il  caufe  en  eux  des  mouue- 
ments  naturels ,  &  les  quatre 
temps  de  l’année, les  mois,les 
femaines,  les  iours  ôc  les  heu¬ 
res,  les  tônerres,  les  foudres, 
les  pluies,  le  vent,  le  tremble¬ 
ment  de  terre ,  les  animaux 
monflrueux  bc  femblablcs:ÔC 
il  fait  cecy  par  ce  que  la  ma¬ 
tière  des  generables  Sc  des 
corruptibles  luy  efl naturel- 


to6  Le  périt  Oeuure, 
lemcntfortobeiiTante;  &  le 
cieleflenfon  lieu  comme  le 
corps  dans  fa  fuperficieinclu- 
fiuemenr,&eftauecle  temps, 
il  eil  clair ,  par  ce  qu’il  eft  au 
delToubs  de  l’Ecernite,  &:  le 
temps  luy  eft  propre,  &:ainfi 
fucceftiuement  procédât  par 
toutes  les  réglés  d’interroga¬ 
tion  à  leurs  mode.  Or  par  ce 
que  l’homme  eft  v ne  fubftan- 
cecompofee  d’ameintelledh 
ue  &  de  corps  organique,  à 
raifon  de  quelle  compofition 
il  eft  deduiftble  par  les  princi¬ 
pes  Sc  les  réglés  en  deux  fa¬ 
çons, àfçauoir  en  tant  qu’il  eft 
intelligence  ,  Se  en  tant  qu’il 
eft  corps  organique  naturel, 
dont  la  définition  eft  telle,  à 
fçauoir ,  1  homme  eft  l’eftant 
raifonnabie ,  difcurfible  ou 
Intel- 


(^ahd\f.(}ique»  207 
intelligent  par  Je  difcours: 
dans  1  homme  félon  Ton  eflrc 
les  principes  font  doublez ,  à 
fçauoir  deux  bontez  ,  deux 
gradeurs,deux  duréesj&ainiî 
des  autres  à  leurs  mode  :  de 
plus  l'homme  entre  les  autres 
gencrables  &:  corruptibles 
eft  plus  general  &  plus  fubli-^ 
me  que  les  autres  1  à  caufe  de  - 
quoyfhommefc  nomme vn 
petit  monde  J  où  l’on  dit  qire 
l’homme  eft  la  plus  grande 
partie  du  monde,  &:  à  caufe 
de  ce  il  ell  dcduifible  en  deux 
façons,  partant,  Sec.  l’ima¬ 
ginatif  eft  deduifible  par  les 
principes  Scies  réglés  fpecifi- 
ques  pour  imaginer  l’imagi¬ 
nable,  comme  dans  faymanc 
pour  attirer  le  fer  à  foy,  le¬ 
quel  imaginatif  fe  definift 


2o8  Lepeîlt  Oeuure 
ainli.  L’i-maginatif  eft  vn  ani^ 
■mal  fenfuel,  ou  rimaginatif 
.eftvn  animal  phantaftique  ou 
phancalliiq Liant  :  &c  l’imagina¬ 
tif  eft  aufli  deduifible  par  les 
principes  &:  les  réglés, par  lef* 
quelles  l’entendement  hu¬ 
main  a  vne  grande  cognoif- 
fance  de  luy,  &c  de  toutes  les 
chofes  qui  conuiennent  à  l’i¬ 
maginatif  :  or  l’imaginatif 
attire  à  foy  les  efpeces  des 
chofes  fenfées  par  les  fens 
particuliers, il  faitcecya- 
uec  fes  corrélatifs  intrinfe- 
•ques,  qui  font  l’imaginatif, 
l’imaginable  ,  &:  l’imaginer 
par  la  fécondé  efpece  C  :  car 
rimaginatiue  eftant  l’aile  Sc 
la  perfection  de  rimaginatif, 
àraifon  dequoy  rimaginatif 
ne  fait  que  l’imaginatif  j 


Cabalijliqîie.  109 

•toute  imaginatiue  eTtant  bô-= 
ne,  il  eü  nianifeite  querima- 
ginatif  à  vn  bon  elîed,  8c 
eftanc  pareillement  grande', 
il  ‘  apparoilb.  manifcitement 
quelefFedd-é  l’imaginatif efl 
grand, 8e  à  caufe  de  cela^nous 
voyôs  l’imaginatif  imaginer 
vne  grande  montagne, ou  vn 
petitpoind auc'c  pctitelle ,  8t 
P  lus  rimaginatiue  eit  '  dura¬ 
ble  J  partant  l’imaginatif  ell 
durable,  8c  fes  objers'durent, 
cependant  qu’ils  font  obie- 
6tez  pat  luy ,  comme  durent 
les  objets  abftrai^îs  dans  fît- 
nimal  raifonnable  par  la  mé¬ 
moire,  hors  derimagination 
ôeliors  du  fens  tlans-ies  beftes 
bruteiS,  &5>  f imaginât iuü  efi: 
tout  de  mèfine  dans  les  brut 
tes ,  coinmê  elî  1  aine  raifon' 

1  ij  . 


2  10  Le  petit  Oeuure 

nable  dans  l’homme:  Oreft- 
il  que  l’ame  raifonnablepeir- 
feftionneles  puiffances  infe¬ 
rieures  dans  l’homme  i  donc 
rimaginatiue  perfedtionne 
dans  les  belles  brutes,  &:  l’i¬ 
maginatif  a  la  puilTance,  il  ell 
manifelle ,  par  ce  que  les  au¬ 
tres  puilfancesde  fWe  obeif- 
fent  à  fon  imaginatiue ,  à  fça- 
uoirla  fenlkiue,  comme  il  fe 
void  dans  le  mouuement  vo¬ 
lontaire  Sc  dans  lesconcupi- 
fcences.  De  pUiSj-fimagina- 
tif  ell  fçachât,  il  eft.manifelle 
par  ce  que  les  brutes  ont  vne 
indullrie  pour  viurc  &c  pour 
euiter  le  mal ,  comme  la  che- 
ure  qui  fuill  le  loup  d’vn  im 
Hind  naturel.  Il  ÿ  aaulTi  datis 
l’imaginatif vn, appétit  fïkmr 
giiner  yn  phantolfne  çdrag^i 


Cahàliftique»  iri 

dans  lequel  il  fe  repofe  en  Ti- 
maginanc  :  toutefois  fon  afle 
eft  quelquefois  empefché  par 
les  fens  extérieurs  qui  appré¬ 
hendent  leurs  objets;comme 
parla  veuè  quand  elle  com¬ 
prend  lés  cbuleurs,  par 
l’oiiye  les  voix  ôéles  fons,&c. 
dont  vn  chacun  empefehe 
l’ade  de  l’imaginatif,  touchât 
vnphantofrae  eftranger:  Or 
la  caufe  de  cecy  eft  par  cé  que 
les  fens  particuliers  atteignéc  ' 
plus  parfaitement  leur  pro¬ 
pre  obieft ,  en  fentant  que  l’i-  . 
maginatif  en  imaginant,  &  ^ 
dans  l’imaginatif,  le  coloré  ' 
ne  reluit  pas  ft  parfaitemen  t  * 
comme  dans  le  vifif.  L’ima¬ 
ginatif  eft  vertueux,  parce 
que  fon  ate  cftvertueux,il  eft 
manifefte ,  par  ce  qu’il  -attire 


2J2,  Le  petit  Oetiure 
îcs  erpeeesdeschofes  fen^s 
par  les  fens  >  en  Us  met.unt 
dans  Ton  ima'ginable>8£  en  les 
caraderifant  enicciuy.  Il  efl 
yray  aufln  iieft  patent^parce 
qu’il  imagine  le  .viay,  Sc^at-, 
teint  vrayement.fon  propre, 
objet,  fil  n’en  eifempefehé 
par  le  manquement  des.orga- 
njes  qulluy  feruentr  Déplus, 
i’imaginauf  cft  glorieux,  par 
ce  quelaperfeftiô  eflglorieu- 
feil  ell  manifefte,  parce  qu’il 
caufe  du  plaifir  dans  le.fup- 
p  oil  imaginable ,  da ns  Lequ el 
U  efl  diftinguant ,  il  eft 
maaifefte  >  par  ce  qu’il  agiH: 
dinerfeinent  dans  fon  propre 
obied,  en.receuanc  diuerfes 
images.  Lamaginatif  eft  con¬ 
cordant  ,  il  eft  manifelle,  par 
ce  qu’il  accorde  le  fujet  ausc 


Cahaliflique.  115 
robjc£t,  &  l’objcd  auec  le 
fiijet:  &  auec  la  contrariété, 
lunaginatif  refifte  au  fujeét 
dans  lequel  il  efb ,  en  obieélât 
vn  obieét  ha'illable  oC  non  de- 
lirable ,  comme  vnemere  qui 
imagine  fon  fils  mort  auec 
trifiefie  :  de  plus,  l’imaginatif 
eft  vn  principe  efficiant ,  qui 
n’enuoye  rien  hors  de  foy,&: 
qui  de  la  matière  des  fenfitifs 
fait  des  efpeces  intelligibles, 
enabftrayât  d’iceux  auec  fon 
imaginatiue,  qui  eft  fa  forme 
Sc  fon  afte ,  à  raifon  dequoy 
ilfe  repofe  dans  les  obje6l:s. 
De  plus ,  l’imaginatif  eft  va 
moyen  par  f6n  propre  ade, 
en  la  puifiance  fenfitiue-&:  la 
ratiocinatiue  dans  l’homme: 
mais  dans  les  beftes  brutes 
c’eft  l’extreme,  auec  lequel 
1  iiij 


2l4  "Le^ petit  Oeuure 

fa  vie  cfl  habituée  ,  &:  eftaulTi 
auecelîc  la  fin  dans  laquelle 
ils  fe  repofent  j  ^  fon  objeél, 
ceftriniaginc  ou  lephantof- 
me  :  autrement  l’imaginer  ne 
feroit  pas  fon  aéle  propre. 
Déplus,  1  imaginatif  a  delà 
maiorité,  ilefl:manifejfl:e,par 
ce  qu’il  objeéle  vn  grâd  hom¬ 
me  ou  plus  grand  que  celuy 
là,  ou  le  plus  grand  de  ceux 
kj  &:  il^a  aufîi  de  l’egalitc  auec 
fes  corrélatifs  defignez, com¬ 
me  ilapparoift  parla  fécondé 
efpece  delaregle  C,  qui  eft 
par  ce  que  s’ils  n’effoient  e- 
gaux  par  effencc ,  il  ne  pour- 
roitfe  porter  à  fon  objet  ega¬ 
lement,  &  à  caufedecelaila 
minorité  ;  il  eft  manifefte,par 
ce  qu’il  peut  imaginer  vn  ho¬ 
me  plus  petit  que  les  autres; 


Cahaliflique,  115 
Et  femblablement  l’imagina- 
tif  ell  deduifibie  par  toutes 
les  efpeces  des  regle^'jcomme 
il  paioiftra  plus  amplement 
dans  le  dernier  traidé,partâta 
&:c.  Or  dans  le  fenfitif  il  y  a 
des  principes  &:  des  réglés 
propres ,  par  lefquelles  il  fe' 
déduit  de  fa-façon  fpecifiquè, 
quieft  par  ce  queparla  vcuc 
iiavne  bonté  diftméle  de  la 
bonté  qu’ilapar  l’ouyr&:  par 
le  toucher,  &  les  drlfereriees 
de  proportion  de  rinhinct&i 
cleTappeticfont  ceéy  princi¬ 
palement  :  de  telle  forte  qu’il 
y  a  autant  de  boutez  diltin- 
â:es  ’çn  efpece,qu’ilya'dé  fëhs^ 
patttculiêrs ,  lequel  fehli  tif  4e' 
définit  ainlL  Ld  fenhüif  eft 
vn  animalpmgrefTif,  ou  châ- 
geant  fa  .  ütuaxLon.  dç  foy- 
1  V 


Le  petit  OeuHYe 
mefmej&àcaufe  decslailefl 
dcduiüble,  par  ies^rincipes 
§5  les  réglés,  qui  ell  parce  que 
il  a  vue  borné  ,:par  laquelle  il 
faix  vn  bon  ièntir ,  &  par  la 
grandeur  vn  grand  feniir ,  &C- 
par  la' durée  durant  ;  &  ainfi 
en  polluons  nous  dire  désau-* 
très  principes  àdeurs.modey 
âc  laA^crtu  ïenritiiie  ou  lefen- 
litifa  fescorrelarifs  effentiels, 
à  fçau  O  ir  le  fen  (i  t  if,  1  e  £en  fib  I  e 
&  lefencir,  fansiefquels  il  ne 
peur  eftre ,  Se  font  ies'  chofes 
defqu elles  le  fens  coramun. 
efteompofé.  La  verrufenfi- 
tiiie  ed  vnc  puiiTance  dans  ié 
corps  animéiàraifondequoy'' 
il  void  les  couieursj^il  entend^ 
les  fons ,  il  flaire  les  odeurs,  if 
goufte  les  faueurs,  il  fen t  le 
diaud,  le  froid-^  le  fecdcX’iuii- 


Cahalijlique, 

mide,  le  dur,  le  mol,  rafpre  &: 
le  poly  ,  &:  cette  vertu  a  (on 
obie£t  en  autruy  ,  comme  la 
couleur  noire  dâs  le  corbeau, 
Scia  blancheur  dans  la  neige, 

&  la  faueur  dans  le  mixte  :  &:• 
la  vertu  fenlitiue  a  aufîi  par  le 
fens  commun  des  relatifs  cô- 
muns,  8e  par  le  particulier  des 
particuliers ,  comme  des  viü- 
blés  par  levihf,  le  vilible&r 
le  voir,  Sc  des  chofes  qui  fe 
peuuenc  ouyr  par  rauditif,, 
l’audible  5e rouyr,8eain fl  des 
trois  autres  fens  à  leur  mode. 
Or  la  fenficiue  eft  plantée  8e 
fondée  dans  le  vegetable,  co¬ 
rne  la  vegetatiue  dans  l’ele-  . 
nienté  :  or  la  fenfitiue  eft  la 
perfection  ôe  1  aéte  du  corps- 
viuant  animal,  à  raifon  de- 
quoy  l’animal  obieéle  par  le 
1  V| 


izS  Le  petit  Oeuure 
toucher  Vautres:  Seainfien 
faiic-il  dire  de  toutes  les  au¬ 
tres  réglés  àlcurs  mode.  Dans 
le  végétatif  lemblablenient 
ii  y  a  des  réglés, par  lefquelles 
il  fe  déduit  fpecifiquèment> 
Car  les,  plantes  agilTent  par 
leurs  eipeces  dans  Icfquelles 
elles  font  :  carlepoyvre  &:  la 
rofe  agüTent  félon  leurs  pro¬ 
pre  efpcce,  &  les  lis  pareille¬ 
ment. 

Partant  les  principes  du  vé¬ 
gétatif  font  plus  materiels 
cpieles  principes  du  fenlitif,, 
^  les  principes  du  fenfitif 
que  les  principes  defiinagi- 
mtif,  qui  ef:,  parce  que  les 
principes  inferieurs  font  plus 
tcrrellres- .que  les  principes 
fuperieurs,or  le  végétatif  fe 
definijftainfi ,  le  végétatif  elf 


CahaliBicjue» 

vn  corps  animé  nourrifTable^ 
parfoy.  Or  le  végétatif  eft 
bon  J  parce  qu’il  elt  bonifié 
par  la  bonté  :  c’eft  pourqnoy 
ilfaitvne  bonne  tranfmuta- 
tion  des  aliments ,  Se  vn  en¬ 
tretien  Se  vnc  génération  de 
fon  femblable  en  efpece  ,  Se 
parce  qu’il  comprend  tout 
végétant ,  il  eft  grand  :  qui  eft 
parce  quela  vegetatiue,  qur 
eftfonade  ,  eft  plantée  en 
luy.  Se  a  fa  duree  à  fa  mode ,  à 
caufedefa  permanence  dans 
fon  propre  fuj et  :  Et  fais  aufft 
la  côbination  des  autres  prin¬ 
cipes. De  pkiSj  on  demandé  fi 
la  vegetatiue  eft  vraye  ?  à 
quoy  il  faut  refpondfé>afftr-- 
niatiuementj  autrement  au¬ 
cun  animal  ne  feroit  nourrif- 
fable;Se  fi  ou  demande  çç  que 


iro  Le  peut  Oeuure, 

ceft  que  le  vcgeratif,  il  faut 
rerp-ondre  par  fa  propre  défi¬ 
nition ,  comme  deuant  :  Et  fi 
on  demande  de  fon  abdraid, 
par  lequel  eft  la  vegetatiue  ?  il 
faut refpondre que  c’eftlade 
la  perfedion  du  corps  vi- 
uant  J  à  raifon  dequoy  j.-  le 
corps  viuant  nefait  que  fon 
femblable  en  genre,  ou  en  ef- 
pece,  ou  qu’elleeftlapuifTan- 
ce  de  l’ame ,  à  raifon  dequoy, 
le  corps  phyfique  fe.nourrifl 
fef’accroift  j  6c  eflconfideré 
vn  en  efpecejEt  cette  vegeta¬ 
tiue  a  fes  corrélatifs  efîen- 
tiels ,  defquels  elle  a  l’eftre  8c 
l’agir,  à  fçauoir  le  végétatif, le 
vegetable ,  &:  le  vegeter ,  8c 
ibn  fondement  dansTelemé- 
tarif,  8c  elle  eft  le  fondement: 
delafenfuiue.  Partant  Igw- 


Cahaliflique,  2.  zt  ■ 
getatif  eftantmorc,  le  fenfi- 
tif,  femeui-c,  &c  relementé 
citant  more  ,  le  végétatif  fe 
meurt ,  la  vegetatiue  auec  de 
la  femcnce ,  procrée fon  fem- 
blable  en  efpecc ,  corne  auec' 
vn  autre  qui  fupplecau  lieu 
de  fcmence  ,  comme  t)n  a 
exemplifié  des  efpecesde  ia 
réglé  C  ,  de  mefine  faut- il 
exemplifiex  des  autres  réglés: 
Partant, 6cc.  Dans  lelemen- 
ta  tif  femb  lablem  enr,il  y  .a:des 
principes  ôc  des  réglés  ,  q3ar 
lefquellesil  fe  deduk  aufil^ 
fous  lequel,  plufieurs.chofes 
qui  font  contenuès,font  di- 
ftinguees.  en  efp.ece,eomme 
ror,>  1  argent,  ôC-les  auu'es 
métaux,  fie  lespierreSjSC  cho- 
fes  :femb labiés  ,  lequel  ele- 
mentatif  fedefinifi:  iünlLL’ei^ 


lit  p^tit  OeuuYc. 

lementatif  eftvn  corps  phy- 
dans  l’ellre  duquel^  eft 
la  reïradlion  des  premières 
qualités  :  relementatifeft  bô, 
il  eft  manifefte  ,  parce  qu’il 
faitvn  bô  elementéicôme  par 
exemple  de  bon  or5&:  de  bon 
argent,  de  bon  fer;  Sefem- 
blablement  eft  grand,  parce 
qu’iifaitvne  grande  monta¬ 
gne  5  de  grand  feu ,  8e  fem- 
blables.L’clemen  tarif  eft  per¬ 
manent  ,  qui  fait  .’  v ne  pierre 
permanente,'  ainlien  faut-il 
dire  des  autres  principes  à 
leurs  mode.  Dont  hibftraid 
eftrelementatiue,  qui  eft  la 
vertu  ,  ouda  purftance'(4eld' 
forme  eiementelle ,  a  faifon 
dcqüoy  ^  vn  elemènt  agiften 
vn autre,  &  par  ainft  toutes 
chofes  font  meflees  par  en- 


(^ahalijliqne. 

femble  :  bien  que  ce  ne  foie 
pas  félon  vne  égalité  j  mais 
fous  certaine aétion  Sc  pafTiô, 
defquelles  font  caufez  les 
corps  differents  en  efpece  : 
comme  le  feu  ,  l’air  3  l’eau,  8c 
la  terre:  des  parties  defquel¬ 
les  tous  les  mixtes  font  corn- 
pofez ,  comme  l’or ,  l’argent, 
la  pierre,  le  bois ,  8c  ferabla- 
bles  :8c  a  en  foy  fes  corréla¬ 
tifs,  fans  lefquelsjil  ne  peut 
eltre,  à  fçauoir,  l’elementa- 
tif ,  l’elementable  ,  8c  l’ele- 
inencer  6cen  chaque  élément; 
C’eff  l’inftrument  par  lequel 
les  elementez  reagiffent  les- 
vns  contre  les  autres,  a  en 
eux  le  pouuuoir  d’alterer, 
d’endurcir  ,  de  purifier  ,  6c 
femblables  :  Or  l’elemenia- 
rif  eft  comp'ofédela  premie-' 


2,14  Le  petit  Oeuure 

rc  forme  ,  de  la  première 
dîiaciere  ,  qui  font  les  pre¬ 
miers  principes  de  toutes  les 
chofcs  naimelles  ,  les  ele- 
mens  vniuerfels,  &  premiers, 
&;in.rrinfeques,  &  relemeta- 
tif  eftdcriuéde  ce  qui  elemc- 
te ,  les  elementez  par  la  ma¬ 
tière  propre,  &par  la  propre 
forme  :  Et  fi  on  demande  a 
qui  eft  l’elemcnratif  ?  il  faut 
refpondre  ,  qu’il  eft  à  la 
nature  elementelie  ,  &:c.  . 
Ldnftrumentatif  contiécfous 
foy  deuxgenres  d  inftruméts, 
à  fçauoir  le  naturel  Sc  l'artifi¬ 
ciel  J  or  le  naturel  fe  diuifeen 
Ipiritualité  &:  corporalité,  &: 
en  vertu  &:  vice.  Or  de  . genre 
des  vertus  eompred  fous  foy 
toutes  les  efpeces  de  morali¬ 
té  i  comme  font,  la  lufiice,  la^ 


Qih  ali  fit  que.  izj 

rmdcnce,laFûixe,laTem- 
perancej  la  Libéralité,  la  Ma¬ 
gnificence, la  magnanimité  la 
xnanruecude,la  vérité,  la  ciui- 
iité,  rafFabilué,&:c.Le  fécond 
genre  desvices, côprend  fous 
foy, toutes  les  efpeces  des  vi- 
ces-.or  findrumcc  corporel  fe 
diuifeen deux,  à  fçauoir  en 
effentiel  ell  en  accidentel , 
f  elTentiel  c5me l’œil, la  main, 
ôc  femblables.  L’inftrument 
accidentel  eft  comme  la  cha¬ 
leur ,  le  froid,  Se  femblables  t 
or  les  autres  inftruments ,  oit 
les  autres  efpeces  d’inftrumé- 
talité,  fe  treuuent  dans  le  cha¬ 
pitre  delà  lettre  K  J  or  fin - 
ftrumentatif  fe  definift  ainfix. 
L’inftrumentatif  eft  vne  ha¬ 
bitude,  auec  la<[uelie  1  animaf 
viift  moralement  ou  vicieuTe- 


21^  Le  petit  Oemre 
jTient;&:  telle  habitude  éft.ou 
donnée  de  naturejCÔme  dans 
les  belles  brutes  5  ouacquife, 
comme  dans  l’homme  :  car 
rinllrumentatiue  eftlaperfe- 
dlion  Sel’aéle  de  rinllrument, 
à  raifor;  dequoy  l’inllrument- 
ou  l’inllrumenté ,  ne  fait  que 
ou  vertueufement,  où  vicieu’ 
fernent;  pr  ie  dis  moralement 
agir  doublement  pal  nature,* 
comme  dans  le  Serpent  la 
prudence ,  5e  dans  le  Lyon  la 
magnanimité,  ou  par  acquilî-  ' 
tioh, comme  la  luÔdcë,  la  Pru 
dence ,  la  Force  ,  la  Telnpe- 
rance,  la  Foy  ,  rEfpcfan'Gè ,  là 
Charité,  la  Patience,  la  Pieté, 
la  Magnanimité,la  Libéralité 
qui  toutes  font  des  habitudes 
acquifes  dans  rhomm-e  par  la 
Loy  de  Nature  :  partant 


(^abahfticjue,  2.27 
l’homme  feparé  de  la  Loy  de 
Nature,  eft  le  pire  de  tous  les 
animaux ,  5^c.  Or  les  priua- 
tions  de  ces  vertus  font  les 
vices ,  comme l’iniuftice, l  a- 
uarice,qui  eft la-priuation dé 
la  libéralité,  Sc  la  gourmandi- 
fe,  qui  eft  la  priuacion  de  la 
fobrieté ,  .6C:  la  luxure, qui  eft 
la  priuation  de  la  chafteté ,  ôc 
'la  ruperbe,qui  eft  la  priuation 
de  l’humilité  i  &c  ainfi  des  au¬ 
tres  efpeces  des  vices,  dont 
les  définitions  font  obmifes  à 
caufe  de  la  briefuecç  de  cet 
oeuure:  Partant,  ^c.  .  , 


Vi 

il’ 


ziB  Le  Ocun\t 


De  l'application. 

C  H  AP.  V. 

L’Application  en  cette  do- 
dnne  fe  fait  en  trois  fa¬ 
çons-,  qui  eft,  par  ce  qu’on 
appliqu<f  :q  u  el  quefo  is  l’i  m  pii- 
qué  à  rexpliquc ,  ou  i’abllraic 
au  concret ,  ou  la  quelf  ion  à 
fcrn  rieii;  Vn  exemple  du  pr^- 
fHie^oll  dola-prorriiete  applP 
cation  eft-,  quand  les  ter^^es 
de  la  quellion  font  impliquez 
Sc  font  appliquez  aux  termes 
expliquez  de  cette  do6trine: 
comme  par  exemple ,  fçauoir 
fi  Dieu  eft  ,  ou  l’Ange ,  ou 
l’homme,  &c  ainfi  des  autres 


Çahalîjlique»  2.1^ 
fujetSj  qui  font  appliquez  à  la 
bonté,  à  la  grandeur,  à  la  per¬ 
manence, à  la  pui{rance,&:aux 
autres  premiers  principes  de 
cette  fapience:  Dieu  efti 

que  l’Ange  ed,que  ieCieJ  eft, 
que  l’homme  eft,  que  l’imagi¬ 
natif  eif ,  qiiele  feniicif  eft,6c 
ainli  des  autres.  Vn  exem¬ 
ple  de  la  fécondé  application 
eft,quand  les  termes  abftraits 
delà quehion  fontappliquez 
à  leurs  concrets  :  comme  par 
exemple ,  la  bonté  au  bon ,  la 
grandeur  au  grand,  la  durée 
ou  la  permanence  au  perma¬ 
nent,  l’Eterni  té  à  l’Eternel,  &r 
la  Deïté  à  Dieu,  &  l’Angoleï-» 
té  à  l’Ange,  Sc  la.  Celeïtéau 
Ciel,&:  l’homeité  âl’horamei 
&:  la  couleur  eft'  appliquée  au 
coloré ,  ainû  des ‘au très -à 


i}o  Lepen't  Oeuure 
leurs  mode.  Et  il  faut,  touf- 
ioLirs  regarder  comment  les 
termes  abftraits  déduits  par 
les  principes  &c  les  réglés  fe 
icomportent  à  l’endroit  de 
leurs  concrets  ;  Et  il  faut  re¬ 
marquer  d’auantage,  que  la 
troiliéme  façon  d’application 
fe  diuifeenneufefpeceSjdcnt 
la  première  eft  touchant  la 
première  figure,  &c  la  fécondé 
touchant  la  fécondé  figure, &: 
la  troifiéme  touchant  la  troi- 
fiéme,  3c  la  quatrième ,  tou¬ 
chant  la  quatrième  figure.  Et 
la  cinq,uiéme  efpece  d’appli¬ 
cation-  de  la  quefiion  a  fon 
lieu  5  efi:  touchant  la  Combi¬ 
nation,  des  principes  &:  des 
réglés.  La  fixiefme  eft  tou- 
chantilfi^  réglés ,  Lafeptième 
eft  touchant  les  neuf  fujets, 
La 


Cahalipique.  2  3 1 
La  huidiefme  efpece  d’appli» 
cation  des  qiieftions  à  leurs 
lieu,  eft  touchant  les  quidi- 
tes  ou  les  hecceites  des  çenc 
formes.  Et  la  neufiefme  ef¬ 
pece  eft,  touchant  les  que- 
ftions ,  dans  Jcfquelles  il  faut 
roLitesfois  remarquer,  queîe- 
Ion  la  façon  des  queftions,ou 
de  la  queft'ion ,  on  applique 
les  termes  fuiuanr  qu’il  leurs 
conuient  :  comme  par  ex¬ 
emple  ,  fi  la  matière  de  la 
queftion  conuient  à  la  pre¬ 
mière  figure ,  que  nous  la  luy 
appliquions  ,  afin  que  Ion 
trouuela  folutiô  de  la  queftiô 
dâs  le  texte  de  la  figure, de  tel 
le  forte  en  afHtmat  ou  en  niâc 
qucle  texte  demeure  fans  le- 
fioîi:  &:  comme  nous  auons 


m 


131  Lepeîit  Oeuure 

exemplifié  cecy  de  la  premiè¬ 
re  figure  ,  de  mefme  penfe 
que  nous  auons  exemplifié 
des  autres  à  leurs  mode ,  SC 
que  cecy  fiifüre  de  I  applica¬ 
tion  à  caufe  de  briefuetc. 


Partant,  6^c* 

m 


[ahariflique,  253 

LE  T  R  O  ISIEME 

ET  dernier 
T  R  A  I  C  T  e', 

SJî  âu  'moyen  à  /i fin  recher¬ 
chée  en  cette  fi fitencc^ 

St  premièrement  des 
dites  des  fiormeSt 

Chap.  I. 


Arce  que  la  nature 
de  chaque  genera- 
ble&  corruptibles 
la  puiirance  ,  premièrement 
defeparcr  les  parties  de  cha¬ 
que  corruptible  :  Seconde¬ 
ment^  d  amaffer  lea  parties  de 
m  ïj 


ij4  Lepetît  Oeuure 
chaque  generable  :  commeil 
eft  iTianifeite  en  toute  géné¬ 
ration  &:  corruption  -,  les  eau- 
fes  defquelles  sot  l’inimitié 
l’amitié  :  car  l’inimitié  dans 
les  chofes ,  eft  la  caufe  delà 
priuation  desformes  dufujet, 
ÔC  l’amour  kü  caufe  dedeur 
vnion  auec  luy  :  car  ce  que 
l’amour  engedre  5e  vnit  c  eft 
le  compofé  de  matière  5e  de 
forme,  8e  cecy  arriue  dans  les 
chofes  fenfibles  ordinaire¬ 
ment.  Partant  comme  fe  co- 
portent  les  chofes  fenfibles 
dans  la  génération  Se  corru¬ 
ption  ,  de  mefme  fe  compo-r- 
tent  les  chofes  intelligibles 
dans  la  cognoilTance  ou  l’in- 
celleétion,  à  caufe  dequoy  la 
fcience  ne  fengendre  point 
en  nous ,  que  par  la  corruptiô 


Cahaliflicjue,  135 
de  l’ignorance  :  car  chaque 
chofe  fe  corrompt  par  la  le- 
paration,  Scf’engendreparle 
ramas  3  dequoy  il  apparoift 
que  la  fcience  ne  f  engendre 
en  nous  que  par  i’vnion  de  la. 
maieure  extremité  auec  la  mi¬ 
neure  par  le  moyen  de  demô- 
ftration ,  qui  ell:  le  ce  que  c  eft 
mefme'.car  il  le  faut  recercher 
félon  la  doctrine  diuifiue,la^ 
quelle  eft  femblable  à  la  répa¬ 
ration  par  apres  félon  la 
côpofitiue ,  qui  eft  tres-fem- 
blable  àl’agregatiôj  à  laquelle 
certainemet  f’éfuiura  en  nous 
la  cognoifsace  de  ce  que  c’ell; 
par  ce  que  la  feparation  de 
IVn  eft  la  conion<ftion  de 
l’autre:  qui  eft,  parexemplç. 
Si  l’homme  n’eft  pas  irraifon- 
nable  >  il  f'enfuit  qu’il  eft  rai- 
m  ii; 


Le  petit  Oeuure 
fonnable  ,  eftanc  manifefte 
qu’il  eil:  animal ,  par  ce  qu’il 
a  lefentimcnt  :  or  eft-il  que 
tout  fenfibie  cil  animal ,  par¬ 
tant  il  eft  manifefte  quel’hô' 
meeft  animal  raifonnableou 
raifonnable  dircurfible.  Par¬ 
tant  il  eft  nmnifefte,  que  pour 
rechercher  le  ce  que  c’eft,il 
eft  neccftaire  de  fc  feruir  pre¬ 
mièrement  de  fcience  diui* 
liue  :  Et  par  ce  que  le  ce  que 
c’eft,n  eft  que  la  définition, ôc 
toute  définition  dit  feulcmét 
le  que  c’eft  que  l’eftre  de  la 
choie,  SC  tout  l’eftre  de  la 
chofe  vient  de  la  forme ,  il 
f’enfuit  que  ladefinkion  n’eft 
que  la  forme:  mais  toute  la 
forme  de  la  chofe ,  eft  fa  qui- 
dité  j  II  S’enfuit  que  le  ce  que 
c’efticft  la  quidité  delà  chofe: 


Cabalifticjue.  2.37 
partant  il  eft  man  ifefte  que 
par  la  V raye  cognoifTance  du 
ce  que  c’eft,  il  eft  expédient 
d’abiliaire  ia  forme  de  la 
chofe  mefme  :  6c  il  faut  com¬ 
mencer  par  le  plus  cogneu  de 
rentendement ,  &  ce  n’eft  au¬ 
tre  chofe  que  l’ellre ,  fade  de 
la  forme  duquel  eft  l’elTence. 
L’efTence  eft  donc  l’afle  6c  la 
perfedion  de  l’eft-re,  à  raifon 
dequoy  i’eftre  ne  faid  que 
l’eftrejôc  partant  l’cftre  eft  in- 
feparabledes  chofes.  LVnité 
eft  fade  6c  la  perfedion  de 
IVn,  à  raifon  dequoy  Tvn  ne 
fait  quVn  :  car  il  l’enfuit  que 
d’vn  en  tant  quVn  ,  n’en  pro- 
uient  qu’vn  :  car  de  là  il  eft 
manifefte  que  l’vnité  eft  la 
caufe  de  la  compofition  ‘.l’op- 
pofé  de  laquelle  eft  la  multi- 


Lepetit  Oeuure 
tu  de ,  à  caufe  d  equoy  la  mul¬ 
titude  efl  toujours  diuifibîe, 
Tvnité  eft  indiuifible  touf- 
iours,  d’où  il  répugné  à  la  na¬ 
ture  diuinc ,  de  dir^e  que  l’vni- 
té  efl  diuifible,  en  tant  quelle 
cil  vne  vnité  fimple  j  Partant, 
&:c.  d’où  il  apparoift  aufTi  que 
i’eftant  f’cnonce  de  quelque 
firnpic,mais  non  pas  de  tout, 
5e  f’enoncc  auffi  de  l’vn,  mais 
non  pas  de  tout  vn ,  mais  il 
f  énoncé  toujours  du  mixte, 
5c  de  tout  mixte,  &  de  tout 
compofé,  félon  le  prieur  &: 
pofterieur,  qui  eft  par  ce  qu’il 
fenonce  pteniiereîtient  du 
fimple,  5c  par  apres  du  mixte. 
Et  ils’enonce  premièrement 
de  l’vn  ,  ôc  par  apres  de  plu- 
fleurs  ,  3c  partant ,  dans  ces 
termes ,  l’entendement  hu- 


[ahalifticfue,  239 
itiain  ,  perfeàionnefonac- 
quifition  ,  en  conceuant  que 
le  iimple  eft , ce  dont  leflrc 
cft  feulement  vne  nature 
con-femblable,  que  touc 
ce  qui  eft  entité, eft  eftanr,  par 
l’entité  i  Autrement  rencité 
neferoiepas  l’aétedel’eftant, 
à  railan  dequoy  l’eltâtme  fait 
que  Teftant  :  ôc  il  faut  fçauoir, 
qu’vn,  &:plu{ieurs  :1e  (impie 
&  le  compofé  ,  font  oppolez 
par  relation,  SCC.  Or  des  qui- 
dites  des  autres  parties  de  fe- 
ftre  :  comme  du  vray,  du  glo¬ 
rieux, Sc  des  autres, il  en  a  ellé 
amplemêt  traidé  dans  le  pre¬ 
mier  Traité  abftraéliueméc 
&  concretiuement  :  partant, 
il  faut  recoifrk-là.  Car  apres 
lèboiîjfvn,  feftant,  lelim- 
pk  jlâ  nature  f  enfuit ,  dons 


t40  Oeuure 

labitraid  eft  la  natuixité , ou 
la  nacuL-ali\té  ,  (]^ui  ell:  l’ade 
laperfedion  de  la  nature  J  à 
raifon  dequoyj  la  nature,  ne 
fait  que  la  naiure  :  ou  c’elt  la- 
de  3c  la  perfedion  de  la  cho^ 
le  naturelle ,  à  raifon  dequoy 
lachofe  naturelle,  nefait  que 
la  chofe  naturelle;  à  caufe  de-* 
quoy  ,1a  nature  ell  le  princi¬ 
pe  Se  la  caufe  du  mouuemenc 
Se  du  repos ,  de  celuy  dans  le¬ 
quel  elle  eft  par  foy  ,  Se'noa 
par  accident ,  félon  la  voye. 
d’Ariftote.A  laquelle  nature, 
lafubftance  s’en  enfuit,  qui 

eft,  parce  que  toute  fubftance 
eft  nature  :  mais  touresfois,. 
toute  nature  n’eftpas  fubftâ- 
ce ,  comme  il  eft  manifefte, 
de  la  nature  I>iuine  i  Car  la 
fubftaixtieicé  eft  i’ade  Se  la 


Cdhaliftique.  14A 
perfcdion delà  fubll:ance>  à 
raifon  dequoy  ,  la  fubftance 
ne  fait  que  la  fubUance  :  la 
fubftance  efl  donc  toute  la 
bonté  delà  chofe  ,  ileftina- 
nifeJ(le,parceque  la  fubftan- 
ceeftant  defpouïllée  de  tous 
accidents  5  eft  encore  bonne> 
ce  qui  ne  feroit  pas  fi  la  fub- 
fiance  n’efloit  toute  la  bonté 
de  la  chofe ,  &:  tout  le  bon  ne 
feroit  à  la  chofe  :  partantj&:c, 
&:  la  fubflantieté  a  fes  corré¬ 
latifs  ,  fans  lefquels  elle  n'efl 
rien ,  à  fçauoir  ,  Icfubftantia- 
tifjle  fubftantiable  i  Si  le  fub- 
flantier ,  qui  eft  aufH  deduifi- 
ble  par  tout  les  principes  àc 
les  réglés  :  comme  la  bonté 
eft  deduifible,  ôcla  grandcLiiv 
Sc  les  autres, 8ccj  l’initieité  eft 
Taéte  de  l’initié  >.  à  taifon  dé¬ 
ni  vj 


5,42»  Lepetit  Oenure 
qt^ov ,  l’initié  ne  fait  que  l'i¬ 
nitié.  Le  commencement 
cH  donc  ce  qui  précédé  tou¬ 
tes  chofes>&  rien  n'eft  deuant 
luy  :  D’ourinitiatif,  l’initia*^ 
ble,&:  l'initier , font fes cor¬ 
rélatifs,  fans  lerqnels  il  ne 
peut  eftre  la  caufeïté  ,  ou  la 
Caufalitéeftraéteôc  la  perfe- 
élion  de  la  caufe ,  à  raifon  de- 
quoy,  la  caufe  ne  fait  que  là 
caufe:  ou  ne  fait  que  le  eau- 
fé  ;  tout  fon  elîre  eü:  dans 
fes  corrélatifs ,  comprenant 
quatre  fortes  de  caufes,La  nCf 
eeiîîeité. ,  ou  ncceflîté ,  efl 
îaéle  8c la perfeélion  du  ne- 
cefïàircjà  raifon  dequoy,lc 
ïiecclTaire  ne  fait  que  le  neccC 
faire.  Orleneceflairectt  ,  ce 
dont  l  eflre  elliminuable,&a 
Êes  corccUcifSâ  dans  lefqa^» 


(ahaliflicjue.  4^45 
fôri  eftre  efl:  compris.  L’indi- 
uifieité  ou  rindiuilibilité ,  efl 
Fade  &la  perfedion  de  l’in- 
diuis  5  à  raifon  dequoy  Tindi» 
uis  ne  fait  que  l’indiuis  :  Ot 
i’indiuis  eft  vn  eftanc  de  Fe- 
flrc ,  duquel  rien  n  efl ,  ny  ne 
•peut  eftre  retranché ,  8£  a 
corrélatifs  effentiels,  fanslef- 
quels  il  ne  peut  eftre  ,  à  fça- 
uoir  l’indiuifif  >  l’indiuifible, 
Bc  rindiuifer.  L  elementieïté, 
eftl'ade  U  la  perfedion  de 
lelement ,  à  raifon  dequoy, 
Feignent  né  fait  que  Felc- 
ment  :  ôc  sl  fcs  corrélatifs  ef- 
fentiels ,  à  fçauôk ,  1  elemen- 
tarif,  Felementahle ,  èc  Felo- 
menter.  Or  Felemcnt  eft  visi 
tftant  ,  dans  l’eftrc  duquel^ 
toutes  chofes  fe  refoluent,  St 
luyjaê  le  refait  éâtiea.  L'i^ 


Z4A  Le  petit  Oeuure. 
dentité  eft  Fade  Sclaperfe- 
£bion  du  mefme ,  à  raifon  dc- 
quoy ,  le  niefme  ne  fait  que  le 
mefme:  le  mefme  eft  donc 
i’eftanc  ,  donc  l’eftre  ne 
fait  rien  par  deffiis  vn ,  que 
la  relation  :  Sc  a  fcs  corré¬ 
latifs  5  à  fçauoir  fidentita— 
tif  5  fidentitable  ,  Ôcfiden- 
titer  .  La  limilitudineité , 
eft  fade  8c  la  perfe(ftion 
du  femblable ,  à  raifon  de- 
quoy ,  le  femblable  ,  ne  fait 
que  le  femblable  :  Or  le  fem¬ 
blable  eft  vn  eftant  j  doiK  l’e- 
ftre  ne  dit  qu’vne  relation 
d’equipatencô,  8c  a.  fes  cor¬ 
rélatifs  eftentiels  ,  à  fçauok 
le  fiinilatif,  le  fimilable,  Sc 
le  ftmiler.  La  primisïtéeft 
fade  &:  la  perfedion  du  pre- 
ïïiier,  à  raifon  dequoy,Jepre- 


Cdhaliflique. 

miel*  ne  fait  que  le  premier. 
Or  le  premier  eft  vn-  eflant, 
dont  Teflre  n’a  point  de  fupe- 
rieur,  8e  a  Tes  corrélatifs  ,  le 
primitif,  le  primitible,  ôe  le 
primiter.  La  potcntieït^é ,  eft 
lade  de  la puiftancc:  àraifon 
dequoy  ,  la  puiirance  f^ft 
.  quelapuiftance:  la  puifïance 
eft  doc  vn  eftant,  dont  l’eftte 
^  eft  pour  agir  ôepatir  indifferé- 
xnent,8e^fes  cor  relatifs, à  fça- 
uoirlepotêtiatifftepotétiable 
8c  le  potentiel*.  L’adiueïté  eft 
l’ade  Se  la  perfedion  de  la- 
Qué ,  à  raifon  dequoy,  ladué 
ne  fait  queladuéi  l’aduéeft 
donc  Teftant ,  doncl’eftre  eft 
complet  félon  foy,  8e  fes  cor¬ 
rélatifs  font  manifeftes  :  La 
q^uantité  ou  la  quantieïté  eft 
Tade  du  quanc>  à  raifon  dw-» 


1^  6  Le  petit  Oefiure 
iguoy  le  quant  ne  fait  que  le 
quant ,  &  a  Tes  corrélatifs ,  à 
fjauoir  le  quantitatif,le  qurn- 
«table,  St  le  quantiter.  Or  le 
quant  eft  vn  ellant  diuif  ble  à 
l’infiny  :  la  qualité  ou  la  qua- 
îieïté  eil  l’ade  duquel  ,  à  rai^ 
fon  dequoy  le  quel  ne  fait 
que  le  quel ,  dont  les  corréla¬ 
tifs  font  le  qualificatif,  le  qua- 
lifiable  &  le  qualifier.  La  rela- 
tiuieiTé  ou  la  relatioicft  l’aélc 
du relaté,àraifon  dequoy  le 
relaté  ne  fait  que  le  relaté.  Oir 
le  relaté  eft  ^n  eftanr, ,  dont 
Teftre  dit  vn  rapport  à  vn  au¬ 
tre,  &  a  le  relatif  ou  refertif, 
le  refertible ,  Sc  le  référer  :  La 
perfedicïcé  eft  Taéte  dupar*- 
faid ,  à  raifon  dequoy  le  par- 
faid  ne  fait  quo  h  parfaid^ 
dont  les  relatâs  font  k 


Cabaliftique.  147 

fedif ,  le  pcrfe61:ible,&:  le  per- 
fe£tionner.  Or  le  parfaid, 
c’eft  vn  eftant,  dans  l’eftre  du¬ 
quel  font  toutes  les  perfe- 
6tions.  La  finieïcé  efl  l  afte 
dufin’y,  à  raifon  dequoy  le 
finy  ne  fait  que  le  finy ,  dont 
les  corrélatifs  font  le  finicif, 
le  finible,&;  le  finir. Or  le  finy 
cçftvneftant,  l’ellre  duquel 
,  eft  compris  dans  certains  ter¬ 
mes  &  bornes.  La  coteïtéou 
la  totalité  eft  fade  du  tout ,  à 
raifon  dequoy  le  tout  ne  fait 
que  le  tout  :  Or  le  tout  c’eft 
vn  eftanCjàfeftre  duquel  rien 
ne  manque>&:  a  fes  corrélatifs 
fçauoir  le  totatif,  le  totable  6c 
le  toter.  La  diminueïté  eft 
l’ade  du  diminué ,  à  raifon 
dequoy  le  diminué  nefait  que 
le  diminué.  Or  le  diminué 


14S  Le  petit  Oeuare 

c’eft  vn  eitantj  duquel  leflrc 
eft  imparfait ,  Sc  a  tes  corréla¬ 
tifs  ,  à-fçauoir  le  diminutif,  le 
diminuible,  &c  le  diminuer, 
La  gencreitc*  ou  la  générali¬ 
té  efl  l’aéle  du  genre,  à  raifon 
dequoy,  le  genre  ne  fait  que 
k  genre  :  Or  le  genre, celt  vn 
elfant  dont  l’edre  comprend 
plufieursefpeces,ac  afes  cor¬ 
rélatifs,  àfçauoirle  generali- 
iicatif,  legeneralifiable,  &le 
generalifier.  La  fpecieïté  ou 
la  fpecialité ,  eft  l’aéle  de  l’ef- 
pece, à  raifon  dequoy  ,  Tefpe- 
cene fait  que  l’efpece  :  Or 
1  efpece ,  c  eft  vn  eftant,  donc 
l’eftre  comprend  les  indiui- 
dus  d Vne  nature  ;  bien  qu’il  y 
ait  quelque  efpece,  dont  le- 
ftre  comprend  vn  feul  indi- 
uidu,&:  eft  égalé  auecluy:. 


Cahafifli^ue.  2.4-9 

comme  le  contenant  auec 
Ton  contenu:  comme  le  lo- 
leil&:  l’Ange.  L’indiiiidueité 
ou  l’indmidualité,  eft  I  ade  Sc 
laperfedion  de  Tindiuldu ,  à 
raifondequoy  l’indiuidu ,  ne 
fait  queTindiuidu.  OrTindi- 
uidu  c’eftvn  eftant,  l’eftredu- 
q,uel ,  ell  éloigné  du  genre  de 
la  derniere  dilbnce  ,  &:  a  fes 
corrélatifs  elfentiels  ,  à  fça- 
uoir  l’indiuiduatif ,  l’indiui- 
duable,&rindiuiduer.La  per- 
fonneïté  ou  la  perfonnalité^ 
eltl’adeôcla  perfediondeU 
perfonnc, àraifon  dequoyla 
pcrfonne ,  ne  fait  que  la  per- 
fonne:  Orlaperfonneeft  va 
eftant ,  l'eftre  duquel ,  eft  vnc 
fubftance  indiuiduë  delana- 
ture  raifonnablê.  Se  a  Tes  cor¬ 
rélatifs  cogneus.  L’hecceué 


150  Le  petit  Oeunre 
ell laÊle  de  c’eftuy-cy ,  à rai^ 
fondequoy  ,  c’eiiuy-cy  ,  ne 
fait  que  ceftuy-cy  :  Orc’e- 
ftuy-cy  c effvn  eftant , leltre 
duquel  j  demonftre*  quelque 
chofe  ,  &:  il  a  l’heeceiratif, 
l’hecceitable ,  &:  l’hecceiter, 
qui  font  fes  corrélatifs.  L  ali- 
cité  eft  fade  formel  de  l’au¬ 
tre:  par  lequel  l’autre,  ne  fait 
ou  ne  produit  que  F  autre  :  Ce 
l’autre ,  c’eftvn  eftant ,  donc 
l’eftre  eft  ftngulier,&a  fes  cor¬ 
rélatifs ,  Falieitatif,  Falieita- 
ble, ôeralieiter.  La  fubftan- 
tantieicé  eft  Fade  formel  du 
fuftentant,à  raifon  dequoy, 
le  fuftentant,  ne  fait  que  le  fu- 
ftentant  :  Or  le  fuftentant  eft 
vn  eftant ,  Feftre  du  quel,n’eft 
n’y  dans  vn  fujetm’y  ne  fe  dit 
d’y  nfu j et,  &:  a  fes.  correJatifs, 


CahalilUcfuel  151 
le  fuftentatifje  fuftentable,&: 
lefuftéter.  L’aceidentieicéou 
l’accidentalké  ^  eil  i’afte  de 
l’accident  jà  raifon  dçquoy, 
l’accident ,  ne  fait  que  l’acci¬ 
dent  i  Or  l’accident  c’eft  vn 
eftant ,  l’eftre  duquel ,  f atta¬ 
che  à  la  première  fublbnce, 
ou  c’eft  vne  v^rtu  née  de  la 
fubllance ,  &:  afes  corrélatifs, 
faccidentatif,  l’accidentable, 
l’accidenter.  L’agieitéeft 
Fade  de  l’agent ,  a  raifon  de- 
quoy ,  l’agent ,  ne  fait  que  l’a¬ 
gent:  Or  l’agent, c’eft  vn  eftâc 
l’eftre  duquel,fe  meut  par  la 
fin,  8c  a  fes  corrélatifs ,  à  fça- 
uoir  ragieitif,l’agible,  ôc  l’a- 
gir.L’adueité  eft  l’afte  del’à- 
Êtuéjà  raisô  duquelft’a^ué  ne 
fait  quel’a^uéiorl’a^uéjC’eft 
vn  eftantjl’eftre  duquel>eft  en 


2.52'  Lepeîît  Oeuure 
fon  eftre  parfait ,  &c  a  l’adua- 
rif J l’aduablcj &  laduel.  La 
paffiuieité  ou.paiTibilité ,  efl 
ra6te  du  paty^à  raifon  duquel 
lepaty.nefait  quelepatyjOr 
le  paty,  c’eft  vn  eftant ,  l’cflre 
du.quel  ,  efl  toufiours  réce¬ 
ptif,  èc  a  fes  corrélatifs, 
à  fçauoir  ,  le  pa/Tif ,  le 
paffible  ,  &  le  patir.  L’ha- 
bitueité  ou  l’habitualité  ell 
l’adle  de  l’habitué,  à  raifon 
dequoy  l’habitué  ne  fait  que 
l’habitué  :  1  habitué  efl:  donc 
vn  eftant  ,  l’eftre  duquel  eft' 
acquis  &:  a  l’habituaiif,  l’ha- 
bituable,  ôc  l’habituer.  Lafci- 
tueité  eft  fade  du  fcitué,à  rai¬ 
fon  dequoy  le  fcitué  ne  fait 
que  Icfcitiié.  Or  le  fcitué  eft 
vn  eftant,  dans  l’dftre^duquel 
ilyavne  droide  pofitionde 


Cabitlifticjue.  2.55 
toutes  Tes  parties ,  &c  le  fit  ua- 
tif,  le  Lituable  Sc  leTcituer, 
qui  font  Tes  corréla;  ifs  intrin- 
feques.  La  temporeité  ou  la 
temporalité  eft  l’aélcdutêps, 
âraifon  dcquoy  le  ten>ps  ne 
fait  que  le  temps  :  le  temps 
eft  dont  vn  citant ,  l’eltre  du¬ 
quel  elt  la  mefure  du  mouue- 
mentj  ou  le  nombre  du  mou- 
uement,  8c  a  les  corrélatifs  ,  à 
fçauoir  le  tempoiacif,  le  tem- 
porable,  8c  letcmporer.  La 
môtiuité  ou  le  mouuements 
eltlaéte dumeu,  à raifon  de- 
quoy  le  meu  ne  fait  que  le 
meir.le  meu  elt  donc  vn  eftâta 
Teltre  duquel  eu  partie  dans 
le  terme  duquel ,  partie  dans 
le  terme  auquel ,  èc  elt  diuili- 
ble  en  partie,  qui  fe  meut  par 
foy,  ôc  qui  eft  meuë  par  ioy? 


^54  Lepeut  O&uure, 
èc  a  fes  correlatifsjà  fçauoir  le 
motif, le  mobile,  le  moU' 
uoir.  La  loceité  ou  localité, 
eil  l’aéle  du  lieu , à  raifon  de- 
quoy  le  lieu  nefait  que  le  lieu: 
le  lien  eft  donc  vn  eftant ,  l’e- 
fltx  duquel  eft  vne  fuperficie 
qui  enuirône  leplacéi  Sc  a  fes 
corrélatifs, à  fçauoir  le  collo- 
catif,le  collocable,&:le  collo¬ 
quer.  La  vacLieité  eft  l’aéte  du 
vuide,à  raisô  dequoy  levuide 
îiefaitquelevuide:or  le  vui- 
de  elt  vn  eftantjl’eftie  duquel 
elfvncfpace  priué  de  corps, 
a  fescorrelatifsjà  fçauoir  leva- 
cuatif,le  vacuable  le  va- 
cuer.'L’inflindueité  eftlade 
de  l’inJdinét,  à  raifon  dequoy 
l’indinél:  ne  fait  que  rmftinél, 
&:  a  fes  corrélatifs  cogneus ,  à 
fçauoir ,  l’inâinétuificatif  , 


Cabaliflique,  ire 
.  i’infl-in^lui fiable  &  l’mftin- 
<^uifier.  L  appeciuicé  efi;  la- 
«ae  de  l’appetit,  àraifonde- 
quoy l’appecic nefair  que lap- 
petic .  Or  l’appeté.  c’efi:  vn 
ellanc  ,I  ellre  duquel  meut  la 
pLiifiance  a  1  obic6l ,  dans  le¬ 
quel  elle  le  repole  naturelle- 
menj;,  a  Tes  corrélatifs  ef- 
fentiels ,  a  fçauoir  l'appetitif, 
lappetiblé,  &  l’appeter.  L’al¬ 
teration  efi:  l’ade  de  ialterc, 
à  raifon  dequoy  ralteré  ne 
fait  que  l’aiieré  :  Or  l’aiteré 
c  efi:  vn  effant ,  1  cftre  duquel 
efi:  touchable,  &  a  Tes  corré¬ 
latifs  ,  à  fçauoir  ralterarif,  l’al- 
terable,  &:  l’alterer.  L’actra- 
heïré  ou  Tattradion  efi  fade 
de  1  attiré,  à  raifon  dequoy 
1  attiré  ne  fait  que  l’attiré.  Or 
i attiré  c  efi  vn  efiant,  iade 


g  Le  petit  Oetiure 

duquel  fait  repofer  l’attirant, 

&C.  A  les  correlatils ,  à  tçauoir 
l'attiaaif ,  l’attraatble  &:  l’at¬ 
tirer.  La  receptiuieité  ou  la 

teceptruitéeft  latte  du  receu, 

a  raifon  dequoy  le  receu  ne 
fait  que  le  receu.  Or  le  receu 
c’eft  vn  eftant ,  l’eftre  duquel 
confifte  en  auttuy  ,  8C  a  les 
corrélatifs,  à  fçauoir  le  réce¬ 
ptif,  le  receptible,  SC  lerece- 
uoir.  La  plenieité  ou  pléni¬ 
tude  eft  l’atte  du  plein ,  à  i_ai- 
fon  dequoy  le  plein  ne  fait 
queleplein.  Or  le  plein  c  eft 
vn  eftant,  l’eftre  duquel  répu¬ 
gné  au  vuide  Scafes  corréla¬ 
tifs,  à  fçauoir  l'inipletif,  1  im- 

pletible,8cl’empljr.  Ladit- 
fufîeitéouladiffulioii  eft  la¬ 
tte  du  diffus,  à  raifon  dequoy 
le  diffus  ne  fait  que  le  diffus. 

Or  le  diffus  c’eft  vn  eftant. 


Cahaliflique. 

■i  eftre  duquel  eil  eflendu  du 
premier  au  dernier  inclu/iue- 
iîienc,&  a  Tes  correladfs^a  fca- 
uoirle  didufif,  le  difFu/ibîe, 
&  le  dilFufer.  La  digeftieité 
oüdigeflioneltla  perfedion 
&  Fade  du  digeflej  à  raifon 
dequoy  le  digede,  ne  fait  que 
le  digedc  :  Or  le  digede,  c’eft 
vn  edant  ,  l’cdre  duquel  ed 
mixte,  &  afes  corrélatifs ,  à 
fçaiioir  le  dïgedif ,  le  digedi- 
ble,  Sc  le  digérer.  L’expulii- 
uieité  ou  lexpulfion^edia- 
de  dePexpuiré  J  à  raifon  de¬ 
quoy  ,  l’expulfé  ne  fait  que 
lexpulfé  :  L’expylfé  eddonc 
vn  edant  meu  parautruy  ,  de 
fon term€  propre,  au  terme 
€dranger,ou  du  terme  dans 
lequel  il  ed  au  termes  dans  le- 
■qnd  il  n’edoitpasi&a Les  cor. 


258  Le  petit  Oeuure 

relatifs,  à  fçauoir  l’expulfif, 
rexpulfible-  ^  1  expulfer.  La 
fignieité  ou  la  fignation  ,  elt 
lade  dufigne^à  raifon  de- 
qiioy,  le  figne  ne.  fait:  que  le 
ligne  :  Or  le  figne  eil  vn  eltâc 
l’elh-e  du  quel ,  eft  indicatif  de 
fon  figné ,  ftd  a  fes  corrélatifs, 

à  fçauoir  lelignificatif  5  leli- 

gniliable  ,  Se  le  lignifier.  La 

pulchrieité  ou  beauté,  eft  l’a- 
ae  du  beau  ,  à  raifon  dequoy 
le  beau  ne  fait  que  le  beau: Or 
le  beau  c’eft  vrueftant ,  1  eftre 
duqueljplaift  a  tous, Se  eft  ay- 
nié  de  tous ,  &c  a  fes  corréla¬ 
tifs  ,  le  pulç^rificatif ,  le  puL 
chrifiable  ,  Se  le  pulchrifier. 
L’antiquieicé  ou  ranciquicé, 
eft  Tade  de  l’ancien  ;  à  raifon 
dequoy ,  l’ancien  ne  fait  que 
lancien:  O r  l’ancien  c’eft  vn 


Cahaliftiqus» 

eftancj  eftre  duquel,  précédé 
-toutes  choies ,  &  a  Tes  corré¬ 
latifs,  l’antiquificatif,  l’anti- 
quifiable,&;  i’antiquificr.  La 
noLieité  ou  nouueauüé,  ell:  fa¬ 
de  ôc  la  perfedion  du  non- 
ueau,  à  raifon  deqiioy  lenou- 
ueau  ne  fait  que  le  nouueau: 
Ürle  nouueau  ,  c’efl  vn  eftat, 
l’eftre  duquel ,  ell  apres  qu’il 
n’a  pas  ellé,&:  afes  corrélatifs 
le  nouificatif,  le  nouifiable,&: 
lenoniher.  L’ideité  eftl’ade 
de  Tidee ,  à  raifon  dequoy, l’i¬ 
dée  ne  fait  que  ridéed’ idée  eft 
donc  vn  ellant,  l’eftre  duquel 
cft  imprimé  dans  la  matière, 
8c  a  Tes  corrélatifs  intrinfe- 
queSjl’ideifiçatif ,  l’ideifiable, 
&i’ideifier.Lamathematiqui- 
cité  ou  iamathematique  eft 
fade  duMathematique,à  rai-- 
'  n  iij 


zSo  Le  petit  Ocutire 
fon  dequoy  leMathematique- 
ne  fait  que  le  Mathématique’ 
Gr  la  Mathématique,  c  eft  vu 
eftant ,  l’efti-e  duquel ,  eft  vue- 
forme  abftraide  du  mouuc- 
ment  j  U  a  fes  ccrrreiatifs  co- 
gneiis  J  lematiiematificatifde 
inathematifiable,&:  le  mathe- 
matiher.  La  punftieiré  ou 
pundfualité  ,  eft  fade  du 
poind,  à  raifoii  dequoy ,  le 
poind  J  nefait  que  lepoind: 
Or  le  poindc’eft  vu  eftant, 
l’eftre  duquel,  eftindiuiftble. 
Etc  eft  le  commencement  de 
la  ligne ,  Sc  a  fes  corrélatifs,  à 
fçauoir  le  punduifteatif  ,  le 
punduifiable,  Scie  pondui- 
fier.  La  ligneitc  eft  la- 


CahaUHicjue»  i&i 

vne  grandeur  cognuè  feule¬ 
ment,  comprife  entredeux 
points.  Latriangulieité,  eft 
l’adedu  triangle,  àraifon  d^- 
quoy ,  le  triangle  ne  fait  que 
le  triangle:Or  le  triangle  c’eft 
vneftant,  l’eftre  duquel,  ell 
compris  par  trois  ligaes  ter¬ 
minées  par  trois  points:  doc 
les  corrélatifs  font  le  triangu- 
latifjle  triangulable,&;  le  tria- 
guler.  Lequadrangle  pareil¬ 
lement  a.fon  abflrait ,  qui  eft 
la  quadranguleité ,  qui  eft  fon 
aâ:e ,  à  raifon  dequoy  le  qua- 
drangle  ne  fait  que  le  qua- 
drangle ,  &:  a  fes  corrélatifs, à 
fçaiioir  le  quadrangulatif ,  le 
quadrangülable  ,  &:  le  qua- 
dranguler.  La  circuleitéou 
circularité  ,  eft  l’aéte  du  cer¬ 
cle,  à  raifon  dequoy  le  cercle  - 
n  iiij 


t6t  Le  petit  Oeuure 
ne  Fait  que  le  cercle  :  Or  le 
cercle  c’elt  vn  eftanc  ,  Teflre 
duquel ,  efl  compris  par  vne 
ligne  circonferipte  au  centre, 
duquel  à  la  circonférence,  on 
tire  des  lignes  égalés  ,  8c  a  fes 
corrélatifs,  à  Fçauoir  le  circü- 
latif ,  le  circLilable  ,  8c  le  cir¬ 
culer.  Lacorporeitéeft  lade 
du  corps ,  à  raifon  dequoy,  le 
corps  ne  fait  que  le  corps:  Or 
le  corps  c  ’eft  vn  eftanr,  l’eflre 
duquel,  eft  compris  par  trois 
dimenfions ,  SC  a  fes  correLv 
tifsjà  fçauoirle  corporatif,  le 
corporable,  8c  le  corporer. 
La  figureité  ou  figuralité ,  eft 
Fade  du  figuré ,  à  raifon  de¬ 
quoy  ,  le  figuré  ne  fait  que  le 
figuré:  Or  le  figuré  c’eft  vn 
eftant ,  l’eftre  duquel  eft  ima« 
ginable,  Sc  a  fes  corrélatifs, 


(^(xbalijlique,  16^ 
le  figuratif,  le  figurable ,  &:  le 
figurer.  La  rediuieité eft  la- 
6tc  du  droict,à  raifon  dequoy 
le  droit  ne  fait  que  le  droit,&: 
nouspouuons  dire  au  lieu  de 
la  re£tiuieité,la  reftualicé:  Or 
le  droit  c  efi  vn  eftant ,  fefire 
duquel  ,  fe  mefure  par  vne 
éi'oite  ligne ,  a  Tes  corréla¬ 
tifs  .  le  rcdifj  le  redible ,  6<:le 
reder.  La  mondruoficitéou 
monftruofité ,  efi:  l’adle  du 
monftrueux, à  raifon  dequoy 
le  monftrueux,  ne  fait  que  le 
monftrueux /.  O t  le  inon- 
ftrueux,  c’eft  vn  corps  animé, 
l’eftre duquel  ,  manque  en 
quelque  terme  de  la  nature, 
fcîon  feftre  .  de  fon  efpcce, 
toufiours  6c  ordinairement, 
6c  a  fes  corrélatifs  ,  le  mon- 
ftruofificatif,  le  monftruoii; 


ié4  O'euure 

fiable  ,  le  monftruoMer., 
Et  ii  finit  remarquer  brieue-. 
naerit  que  tous,  les  abftraits  de- 
chaque  concret  ^  ou  hecccité 
fe  forme  du  génitif  de  fon  cô-; 
cret  ,  comme-  par  exemple  ; 
l’ombrofum  ,  vmbrofi ,  ad-, 
jouftéj  eicc  ,  fe  forme  fom-. 
brofeité  ;  qui  eft  i’afle  del’ôi». 
bragéjà.raifonde.quoy ,  rom-, 
bragé  ne  fait  que  l’ombrage; 
Or.  l’ombragé  c ’cff  vn  corps, ^ 
l’eflre  duquel  eft  opaque 
afes  corrélatifs  intrinfeques,; 
à  fcauoir  rombrohiicatif ,  l’o-., 
brofiftable,  &c  l’ombrofider.' 
Et  commeon  a  donné  exem¬ 
ple  de  la  formation  de  l’ab-^. 
îltait  de  l’ombragé ,  demef- 
me,.eftimeque  j’en  a.y  donné 
des  autres  concrers:&:  partât, . 
il  faut  remarquejtqueiesau-: 


(alat/Jri^ue,  lô’j 
très  concrets  qui  font  vfitez 
en  cette  fapiencede  Cabale, 
font  aflauoir,reflude,le  colo- 
réde  proportiôné,  le  difpofé, 
lecreéalepredefliné,  lepre- 
fceu ,  le  mifericordieuxdc  ne- 
ceiîitCjle  formé  ,  le  fortuné, 
Tordonnéde  confulté ,  le  gé¬ 
néreux,  le  participé,  le  par¬ 
fait, le  déclaré, le  tranfubftan- 
tié  ,  l’altéré ,  finfiny,  le  de- 
çeu ,  le  vénéré ,  le  capable,re- 
xiilant ,  le  comprins ,  le  trou- 
ué ,  1  animant,  le  conuenant, 
l’objet, l’engendré, le  conçeu, 
le  théologien  ou  theologant, 
le  philofophe  ou  phiiofo- 
phant ,  le  mathématicien  ou 
mathematiquant  ,1e  geonie- 
trien,  le  muficien  ,  l’arith» 
meticien,raJ[lronome,le  rhe- 
toricienj  le  logicien,  Icgram- 


Il  Vj 


Le  petit  Ofi'ure 

mairien,  le  politique,  ieiuti'' 
fte,  k  médecin  ,  le  régime  ,1c 
iugement,&c.  Noms  denua-- 
tifs, de  chaque  genre;  de  plus, 
tout  ce  qui  efl:,oùilell  dans  le 
fujet ,  èc  eif  énoncé  dufujet, 
comme  le  riiible ,  ou  la  rifibi- 
lire, où  il  elt  dans  le  fujet ,  de 
ne  s’enôce  pas  du  fujet ,  com¬ 
me  la  couleur ,  où  il  n’eilpas 
dans  îe'fujet,&:  ell  énoncé  du 
fujet, comme  Tanimal  &  Tho- 
me  ;  où  n’eft  n’y  dans  le  fujet, 
ny  ne  s’énonce  du  fujet, com-: 
me  Socrate  Se  Platon, 


ne  renoncent  pas  comme  les 


'^S’énoncent.  Comme  les  acci- 
^dencsvnîuerfels. 


'i6B'  Le  petit  Oeuure 


Des  ClueflionS:  Lajeconde 
partie^  &  première¬ 
ment  de  U  Figure  J. 

C^îAP.^  II. 

DAns  la  premicre  figu¬ 
re  fpherique,  qui  eft  in- 
qtuleeAî  on  demande  pre- 
mieremet,  fçauoir  fi  dâs  l’or¬ 
dre  de  la  nature  5  il  y  a  quel¬ 
que  chofe  dans  l’ellre  ,  de  la¬ 
quelle  le  fujet  SC  le  prédicat  fe 
côuertifiTent  efientiellemét  Sc 
identitatiuement  ?  à  quo-yil 
•faut  refpô  dre  affirmatiuemét, 
autrement ,  les  conuerfions 
fimples  SC  les  egalitez  des 
chofessferoiét  deftruides,  Sc 


Qihaliflîcjue, 

par  ainfiretcrnité  feroic  fu- 
perieure  plus  commune, 
que  la  bonté ,  la  grandeur,  la 
pui/ÎImce ,  par  vne  duree  infi, 
nie  :  ôcpar  ainfi,  quelque  biê 
feroitecernel ,  &  tout  eterm.! 
toucesfois,ne  feroit  pas  quel¬ 
que  bien  :  ce  qui  til  inconue^ 
nient.  Et  femblablemettout 
grand  feroit eternel  ,  ouïe 
grand  feroit  eternel  ,  &:tou-. 
tesfois  tout  eternel  ne  feroit 
pas  grand  :  de  plus, tout  puif- 
fant  feroit  eternel ,  Sc  toures-> 
fois  tout  eternel  ne  feroit  pas 
puilîant ,  de  mefine  tout  in-- 
telligent  feroic  eternel.  ,  ôc 
toutes  -  fois  tout  eternel 
ne  feroit  pas  intelligent 
&  plufieurs  autres  incommo^ 
direz  Sc  impoffibilitez  f’en 
enfuiuroient ,  fi  dans  l’ordre 


%jo  Le  petit  Oetiure 

de  la  nature ,  il  n’y  auoit  quel¬ 
que  efbnt  ,  dansreftredu- 
quel:&:c. Secondement ,  on 
demandcjce  quec’eft,  quecec 
vn,  dans  lequel,  ou  dans  le- 
lire  duquel,  le  fuj  et  &:  le  pré¬ 
dicat  feconuertiftenc’,  com¬ 
me  deuantî  à  quoy  il  faut  ref- 
pondre  que  c’eft Dieu  ,  ilell 
manifefte,paceque  telle  cô- 
uerfiô  &:  égalité  ne  peut  eflre 
que  dans  vn  infiny  ôc  fupe- 
rieur  à l’eviternel.  Ondenia- 
de  en  troilicme  lieu,  Il  la  Di- 
iiine  bonté  a  vne  grande  bo¬ 
nification  ,  comme  fon  en¬ 
tendement  a  vne  grande  in- 
telleébion  ?  A  quoy  il  faut 
refpondre  aiffirmatluement, 
autrement  il  f’en  enfuiuroit 
que  dâs  Dieu  il  y  auroit  quel¬ 
que  chofe  d’infeî:ieur3&:  queb; 


[al?ali[{ic]iie.  iji 
que  chofe  de  fuperieurjce  qui 
crt  abfurd.  On  demande  en 
quatrième  lieu ,  fi  Dieu  a  vne 
auiïî  grande  adion  que  Ton 
efTence  eft  grande  î  à  quoy  il 
faut  refpondre  affirmatiue- 
ment  ,  autrement  il  feroic 
moins  qu’il  ne  pourroit ,  ce 
qui  efl  impofîible.  Eton  dema 
de  en  cinquième  lieu ,  (i  Dieu 
fçait  toutes  chofes,  comme 
fon  efTence  comprend  toutes 
chofes  î  à  quoy  il  faut  refpoii- 
dre  affirmatiuement  :  autre¬ 
ment  fa  bonté  ne  feroit  pas 
communiquée  à  tous  les 
eftants,  &c  par  ainfi  fe  trouue- 
roit  dans  la  nature  quelque 
eflant  qui  ne  feroit  pas  bon^ 
ce  qui  eft  très-faux.  On  de¬ 
mande  enfixiéme  lieu,fiDieu 
«ft  Vil  agent  volontaire 


'z:Z2;  Le  petit  Oeuure 
quoy  il  faut  refpondreaiîir- 
matiuement,  autrement  au¬ 
cun  eftatne  feroic  libre,  mais 
tout  feroitlié  ;  &c  par  ainfi  ne 
fe  trouueroit  point  de  bon 
par  eflence ,  ny  de  grand ,  ny 
de  puilTant,  ny  d  eternel ,  ny 
defage,  ce  qui  eft.inconue- 
nient.  On  demande  en  fep- 
tiefme  lieu,  fi  Dieu  eft  ver¬ 
tueux?  àquoy  ilfaut  refpon- 
dre  afîirmatiuement,  autre¬ 
ment  la  bonté  infinie  dans 
tous  les  eftants  ,  ne  feroit  pas 
vertueufe,  mais,  vitieufci  àc. 
par  ainfi  le  mal  feroit  bon ,  &c 
répugnant  à  foy  mefme  ,  ce 
quieftincôuenient  ôcabfurd. 
Partant,  &:c.  Et  on  demande 
en  huitième  lieu  ,  fçaLioir  ,  fp- 
Dieu  eft  vray  ?  à  quoy  il  faut 
r efp ondre^-  affir mati  u  em enc. 


Cahaliftique. 

autrement  n’y  auroit  aucunG 
vérité  ;  qui  eft  5  par  ce  que  la 
vérité ertanc  laéle 4u  vray  , à 
raifon  dequoy  le  vray  fait  le 
vray,  &  parainfi,  fi  Dieu  ne- 
floit  vray,  aucun  eftant  ne  fe- 
roic  vray.  On  demande  en 
neufiémelieu,  fçauoirliDieii 
elt  glorieux  ?  à  quoy  il  faut 
refpondre  afiirmaciuement, 
autrement  aucune  aétion  de 
Dieu  ne  feroit  gloricufe  ny 
deleélablei  ôcpar  ainfî  le  fé¬ 
cond  agent  feroit  plus  glo¬ 
rieux  que  le  premier,  ce  qui 
eft  tresfaux:  &:  parainfi  il  elf 
nianifelle,  qu’il  y  a  vn  dans 
l’eftre  ,  duquel  toutes  chofes^ 
fe  conuertilTent  egalement, 
fuiuant  vnetres  funpie  elTcn- 
ce  bc  identité.  Et  que  cecy 
fuffife  du  premier  fujet 


z74  Oeuure^ 

deréen  certe  fcicce  quiaefté 
combiné  par  toute  la  figure 
fphej  iquCsqui  eft  intitulée  A. 
Et  il  faut  remarquer  que  les 
autres  fujets  de  cette  métho¬ 
de  fedoiuent  auiTi combiner 
à  leurs  mode  par  toute  la  fi¬ 
gure  A ,  en  moLiuanc  des  quc' 
fiions  fur  vn  chacun  à  leurs 
mode  :  comme  par  exemple, 
fçauoir  fi  l’Ange  eft?  à  quoy 
ilfautrefpondre  affirmatiiie- 
ment ,  autrement  la  difteren- 
ce  entre  la  chofç  intelleduel- 
le  Sc  la  chofe  intelleéfuelle  (e^ 
roit  oftée  :  ôc  fi  on  demande 
en  fécond  lieu,  fçauoir  fi  l’An¬ 
ge  eft  bon ,  à  quoy  il  faut  ref- 
pondre  affirmatiuement ,  au¬ 
trement  l’Ange  ne  feroit  que 
ipauuais  :  Et  fi  on  demande 
femblablement  ,  fçauoir  fi 


(^abuUflique,  27^ 
l’Ange  eft  grand  ?  il  faut  ref- 
pondre  affinnatiuement ,  au¬ 
trement  il  ne  dependroit  pas 
de  Dieu  J  qui  eiî  grand  par 
elTence.  Et  femblablemenc 
il  on  demande  de  Ehoinme 
fil  eft  bon,  il  faut  refpondre 
que  ouy,  autrement  il  y  au- 
roir  quelque  eftant  qui  nefe- 
roit  pas  bon  félon  foy ,  ce  qui 
eft  iiiconueniem  :  Et  par-cc 
que  dans  la  première  figure 
la  fubftance  eft  mife  fous  le 
bon  ,  fous  laquelle  eft  mis  le 
corps  5  à  caufe  dequoy  l’en¬ 
tendement  qui  eft  l’ouurier 
de  cette  méthode ,  peut  don¬ 
ner  des  exemples  d  iceux  par 
la  combination  ,  comme  il  a 
efté  dit  des  trois  fujets  fufdits 
à  fçauoir  de  Dieu,  de  l’Angej 
ôc  de  l’homme.  Et  fi  on  de-; 


2-7^  Le  petit  Oeuure 
mande  pourquoy  le  bon  &: 
les  autres  principes  &:  racines 
•decette  fapience,  ne  fecon- 
ueitilTentpasauec  l’Ange 
l’homme  ,  li  ce  n’eft  auec  vn 
figne  particulier  î  il  faut  ref- 
pondre  que  la  conueriion  du 
fujet  aiî  prédicat  ne  fe  peut 
faire  entre  vne  nature  fupe- 
rieure  &  inferieure,  mais  feu¬ 
lement  entre  natures  égalés, 
qui  ell  parce  que  la  nature 
du  bon  eft  égalé  auec  la  natu- 
a*e  de  ieflre  ou  de  Dieu  :  mais 
la  nature  de  l’homme,  ôcla 
nature  du  bon  ,  &  des  autres 
premiers  principes,  ne  font 
pas  égalés  :  donc  ,  6cc.  Car  la 
nature  du  bon  eft  touliours 
dans  la  maiorité,&;  la  nature 
de  i’homme,danslaminori- 
té  :  car  la  nature  prieure  nefe 


(^ahalifticjue,  177 
conuertifi:  point  auec  la  natu¬ 
re  poflerieurc  :  partant,  &cc. 
Et  que  cecy  fufEie  à  caufe  de 
bricuetc,  touchant  les  que- 
flionsdela  première  figure, 
qui  efl  intitulée  A. 


Des  Quejîions  de  la  fecon^ 
de  Figure ,  qui  ejl  U 
figure  T, 

Ch  AP.  Il  I. 


^^Rles  Queftions  delafe» 
^^conde  ligure ,  fe  peuvent 
faire  en  trois  façons:  comine 
chaque  angle  du  triangle, 
nous  fignifie  trois  genres, 
comme  par  exemple ,  1  angle 
de  la  différence  nous  fignide 


A/S  Lepetit  Qenure 
la  différence  entre  i  inEellc- 
â:uel  &:  rintelle£tuel  :  Secô- 
dement  ,  encre  l’intelledLiel 
&:  lefenfuel  :  Troifiémement 
encre  le  fenfuel  &c  lefenfuel, 
8c  partant  ,  il  faut  demander 
premie.remét,fçauoir  fiDieu, 
efl:  diftinguantî  à  quoy  il  fauc 
refpondre  affirmatiuement, 
autrement  fes  dignitez  8c  fes 
adions  feroienc  offenfees  en 
Dieu  î  8c  par  ainfi  l’Ange  ne 
feroit  point  diflingué  de 
Dieu  J  ôc  par  ainfi,  la  bonté 
Angélique,  8c  les  autres  di¬ 
gnitez  feroient  dans  vn  eüfe 
confus  J  8c  non  feulement 
dans  l’Ange ,  mais  auffi  dans 
Dieu  mefme ,  ce  qui  eft  fort 
abfurd;  Car  il  s’enfuiuroit 
auffi  que’ie  bonificatif,  le  bo- 
nifiable ,  ^  le  bonifier  de  la 
bonté 


Cahalîflique.  " 

,  bontcn’auroient  aucune dif- 
fcience,  mais  feroient  confus 
parenfemble  :  ce  qui  feroic 
au/îi  inconuenient  ^  partant  il 
eft  maiiifelte  que  Dieu  efl  di- 
ItingLianr,  &  par  ainfi  Dieu 
efi:  la  caufe  de  la  diftinaion 
des  chofes  le  plus  propre 
du  bonifiant  eil  de  bonifier, 
<|ui  ne  peut  eflre  fans  didin- 
<^ion  du  bonifiant  ôé  du  bo¬ 
nifié  :  Car  comme  fagir  ne 
peut  eftrc  fans  la  différence 
ffe  l’agent  &:  de  l’agible,  de 
mefme  le  bonifier  ne  peut 
offre  fans  la  différence  des 
chofes fufdites, partant  il-eff. 
manifeffe  que  Dieu  eft  diffii> 
guant,  l’intelleaif ,  lentendu 
U  i’entendre  ;  Gomme  la  bo¬ 
te  diffingiie  le  bonificatif,  le 
bonifiable  &:  le  bonifier  par 


i  So  Le  petit  Oeuure 
enfemble;  Et  il  ne  f  enfuit  pas 
pour  cela,  qu’il  y  ait  dâs  Dieu 
plufieurs  bontez  ny  plufieurs 
elTences  que  la  différence 
pofej.qui  eft  parce  que  bien 
que  dans  Dieu  l’intelligent, 
l’entendu ,  ôc  l’entendre  Ibiéc 
le  melme  effentiellement ,  ils 
font  toutesfois  diftinguez 
formellemét  :  comme  l’hom¬ 
me  le  lyon  qui  font  le  mef- 
me  félon  l’eftrej&font  néant- 
moins  diffinguez  formelle¬ 
ment:  il  ne  fert  de  rien  de 

dire,  quelebonificatifflc  bo- 
nifiable  &c  le  bonifier  font  di¬ 
ffinguez  dans  le  bon,  donc 
dans  le  bon  il  y  a  plufieurs 
bontez  :  car  le  bonifiant ,  qui 
eff  toute  la  bôté  mefme, pro¬ 
duit  de  foy  mefme  tout  le  bo¬ 
nifié,  grand  SC  eternel,  le 


Cahalifltcjue,  iSi 
bonifier  &eternerefi:  produit 
de  tous  les  deux:  d’où  il  appa¬ 
roir  que  dâs  le  bié  Ibuuerain 
la  différence  eff  claire:  par- 
tantùl  eff  manifeffe  que  Dieu 
eff  la  caufe  de  la  diffinffion 
des  chofes  par  vne  pofîtion 
naturelle,  qui  eff  que  dans  les 
diftinguants  &  les  diffinguez 
il  ne  faut  pas  aller  àl’infiny, 
&  partant  il  eff  expédient  de 
venir  à  vn  diftinguant,  qui 
n’eff  point  diftinguédVn au¬ 


tre  :  mais  cela  ne  peut  effre,  ff 
ce  n’eff  le  fouuerain  bon  qui 
eff  bon  par  effen ce  5  partant 
la  caufe  de  la  diffindion  des 
chofes  eff  labôté  fouLicraine 
de  Dieu.  Acaufedequoy  on 
pofe  quele  bonificatif  eff  vn 
diffind  du  bonifiée  du  boni¬ 
fier  i  èc  le  bonifié  eff  vn  autre 
0  ij 


Le  petit  Oemre 
dirtind  du  bonifiant  Sc  du 
bonifier-,  &:le  bonifier efi: le 
troifiéme  diftind  des  deux, 
donc  chacun  eft  exifiant  en 
fonnom,  oùiicfi;  toutesfois 
le  merme  auec  les  autres  par 
effence,  autrement  la  difte- 
rêce  feroit  confufe  en  eux ,  3c 
l’eternicé  manqueroit ,  3c  ne 
conferueroit  pas  le  nombre 
propre  à  chacun  d’eux,  3c 
l’entendement  diuin  igno- 
reroit  quel  feroit  le  bonifiât, 
3c  quel  feroit  le  bonifié,  3c 
quel  feroit  le  bonifier  ;  3c  par 
ainfi  il  f|:noreroit  le  bon  fou- 
uerain ,  3c  plufieurs  autres  wi- 
conueniens  3c  impoffibles 
f’en  enfuiuroient  à  cette  po- 
lition,  partant, 8CC.  Seconde¬ 
ment  on  demande ,  fçauoir  fi 
U  différence  efi  plus  commua 


Cabalifliqtie.  zSj 
ne  que  la  concordance  ôc  la 
contrariété  ?  à  quoy  il  faut 
reipondre  affirmatiuementj 
autrement  dans  leschofes  das 
lefqii-elles  n’y  a  point  de  con¬ 
trariété,  n  y  auîoic  rien  de  di- 
ftinét ,  Sc  parainfi nous  feriôs 
comme  nous  eftions  aupara- 
uant.  Troiliememént  on  de¬ 
mande,  fila  concordance eft 
vn  principe  premier  que  la 
contrariété  ?  a  quoy  il  faut 
refpondre  affirmatiuement, 
il  eft  manifefte,  car  de  la  con¬ 
cordance  defcendét  des  prin¬ 
cipes  pofitifs ,  Sc  de  la  contra¬ 
riété  des  principes  priuatifs; 
or  tout  principe  pofttif  eft 
plus  digne  d’auoir  lenom  de 
principe,  Sc  d’eftre  le  premier 
principe,  que  le  priuacif  :  par¬ 
tant,  ôcc.  On  demande  en 

O  iij 


i84  Le  petit  Oeu'ure 
quatrième  lieu,  fi  la  défini¬ 
tion  quiditatiue  de  l’homme 
efi  mieux  faiète,  en  difant  l’a- 
n’imal  homeifiant  ouraifon- 
nable  &:  difcurfible,  eft  plus 
oftenfiue  que  celle-cy  ,àfça- 
uoirvn  animal  Vaifonnable  ? 
à  quoy  il  faut  refpondreaffir- 
matiuemèntjpar  ce  que  le  dif* 
courir  eft  propre  à  l’homnac 
feul,Sc  l’homeifierfemblable- 
ment,  autrement  l’homeitc 
neferoitpaslaète  deThome, 
àraifon  duquef  l’hommefaic 
l’homme  î  8c  femblablemenc 
le  difcours  ne  feroit  pas  vn 
ade  de  raifon  ,  par  lequel 
riiomme  entend:  car  la  ra- 
tioneité  conuient  àplufieurs 
chants:  donc ellene conuiêc 
pas  à  l’homme  feul ,  à  caufe 
deqqoy  elle  ne  peut  pas  eftre 


Cahalipique.  285 
fa  differéee  efl'entielle,à  caufe 
aufli  qu’elle  conuicn:  à  l’An¬ 
ge,  partant ,  Sic.  En  fécondé 
maniéré,  les  queftions  fe  peu- 
uent  faire  dâs  le  fécond  trian¬ 
gle, &  premierement,les  que- 
nions  fe  peuuent  faire  ainfi. 
Si  on  demande  fil  n’y  a  que 
vne  feule  caufe  de  toutescho- 
fes  ?  à  quoy  il  faut  refpondre 
alîirmatiuement ,  autrement 
il  y  aiiroit  plulieurs  fins  ce 
qui  eft  manifeftement  faux. 
La  fécondé  mode  de  laque- 
ftion  eft ,  fçauoir  fi  le  moyen 
entre  le  fujec  Si  le  prédicat 
de  la  quantité  continué  de 
quelque  propofition  ,  reçoit 
demonftration  î  A  quoy  il 
faut  refpondre  que  oüy  ,  à 
l’égard  du  moyen  d’extremi- 
tez.,  mais  il  y  a  vne  quanti- 

O  iiij 


1 8  (f  Le pejit  O ei4 ure. 
té  difcrete  ài’égard  du  moyen 
demefure.  La troifiéme  ma¬ 
niéré  delà  queflion  elt  tou¬ 
chant  la  fin ,  6c  c’eft  comme 
fl  on  demande  fçauoir  fila 
propre  fin  efl  le  dernier  dans 
le  fujet  ?  Il  faut  rcfpondre 
afîirmatiuement  ;  autrement 
l’agent  ne  feroit  pas  ,  plus  vn 
oppofé  que  lautre,  comme 
par  exemple,  le  feu  n  efehauf- 
feroit  pas  plus  qu’il  refroidi- 
roic  ;  6c  de  môfme  façon  fe 
font ,  oufe  peuuent  faire  des 
queftions  dans  le  triangle  de 
maiorité ,  de  minorité  6c  d’e- 
galité  en  trois  façons. La  pre¬ 
mière  façon  efl ,  comme  fi  on 
demande ,  rçauoir  fi  Dieu  efl 
premier  par  nature,que  Feui- 
ternel  ?  à  quoy  il  fautrefpon- 
dre  afhrmatiuement ,,  autre- 


Cahaliflîquèl  z8z 

ment  rien  ne  feroit  bon  que 
leuiternebce qui eft faux,  qui 
efl  par  ce  qu’il  y  a  plufieurs 
biés  qui  ne  sot  pas  euiternels, 
Se  partant  il  eft  manifefte,que 
le  bon  fouuerainement  eft 
plus  commun  ôc  plus  gene¬ 
ral,  8c  premier  par  priorité 
de  nature,  &  ce  bon  fouue¬ 
rainement, n’eftant  queDieu; 
il  fenfuit  que  Dieu  ell  pre¬ 
mier  par  nature,  quel’euiter- 
nel. Partant,  Sec.  Orenfecôd 
lieu  dn  demande,  fçauoirft 
l’entendement ,  la  volonté, ôe 
la  mémoire  ,  font  despuif- 
f^ces  égalés  dans  famé  ?  à 
qu  oy  il  faut  refp  on  dre  affir- 


matmement ,  autrement  i’ef- 
fence  de  famé,  n’eft  pas  in  t  el- 
lîgente  dl  eft'maiiifefte ,  par¬ 
ce  qu’ell’eentcd  autant  qu’ci-» 
O  y- 


2.8  8  Le  petit  Oeuure 
le  veut,  &:  veut  autant  qu’el¬ 
le  ayme,  &c  ayme  autât  qu’eL 
leramentoit  ,  par  ce  quelle 
n’aime  n’y  ne  hait  rien, qu’au- 
tant  que  la  mémoire  luy  re- 
prefente.  Partant  il  eftmani- 
fefte,  que  l'entendement , la 
volonté  ,.&;la  mémoire, font 
égalés, dans  l’ellencedel’ame 
&  en  ce  caSjl’entendemét  co- 
gnoift  qu’ô  peut  faire  des  de- 
monftratiôsen  trois  façons,, 
à  fçauoir  fimplemêt,8i  parce 
que  c’eft  Sc  à  caufe  de  ce  que 
c’eft ,  ôe  femblablcment  dans 
l’equiparence  on  peut  faire 
des  queflions  en  trois  façonf 
Comme  entre  la  fubflance  ôi 
la  fubllance  ,  &c  entre  la  fub- 
ftance  Sc  l’accident,  &: entre 
laccident  8>c  l’accident ,  com* 
me  il  a  efté  diél  au  chapitre 


Cahaliflique.  189 
des  figures .  De  la  fécondé 
maniéré  on  demande  de  l’an¬ 
gle  de  la  différence ,  fçauoir  fi 
la  différence  entre  l’intelle- 
«3:Liel  ôc  le  fenfuel,  eft  plus 
grande  que  celle  qui  eft  entre 
le  fenfuel  ôc  lefenfueh&  celle 
qui  eft  entre  fintelletStuel  Ôc 
fintelleduel  ^  eft  plus  grande 
que  celle  qui  eft  entre  les  fen- 
fuels  ôc  les  intelkduels  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre  aiîir- 
inatiuenient,  par  les  cliofes 
qui  ont  efté  dites  ôc  fignifiées 
dans  les  triangles  fufdits.  Et 
femblablement  on  demande, 
fi  la  différence  d’entre  le  prin¬ 
cipe  &:  le  moyen  eft  plus  gra¬ 
de  que  celle  qui  eft  entre  le 
moyen  6c  la  fin, 6:  femblable¬ 
ment  fl  la  différence  qui  eft 
entre  la  fubftance  ôc  la  fub- 

V  vj 


2î.5)  Q.  te  petit  0 euure 
fiance  eil  pkisgrande  que  c.el*- 
le  qui  eft  encre  la  fubftance 
l’accident3&;  entre  i-accidenc* 
&  l’accident  ?  à.  telles  que- 
ilions  ilfaut  rerpondre  affir- 
iuariuemcnt,-par  les  clioie^' 
qui  ont  allé  dues  Sengnifiees. 
dans  lefdics  triangles  fubie- 
dliuement  Se  obiediuemenr, 
moyennant  la  réglé  de  B, par¬ 
tant  5ecÆc  parce  qu’on  a  par¬ 
lé  delà  troibefme  figure  j  que 
chaque  principe  eft  combiné 
auec.vil  au  trejà  caufc  dequoy 
on  demande  premièrement, 
f^auoirj  fi  la  contrariété  eft 
aufii  applicable  à  la  bonté ,  à  v 
la.  grandeur  ,  à  la  durée ,  à  la 
pudTanee  :  &:  autres  :  qui  eft 
îa  concordâce  ?  à  quoydlfauc 
refpondre  negatiuemeiïrj  au^ 
tremeat  la  .contrarieté^feroic.  ’ 


[abaliflique. 

vn  principe  poiicif',pour-  vnir 
&:  afTembier ,  &:  non  pas  pri~ 
natif ,  pour  feparer  &:  def- 
vnir  ;  &c  par  ainfî  rien  nefe 
corromperoit  en  toute  la  na¬ 
ture  ,  ce  qui  efl:  faux  abfolue- 
'ment&  fimplement  :  Car  k  - 
contrariété  ed:  vn  principe.> 
priuatîf,  comme  la  concor¬ 
dance  eftvn  principe  pofitif, 
8c. à  caufe  de  celà,on  dit  dans 
le  premier  quarré  delà  troi- 
liéme  figure ,  qaeleboneft 
grand  ,ou  que  la  bonté  eft 
grande  :  8c.fi  on  demande  par 
apres  ,  fçauoir  fi  le  bon  eÆ 
grand.  Il  faut  refpondré af- 
firmatiueme’ht  ,  autremenc 
ils  ne  fe  conuertiroient  pas 
dans  la  maiorité  auec  tous  les 
principes  ,  on  demande  fe-  - 
coiïdèmetit ,  ce  que  c  efi:  que-  ^ 


Le  petit  Oeuure 
la  bonté?  a  quoy  il  faut  ref- 
pôndre  par  la  réglé  C ,  parles 
deux  chofes  fignifiees  dans  le 
quarré  B  C,  dans  lequel  len- 
têdement  humain  les  reçoit, 
&:fion  demâde  derechef de- 
qiioy  efi;  la  bonté ,  il  fant  re¬ 
courir  au  quarré  B  D ,  ôe  il 
on  demande  auec  quoy 
comment  eft  la  bonté ,  il  faut 
recourir  au  quarré  B  K,  parce 
que  là,  l’entendement  reçoit 
les  fignifications  de  ce  quar¬ 
ré  là.  Et  par  ces  exemples  do- 
neesdela  bonté,  tu  pourras 
en  dire  5c  exemplifier  des  au¬ 
tres  principes, &;  autres  figni- 
ficatiôs  dans  toutes  les  autres 
figures  quadrangulaires,  de 
cette  troifiéme  figure  :  par- 
tantjôcc.  Et  parce  que  E, dans 
cette  croïfxcrne  figure ,  figni- 


(ahalifliquel  19  j 
£e  autant  de  chofes  qu’il  , en  a 
efté  dit  dans  l’Alphabeth,  &: 
C  ,  femblablement  ;  qui  cft 
parce  que  B  ,  fignifie  dans 
l’Alphabeth,  le  bon,  le  di- 
fl:ingiiant,Dieu ,  la  iuftice,ra- 
uarice ,  &:  fçauoir-mon:  &par 
C,  eft  fignifié  le  grand ,  l’An- 
ge,Ia  concordance, la  prudê- 
ce,la  gourmandife ,  S>c  ce  que 
c’eft;  comme  il  a  délia  eilé  dit 
clairemét  dans  l’Alphabeth. 
Et  partant ,  on  tire  pluüeurs 
qucltioiis  de  chaque  quatre 
de  cette  troifiéme  figure  par¬ 
ticulières  ;  par  exemple,  fi  on 
demande  premièrement,  fça- 
uoirfi  la  Diuine  bonté  elV 
grande,  ôc  fi  les  corrélatifs  de 
la  Diuine  bonté  font  di- 
ftin6ts,&;  fçauoir'en  troifiéme 
lieu,  fi  dans  la  Diuine  bonté 


'^94  He petit  Oeuure 

il  y  a  delà  concordance.  Et 
on  demande  en  quatrième 
lieu  J  ce  que  ceù:  que  laluüi- 
ce  de  Dieu  bonne  grande, 
on  demande  en  cinquième 
lieujce  que  c’eft  que  la  bonté 
dqDieu  ,  ce  que  c’eft  que  la 
grandeur  de  Dieu;  &:  fembla- 
blementjce  que  c’eft  que  la 
concordance  dans  là  Diuine' 
Bontéj-Sede  mefme  faço  peut- 
on  demander  de  la- Diuine' 
grandeur  bonne ,  par  les  au¬ 
tres  efpeces  delà  réglé  G, co¬ 
rne  en  difant ,  la  grandeur 
Bonne  de  Dieü  ,  qu’à-elle 
en  foy-  elfentieilement ,  Sc 
ftmblablemenc  la  Diuine 
différence  &:  concordance, 
ainfi  faut-il  procéder  auec  les 
deux  autres  efpeces  de  la  ré¬ 
glé  G.'Et  toutes  les  quefticixs  ' 


CahalifUcfue]  ipj 
particulières  fe  refoluent  de 
la  mcfme  façon  que  les  vni- 
uerfelles  en  defcendant  d’icei 
les  à  leurs  particuliers ,  en  ac¬ 
cordant  8c  éuitantles  incon- 
ucnients,  qui  efl  parce  que 
nul  vniuerfel  n’ell  oppofé  à 
fon  particulier, au  rebours, 
Sc  ie  lailfe  les  exêples  à  caufe 
de  briefueté  :  qui  eft  par  ce 
qu  en  quelque  façon  qu  on 
faffe  la  queftion  de  ladiuine 
bôté,&  de  la  grandeur,  &c.La 
folution  fe  tire  de  la  defcri- 
ptiondcDieu,  &  de  la  défi¬ 
nition  de  la  bonté, de  la  gran¬ 
deur,  ôcc,  en  accordant  les 
définitions  Sc  fes.  efpeces  des 
réglés ,  en  tenant  la  partie  af- 
firmatiue  ou  la  negatiue,  ÔC 
cette  réglé  efi:  infaillible,  Sc 
comme  on  a  exemplifie  de  la 


19^  OeuuYe 

bonté  diuinej  demerme  cecy 
que  i’ay  exemplifié  de  la  grâ- 
deur  èc  de  la  durée  ,  &c  ainfi 
des  autres  bontez  &:  grâdeurs 
des  autres  fujets  des  autres 
figniiications  de  l’Alphabet, 
vhté  en  cette  Tcience  de  Ca¬ 
bale  :  Se  comme  nous  auons 
donné  exemple  des  efpeces 
par  le  quarré  B  C ,  de  mefme 
entends  que  i’ay  exemplifié 
des  autres  quarrez  de  cette 
troifiéme  figure,  à  fçauoir 
BD,BE,BF,BG,BH,BI,BK: 
Sefemblablement  des  autres 
iufques.à  la  complet  e  euacua- 
tion  de  cette  troifiéme  figu- 
re,Seque  cecy  fijfife  à  caufe  de 
la  brieueté,  touchant  les  que- 
fiions  que  l’on  peut  faire  tou¬ 
chant  l’euacuation  de  tous  les 
eftants  cognoifiables.  Panât 


Cahaliflfcjue.  197 
rentendement  humain  co- 
gnoift  cette  troifiéme  figure 
cftie  bien  plus  generale  que 
les  deux  autres  precedentes, 
à  fçauoir  A  &;  T ,  qui  efl  par 
ce  que  de  cette  troifiéme  figu 
reon  peut  abflraire&vuider 
innombrables  qiieftions  par¬ 
ticulières  ,  ôc  leurs  folutions, 
partant, &c. 


De  la  quatrième  figure* 

Ch  AP.  IV. 

OR  les  queftions  de  la 
quatrième  figure  fe  mul¬ 
tiplient  en  cinq  façons  :  car 
les  queftions  de  la  qua¬ 
trième  figure  fe  peuuent 
multiplier  en  autant  de 
façons  qu’il  y  a  de  figni- 
ficacions  de  chaque  lettre 


Le  petit  Oeuure 
de  l’Alphabet  de  cette  fciéce» 
Or  il  y  a  cinq  fignifications 
de  chaque  lettre  de  l’Alpha- 
berjdonc&c.  Orqu’ilyaye 
cinq  fignifications  de 'cha¬ 
que  lettre  de  l’Alphabet, 
il  eft  manifefte  dans  fon 
chapitre  :  ôc  à  caufe  de  cela 
l’entendement  htmrain  fe  co- 
gnoift  poLiuoir  beaucoup  mi¬ 
eux  par  la  quatrième  figure 
tirer  le  moyen  de  fçauoir,que 
par  les  autres  figures^  Se  fe  co- 
gnoifi:  eftre  en'  beaucoup 
moins  de  temps  &c  de  diffi¬ 
culté  perfectionné  dans  tou¬ 
tes  les  fciences.  Par  ce  que 
par  cette  fapience  il  acquiert 
tresfacilementvn  moyen  qui 
efi:  entre  le>generaliffime  ôt  le 
fpecialiffime ,  &;  la  railon  de 
cecy  ed,  par  ce  que  les  princir 


CahaU^icjue. 

pes  de  cette  fapicce  font  très- 
Cümmuns,&:  a  des  réglés  très 
communes,  &c.  Or  les  fciem 
ces  reçüiucnt  leurs  principes 
déracinés  de  celle  cy, corne  la 
Théologie,  la  Phiiofophie,la 
Mathématique  :  &  partât  ces 
fcienccs  font  fubahernes  à 
cette fapience,&  leurs  prin¬ 
cipes  &  leurs  réglés  font  fub- 
alternes  à  fes  principes  Scà  Tes 
réglés:  &:partat leurs moy es 
de  demonltrer  eft  imparfaia: 
fans  cette-cy -,  Sc  eft  lacaufe 
pourquoy  les  hommes  les  ap¬ 
prennent  auec  difficulté  &c 
grâd  trauail  par  vn  long  têps:, 
&  quand  ils  doutent  dans  cçs 
fciences  là ,  ils  n’ont  point  de 
principes  très  generaux ,  auf- 
quels  ils  puiffent  recourir, 
comme  a  l’artifte  de  cette 


300  L^petît  Oeuure 

méthode ,  &c  femblablemenc 
aproslaTheologie  la  Phi- 
lofophie  ,  tontes  les  autres 
fciences  r’acquierrét  parcet- 
te  qnatiiefme  figure  J  en  met¬ 
tant  vn  petit  efpace  pour 
moyen  dâs  les  autorités  des 
autres  fciences,  enexpofant 
les  authoritez  dans  1  cfpace 
félon  le  moyen ,  par  lequel  F, 
peut  y  entrer, en  les  reduifant 
enfyllogifme  fuiuant  la  do¬ 
ctrine  qui  a  défia  efté  donnée 
cy-defîus ,  &c  nous  donnerôs 
exemple  de  cecy  ,  comme  on 
lût  que  Dieu  efi:  vn  ade  très 
pur  :  car  cette  authoritéefi: 
probable  par  ces  deux  efpa- 
ces  B,  F,C,  &:D,F,E,  &:en 
cette  façon, par  B,  nousauôs 
Indifférence ,  Sc  par  C ,  nous 
auons  que  la  bonté  elt  vne 


grande  raifon ,  qui  a  en  loy 
de  bons  grands  corrélatifs 
diflinds ,  de  par  D,eterneJs 
primitifs.c^parE,  repofez.à 
raifondelafin,  èc  parla  fé¬ 
condé  efpece  de  la  réglé  D, 
par  la  première  E,  fontne- 
celîaires,  Separ  F  ,  font  con- 
ioinds  de  mefurez  bien ,  infî- 

nimentjSc  éternellement  J  de 
fepaxezdetout  accident.  Et 
ainli  cetre  expofition  edant 
faite ,  il  ell:  clair  de  manifede, 
que  Dieu  eft  vn  adepui*;,  en 
exiftant&en  agilEmt&c.  de 
plus ,  on  lift  dans  la  philofo- 
phie  naturelle ,  que  rien  ue  fe 
fait  de  rien  j  Et  pour  expofer 
Sc  déclarer  cette  authorité, 
on  aligne  l’ePpace  D,  F,  E. 
Par  D  3  on  expofe  que  rien 
neftpas  principe ,  parce  que 


F?  R? 


30  2,  Le  petit  Oeuure 
fl  cela  eflüit  ainfi ,  rien  leroit- 
quelque  chofc,  ce  qui  ell  in- 
eonuenienc.  De  plus,  par  la 
réglé  D,  on  monftre  que  rien 
nc  peuteftre  matière  à  quel¬ 
que  chofe  ;  qui  eft  parce  que 
s’il  fe  peut  faire  quelque  cho¬ 
ie  de  rien, ce  feroit  alors  quel¬ 
que  chofe  ;  Sc  le  mefme  s  en¬ 
tend  delà  troihéme  efpece  de 
la  réglé  D,  pr  fi  rien  eiloit  le 
fujçtde  quelque  chofe  jfefe- 
roit  quelque  chofe.  Or  la  ré¬ 
glé  F ,  lignifie  que  rien  ne  fe 
fait  de  rien ,  Sc  rien  ne  peut 
eilre  moyen  ,  que  fi  il  elfoic 
tel ,  ce  feroit  pour  lors  quel¬ 
que  chofe ,  ôe  par  E  ,  on  en¬ 
tend  que  rien  ne  peur eltre  la 
eaufe  materielle  ny  efficien¬ 
te  3  ny  finale,  8c  ne  peut^ellre^ 
habitué  d’aucune  puiiTance: 

par 


parcequeficda  eftoic,  il  s  en- 
fuiuroicpai-loppofé  que  ce 
fcroit  quelque  chofej  &  par 
ainfi  il  eft  manifefte  que  Tau- 
thoricéfufditea  efté  expofee 
Sc  declareeparl  efpace  l'ufdi- 
te.  le  ne  dis  pas  toutesfois 
que  le  monde  foie  eternel, 
mais  nouueau,  &  commen¬ 
cé  comme  il  jfera  prouLiè  par 
cyaprest^-Orlauthorité  qui 
dit  que  lemôdeaefté  créé  de 
rien,  peut  eftreain fi  déclarée 
&  expofée  par  rçfpace  D  ,  E, 
F.  dans  lequel  on  pofe  que 
Dieu  n’eft  prieur  à  refgard  de 
ion  Eternité ,  par  fa  puilEtn- 
ce-  intelleéluaîité,  &  par 
latroifiefme  efpece  de  la  ré¬ 
glé  D,  fonpouuoir  neft  pas 
lié,ains  libre  ;  Ainfi  Dieu, 
peut  &:  à  peu  entendre  le  mô- 
P 


f  ©4  tepeiit  Oeuure 
de  3c  ie.produire  de  rien.  Par¬ 
tant  il  f’enünt  de  cecy ,  que  le 
monde  a  eu  aduellement  la 
création  de  Dieu  ,  laT^uelle 
comme  precedentele  monde 
meture  l’infinité, la  puiflancc;, 
l’inteiledualité  &c  laprimiti- 
uité.  En  outre,  on  lit  que  Te- 
ftre  5c  IVn  fe  conuertillénr,&: 
femblabkmcfitd’vn ,  le  bon 
5c  le  vray,  Sec.  Et  cçs  autho- 
ritez  fe  peuuent  expofer  par 
PefpaceBjF,  C ,  5c  ainfi  des 
autres  efpaces  B,  F,D,  qui  eli: 
par  ce  que  par  B  ,  nous  auons 
la  différence  entre  le  fenfuel 
^le  fenfuel,  qui  eft,  par  ce 
que  dans  la  pierre  il  y  a  vn 
eftre ,  5c  dans  la  plante  il  y  en 
a  vn  autre ,  5c  dans  le  fenfuel 
vn  autre;  comme  il aefté 
dit  de  refi:re>  demcfmefaut- 


[àhali[lîque,  ^  0^5 
il  dire  de  iVn ,  du  bon  ,  Sc  du 
vray,&c.  Car  ces  elTences, 
vnitez  ^  bôtez  Sc  veritcz  font 
tranfcendentes  par  tout:,  ou 
tranfcendent,  ranx  les  chofes 
fenüblcs  que  lesintelligibles; 
bien  que  reilence  de  la  pkin- 
■tene  fe  conuerrifle  pas  auec 
]  elTence  de  la  pierre,  qui  eft 
par  ce  que  f  y  elles  feconuer- 
ciflbient ,  ladiftereiice  feroic 
deftruire,&ainli  le  ceque  c ’ed 
feroit  ruiné,  êz  confcqueni- 
mét  la  demôllrationle  feroic 
aufri,&  ainfila  fapience  feroic 
defl;rui6l:e,ce  quied  inconue- 
nienc:  ^femblableinent  fi  le 
bon  ,  le  grand,  le  durant  ide 
puiffant,  le  fçachât,  &c.  piin, 
cipes,  coelTenciels  nefe  con- 
iiertiiToienc ,  alors  la  concor¬ 
dance  ne  fe  roic  rien  :  ôc  ainâ 
le  concrec  feroic  didina  de 


^o6  Le  petit  Oeuurel 

fon  abftraid ,  Sc  ainfi  la  défi¬ 
nition  ne  feroic  pas  toute  l’ef- 
fence  de  la  chofe  definie.  De 
plus ,  il  eft  nianifefie  qu’il  y  a 
vne  mcfure  dans  la  plante,  &: 
vnc  autre  dans  la  pierre,  &ile 
moyen  continu  cft  la  quâtitéj 
Sc  dans  la  plante  il  y  a  vne  au¬ 
tre  mefiire  &:vn  autre  moyen 
qui  n’eft  pas  dans  lefenfuel, 
Si  ainfifies  autres  à  leurs  mo¬ 
de,  Sic.  Et  ainfi  quant  à  la  let¬ 
tre,  les  authoritez  nepourrot 
fubfiftcr,  parce  que  refpace 
nepeut  entrer  dans  les  autho¬ 
ritez  ,dans  le  fécond  fens  al¬ 
légué,  &c  ce  auec  la  réglé  G, 
par  ce  que  les  corrélatifs  de 
IVnité  ne  font  pas  propres; 
quant  a  l’elTence  ny  quant  à 
la  bonté  &c  vérité  :  mais  bien 
appropriez  ,  par  ce  que  cha- 
ique  principe  communique 


Ca^ali/Iicjue.  307 
auec  vn  âutre,&:  ainfi  les  prin¬ 
cipes  demeurent  diftingui* 
blesjconcordables  &  moyen- 
nablesj&desrairons  commu¬ 
nes  ,  Sc  chaque  principe  a  Ton 
propre  repos  par  fa  propre  ef- 
sêce,dâs  laquelle  côfiHetouc 
fon  plaifir  3c  ade,  auquel  ne 
fenfuie  aucun  incoueniéc.  Et 
à  cecy  côfent  la  réglé  B ,  auec 
toutes  les  autres  réglés,  félon 
qu’on  a  donné  exemple  de  la 
theologie&:de  laphilofophie 
en  déclarant  auec  les  efpaces, 
de  mefme  faut-il  faire  3c  pro¬ 
céder  dans  toutes  les  autres 
fciences,  comme  dans  la  Mé¬ 
decine,  par  exemple ,  dans  le 
Droift  ,  3c  dans  les  fciences 
Morales  ,  qui  eft  par  ce  que  fi 
les  authotitez  contiennent 
enfoy  vérité,  alors  les  efpa- 
P  ii; 


^  o3'  Lepet'h  Oeuure 
cesde^la  quatrième  figure  y' 
pourront  entrer  auec  leurs- 
definitions  &:■  auec  leurs  ré¬ 
glés,  ou.efpeces  des  réglés, em 
affirmant  ou  niant  :  que  f’y 
elles  n  y  peuuent  entrer, alors- 
il  n’eft  pas  poffible  que  les  au- 
choritez  de  telles  fciences 
foient  vrayes.  Car  aucune 
authorité,  qui  eft  compofee 
de  principes  vrayes,  neceirai- 
rcs  ,  ne  contredit  à  la  vérité: 
Car  c’efi:  vne  polition  princi¬ 
pale  de  rEfchoIe  des  Cabali- 
ftes,qLîi  efi:  par  ce  quelle  dé¬ 
pend  dVne  réglé  infaillible. 
La  première  façon  démulti¬ 
plication  de  la  quatrième  fi¬ 
gure  dans  les  queftions  ell, 
comme  fi  on  demâçie,rçauoir 
fi  le  monde  efi:  nouueau  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre  nffir- 
matiuement  j  par  ce  qu’on  Iç. 


[ahal  inique, 

peut prpn Lier, onleprouuc 
dans  la  première  colonne, 
dont  le  premier  efpace  efl  B, 
C  3  D  ,  cecy  fe  prouue  par 
vingt  raifons.  Et-  comme  on- 
dit  du  monde  qui  eft  EgniEé 
par  D,  &:  de  fa  façon  :  de  mef- 
me  doit- on  dire  des  aiftres 
diofes  lignifiées  par  C  &:  D, 
comme  dans  TAlphabec  ,  en 
faifant  les  folutiôs  de  chaque 
chofe  lignifiée  à  fa  mode,  co¬ 
rne  B,  qui  fignifiela  bonté,  la 
difiérenee,  Dieu^  la  Iufl:ice,8e 
l’auarice  :  &  C  ,  qui  fignifie  la 
grandeur  ,  la  concordance, 
l’Ange,  la prudéce,&  la  gour- 
mandife  :  D ,  qui  fignifie  la 
durée,  la  contrariété ,  le  Ciel, 
la  force  ôC’la luxure.  Et  il  faut 
remarquer  que  chaque  que- 
fiion  particulière  afafolutiô 
P  iiÂj 


3TO  Le  petit  Oeuure 
impliquée, qui  fe  peurrediiire 
à  l’art  vniuerfel,  en  tenac  fon 
moyen.  Et  comme  on  a  die 
de  la  première  maniéré  de  la 
multiplication  de  la  quatrief- 
îne  figure,  de  mefme  faut-il 
dire  des  autres  maniérés  à 
leurs  mode  :  ôc  que  cecy  fuf- 
fife  de  la  multiplication  de  la 
quatriefme  figure  à  caufe  de 
labriefueté. 


Des  ^ejlions  de  U  Tahle^ 
partie  troifième  y  (^pre¬ 
mièrement  de  la  première 
colonne ,  qui  commence 

Ch  AP.  V. 


'px  Ans  le  premier  efpace  de 
•^^iapremiere  coionne  de  la 


LA  TABLE  G  E  N  E  R  A  L.L  E. 


^  R.O.D.T. 

g.d.e.t.  ID.E.  f.t. 

E.  F.  G.  T. 

F.G.H.T. 

G.H.I.T. 

H.I.K.T. 

B.CT.B. 

G.D.T.C.  in.E.Tj.D. 

E.F.T.  E. 

F.  G.  T.  F. 

G.H.T.G. 

H.  r.T.H. 

B.C.T.G. 

C.D.T.D. 

D.E.  t.E. 

E.  F.  T.  F. 

F.  G.T.G. 

G.H.T.H. 

H.  LT.  I. 

^  B.C.T.D. 

C.D.T.E. 

D.E.  T.  F. 

E.F.T,  G. 

F.G.  T.H. 

G.H.T.L 

H.  I.  T.  K. 

b.d.t.b. 

c.e.t.c.  id.f.t.d. 

E.  G.  T.E. 

F.  H.  T.  F. 

G.I.T.G.  i 

RK.  T.H. 

B.D.T.C. 

C.E.T.D. 

d.f.t.  e. 

E.G.T.F. 

F.H.T.G. 

G.I.T.H. 

H.  K.  T.  f. 

^  B  D.T.D. 

C.E.T.E. 

D,F.T.F. 

E.  G.T.G. 

F.  H.  T.H. 

G.l.  T.I. 

H.K.T.K. 

^  b.t;b;c; 

C.T.C.D. 

D.T.D.E. 

E.T.  E.F. 

F.  T.  F.  G. 

G.T.G.H. 

H.T.  H.I. 

B.T.B.D. 

C.T,  C-E. 

d.t.d,f. 

E.T.  E.G. 

F.T.  F.  H. 

g:t  g.i. 

H.T.HK. 

^  B.T.C.D. 

C.T.  D.E. 

D.T.E.F. 

E.T.F.G. 

F.T.G.H. 

G.T.H.I. 

H.  T.I.  K. 

^  C.D.T.B. 

DE.  T.  G. 

E.F.T.D. 

F.  G.  T.E. 

G.H.T.F. 

H.I.T.G. 

I.  K.  T.H. 

wC  G.D.T.C. 

d.e.t.d. 

E.F.TwE. 

F.  G.  T.  F. 

G.H.T.G. 

H.Ï.,T.H. 

I.  K.  T.I. 

^  C.D.T.D. 

D.E.T.E. 

'e.f.tIf. 

F.  G.  T, G. 

G.H.T.H. 

H.l.T.L 

I.K.  XK. 

^  G.T.B.C. 

D.T.C.D. 

iE.T.El.E. 

F.T.  E,F. 

G.  T.  F.G. 

H.T.G.H. 

I.  T.  H.  î. 

^  G.T.B.D. 

D.T.G.E. 

lE.T.D.F. 

F.T.E.G. 

G.T.  F.H. 

H.  T.  G.I. 

I.T.H.K. 

^  C.T.G.D. 

D.T.DE.1E.T.E.F. 

F.  T.  F.  G. 

G.T.G.H. 

H.T.H.I. 

I.  T.  I.K. 

y  D.T.B.G. 

E:T.C.D. 

'F.T.D.E. 

G.  T.  EF. 

H.T.F.G. 

I.T.G.H. 

K.  T.  H.I, 

^  D.T.B.D. 

E.T.C.E. 

iF.T.D.F. 

G.T.E.G. 

H.  T.  F.H. 

I.T.  G.'I. 

K.T.H.K. 

O.T.C.D. 

e.t.d.e. 

!F.  t.E.  F. 

G.T.F.G. 

H.T.G.H. 

I.  X  H.ï. 

K.  T.  I.K. 

^  T.B.CD. 

1  T.C.  D.E. 

T.  D.E.  F. 

T.  E.  F.G. 

T.F.G.H. 

T.G.H.I. 

T.  H.  I.K. 

'fe  ''  ^ 


v/rG‘r>*!  F’i'i 
dm'fdm  Ew'f.-t-:; 


x-'D'ij' ;;  1  r  f  - r  ;  t  <  'h  r 

Fr|F  ’  ri'v '! 

ri'  j]  E' .  eV.  ü  E"'  H’ï'  ’  '  1'  " 

r-*  1  H'il-n 

cr  :.citoi.r  <  w  e  x  v 

æ'iïi-FC- 


fe#S  ':it:H'rr  ;î-r/rMv 
ter-  !  e--,r  ^ 

i'Vï..  :;-"'  err.v'’- 


ii-i 


n  •;/■•  K'  f' 
"rr'H'r  'j 

r  r  .r-' il 
'  rx  H‘*< 

:,î-  X  H  /  ' 


Cahalilîitjue.  'j„ 
i  able.qui  cft  l'efpaceB.C.D, 
on  demande  premièrement, 
içauoirfîlemôdeefteternek 
aquoy  il  faut  refpondrene- 
g^tiLiement,  par  ce  que  PU 
eftort  ecernel ,  fa  raifon  feroit 
des  1  erernité  ;  produifanr  J’E- 
ternel  bon,&lagrandeurma- 

gnificroircerce  raifon  bonne 

desl éternité,  &  dans  leter- 
nité,  &:  toufiours ,  comme  il 

paroift  par  fa  définition  : 

1  cternité dés leternité , & 
éternité  feroit  durer  cette  pro 
duélion ,  &  ainfi  ny  auroic 
aucun  mal  dans  le  monde, 
par  ce  que  le  bien  ôc  le  mal 

lont  contrairesrmais  ily  adir 
niai  dans  le  monde,  comme 
lenleigne  Fexperience.  On 
conclud  deme  que  le  monde 
lïeltpaseternei.  En  outre  la 
P  X 


Ue  peth;  Ouure 
règl  e  B,-  n:iet  qu’il  faut  tenir  là  \ 
partie  negatiue  de  la  queftion  : 
à.caufedes  définitions  fufdi- 
tes  ,  &:  fuiuant  ce  que.  nous 
rious  propofons  de  dire  par  la 
règle  C,  D  ,  endifant  ainfi  :  fi 
Iç  mande  eft  eternei,  fon  eter 
nité  caiî  Ce.  au  tant  la  duree  de 
la  malice  que  la.duree  du  biê  : 
ce  qui  eft  inanifeftepar  la  pre¬ 
mière  efpece de  laregle  C ,  : 

par  la  première  efpcee  de  la  . 
réglé  I>.  îl  n’y  a  rien  de  fi  i 
primicif  que  le  bon  :  carilny. 
apoint  de  premier  iour  ny  de  : 
dernier.  Et  par  la  fécondé 
efpece  de  la  réglé  C,  &  D ,  Je  - 
monde  eft  compofé  de  bien- 
Sc  dé  mal  des  reternicé:  &  par 
îà  troifiéme  efpece  de  la  réglé , 
G  5  le  monde  eft  infiny  dans 
rèteraité,  d^ns  la  bonté?  ôc , 


(^ahaliflique,  315 
dans  la  malice ,  finy.  Et  par 
la  qiiatnefme  efpece  de  la  ré¬ 
glé  Co  le  monde  a  repos  dans 
les  chofes  generables  8c  cor- 
rüptibles  :  dans  les  genera¬ 
bles  à  raifon  du  bien ,  ôc  dans 
les  corruptibles  à  raifon  du 
mal.  Et  par  la  fécondé  ef¬ 
pece  de  la  réglé  D  3  l’Eter¬ 
nité  Diuinc  &  fa  bonté  ne- 
eeHitcnt  le  mal  8c  le  repos, 
en  caufant  Feternité  du  mon-’ 
de: 8c  toutes  ces  chofes  eftans^ 
impoffiblesdl  faut  donc  tenir 
la  negatiuc  de  la-  queftion. 
Secondement  ondemande,- 
fçauoir  h  le  monde  cft  etér- 
rernel  î  Et  il  faut  refpondre 
que  non  parce  que  s’il  cftoit 
eternel  jil  y  aurait  à  lors  deux 
eternitez  ditferëtes,  à  fçauoir? 
ret-erniséde  Dku,  Sc  l’ternité^ 
F  V. 


3T4  Le  petit  Oenüre 
du  monde ,  par  ainfi  la  dif- 
fercce  qui  eft  entre  le  fenfuei 
&c  le  renfuel ,  &:  entre  le  fen- 
fuel  rintelieduel ,  &:  entre 
Tintelleduel  &:  rintelle61:uel, 
pofe  3.  eternitez  generales  dif 
ferentes  :  &:  la  bonté  les  pofe 
bonnes  la  grandeur  gran¬ 
des  :  Mais  cecy  eft  faux  8c 
impofTible ,  parce  que  la  dif¬ 
férence  les  pofe  mauuaifes  en 
quelque  chofe.Et  ainü  la  gra- 
deur  de  la  bonté  manque ,  8c 
par  coiifequent ,  la  bonté  de 
la  grandeur  pofe  de  la  confu- 
fion  >.  ce  qui  eft  impoiTible. 
On  conclud  donc  lanegatiue 
de  la  queftion:  Il  y  a  vne  troi- 
£éme  raifon’,  par  la  chambre 
B  C.  T  C. fi  le  monde  eftoit 
eternel,  la  concordance  na¬ 
turelle  qui  eft:  de  l’elfe nce  da 


Cahalifli^ue. 

inonde ,  entre  le  (enfuel  &  le 
fenfuel ,  Sc  entre  le  fenfuel  &: 
rintelle£buel,  &:  entre  l’intel- 
lequel  &:  Imtelleduel ,  feroit 
eternelle5  &:ain£  il  y  auroic 
trois  concordances  &:  trois 
eternitezfubalternees  gerie- 
rales,  Sc  dans  la  grandeur  de 
la  bonté  Sc  deleternité,  auec 
la  duree  eternelle  delà  gran¬ 
deur  &c  de  la  bonté:  ce  qui 
eftfaux  8c  impoflîble,  parce  ^ 
qu’il  y  a  trois  contrarietez 
fubalternes  qui  leurs  font 
oppofees  auec  la  grandeur  de 
la  malice  &:  de  l’eterniteiEt 
ilya d’autres  raifonsque  l’d 
peut  voir  ailleurs  par  toutes 
les  chambrés  de  la  première 
colonne  iufques  à  la  chambre 
T  B  C  Djôi:  on  demande  d’a- 
uantageparrefpaceB  CDT^ 
f^auoir  s’il  y  a  quelque  botité 


\lt  Ee  petit  Oemre 
grande 5  immenfe  infinies 
par  la  bonification  3  comme 
î  éternité  par  la  duree?  à  quoy* 
il  faurrerpondre  affirmât iue- 
mentj  autremem:  reternicé 
ne  feroit  pas  tou  te  bonne,  ny 
route  grande ,  ce  qui  eft  im- 
poffible  :  confequemraent , 
on  demande  fecondement, 
ce  que  c'eft  que  la  bonté  gra- 
de &: immenfe?  à  quoyilfauc 
rcfpondre  que  c'eft  vne  efien- 
ce  qui  contient  de  grands  Sç 
immenfes  corrélatifs  ,  figni- 
fiezpar  la  fécondé  efpece  de 
la  réglé  C>  confequemmenr, 
on  demande  ce  que  eieft  qu’v- 
ne  grande  &:  immenfe  duree^ 
dequoy  elle  eft?à  quoy  il  faut 
refpondre  '  par  la  première 
efpece  de  la  réglé  Dj&t  par 
h  fécondé  de  la  mefiîse,  &  par 


Gahaltflîqnt* 

îâ  fécondé  efpece  de  la  réglé 
G ,  la  réglé  B,  attelle  cecy^, 
quelle  ell  de  corrélatifs ,  fans 
lefquels  la  duree  ne  peut 
eftre , parce  que  ce  font  des 
corrélatif? eternelsj  àfçauoir 
de  la  bonté  ,  de  la  grandeur^ 
&delimmenfité.  Q^trief- 
memêtjon  demande  par  l’ef- 
pace  B  G  T  B.,  fçauoirfi  la 
bonté  peut  eftre  grande  fans 
diftinétion  ?  à  quoy  il  faut 
refpondre  negatiuement,  au- 
tremeat  ce  ne  feroit  pas  fade 
delà  perféétion  du  bon  na¬ 
turellement,  à  raifon  dequoy 
le  bon  ne  fait  que  le  bon  ,  &: 
en  tout  agir  i  II  eft  expédient 
de  diftinguerftl  apparoiftma’ 
mfeftement  que  la  bonté  ne 
peuteftre  grande  fans  diftin- 
dioû.  Déplus ,  on  demande  : 


3/8  Le  petit  Oeuüre 
ce  que  c ’eft  que  la  grande  di- 
ftinàiondeîa  bonté'? à'quoy 
ilfautrerpondrequeTaéte  &c 
la  perfection  du  bon  grand 
diftingué  :  à  raifon  dequoy, 
le  bon  grand  diftingué  ,  ne 
fait  que  le  bon  grand  diftiii- 
gué,c’eflàdire,diftingue  vn 
bon  grand  diflingué  :  Sc  ain£ 
l’efTence  eft  parfaire,  foufte^ 
nue  dans  fes  corrélatifs,  auec 
lefquels  elle  a  fa  propre  natu- 
ic  ôc  fon  eflre.Et  par  l’efpace 
B  C  T  C ,  on  demande ,  fça- 
iioir  fi  la  bonté  peut  'eftre 
grande fan5  concordance  ?  à 
quoy  ilfautrefpondre  nega- 
tiuement  ,  autrement  elle 
nauroit  point  d’efire  conue- 
nantauecla  grandeur  :  mais 
vn  efire  contraire.Et  par  corn 
fequentTefire  du  bon  repu^ 


Cahaliflicjue.  5/^ 
gneroic  à  l’eftre  du  grand ,  ce 
quieft  irapofTible:  Et  fem- 
blablement  on  demande  de 
ce mefme  efpace ,  ce  que  c  eft 
que  la  grande  grandeur  de  la 
bonté  ?  à  quoy  il  faut  refpon- 
dre  que  c’eft  l’elTence  du  grâd 
de  la  grandeur  de  la  bonté, 
qui  refulte  des  corrélatifs 
grands  de  la  grandeur ,  de  la 
bonté,  dans  lefquels ,  elle  eft 
fouftenuë  lignifieesjparla  fe- 
conce  efpece  C  Et  par  lefpa-. 
ce  B  C  T  D,on  demande,fja- 
uoirfi  l’Ange  eft  plus  grand 
que  le  Ciel  ?  à  quoy  il  faut 
refpondre  afErmatiuement, 
autrement  l’Ange  ne  pouc- 
roit  mouuoirleCiel,  &  par 
ainfin’auroit  pas  des  relatifs, 
auec  lefquels  il  objeéteDiem 
Et  par  ainftleCiel  feroit  datis 


j  io  Le  petit  Oeuure 

la  maiorité,  oupourkmoins' 
dans  légalité  auec l’Ange , ce 
qui  efl  impo/Tible,  confequé- 
ment,  on  demande  ce  que 
c  elt  que  la  grande  contrarié¬ 
té  du  Ciel  î  à  quoy  il  faut  ref- 
pondrequec’eft  la.  mobilité 
qu’il  a  feiôn  deux  mouue- 
ments  contraires  ,  à  f^auoix 
félon  fa  moitié ,  il  fe  meut  de 
droit  à  gauche  >  &c  félon  fou 
autre  moitié  ,  de  gaucKe  à 
droite  ,  fuppofé  qu’il  ne  fe 
lîieuue  pas ,  confequemment 
on  demande  dequoy  eft  le 
grand  mouuement  du  Ciel? 
à  quoy  il  faut  refpondre  qu’il 
eft  de  les  corrélatifs  intrinfe- 
ques  »  grands  defignez  par  la 
fécondé  efpeee  de  la  réglé  C, 
Et  par  l’eface  B  D.  T  B, on  de- 
tnandefi  dans  l’eteraite  il  y 


Cahaliftique.  311^ 
difFerance  ?  à  quoy  il  faut  tef- 
pondreaEirmacioement ,  au¬ 
trement  elle  n’auroit  point 
de  corrélatifs  ,  auee  lefquels 
elle  a  vne  nature  bonne  hc  in¬ 
finie  ;  De  plus ,  on  demande 
dequoy  efl:  la  bonté  du  mou- 
uement  du  ciel?  à  quoy  il  faut 
refpondre ,  qu  elle  eil  de  foy 
inefnie:  comme  il  a  efié  li¬ 
gnifié  par  fes  corrélatifs  ,  &: 
parl’efpaceB  DT  G,on  de- 
rnandefçauoir  ,filaDiuinc 
bonté ôç la  diuine  grandeur,, 
s’accordent  ?  à  quoy  il  faut, 
refpondre  affirmât iueinent , 
autrement  la  Diuine  bonté' 
n  auroit  pas  yne  magnifica- 
tion  infinie ,  &:  la  diuine  gra^ 
d eu r  n’auroit  pas  yne  honifi-  i 
cation  infinie.  Confequem^ 
ment  »ondemade  ce  que  c’^efi  ^ 


Z  Le  petit  Oeuure 

que  la  grande  concordance 
dei’eternitédiuine  ^  &  delà 
diuine  bonté  ^  à  quoy  il  faut 
refpondre  que  c’eft  l’ellence 
defes  correlatifsjàiTçauoir  du 
bonificatif,  dereternificatifj 
qui  conuiennenten  vn  nom¬ 
bre. Et  le  bonifiable  &:  ecerni- 
iiable,en  vn  autre  :  &:  le  boni¬ 
fier  ,  ôc  1  eternifier  dans  vn 
tiers.  Et  ces  trois  corrélatifs, 
conuiennent  en  vne  effence 
de  bonté  &:  d  éternité  ,  ou 
permanence  :  &:  par  lefpace 
BDTD,  on  demande  fça- 
uoirfi  entre  la'diuine  bonté 
&  leternité,  il  y  a  delà  con¬ 
trariété  ?  à  quoy  il  faut  ref¬ 
pondre  negatiuement  ,fi  ce 
neftence  que  le  moins  cô- 
mun  contrarie ,  au  plus  com- 
l’infeneur  à  fon  fupe- 


Cahaliflicjtie. 

rieur;  deplqs  ,  on  demande 
dequoy  eft  cette  contrariété? 
à  quoy  il  faut  refpôdre,  qu’el¬ 
le  eft  des  principes  priuatifsj 
qui  exifbent  dâs  roppofé,aux 
relatifs  pofitifs ,  de  la  bonté 
&:dereternitc.Et  par  le  der¬ 
nier  efpace  B  T  B  C ,  on  dé¬ 
ni  a  nde^,  fçauoir  fi  dans  la  fim- 
pleefience  delà  bonté,  peut 
efire  la  différence  ôc  la  con¬ 
cordance  ?  à  quoy  il  faut  ref- 
pondre  affirmatiuement,fup^ 
pofé  que  la  bonté  ait  fes  cor¬ 
rélatifs  effentiels  fignifiez 
par  la  fécondé  efpece  de  la  ré¬ 
glé  C ,  qui  font  plufieurs  par 
ladifteréce,&:le  mefme  parla 
concordance  effentiellemét, 
confequemment  on  deman¬ 
de  ce  que  font  la  différence, 
êc  la  concordance  dans  l’ef- 


Lç -petit  OeuuYt 
l^ncedela  bonté  ?  à  qnoy  ü 
faut  refpondrejparla  troiiié- 
meefpecede  la  regleC, qu’el¬ 
les  font  lemefme ,  comme  la 
bonrc  mefme ,  &:  par  l’efpace 
■B  T  B  D ,  on  demande  fup- 
pofé  queie  monde  Toit  eter- 
il  el ,  fçauo  i  r  iî  dan  s  fa  b  on  ré 
f)euuçnr  eilre  la  différence  &: 
la  contr>arieté  ?  àquoy  ilfaut 
‘tefpondre  negatiuement,  au¬ 
trement  la  différence  con¬ 
traire  par  la  contrariété  pour-, 
roit  fubfifter  eternelle,  ce  qui 
impofTible,  &  on  deman- 
<le,dequoyeft  la  bonne  dif¬ 
férence  ?  à  quoy  il  faut  refpô- 
dre-,  qu’elle  efi:  de  fes  corréla¬ 
tifs  jdefignezpar  la  fécondé 
‘efpece  de  la  réglé  D,  Se  par 
lefpace  BjTsGjD,  on  dema- 
de,  fjauoir  fi  dans  la  bontd 


[ahaUlîicjue] 

•eccrnelle  du  Ciel  peuuêt  eltre 
ent'emble  la  concordance  ôc 
la  contrariété  ?  à  quoy  il  faut 
refpondre  negatiuerrîent,  au¬ 
trement  la  concordance  au- 
roit  vn  bon  ade  de  contredi¬ 
re  Se  de  contrarier  dés  l’Eter¬ 
nité  &:  à  l’Eternité,  cequieft 
impoiTible  :  Et  de  pius,qu’eft- 
ce  que  la  contrariété  de  la  bô- 
té  éternelle  du  Ciel  ?  à  quoy 
ïl  faut  refpondre ,  que  c’ell  la 
bonté  dans  vn  fujet  naturel, 
qui  eft  habitué  de  malice  mo¬ 
rale  i  comme  dans  l’homme 
pccheur  .  Et  par  l’efpace  C* 
D,  T,  B ,  on  demande  ce  que 
c  eft  que  la  grande  diftérencc 
de  l’Eternité?  à  quoy  il  faut 
refpondre,que  c’eft  celle  qu’a 
l’Eternité  par  fes  corrélatifs. 
Et  on  demande  dequoy  eft  la 


ji6  Lepetit  Oeuure 
grande  différence  de  l’Eter¬ 
nité  ?  à  quoy  il  faut  refpôdre 
par  la  première  efpece  de  la 
réglé  D ,  qu’elle  eft  de  foy- 
mefme  ;  car  nulle  caufe  ne 
peut  eftre  prejacente^  à  l’eter- 
nité.  Et  par  l’elpace  C ,  D,  T, 
C ,  on  demande  ce  que  c’eft 
que  la  grande  concordance 
du  Ciel  ?  à  quoy  il  faut  ref- 
pondre  qu’elle  effdefes  cor¬ 
rélatifs  ,  auec  lefquels  elle  eft 
ce  quelle  eft  J  &  fe  meut  foy- 
mefme  .  Et  on  demande 
dequoy  eft  la  grande  con¬ 
cordance  du  Ciel  ?  à  quoy 
il  faut  refpondre,  qu’elle  eft 
de  fes  corrélatifs  ,  auec  lef¬ 
quels  elle  a  fon  mouuement 
&:  fa  nature  5  &c  meut  tous  les 
corps  inferieurs  de  la  nature. 
Etpar  iefpace  C,  on 


Cahalijîique.  327 
demande  ce  que  c^R  que  la 
grande  contrariété  de  la  pru¬ 
dence  &:  de  la  luxure  ?  à  quoy 
il  faut  refpondre  ,  que  c’eft 
vne  morale  côcrarieté  :  &  on 
demâde  dequoy  dure  la  mo¬ 
rale  contrariété  ?  à  quoy  il 
faut  refpondre,  qu  elle  dure 
des  habitudes  polîtiues  &:pri- 
uatiues  qui  refiftent  par  en- 
femble dans  le  lujet ,  dans  le¬ 
quel  elles  ne  peuuétfubiîfler 
enfemble.  Etpar  l’efpace  C, 
T,  B,C,  on  demande,! çauoir 
il  la  luftice  Sc  laPrudence  ont 
vne  grande  dijfferen  ce  &con- 
cordance:?àquoy  il  faut  ref¬ 
pondre  affirmatiuement ,  au- 
.trement  elles  ne  cauferoienc 
pas  de  grands  ades  par  de 
grands  mérités.  Etondemâ- 
de  confequemment,  ce  que 
S 


3i8  Le  petit  Oeuure 
cciï  de  la  grande  différence 
S>c  concordance  de  laluftice 
SC  de  la  prudence  ?  à  quoy  il 
faut  refpôdre,  que  ce  font  de 
grands  relatifs ,  auec  lefquels 
elles  different  &:  f’accordent. 
Et  par  l’efpace  C,  T ,  B,D,  on 
demande ,  feauoir  fi  dans  vne 
grande  effence  il  peut  y  auoir 
différence  &:  contrariété  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre  affir- 
matiuement  (  fuppofé  que 
î’efTence  foit  compofee  com¬ 
me  toute  effence  )  autrement 
telle  effence  feroit  perpétuel¬ 
le  ;  Mais  dâs  vne  eÔence fîm- 
ple ,  il  faut  refpondre  negati- 
uément.  Partant,  8cc.  Et  dans 
refpace  C ,  T ,  C ,  D,  on  de¬ 
mande  ce  que  c’eft  que  cette 
grande  contrariété  là  ?  fup¬ 
pofé  que  dâs  vae  ejOTence  fim- 


Cahaliflîqî^e,  319 
pie  il  y  ayc  concordance  &: 
contrariété  ?  à  quoy  il  faut 
refpondre,  que  telle  efTence 
eftimpo/Tible.  Et  on  deman¬ 
de  dequoy  font  la  grande  cô- 
cordâcc  &:  côtrarieté?à  quoy 
il  faut  refpondre  par  la  pre¬ 
mière  efpece  de  la  réglé  D, 
qu  elles  font  de  foy-mefme. 
Autrement  pardefTus  la  gran¬ 
deur  ne  precederoic  aucun 
effre:  Ce  qui  efl  manifclle^ 
ment  faux.  Et  par  refpace 
D ,  T  5  B  ,  C  ,  on  demande, 
fçayoii  fi  dans  l’Eternité  il  y  a 
des  différences  &:des  concor¬ 
dances?  à  quoy  il  faut  refpon¬ 
dre  affirmatiuement  ,  autre¬ 
ment  la  bonté  ne  feroit  pas 
dans  feternel  :  la  raifon ,  que 
l’Eternel  faffe  vn  bié  eterneli 
&:  rEternité  fans  la  concor- 


530  Le  petit  Oeuure 
dance -aiiroit  auec  quoy  elle 
feroit  efloignée  delà  contra¬ 
riété  de  royfiueté:  ce  qui 
eftimpolTible.  Et  on  deman¬ 
de  dequoy  font  la  différence 
&:  la  concordance  qui  font 
dans  l’Eternité?  à  quoy  il  faut 
refpondre,  qu’elles  font  de 
leurs  correlâtifseffentielsjpar 
la  première  &:  la  fécondé  ef- 
pece  de  laregleD.  Qtfejft-ce 
que  la  différence  Scia  concor¬ 
dance  dans  l’Eternité? à  quoy 
il  faut  refpondre ,  que  ce  font 
l’Eternité  mefme.  Etpari’ef- 
pace  D,  T,B,  D,  on  demade, 
fçauoir  fi  dans  l’Eternité  la 
différence  Se  la  contrariété 
peuuent  eûre  enfemble  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre  nega» 
tiuement ,  autrement  l’Eter¬ 
nité  feroit  compofeedeplu- 


Ca^aliflicjue.  331 
fleurs  eflences  contraires ,  3c 
pari  confequent  feroit  corru¬ 
ptible  j  ce  qui  efl  rnanifefte- 
menc  faux.  Et  fi  on  demande 
fpuoir  fl  le  Ciel  eft  compofc 
deplufieurs  effenees  contrai¬ 
res,  &c  to.utesfois  fa  durée  efl 
eternelle?  à  quoy  il  faut  rcf- 
pondre  negatiuement,  autre¬ 
ment  le  Ciel  feroit  compofc 
d'iiabitudes  pofitiues  3c  priua 
tiues,  ce  qui  efl  impofTibie.Ec 
par  l’efpace  D ,  T ,  C ,  D ,  on 
demande  dequoy  eft  la  duré  e 
Angelique(fuppofé  que  dans 
fon  effence  il  y  ayc  concor¬ 
dance  Sc  contrariété?  à  quoy 
il  faut  refpondre  negatiue¬ 
ment,  autremét  l’efTence  An¬ 
gélique  feroit  de  fes  contrai¬ 
res,  ce  qui  eft  impoffible.  Et 
lion  deraâde  ce  que  c  eft  que 
q  lij 


3J2,  Lepcîiî  Oeuure 
la  durée  AngeÜqiie?  à  quoy 
il  faut  refpondre,  qu’elle  eft 
de  la  côcordance,  qui  elt  très 
ciloignée  de  toute  contrarié¬ 
té.  Et  par  le  dernier  efpace 
T,BjC,D ,  de  cette  première 
colonne^on  demade ,  fçauoir 
fi  la  différence  peut  eftre  le  fu- 
jet  delà  concordance  &  de  la 
contrariété  ^  à  quoy  il  faut 

refpondre  negatiuemenr,  au¬ 
trement  la  concordance  fe 
porteroit  au  non  eftre,  6c  la 
contrariété  à  1  eftre,  ce  qui  efl 
manifeftement  faux.  Et  on 
demande  ce  que  c’eft  que  la 
différence  dans  la  concordâ- 
ce,  8c  dans  la  contrariété  >  a 
quoy  il  faur  refpondre,  que  la 
différence  dans  la  concordâ- 
ce  eff  vn  principe  pofitif,  8c 
dans  la  côtrarieté  eff  vnprin- 


Cahaliflique.  335 
cipe  priuatif.  Et  fi  on  deman¬ 
de  dequoy  dure  la  différence? 
il  faut  refpondre  qu’elle  dure 
par  les  corrélatifs  ,  concor¬ 
dants  ,  par  vne  effence  efloi- 
gnée  de  toutes  contrarietez. 
Et  comme  nous  auons  dôné 
exemple  de  tous  les  efpaces 
de  la  première  colonne  :  ainfi 
entends  que  nous  en  auons 
donné  de  tous  les  autres  efpa- 
ces  des  colonnes  de  la  Table 
vniuerfelle  de  quatre  vingts- 
quatre  colônes,  à  leurs  mode, 
fiiiuât  toutes  les  figures.  Par¬ 
tant,  Sec.  Et  il  faut  remarquer 
que  cette  Table  comprend 
toutes  les  chofes  qui  font  im¬ 
pliquées  dans  toutes  les  qua¬ 
tre  figures. 


5'H  petit  Oeuure 


Des  Qjieflians,  Des  neuf 
Sujets ,  qui  font  Us  par^ 
tics  dufujet  delà  Science- 
de  fabaU  :  La  quatrié* 
nie  partie. 

C  H  A  P.  V  I. 

DV  P  remier  fujet  fignifié 

par  le  B,  &:ceft  Dieu 
Hieinie  :  On  demande  *pre- 
mieremeni;^,  fçauoir  s’il  eft  ?  à 
quoy  il  faut  refpôdre  aiKrma- 
tiuement,autremêtrien  nefe- 
roic.Côfequémentjon  demâ- 

de  s  il  eft  neceffaire  que  Dieu 
fbk  ?  à  quoy  il  faut  refpondre 
affirmatiuement ,  autrement, 
îien  ne  feroit  necelTaire  :  Et  if 


Cahali/ri(jue*  335 
on  demande  ce  que  c’eft  que 
Dieu  ?  à  quoy  il  faut  refpon- 
dte  que  Dieu  efl:  vn  eftre  :  qui 
n’a  befoin  de  rien  hors  de 
foy  J  mais  tous  les  eftants  ont 
befoin  de  luy  ;  l’eftre  du¬ 
quel  eil  tres-bon  5c  infiny: 
autrement  dans  Dieu  ne  fe- 
roiét  pas  toutes  les  perfefliôs  ' 
au  dernier  poinct.  Et  ainfile 
füuuerainement  bien ,  nefe- 
roic  pas  fouuerainement  par^ 
fiiifl.  Erondemandy  auffi  ce^' 
que  Dieu  ajen  foy  elfentit-île- 
ment?àquoy  il  faut  refpon- 
dre  par  la  fécondé  efpecede 
la  réglé  C,  qu’il  ala  bonté ,  ia^ 
grandeurj^:  la  duree/anslef- 
quels,  il  ne  peiit'eftre  immen- 
fe  &  infiny  par  deffüs  tou¬ 
te  entité  aiiecXes  dignitc  2.  Et  - 
fi  on  deinandepar  la  croilié^ 
q  V  _ 


33^  Le  petit  Oemire 

meefpece  delà  règle C,  ce 
que  Dieu  ell  en  aiuruy  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre ,  qu’il 
dl  en  toute  chofe  créé  ^  le 
créant  :  en  tous  les  aétes  le 
créant.  Et  fi  on  demande  par 
la  quatrième  cfpecede  la  ré¬ 
glé  C  ,  ce  que  Dieu  ell  auec 
autruy  ?,  à  quoy  il  Eiut  ref- 
pondre  qu’il  ell  auec  toute 
chofe  creéjOLi  auec  le  monde^ 
pieux,  humble,  inifericor- 
dieux,puinànt,iulle,  Sc  plein, 
de  grâce.  Dont  la  quidité  elf 
laDeite  mefme. 

Du  fécond  fuj  et  on  deman¬ 
de  fçauoir  fi  l’Ange  ed  ?  à. 
quoy  il  faut  refpondre  adir- 
matiuement,  autrement  le 
plus  femblable  à  Dieu , nefe 
rencontreroit  pas  dans  lana- 
eurent  ainfi  k  moins  fc  rea- 


(^ahaliflique.  337 
eotreroit,&  leplusne  feren- 
Gontreroit  pas ,  ce  qui  ell  im~ 
pofTible  :  Qui  eft  parce  _quc 
iivn  des  relatifs  fe  rencon¬ 
tre  dans  la  nature ,  il  cft  ex¬ 
pédient  necelTairement ,  que 
l’autre  s’y  rencontre  :  veu 
donc  que  le  moins  lembla- 
bleàDieufe  rencontre  dans 
la  nature  ,  il  faut  que  le  plus 
femblables’y  rencontre  :  car 
riiomme  eft  le  moins  femblà- 
ble  à  Dieu  ,  l’Ange  le  plus. 
Il  s’enfuit,  que  fl  l’homme  efl*, 
que  r Ango  foit  auffi  dans  la- 
nature.  La  fécondé  raifon 
eïl ,  que  fi  dans  la  nature  fe 
rencontre  vn  compofé  de 
parties  intelleduelles  ôc  fen- 
fucllesâleft‘expf:dient  necef“ 
fairement  ?  qu’i'^y  ait  compof 
14  d’inteÛeftuei ,  ^  d’inceiiqf 


53  8-  Le  petit  Oeuure 
£tuel  dans  la  nature  :  Mais  tel 
autre  fujet  ne  peut.eftre  que 
l’Ange  ,  don  cl  Ange  eft  dan  s 
îâ  nature.  La  troiliéme  rai- 
fon  eil ,  qué.li.  la  nature  An¬ 
gélique  n’ciioit  J  alors  Tef- 
chelie  de  la  différence  &  de  la. 
concordance  ,  feroit  vuide: 
mais  cela  eft  impo/Tible  5 
donc  il  eil  iinpoffibie  que  la 
nature  Angélique  ne  foit:Et 
fl  on  demande  .confequcm- 
inent ,  ce.quec’eft  qiie  l’An¬ 
ge  ?  à  quoy  il  faut  refpondre: 
que  c’eff  vne  naturcinteller 
Quelle  J  à  laquelle  il  eff  pro¬ 
pre  dé  diriger  lemouuemenc. 
a  fa  propre  fim  Et  fi  on  de^ 
mande  de  l’Ange,  ce  qu’il  a. 
en  foy  ?  àiquoy  il  faut refpon^ 
dre  qu’il  a  fes  corrélatifs  dans 
iefquels  eff  toute  fon  cifenca 


CahaUjlique-  5-3  9 
fouftenuè.  Ec  üon  demande 
ce  que  l’Ange  elt  enaucruy  ? 
à  quoy  il  faut  refpondL'e  qu’il 
eft  bon  dans  la  bonté,  &:  grad 
dans  la  grandeur,  &-egaldans 
Tes  corrélatifs, â  fçauoir  dans 
l’Angelificatif 3  l’Angeiifia- 
ble ,  &:  r  Angelifier.  Et  fi  on 
demande  ce  qu’à  l’Ange  auec 
aiuruy  j  illuy  faut  refpondre, 
qu’il  a  auec  la  bonté ,  le  boni¬ 
fier  meu,&:  auec  la  giâdeurle 
magnifier,  6e  auec  la  concor- 
dace,le  concorder  meuauec 
fa  fin  :  Etfi  on  demande,  de- 
uoy  eft  TAngeî  à  quoy  il  faut 
refpondre  par  la  première 
efpece  de  la  réglé  D,  qu’il  eft' 
de  l’vnité de fon  eftence  ,  qui 

n’eft  ny  pon61:uelle,ny  lineaE 
lé.Etfiondômadedequoyeft: 
l’An  ge  î  à  quôy  il  fau  t  r efpo- 


34  0  ^  ^  petit  0  éuuYè 

dre  qu’il  eft  de  fa  nâcure  po:^ 
tentielle&:  aduelle/ouftenue 
parfes  corrélatifs,  fans  lef- 
quels  elle  ne  pourroit  eftre, 
Htli  on  demande,  à  quieft 
l’Ange, il  faut  refpondre  qu’il 
cil  à  Dieu.Et  que  cecy  fuiîife 
de  l’Ange,  dont  la  quidité  eft 
i’Angeleité.  Partant ,  &c.  Du 
troifiéme  fujet  ,  qui  eft  le 
Ciel ,  lignifié  par  D,  on  de¬ 
mande  premieremêt  ,  Tçauoir 
{lie  Ciel  ell  ?  à  quoy  il  fauB 
refpondre  affirmatkiement, 
autrement  ny  auroit  aucune 
eftoille,  ny  conflellations.Ec 
fl  on  damande  ce  que  c’efb 
que  le  Ciel  ?  à  quoy  il  faut  ref. 
pondre  par  la  première  efpe- 
cede  la  réglé  G,  que  c’eft  vn© 
nature  corporelle,  tres-Em- 
pie  >  le  propre^de  laquqjle  efl^ 


Cahalifii(^uel  54/ 

de  tranfpoiter  1  eftoille  à  Xon 
îieu,Oübien  la  tranrporcerà 
faficuation  ,  ou  bien  le  Ciel 
eftvn  corps  fpherique,  qui  fe 
meut auecleftoille par  diuers 
mouueinencs  circulaires. Et  û 
on  demande  ce  qu’à  en  foy  le 
Ciel  ?  à  qu^„y  il  faut  refpon- 
drepar  la  fécondé  efpece  de 
la  réglé  C,  qu’iljala  première 
bonté  corporelle ,  Sc  la  pre¬ 
mière  grandeur  corporelle  : 

la  duree. Et  Eon  demande 
ce  qu’eft  le^  Cielauec ,  ou  en 
autruy?  à  quoy  il  faut  refpon- 
dre  que  dans  les  elementSjil 
eft  elementatif  5  aomme  dans 
les  éléments ,  il  a  vne  grande 
aétiuitéScmotiuité.  Et  E  on 
demande  par  la  quatrième  ef¬ 
pece  de  la  réglé  C ,  ce  que  le 


Le  petit  Oeuurc'. 
faut  rerpondreque  le  Ciel  a 
auecle  mouuement  3  de  faire 
IetempS36£  auec  luy’j  d’ef- 
chauffer  J  auec  la  chaleur, 
defeparer  ,  Si  auec  le  froid, 
d’vnir  Si  d’allemblcr.Et  fi  on 
demande  dequoy  eft  le  Ciel  r 
Hc  ilfaut  refpüdic  parla  pre¬ 
mière  efpece  de  la  régie  D, 
quhl  eft  de  fa  corporalité  na¬ 
turelle  Sefimple.Er  fi  on  de¬ 
mande  dequoy  eft  le  Ciel  î  cc 
il  faut  refpondre  par  la  fécon¬ 
dé  efpece  de  la  règle  D  ,  qu’il 
eft  de  fes  corrélatifs  eflen- 
tîels ,  à  fçauoir  ^du  celilicatifi 
celifiable,&;  Gélifier.  (Et  fi  on 
demande  à  qui  eft  le  Ciel  ?]  à 
quoy  il  faut  refpondre  qu’ii 
eft  à  la  nature  intelleftuellej 
8c  que  cecy  fufftfe  du  Ciel, 
dont  la  quidicé  eft  la  celcité*^ 


[ahaliflique.  3^  j 
Le  quatrième  fujetfîgnifiG 
par  E,&:  c’eft  l’homme ,  à  rah 
fon  dequoy  on  demande^fca- 
uoir  fl  l'homme  peut  auoir 
vne  plus  grande  cognoilTan- 
ce  de  Dieu  ,  par  la  dodrinc' 
diuifiue,  quepar  lacompofi- 
riue  ?  à  quhy'il  faut  refpondre 
que  par  la  compohtiueûl  en  a 
vne  plus  grande  cognoillan- 
ce ,  que  par  la  diuihue  :  Parce 
queDieu  n  eh  pas  parles  cho. 
fes ,  fans  lefquelles  il  eft,  rnais 
par  les  chofes  ,  fans  lef¬ 
quelles  il  ne  peur  eftre.  Ec 
on  demande  aulTi  ce  que 
e’eft  que  l’homme  ?  à  quoy 
il  faut  refpondre  que  c’elt 
le  raifonnable:  difcurfible, 
donc  le  propre  eft  d’admirer. 
Et  h  on  demande  ce  qu’à 
l’homme  en  foy?  à  quoy  il 


544  Le  petit  Oeuure 
faut  refpondrecju’il  a  la  par- 
faiie  bonté  du  mixte  ,  Sch 
grandeur  la  duree  ,  &:la 
puiiTance  >  fans  lefquelsjriiô- 
menefcroitpas.  Et  fi  on  de¬ 
mande  ce  qu'eft  l’homme  en 
autruy?  à  quoy  il  faut  refpon. 
dre  qu’il  eftdansvne  habiru- 
de  fenfitiue  fenfant,  Scdans 
vne  intellediue  intelligent, 
Sc  dans  vnevolitiue  voulant, 
félon  fa  double  nature ,  à  fça- 
uoir  intelle'^'’f^lle6i  animale. 
Etfî  on  demande  qu’a 
1  homme  auec  autruy  .<^a  quoy 
il  faut  refpondre  qu  ri  a  auec 
fon  fens ,  le  fentir,&:  auec  fon 
entendement, l’entendre,  3c 
auec  le  generatif  d’engendrer 
fon  fen^blable  en  efpece.  Et  fi 
on  demande  dequoy  eft  l’hô- 
me  î  a  quoy  il  faut ,  refpondre 


Cahàli^ique,  3  4/ 
qu’il  eft  du  meflangc  tempe- 
ré  ,  ou  dVn  temperamenc 
prochain.  Et  fi  derechef  on 
demande  dequoy  eft  l’hom- 
me  a  quoy  il  faut  refppn- 
pre  qu’ifcft  de  fes  corrélatifs, 
fans  iefquels  il  n’auroit  point 
d’cftre ,  qui  font  l’homeifica- 
tif,  riiomeifiable ,  &:  Ihomei- 
ftcr.  Etfton  demande  a  qui 
eft  l’homme?  a  quoy  il  faut 
refpondre  qu’il  eft  à  Dieu. 
Et  que  cecy  de  l’hom¬ 
me,  dont  la  quidité  eft  l’ho- 
meité. 

Du  cinquiefme  fujet  dot  les 
paftions  font  confiderées  en 
cette  fcience ,  c’eft  l’imagina¬ 
tif  ou  rimaginatiue  j  à  raifon 
dequoy  on  demande  premiè¬ 
rement,  fçauoir  fl  elle  eft?  à 
quoy  il  faut  refpondre  affir- 


54^  Le  petit  Oeuure 
matiuemeni:, autrement  J’ani¬ 
mai  fe  mouueroit  caufalernêt 
en.  cognoiflance  de  caufe ,  ou 
feroitTans  mouiiement  :  Car 
l’irnaginatiue  dans  lame  cO: 
vneftant  le  premier  moimât. 
Et  fi  on  demande  ce  que  c’cfl 
que  rimaginatiue  ?  à  quoy  il 
faut  refpondre,  que  c’cfl  la 
ptiifTance  de  l’amcj  dont  le 
propre  eft  de  repreiencer 
à  la  vertu  cogitatiuc  ,  les 
efpeces  fenfees  ou  infufes  par 
vne  autre  vertu.  Et  fi  onde-' 
mande  ce  qu’a  en  foy  l’imagi- 
natiue  >  à  quoy  il  faut  refpon¬ 
dre,  qu’elle  a  la  bonté  de  l’i¬ 
magination,  la  grandeur,  la 
durée, la  puifTance  de  la  repre- 
fentation  des  pliâtofmes  des 
chofes  cognoifTableSjfans  lef* 
«quelles  elle  n  aurait,  aucun-. 


CahaliPiqtie.  347 
€ftre.  Ec  fl  on  demande  ce 
que  rimaginatiue  eft  en  au- 
truy  ?  à  quoy  il  faut  refpôdre 
qu’elle  eft  dâs  l’animal  le  pre¬ 
mier  fujet  monuât ,  qui  meut 
l’animal  par  vn  mouuement 
volontaire  '  èt  co  d’autant 
qu’elle  reprefente  la  reffem- 
blance  de  la  chofe  priuée  ou 
abfente ,  à  laquelle  en  confe- 
quence  de  ce ,  la  vertu  volon¬ 
taire  fe  rend  fouple&c  obeif- 
fante.  Et  fi  on  demande  ce 
que  l’imaginatiue  a  auec  au- 
truy  ?  à  quoy  il  faut  refpôdre 
que  auec  l’efprit  ôt  la  chaleur 
naturelle,  ellea  d’abftraireles 
efpeces  fenfees  par  les  fens 
particuliers  ,aufquels  lafigu- 
re  du  Pentagone  eft  propor¬ 
tionnée  &:  fert.  Et  fl  on  de¬ 
mande  dequoy  eft  1  imagina;;;; 


54  s  "Le  pet  h  Oeuure 
tiue  ?  à  quoy  il  faut  refpondre 
quelle  eft  de  lame.  Et  fi  on 
demande  dequoy  elle  efl:?  il 
faut  refpondre  qu’elle  eft  de 
fes  corrélatifs,  à fçauoir défi- 
maginatif ,  fimaginable,  Sc 
l’imaginer, fans  lefquels  elle 
n’a  point  d’eftre.  Etfîon  de- 
mâde  a  qui  eft  l’imaginatiue  ? 
à  quoy  il  faut  refpôdre  qu  el¬ 
le  eft  à  l’animal,  &:  que  cecy 
fuffife  du  cinquiefmefujet,  li¬ 
gnifié  par  F. 

Le  fixiefme  fujet  fignifié 
p^'ii'G  ,  elt  le  fenfitif  ou  la' 
fenfitiue ,  touchant  laquelle 
on  demande  premièrement, 
fi  la  fenfitiue  eft  ?  à  quoy  il 
faut  refpondre  àfiirmatiue- 
ment,  autrement  n’y  auroit 
aucun  animal.  Etfiondemâ- 
de  ce  que  c’eft  que  le  fenfitif 


CahAliflique.  349 

oulafeaiitmc  ?  àquoy  il  faut 
refpondre,  que  c’eft  la  puif- 
fanee  de  lame ,  a  raiion  de  la¬ 
quelle  lame  côprendlefujet 
bien  ou  malfenfé,  caufé  par 
les  fens  particuliers.  Et  fi  on 
demande  ce  qu  a  en  foy  la 
fenütiue  ?  à  quoy  il  faut  ref¬ 
pondre,  quelle  a  la  bonté  du 

fens  conimun,  la  grandeur,  k 

durée,  la  puiflance,  rinftind, 
Tappetit,  &:c.  lequel  fcns  cô- 
mun  fe  comporte  à  l’endroit 
des  fens  particuliers ,  comme 
le  centre  à  l’efgard  de^fa  cir- 
conferance, comme  dâs  cette 

Figure. 


3/0  Le  petit  Oeuî^re 
De iaqueile  figure  on  traU 
£teen  fon  lieu,àfçauoir  dans 
ie  Traidé  des  Figures ,  dâs  le 
quel  on  monftre,  qu  elle  fe 
comporte  comme  la  moitié 
'du  diamètre  d’vn  cerclejdont 
la  circonférence  eft  diuifee 
en  fix  parties  ôcc.  Déplus ,  il 
faut  rechercher  ce  que  lafem 
litiuea  auec  autruy  ,  ou  ce 
qu’elle  efl  en  autruy  ?  a  quoy 
il  faut  refpondre  que  dansl’a- 
nimah  céftle  premier  prin¬ 
cipe  de  fentir  &;[de  mouuoir, 
fusant  la  ïituation.  Et  fi  on 
démande  ce  qu’elle  a  auec 
autruy  ?  a  quoy  il  faut  refpon¬ 
dre  quelle  à  auec  l’œil  ,  de 
voir  les  couleurs ,  &c  auéc  les 
oreilles ,  d’entendre  les  voix, 
&c  auec  la  langue,  de  goufler 
les  faueurs  ,  èc  auec  les  nari¬ 
nes. 


Cahaliflique, 

’nes  de  flairer  les  odeurs ,  &: 
auec  les  nerfs  de  toucher  les 
premières  qualitez.  Et  fi  on 
demande  dequoy  efllafenlî- 
tiue  ?  ilfautrefpôdre ,  qu  elle 
eflde  la  vegetatiue,  comme 
de  fa  propre  matière.  Et  fi  on 
demande  dequoy  elle  efl:  ?  à 
quoy  il  faut  refpôdre,  qu’elle 
efl:  de  fes  correlatifs/flgnifiez 
par  la  fécondé  efpece  de  la  ré¬ 
glé  C  J  fans  lefquels  elle  ne 
peut  eflrcj  ny  adiuement,  ny 
pajfliuemeRt  :  lefquels  relatif 
font  lefenfitif ,  le  fenfible , 
le  fenrir.  Et  fl  on  demande  à 
qui  efl:  la  fenfltiiie  î  à  quoy  il 
faut  refpondre  ,  qu’elle  efl:  à 
ranimai  ;  Et  que  cecyfufli. 
fe  de  la  fenfltiue  à  caufe  de  la 
briefueté;  dontla  quiditéefl: 
îafenfleïtç  ou  fenflbilité,  ou 
r 


35t  Lepetit  Ocuure 

fenrualité. 

Du  feptiéme  fujet ,  qui efl:  fi- 
gnifié  par  la  lettre  H  3  il  faut 
demander  premieremêt,  fya- 
uoir  fl  le  végétatif  ou  la  vege- 
tatiueeft  ?  à  quoy  il  faut  ref- 
pondre  afErmatiuement ,  au¬ 
trement  n’y  auroit  aucune 
plante.  Et  fi  on  demande  ce 
que  c’elt  que  la  vegetatiue  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre ,  que 
c’eft  la  puilTance  de  l’ame ,  à 
raifon  de  laquelle  l’ame  cha- 
ge  le  corps  de  non  animé  en 
animé,  &  châge  le  mixte  d’v- 
ne  efpece ,  à  l’eftre  mixte  d’v- 
ne  autre  efpece:  comme  il  pa- 
roill  dans  la  nourritureXhan- 
gée  dans  la  fubftâce  du  nour- 
ry  fuiuantrvniuocation.  Et 
fi  on  demande  ce  qu’a  en  foy 
la  vegetatiue?  à  quoy  il  faut 


(aha.U(îî(Jjiie.  3}^ 
refpôdre,qu’ciie  a  laprcmieic 
bonté  (le  vegeter ,  la  grâdeur, 
ia  durée,  la  puilTance,  Tinflinc 
en  végétant  Je  premier ,  fans 
lerqiiellés  elle  ne  pourroit 
eftre.  Et  fi  on  demacie  ce  que 
la  vegetatiueeftenautmy  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre, qu’el¬ 
le  eft  dans  le  mixte  le  premier 
principe  de  ia  génération  &: 
du  changement  de  l’aliment 
en  la  fubftancedu  nourry.  Et 
h  on  demande  ce  que  la  vege- 
taciue  aauec  autruy  ?  à  quoy 
il  faut  refpôdre,  quelle  a  auec 
ia  chaleur  naturelle  d’attirer 
premièrement  la  nourriture, 
îecondement  de  retenir, tier- 
cernent  de  digerer, de  nourrir 
&.  d’accroiftre.  Et  1-  on  demâ- 
de  deqnoy  elf  la  végétât iue  î 
à  quoy  il  faut  refpôdre  qu’elle 


354  Le  petit  Oeuure 
eft  de  J’ame ,  comme  de  fon 
propre  fondeméc  &c  matière^ 
car  la  vegetatiue  fe  comporte 
à  Tame ,  comme  la  forme  à  la 
matière  :  car  c’eft  comme  la 
perfection  de  famé  ,  à  raifon 
dequoy  l’amevegete  le  végé¬ 
té.  Et  fl  on  demande  dequoy 
eft  la  vegetatiue  ?  à  quoy  ii 
faut  refpondre  qu’elle  eft  de 
fes  corrélatifs  eifentiels ,  fans 
lefquels  elle  ne  peut  eftrejà 
f^auoir  du  végétât,  du  végété 
3c  du  vegeter.  Et  fton  demâ- 
de  a  qui  eft  la  vegetatiue  ?  à 
quoy  il  faut  refpondre  qu  elle 
eft  au  corps  viuant  :  que  ce- 
eyfufEfe  delavegetatiue,d5r 
ia  quidité  eft  la  vegeceicé. 
OrlehuiCtieme  fujet  lignifié 
par  I,  c’eft  felementatif  ou 
lélementatiue,  touchant  la- 


^ahalilîtcjue,  355 
quelle  on  demande  première¬ 
ment  fl  elle  eft  ?  à  quoy  il  faut 
refp ondre  affirmât iuementa 
autrement  il  n  y  aiiroit  aucun 
mixte  des  éléments,  à  fçauoir 
du  feu,  deTair,  de  l’eau  ,  Sc  de-’ 
la  terre.  Et  fi  on  demande  cq 
que  c’eft  que  l’elementatiue? 
à  quoy  il  faut  refp  on  dre ,  que 
c’eft  la  perfection  de  la  forme 
fubftâtiellè  du  mixte,àraifoii 
dequoy  les  éléments  font  das 
le  mixte  fousvn  degré  raualé, 
félon  toutes  leurs  formes.  Et 
fi  on  demande  ce  que  l’eîemê- 
tatiue  a  en  foy  ?  à  quoy  il  faut 
refpôdre,qu’elle  a  la  première 
bonté  du  meflâge,la  gradeur, 
la  durée, la  puiftance,l’inftint, 
iappetit ,  la  vertu,  la  vérité 
la  gloire  première  du  mefla- 
ge,fans  lefquelles  elle  ne  peut 


55^  Le  petit  Oeuure 
dire.  En  E  on  demande  ce 
(^u  eft  l’élementatiue  en  au¬ 
rai  y  ?  à  quoy  il  faut  refpôdre, 
qu’elle  eft  dans  relexnentélc 
premier  principe, de  côferuer 
les  éléments  dans  le  mixte. Et 
E  on  demande  ce  qu’elle  a  en 
autruydlfautrefpôdre  qu’el¬ 
le  a  auec  le  mixte  le  moyen 
en  effeff  de  terminer  la  quan¬ 
tité  au  delTous  de  fes  limites, 
le  mouuement  de  la  quan¬ 
tité.  Etfiondemadedequoy 
efl  l’elementatiuc?  à  quoy  ri 
faut  refpondre,  quelle eft de 
la  compoEtion  naturelle  de 
forme  de  matière ,  comme 
de  fa  matière  dont  elle  elUa 
perfeétion.  Et  E  relemétatiue 
Il  eEoit  point ,  les  elemêcs  ne 
demeureroient  pas  dans  le 
mixte  rabaiffésSi  dans  vu de^ 


Cahaliflicjue.  35/ 
gré  raiiallé  ;  3c  par  ainfi  n  y 
auroit  aucun  côpofé  des  qua¬ 
tre  éléments. Et  fion  demade 
dequoy  eft  relementatiue  î  à 
quoy  il  faut  refpôdre  qu  elle 
elf  de  Tes  corrélatifs ,  fans  lef- 
quels  elle  ne  peut  eftre  j  à  fça- 
noir  de  l’elementantj  de  1  ele** 
mente, SC  de  relementer,aueG 
lefquels  elle  a  l  eftre  agilTante 
Sc  conleruate.  Et  fton  dema- 
de  a  qui  elle  eft  ?  à  quoy  il  faut 
refpondre,  qu’elle  eft  à  l  eftât 
naturel.  Et  que  cecy  fuftife  de 
l’elementatiue ,  dont  la  qui- 
dité  eft  l’elementeite.  Orle- 
lementeïté  eft  fade  de  la  per- 
fedion  de  l’ elem et é ,  a  raifon 
dequoy  lelementé  nefait  que 
felementé. 

Le  neufiefme  fujet  fignifie 

parlalettreK,eftlmftrumé;. 

r  m 


55^  Le  petit  Ouure 
utif  ou  i'inftrumêtatiue,  tou:* 
ehant laquelle,  on  demande 
premierement^,  fçauoir  fi  elle 
eft.^àquoy  il  faut  refpondre 
affirmatiuemér,  aiitremêt  n’y 
auroit  aucun  eliant  moral  ny 
artificiel,  mais  toutes  chofes 
feroiêt  vicieufes  Sc  mauuaifes 
Et  fi  on  demande  ce  que  c’eft 
que  Imfirumentatif, oLirin- 
iî^rumenratiue  ?  à  quoy  il  faut 
refpondre  que  c  eft  vne  habi¬ 
tude  vertueufe  de  rame,à  rai- 
fon  dequoy  l’animal  opéré 
les  chofes  naturelles  félon  la 
nature ,  &:  les  chofes  artifi¬ 
cielles  fuiuant  lartifice.  Et  fi 
on  demande  ce  qu’elle  a  en 
foy  ?  à  quoy  il  faut  refpon¬ 
dre  qu  ellea  toutes  les  vertus. 
moiales,a  fçauoir  la  iufiice,Ia, 

prudence,  U  tempérance,  la 


35^ 

force, la füv  ,  refpcrance,  la 
charitéjla  patience ,  Sc  la  pie¬ 
té  :  6c  les  autres  vertus  mora¬ 
les  communes  ,  qui  fe  peuuet 
réduire  aux  quatre  Cardina¬ 
les, par  tous  les  principes  Sc 
les  réglés  de  cette  tres-noble 
fapiencede  Cabale.  Et  fi  on 
demande  ce  que  l’inftrumen- 
latiue  eft  en  àutruy  ?  il  faut 
refpôdre  qu’elle  eft  dasTame 
le  premierprincipe  de  toutes 
les  operations  morales  SC  ar¬ 
tificielles;  Et  fi  on  dèniade  ce 
qu’elle  eft  auec  aiitruy  ?  il  faut 
refpondre  qu’auec  la  iuftice, 
elle  donne  à  vn  chacun  foii 
eftreiôe  auec  la  prudence,  dô- 
nevne  prudente  interpréta¬ 
tion  de  la  fainéte  Erctiture,8c 
vne  vraye  ■  analogie  fuiuant 
ks  réglés, Scies  premiers  pria 


3^0  Le  petit  Oeuptre 
cipes  dü  cette  fapience..  Et  ü' 
on  demande  dequoy  ell  liiv. 
Jdrumentatiue  ?  &  il  faut  ref- 
pondi-e  qu’elked;  d’vnchabl. 
tu.de  morale,  de  lame. Et  lî.on 
demande  dequoy.  elle  eflî  II 
Elut  refpondre  qu  elle  eil  de 
fes  corrélatifs  intrinfeques  , 
sas  leiquels  elle  n’a  point  d’e- 
fnXj  a  fçau  o  i  r  d  e .  I  i  n  fr  ru  m en- 
tatif,  del ’inilrumentable  3  3c 
de  linftrLmienrer-Etfi  on  de¬ 
mande  a  qui  elle  eft  î.  &il  faut 
refpondre  quelle  eft.  à  l’ani¬ 
mal  parfait. Et  que  cecyfufE» 
fedcfinftrumentatiue,  donc 
la  quiditeeflirinlfrumérieité. 

Et  bien  que  tout  fuj  et  foie  de- 
duifible^  ôefe  doiue  déduire 
par  toutes  les  efpeces  des  rè¬ 
gles  :  toutes  -  fois  à'. caufe.de 
briefuecé  ,  noiisdaiffons.;  les 


[ahalifiique.  3^1 
autres  exépks  qui  fe  dcuoiec 
dônerôi  exemplifier  par  cou- 
ces  les  réglés,  depuis  la  règle 
DjCy-delTus  :  &;  nous  auons 
faic  cecy  principalement,  par 
ce  que  dans  le  Chapitre  des 
réglés  implicitement,  il  en  a 
elle traidté  pleinement.  Part, 
S<c.  ©r  que  refprit  de  chaf- 
que  Eftudiant  fe  refionïfie  de 
mon  Dirconrs,sfil  efi  capable 
de  cette  fapien ce  ;  s’il  n  en  eft 
pas  capable >  de  nece/Ticé,!!- 
senattrifiera.  Carperfonne 
ne  peut  eftre  difpofé  à  cecy, 
s’ilneftd’vn  tres-bon  fu- 
blime  erprit  :  Car  aucun  fujet-^ 
receu ,  nefe  reçoit  finon  qu’a 
niefureôcproportion  du  ré¬ 
cipient,  dont- lefigne  efi:  la 
perfe6li0n  de  la  Philo fophie^ 
dc-Platô  enluy,[qui  efi:  parce- 


r  Vj,: 


3  Le  petit  Oemre 
que  on  la  Pliilofophie  de  Plà^ 
ron  linill:,  là  commence  la^ 
Cabale  delà  Sapience. 

Des  CDfJIions  dès  êluidites' 
des  cent  Formes  ^  Par^ 
tie  cinquième, 

C  h  A  P.  VIÎ. 


T-  Es  queftlôs  des  Quidites 
des  cent  Formes,  fefonc 


en  autant  de  façôs ,  ou  fe  pcu- 
uent  faire  en  autant  de  façôs 
que  chaque  forme  eil  diuerfe 
des  neufs  fujets,qui  efl,  parce 
quelefTence  eftvne,envne 
façon  en  Dieu  formeilemét: 
Se  en  vne  autre  façon  vne,dàs 
rAnge,&:envne  autre  façon 
dans  le  Ciel  J  ôd:en  vne  autre 
façon  yne,  dans  1  homme 8c 


Qibalf(îlcfue. 

en  vne  autre  façon  vne ,  dans 
l’imaginatif,  ou  l’imaginati- 
ue,&::  en  vne  autre  façon  vne, 
danslefenfitif,  ou  lafenfiti- 
'üe,&:  en  vne  autre  façon  vnea 
dans  le  végétatif ,  ou  la  vege- 
tatiuc:&:  en  vne  autre  façon 
vne, dans  relementatif,ou  le- 
iementatiue  en  vne  autre 
façon  vne ,  dans  l’inllrumen- 
tatif,ou  l’inftrunrentatiue,  SC 
en  vne  autre  façon  vne,  dans 
la  modalitc’de  telle  forte  que 
ces  dix  vnitez  ,  font  diftin- 
guees  formellement  l’vne  de 
l’autre:  bien  que  dansTefren- 
ce  de  rvnité,chaque  foie  vnej 
car  comme  quand  nn  demâ- 
de  de  Tvnité  fimplemenc ,  &c 
abfolument : fçauoir  ficeft le 
premier  principe  de  toutes 
ks  chofes,  Sc  de  toutes  les  au¬ 
tres  vnitez  ?  il  faut  xerponj 


‘f(^4  Le ^  et  h  Oenure 
dre  affirmatiuement,  autre¬ 
ment  Dieu  ne  feroitpasrny 
le  nombre ,  ny  aucune  chofe. 
Et  11  on  demande  ce  que  c’eiè 
que  Tvnité  fimplement  :  &  i4 
faut  refpondre  que  ceftlef- 
fence  d  vn  premier  principe> 
qui exideparfoy,  lequel  pre¬ 
mier  principe,c.xiflât  parfoy, 
nepeut  eftrejautre  que  celuy, 
qui  s  appelle  Dieu;  lequel  pre¬ 
mier  prindpem’eft  que  TeEre 
diuin  ;  Confequcnienr,à  cam 
ft  dequoy.dl.faut  rechercher 
de  fa  formalité, ou  quidiré,oti 
abhraiél-,  qui  n  eft  que  l'efTen-* 
ce  de  Dieu:  d’où  cette  elTen- 
ce -là,  ehprimitiue  à  toutes 
les  autres  eflences,  &  fembla^ 
blement ,  fa.  bonté ,  fa  gran^ 
deur/a duree:  ce  qui  nelfpas 
de  mefmédc  l’effenceAnge- 
lique,  ny  dela-cdeh:e-,ny.de: 


CahaliBique.  3^5 
rhumainc.  Et  par  ainli  la  dif¬ 
férence  ,  encre  l’eflence  dl- 
iiine  ôcrefTencedes  créatures 
eft  manifefte.  Secondement, 
on  demadefireilre  6c  l’efTem 
ce  feconuertiiTenc.  A  quoy  il 
faut  refpondre  queoüy,  dans 
quelque  fujet,  &c  non  dans 
aucun  autre.  La  première  par¬ 
tie  fe  monftre, parce  qu’autre- 
ment,rien  neferoit  conuerti- 
ble  egalement  auec  dautre: 
ce  qui  eft  impolTible .La  feco- 
de  partie  eft  claire.,  parce  que 
fl  feftre  8c  reirence,ou  l’eftat, 

.  8c  l’entité ,  fe  conuertiftoient 
dans  tous,  fujets;  à  lors  rien 
ne  feroit  par  participation, 
mais  toutes  choies  feroient 
autres  par  eftence,  8c.  par  ainli 
il  ny  auroit  point de.premier 
fouuerainement.  bon  ,  .8c  de 
premier  fouaeraineiuét  eftrcâ 


jé’è  Le  petit  Oeuure 

&  par  ainfi,  ny  de  dernier ,  Sc' 
en  cette  forte ,  rien  ne  feroit, 
cequiell  contre  lefens.  Et 
femblablemenr,  on  demande 
fçauoir  fiIVn  ,  SclVnitéjle 
fîmple,  &:la  fimplicieité,  ou 

fimplicité,rindiuifible,&:  l’in- 

diuifîbilieitéjOu  indiuifibilité 
egalement  fe  conuertilTenc, 
Aquoyilfaut  refpondre  que 
oüy  5  dans  quelque  fujet  ,& 
dans  quelque  non,  La  pre¬ 
mière  partie  ejft  manifefte, par 
ce  que  fi  ceLan’efloir,  rien  ne 
feroit  vnparefTence  ,  ôc  par 
ainfîriennefe  rencontrcroit 
danslanatureeftre  ,  lemef- 
me,  le  côcret,  &:  labflraitrqui 
eft,parcequefidâs  la  naturca 
il  fe  rencontre  vn  concret  di- 
flrinaparraifon  de  Ton  ab- 
flraid  :  alors  il  efl  neGefraire3 
qu’il  fe  rencontre  vn  autre 


Cahaliflique. 

concret  >  qui  Toit  le  mefme 
auec  fon  abftraid,  fuuiant  l’e- 
ftre  &c  raifon.  La  fécondé  par^ 
tie  eft  manifefte ,  parce  qu'au- 
trement  il  n’y  auroij:  rien  qui 
fut  diilin£l  de  fon  Jibftraifb. 
Et  femblablement  il  faut  di¬ 
re  de  i’vnité  diuine  ,  qui  eft 
l’abftrait  de  l’vn  diuin,leqijel 
vn  diuin,  eft  le  melmeauec. 
fonvnicé  :  lequel  vn  diuin 
n  eft  pas  eftre  rien, le  vr  ay ,  Sc 
le  b  on, par  vne  vérité  infiniej 
par  vne  vnité  infinie  ,  par 
vne  bôté  infinie ,  defquels  eft 
conftituévn  vray,vn  eftre  in- 
finy,ôctourpuiuant  ,  lequel 
eftre  eft  compris  auec  vn  bon 
Ôç  vray  par  enfemble,cornme 
en  cette  figure,  de  laquelle  fi¬ 
gure, il  a  efté  dit  ouuertemét 
dans  le  Liure  des  figures ,  au¬ 
quel  on  fe  rapporte  = 


s  68  Le  petit  Oeuure 

Il  faut  derechef  chercher, 
fçauoir  s'il  côuientàia  diuine 
vnitc ,  vn  vnir  infiny  ?  à  quoy 
il  faut  refpori dre  affirmatiue- 
xnent,  autremctia  diuine  vni- 
téferoïc  finie:  ôc  confequem- 
ment  fa  bonté, fa  grandeur,  fa 
puiirance,fa  duree,fa  fapiéce, 
&c.  ôefes  autres  attributs,  &; 

dignitez,feroientliees,&nô 

libres,&elleseuirentefiéoy- 

feufes  dâs  l’eternué,ce  qui  efl 
impofiible:  Confequément, 
on  demâde  fi  a  l’vnité  Angé¬ 
lique,  conuientvair?  à  quor 
il  faut  relpondre  aifinnatiue- 

«ient,c6<lidonnellemêt,tou- 

tesfoisjcai:  vn  Ange  fi  il  vnill, 
alors  il  vnift  vn  parler  mora- 
lement ,  vn  entendre,  vn  ay- 
mer,vn.ramcceuoir,&:  nôpas 
vn  Ange,vn  Ciel,vn  homme 
Sc  femblables  5ec.mais  leCiei 


Calaliftique, 

fuiuant  fon  vrîité ,  eft  la  caufe 
efficiente  desvnicez  de  fes  in- 
ferieursdlne  peut  pas  toutes- 
fois  vnir  felô  la  première  vni- 
té  :  mais  par  la  continuité  du 
mouuemét:Et  femblableméc 
vn  home auec Ton  vnité, peut 
Vnir  vn  autre  homme  en  l’en¬ 
gendrant.  Et  ainfi  des  autres 
vnitez,  faut-il  dire  ,  qui  font 
appropriées  aux  autres  fujets. 
Et  fl  on  demande  fl  Dieu  eft 
vne  tres-fimple  nature  ,  ou 
vneftre  tres-fimpleîilfautref* 
pondre  affirmatiucment ,  au- 
treméc)  n’y  auroit  aucune  bô- 
té  tres-fimple, grandeur  très- 
fimple, duree,  &:  ainfi  des  au¬ 
tres  ,  ce  qui  eft  impoffible.Ec 
fionditjdonc  en  Dieu  ,  n’ya 
aucune  pluralité  ?  Il  faut  ref- 
pondre  qu’il  eft  vray  en  con- 
liderât  fon  effence  tres-pure>, 


57 O  I-Ê* petit  Oeuure 

mais  en  conliderant  fes  'cor¬ 
rélatifs  intrinfeques  eifen- 
tiels,  alors  ileft  faux,  quieiir 
parce  que  fi  en  Dieu  n’y  auoit 
ie  bonificatif ,  qui  eil  le  mef- 
me  quele  Pere  3  ^  le  bonifié, 
qui  efi:  le  mcfme  que  leFiis,&: 
h  boniiîcarion,qui  eft  le  inef 
me  queleS.Efprir^alorsDiett 
neferoitpas  bonj  &fembla- 
blement &;  tellement.  Il  faut 
refpondreen  concédant,  que 
^ns  Dieu  n’y  a  aucune  plura¬ 
lité  en  confiderât  foneffence 
totale  trcs-pure:mais  en  con^ 
liderant  fes  corrélatifs  effen- 
riels  dénotez  fous  vn  autre 
nommons  disôs  qu’il  eûfaux; 
voire  das  Dieu  il  y  a  pluralité 
deperfonnes,  comme  il  y  a 
pluralité  de  corrélatifs  effen- 
tiels ,  qui  font  le  deitatif,  le 
deite,  &;  la  deirarion,  qui  font 


Cabalijliciue,  371 
formellement  diftinguez, en¬ 
core  que  ce  foie  le  mefme  dâs 
vne  très  fimple  natLire:partât 
êcc.  Or  de  la  pluralité  Angé¬ 
lique  il  n’en  eft  pas  ainfi, parce 
<jue  c’eft  vne  autre  nature  di- 
itinde  de  la  nature  diuine  ou 
de  fon  e{rence,par  côpofition 
d’adeSc  depuiftance,quifont 
deux  vnitez ,  qui  caufent  le 
premier  nôbre,  qui  eft  le  nom 
bre  binaire,  comme  il  aefté 
déclaré  ailleurs ,  à  fçauoir  dâs 
leliure  ouleTraidé  des  con¬ 
ditions  des  figures  &c  des  no- 
bres ,  lequel  liure  précédé  ce 
îiure  en  ordre.  Confequem- 
ment  on  demande ,  fi  l’vnité 
répugné  à  la  pluralité?  àquoy 
il  faut  rcfpondre  affirmatiue- 
ment-,  autremétroppofition 
feroit  deftruite  dâslesreiatifs* 
Coufequément  on  demande 


57i  Lt  Oeuurel 
fçauoir  ü  la  nature  eft?â  quoy 
il  faut  refpondre  affirmariue- 
ment,  autrement  nul  eflanc 
naturel  ne  fe  rencontreroit 
dans  la  nature.  Et  ondemâde 
f’ily  a  vnefubftance  ?  àquoy 
il  faut  refpondre  affirmatiue- 
ment ,  autrement  n’y  auroit 
rien  qui  fouilintles  accidents 
où  fuit  fous  les  accidents,  d>c 
femblablementnous  pouuôs 
demader  du  principe,  fçauoir 
f’ilelt?  à  quoy  il  faut  refpôdre 
aiîirmatiuement ,  autrement 
n’y  auroit  aucun  principié:  &c 
femblablement  de  la  caufe, 
fçauoir  fi  elle  eft  ?  à  quoy  il 
faut  refpôdre  affirmatiuemet 
autrement  n’y  auroit  aucun 
caufe  :  de  mefme  du  necelTai- 
re,  fçauoir  fil  eft  î  à  quoy  il 
faut  refpôdre  affirmatiuemér, 
autrement  toutes  chofes  fe- 


Cahalifiïque. 

f  oient  contingences ,  &  rien  n  ar- 
riiKroit  de  neccffité,  ce  qui  eft  co¬ 
tre  l’experience.  Et  fi  on  demâde 
fçauoi.r  l’il  y  a  vn  indiuifible  ?  à 
quoyilfaut  rcEpodre  affirmatiue- 
nient,  autrement  faudroit  aller  à 
i’infiny  dâs  les  diuifans  &:  diuifez,, 
ce  qui  eft  inconuenient.  Etftoii 
demande, fçauoir  Eil  y  avn  elemétî 
ii  faut  refpondre  affirmatiueraenr, 
autremét  n’y  auroit  ny  matière  ny 
forrne,ny  confequémét  de  formé: 

par  aiRftn’y  auroit  rien.Eift  on 
demande  ft  le  mefme  eft  ou  l’iden¬ 
tité?  à  quoy  il  faut  refpondre  atfir- 
matiuement,autremcnt  ne  fe  ren- 
côtreroit  pas  vn  en  nôbre  en  tou¬ 
te  la  nature, mais  toutes  chofes  fe- 
roientcôfufes  ^indiftindes.  On 
demande  en  outre  fçauoir  fiilya 
vn  femblablc  ?  à  quoy  il  faut  ref 
pondre  affîrmatiuemét ,  autremét 
rien  ne  feroit  vniforme,&  par  ain- 
fi  la  relation  d’cquiparence  feroit 
deftruide.  Et  fi  on  demande  fça¬ 
uoir  fi  il  y  avn  premier?  à  quoy  il 


L'eptn  Oeu.Çah. 

faut  refpondre  affifrnatiuementj 
autrement  ny  auroit  ny  dernier, 
ny  mitoyen  ,  &  par  ainfi  rien  ne 
leroit.  Et  fi  on  <lemande  Içauoirfi 
lapuifiance  eft  ?àquoy  ilfaut  rcf- 
poïKÎre  àffirmaiiuement ,  autre¬ 
ment  rien  ne  feroit  a^ifny  pajfïif. 
Partant  &c. Et  comme  i’ay  donné 
des. exemples,  par  la  qucftion  de 
de  la  réglé  B,  de  ces  formes,ainfi 
entends  que  i’en  ay  donné  des  au¬ 
tres  queitions  des  réglés  de  TAl- 
phabcth  vniuerfel,  en  combinant 
^  toutes  lé^s  réglés  auec  toutesles 
forraesdefqueltes  on  a  défia  trai- 
cy  defiusdansla  première  par¬ 
tie  du  croific'me  Traidé  ,  àquoy 
charque  Labalifte  doit  recourir 
pour  laparfaide  intelligence  des 
quiditcs  de  toutes  les  cent  formes, 
îefquelles  queftions  iay  laififé  à 
'Cau(e  de  la  bricuetéj&c.